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Repenser le métissage culturel

L’air du temps est à la transgression du tabou des origines ethniques et religieuses. Pour preuve, lors de la (désormais) traditionnelle conférence de presse de l’Observatoire national de la délinquance, le ministre de l’intérieur s’est risqué à proposer de comptabiliser les crimes et délits en fonction des origines des personnes mises en cause...

L’air du temps est à la transgression du tabou des origines ethniques et religieuses. Pour preuve, L’Express de la semaine dernière faisait sa une sur l’éventualité d’un changement de politique de prévention de la délinquance par le ministère de l’intérieur... Trois jours plus tard, lors de la (désormais) traditionnelle conférence de presse de l’Observatoire national de la délinquance, le ministre de l’intérieur s’est risqué à proposer de comptabiliser les crimes et délits en fonction des origines des personnes mises en cause. Pour ce dernier : « Il faut faire de la transparence. Il n’y a aucune raison de dissimuler un certain nombre d’éléments qui peuvent être utiles à la compréhension de certains phénomènes. »

Cette affaire de transparence sur les origines ethniques et religieuses des délinquants est un sujet hautement sensible dans nos sociétés occidentales, construites depuis la Seconde Guerre mondiale sur le trauma de la barbarie nazie. Or, depuis quelques mois, avec l’affaire des émeutes de novembre, la politique d’intégration française s’est vue remise en cause par tous les courants politiques, de gauche comme de droite. Nicolas Sarkozy l’a très bien compris, et tente, le premier, de se positionner sur ce thème afin de récupérer le bénéfice de cette primeur. Il suppose acquise la pertinence de la classification par groupes ethniques ou religieux. Or, rien ne le confirme aujourd’hui. En effet, considérer comme valide l’idée que chaque individu (ou collectivité) est caractérisé par une identité unique ou préférentielle, et ceci trop précipitamment par souci d’efficacité, peut être une erreur majeure pour notre politique d’intégration.

Les hommes politiques sont aujourd’hui enfermés entre deux discours, celui des partisans de l’uniformité culturelle (de l’englobement des différences dans une identité commune) et son contraire, celui de l’exaltation de l’altérité, des défenseurs du multiculturalisme (qui vont jusqu’à parfois faire la promotion du modèle communautariste). Dans ces deux extrêmes, finalement, l’individu est condamné à n’avoir qu’une et une seule identité. Il est uniquement citoyen français pour les premiers, qui lui refusent tout autre sentiment d’appartenance religieux ou ethnique. Il n’est qu’exotisme pour les seconds ; un être uniquement identifié par ses origines. Les Anglo-Saxons ont choisi une solution intermédiaire, celle des identités parcellaires, ou à traits d’union (ils parlent d’Italo-Américain ou d’Afro-Américain). Mais cette approche accorde à l’individu un statut de sujet morcelé, éclaté... Moitié Italien, moitié Américain ?

Nous savons tous, je crois, pour l’avoir plus ou moins vécu, que chaque individu traverse au cours de son existence des bulles identitaires différentes. Il finit nécessairement par construire la sienne par choix conscients ou inconscients. Enfermer un individu dans une identité unique, qu’elle soit nationale, ethnique ou religieuse, revient à l’amputer d’une ou de plusieurs parties de lui-même. Pour cette simple raison, et compte tenu de la situation explosive que nous vivons depuis quelques mois, nous serions bien inspirés de retravailler sur le concept de métissage culturel. Sans quoi les solutions que nous proposent nos politiques, toutes fondées sur l’idée de mono-identité, ne feront que créer plus de frustration sur le plan individuel et collectif.

A Lire : Plaidoyer pour un monde métis, de Daniel Bensaïd et Alexis Nouss.


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16 réactions à cet article    


  • (---.---.42.95) 15 février 2006 11:08

    « Cette affaire de transparence sur les origines ethniques et religieuses des délinquants est un sujet hautement sensible dans nos sociétés occidentales... »

    Si je me réfère aux deux pays dont je peux parler en toute connaissance de cause, à savoir l’Italie et la Suisse, cette information est infondée.

    Qu’il s’agisse de la relation médiatique de la délinquance quotidienne ou des statistiques relatives à la criminalité, à la justice pénale et à la population pénitentiaire, l’origine nationale et/ou ethnique des coupables et des condamnés est systématiquement diffusée.

