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Révision de l’histoire du Québec

Selon le journal Le Devoir, le gouvernement Charest préparait un nouveau cours d’histoire du Canada et du Québec au secondaire. Une version révisée de l’histoire, évacuant toute notion conflictuelle entre les deux peuples fondateurs du Canada. Ce nouveau cours à « l’histoire révisée » entrera en vigueur dès 2007-2008. Originalité sans précédent, il fera peu mention de la Nouvelle-France, de la révoltes des Patriotes face à l’occupation des Britanniques, et passera sous silence des épisodes comme l’Acte d’Union de 1840, la conscription forcée de 1917 ou le rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982.

Le gouvernement Charest veut fabriquer une version plus fédérale de l’histoire
Ces cours d’histoire, fraîchement rédigés, ont pour objectifs de rendre l’histoire « moins conflictuelle », « moins politique » et davantage « plurielle », notamment en diminuant l’importance historique du peuple francophone, et de remplir la mission, devenue centrale dans la "réforme de l’éducation". Le gouvernement libéral du Québec (défenseur de l’option fédéraliste) veut ainsi former des "citoyens" rassemblés sous l’unifolié canadien, et probablement saper l’appui au projet d’indépendance du Québec dès le plus jeunes âge de "ses futurs citoyens".

L’histoire appartient à ceux qui l’écrivent
« Il s’agit de sortir du cadre habituel d’une histoire structurée autour des conflits entre les francophones et les anglophones, pour faire une histoire plus rassembleuse », explique Jean-François Cardin, un historien-didacticien de l’Université Laval, bien au fait du projet actuel puisqu’il a été consulté lors des phases de préparation du document. Egalement consulté par le ministère, le professeur Jocelyn Létourneau, lui aussi de l’Université Laval, et très critique sur le nationalisme, salue « l’ambition de ce cours d’en finir avec l’espèce de vision misérabiliste qui perdure dans la vision historique des Québécois ».

C’est ce qu’on apprend dans un « document de travail aux fins de validation » du ministère de l’Éducation, dont le quotidien Le Devoir a obtenu copie en exclusivité. Ce document, non disponible pour consultation par les citoyens, deviendra le programme officiel du cours « Histoire et éducation à la citoyenneté », et son adoption serait « imminente », a-t-on appris. Celui-ci remplacera le cours d’histoire Canada-Québec actuellement donné en quatrième secondaire. Il est prévu que le nouveau cours sera dispensé sur deux ans, en troisième et quatrième secondaire, soit à partir de l’automne 2007 pour la troisième, et à l’automne 2008 pour la quatrième.

L’histoire du Québec et du Canada sera résumée en six « thèmes ». Une ligne du temps proposerait (pour la première année du deuxième cycle) :

  1. à partir de 1500, les premiers occupants
  2. de 1608 à 1760, l’émergence de la société canadienne
  3. de 1760 à 1848, le développement des idées libérales dans la colonie britannique
  4. de 1848 à la fin des année 1920, la formation de la fédération canadienne
  5. de 1930 à 1980 environ, la modernisation de la société québécoise
  6. les enjeux de la société québécoise depuis 1980

Des omissions historiques inquiétantes
En effet, la période de la conquête de la Nouvelle-France, qui inclut la bataille des plaines d’Abraham de 1759, la Proclamation royale de 1763 et l’imposition du Serment du test (c’est-à-dire le reniement de l’Église catholique), fait partie d’une section dont l’intitulé est : « L’accession à la démocratie dans la colonie britannique ». Un exercise de réécriture qui renie une guerre, une annexion forcée à l’empire britannique, et l’abolition de plusieurs droits civiques en vigueur à l’époque de la Nouvelle-France. On peut lire ceci : « Alors qu’elle avait été autorisée dès 1763, ce n’est qu’en 1791 que, par l’Acte constitutionnel, la Chambre d’assemblée est créée. » C’est trente ans d’histoire et de conflits entre les vainqueurs et les vaincus qui sont évacués.

La Conquête est évoquée (sans être nommée) en ces termes : « La Nouvelle-France connaît une forme de gouvernement absolu. Le pouvoir est détenu par le roi de France, qui en délègue une partie au gouverneur. [...] Après 1763, c’est toujours un gouverneur, représentant cette fois le souverain britannique, qui dirige la colonie. » Nulle mention de la guerre et des combats entre les colonies britanniques et françaises.