    Ca présente au moins un avantage. Quand on lit « jeune » ou « giovane », on ne traduit pas automatiquement par « beur » ou « maghrébin », à la différence de ce qu’on constate en France, dans les milieux populaires.


    • Gil (---.---.93.79) 15 février 2006 12:53

      Mr Sarkosy s’inscrit ici en droite ligne de sa vision communautariste de la société, s’inspirant directement du modèle états-unien.

      On pourra se demander si :

      1) ce modèle est compatible avec le modèle républicain.

      2) doit-on stigmatiser une origine ethnique ?

      3) cette stigmatisation n’aurait-elle d’autres buts que de faire oublier le versant social de publics défavorisés dans les causes de la délinquance ?

      En effet, si les personnes socialement défavorisées étaient majoritairement blanches, on retrouverait celles-ci en tête du hit-parade de la délinquance nationale. Dans ces conditions, Mr Sarkosy verrait-il un quelconque intérêt à en publier les chiffres ?

      On peut donc légitimement se poser la question de la finalité de cette annonce.


      • Antoine (---.---.236.230) 15 février 2006 13:21

        « On peut donc légitimement se poser la question de la finalité de cette annonce. »

        Tout à fait d’accord avec vous, c’est suspect sous réserve de mieux comprendre la finalité.


      • Antoine (---.---.236.230) 15 février 2006 13:01

        Bonjour,

        Qu’entendez-vous par « métissage culturel » ? Je crains que ce terme tellement galvaudé depuis 25 ans ne soit l’emballage d’une tarte à la crème. (ceci sans vouloir vous froisser)

        Antoine


        • mikiane mikiane 15 février 2006 13:24

          Toute la question est en effet là ! Le « metissage culturel » est devenu une expression à tiroirs qui veut tout et rien dire à la fois. C’est la preuve que nous sommes en manque de concepts et de mots sufisament précis pour traiter de la question des identités multiples.

          L’objet de l’article était précisement de relancer le débat autour de cette expression galvaudée. Pour avancer dans la reflexion, je cite l’ouvrage d’Alexis Nouss : « Plaidoyer pour un monde métis » qui apporte des pistes interressantes.


        • Saint Cochon (---.---.164.51) 15 février 2006 13:07

          Le communautarisme tellement réclamé par les musulmans sera bientôt d’actualité. Il conduira au développement séparé dont l’aute nom est l’apartheid. Les français d’origine africaine ( noirs et arabes) seront les grands perdants dans un système d’apartheid, mais qui l’aura voulu ?


          • Scipion (---.---.42.95) 15 février 2006 16:58

            « Les français d’origine africaine ( noirs et arabes) seront les grands perdants dans un système d’apartheid... »

            C’est très loin d’être démontré, à en juger par leur désarroi culturel.

            Il ne suffit pas de procéder par affirmations péremptoires pour prétendre à la vérité.


            • Saint Cochon (---.---.164.51) 15 février 2006 20:09

              En quoi le désarroi culturel dans un système d’apartheid va les aider ????


            • Gil (---.---.93.79) 16 février 2006 17:49

              Pouvez-vous svp expliquer ce que vous entendez par « désarroi culturel » ? Si possible en donnant un exemple caractèristique.


            • Michel Herland (---.---.98.98) 15 février 2006 21:38

              Le repérage ethnique passe mal auprès de toute une partie qui se veut éclairée de l’opinion française. Néanmoins la France n’est pas le centre du monde et beaucoup de pays qui sont aussi des sociétés démocratiques libérales le pratiquent.

              La France elle-même a décidé dans un cas très particulier, celui de la Nouvelle-Calédonie, de recenser les habitants en fonction de leur appartenance ethnique. Si l’on veut en effet promouvoir l’ascension des Kanak (selon l’orthographe désormais conscrée) au sein de la société néo-calédonienne, il faut bien être capable de les identifier.

              Lors de son dernier séjour sur la Grande-Terre, J. Chirac a créé une certaine émotion en déclarant à l’emporte pièce que cette pratique était contraire aux principes républicains et n’avait plus lieu d’être.

              En métropole, le recul de l’égalité des chances (repéré par exemple par les résultats obtenus par les candidats originaires des différentes catégories sociales aux concours d’entrée dans les grandes écoles) amène de plus en plus de gens à admettre - contre les réflexes acquis - qu’une dose de discrimination positive (à l’entrée dans ces écoles, à l’embauche, etc.) serait indispensable pour rétablir un peu l’équilibre et donner plus de courage et d’ambition aux jeunes appartenant aux catégories culturellement défavorisées.

              L’origine ethnique est un critère, certes imparfait, pour cerner ces catégories. Il devait être combiné avec d’autres.

              Quant au repérage des délinquants, il aurait le mérite de lever toute ambiguïté. Aujourd’hui, faute d’information précise, on peut être tenté d’imputer sans preuve un délit à une communauté qui n’y est en réalité pour rien. Et s’il s’avère qu’une communauté est effectivement plus « criminogène » qu’une autre, cela permettra de mieux orienter la politique de prévention.

              En tout état de cause, une société qui préfère se voiler la face que de proclamer la vérité n’est pas entièrement démocratique. Cela témoigne d’un mépris du citoyen, de sa capacité à raisonner froidement sur des faits.

              Enfin, croire que le repérage ethnique renforcera le communautarisme est une aberration. Il y a au contraire un enchaînement vertueux : repérage des handicaps des communautés ; action pour les réduire (discrimination positive et tout ce qui peut renforcer l’égalité des chances) ; intégration des-dites communautés.


              • Scipion (---.---.42.95) 15 février 2006 22:36

                Saint Cochon, S’il y avait une question à poser, vous auriez dû la formuler ainsi :

                - En quoi un système d’apartheid va-t-il les aider, dans leur désarroi culturel ?


                • (---.---.164.51) 15 février 2006 22:56

                  Mais l’apartheid ne va certainement pas aider les musulmans et les noirs, ça va les couler encore un peu plus, le problème c’est que les musulmans et certains noirs réclament le communautarisme, c’est à dire le développement séparé, c’est à dire l’apartheid. Ce sont les blancs qui ont tout a gagner dans l’instauration de l’apartheid...mais ça, les musulamns et certains noirs ne le comprennent pas...


                  • (---.---.93.79) 16 février 2006 16:07

                    Auriez-vous la gentillesse d’argumenter votre propos ? Je ne dis pas que vous ayez forcément tort ou raison, mais vous tranchez sans nous expliquer pourquoi, je vous cites : « Ce sont les blancs qui ont tout a gagner dans l’instauration de l’apartheid... »


                    • Scipion (---.---.85.241) 21 février 2006 07:50

                      Gil demande : « Pouvez-vous svp expliquer ce que vous entendez par »désarroi culturel«  ? Si possible en donnant un exemple caractèristique. »

                      A mon avis, l’exemple le plus caractéristique, et le plus fréquent, est celui de ces imnmigrés et descendants d’immigrés qui disent ne se sentir vraiment à l’aise ni en France ni dans le pays de leurs origines.


                      • c florian (---.---.162.39) 21 février 2006 09:26

                        avec des gens comme vous c’est dur de se sentir chez soi.

                        « des immigres descendants d’immigres » ça veut dire que leurs parents ont immigres et qu’ils ont eux aussi ensuite immigres. ce qui est different des nationaux issus de l’immigration.


                      • Emile Red (---.---.117.75) 10 mars 2006 14:47

                        Et allez donc les zombies sont de retour.

                        Sarko continue dans sa dérive, dans la lignée pourrait on se demander si les origines ethniques et physiques des austro-hongrois mènent fatalement au pouvoir tyranique ?

                        Sous des dehors qui se veulent rassurant (qui ?), il paraît excessivement dangereux d’amalgamer origines et criminalité. De divulguer des informations, au demeurant privées, sur les origines quel que soient les circonstances ne peut que stygmatiser les populations contre une ethnie une religion ou un penchant donné.

                        Il est déjà notable que les confusions entre arabes ou musulmans, noirs africains ou antillais, juifs ou israelites font des dégats dans tous les pans de la société sans rajouter encore de l’huile sur le feu d’une insécurité illusoire qui ne fait que décroitre au fil des années.

                        La connaissance de la différence qui pourrait avoir un fond louable dans un cadre culturel, est hautement pernicieuse dès qu’elle touche les domaine de la criminalité, de la sécurité et du travail et c’est dans ces domaines que Sarkozy tente d’imposer ses visions radicales extrèmistes.

                        Ouvrons les yeux ce danger se transforme rapidement (Hitler n’a pas mis 10 ans) en sectarisme, racisme et autres joyeusetés dont jusqu’à présent la nation française avait su se préserver.

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