Par ailleurs, le nouveau cours d’histoire ne parlerait plus de l’Acte de Québec de 1774, qui explique pourquoi le Québec a encore un code civil français de nos jours, une des références des tenants de la « société distincte » dans le grand tout-canadien. Et à propos de « société distincte », la saga de Meech et le rapatriement unilatéral de 1982 sont aussi absents du document. C’est vingt histoires contemporaines impliquant plusieurs premiers ministres du Canada et du Québec qui disparaissent. Sans oublier que le dossier "Meetch" est un "des rendez-vous de l’histoire" les plus chauds que le Canada ait connus.

Une histoire pour former une vision citoyenne
Ces changements apportés au cours d’histoire proviennent du fait que désormais, la discipline de l’histoire sera mise au service d’un objectif supérieur : « Le message, qui est subliminal mais assez clair là-dedans, c’est qu’il faut faire de l’histoire pas pour faire de l’histoire, mais pour éduquer à la citoyenneté », dit M. Cardin. Le document, dans l’énoncé de la compétence 1, ne dit pas autre chose : L’élève qui interroge les réalités sociales dans une perspective historique établit les fondements de son interprétation et se dote des assises historiques nécessaires à l’exercice de sa citoyenneté. Le savoir-agir qu’il développe ainsi lui permet de considérer le vivre-ensemble avec le regard d’un citoyen éclairé.

Conçu dans l’esprit socio-constructiviste de la réforme, qu’on a commencé à appliquer en première secondaire cette année, le nouveau programme estime que le savoir historique n’est pas très important : L’enseignement de l’histoire à l’école n’a pas pour but de faire mémoriser une version simplifiée de savoirs savants construits par des historiens ni de faire acquérir des connaissances factuelles de type encyclopédique, peut-on lire dans le document.

Ainsi, même si des études ont démontré depuis un certain nombre d’années, note M. Cardin, que « les jeunes ne savent plus qui est Montcalm ou Frontenac », le nouveau programme n’a pas pour but de corriger cet état de choses. « Ce n’est pas un retour aux dates, aux personnages » ; il s’agit de se servir de l’analyse de questions historiques « pour dégager une compréhension de certains concepts et pour construire des compétences intellectuelles liées à la citoyenneté, qui favorisent un exercice plus fécond de la citoyenneté ». M. Cardin explique qu’au fond, on veut que l’élève et futur citoyen, lorsqu’il regardera le télé-journal plus tard, « soit capable de faire des liens et d’aller au-delà d’une opinion de premier niveau pour essayer de construire une opinion plus informée, plus structurée ».

Une inspiration complètement anglophone
Une des sources d’influence des concepteurs de ce programme est ce qui se fait au Canada anglais, explique M. Cardin. Dans le reste du pays, l’histoire et la citoyenneté « forment un vieux couple ». Même dans les années 1950, dit-il, « on voulait former des citoyens à partir des cours d’histoire du Canada. Mais la notion de citoyenneté, entre 1959 et aujourd’hui, a énormément changé. Elle est beaucoup moins ethnique, beaucoup moins nationale ». Le mot « nation » n’apparaît évidemment pas dans le document, et même le Québec est rarement désigné autrement que sous l’expression de « société au sein de laquelle l’apprenant évolue ».

Dans le contenu aussi, le nouveau cours s’inspirera de ce qui se fait au Canada anglais : "Par exemple, l’histoire [du pays] ne commence plus avec Jacques Cartier, mais avec les autochtones."

Note : De nombreuses citations proviennent d’un article disponible sur le site du quotidien LeDevoir.com.

Commentaire personnel :
Décidément, pour l’option fédéraliste, la fin justifie les moyens. Après avoir financé tout un réseau parallèle de corruption avec le programme des commandites à l’avantage des libéraux fédéraux et provinciaux, après avoir bafoué les règles démocratiques du Québec avec option Canada, maintenant les libéraux provinciaux veulent réécrire l’histoire pour en évacuer tout irritant historique qui nuirait à une vision fédératrice du Canada.

Pour les lecteurs francophones du monde, il faut savoir que le Canada et sa province francophone du Québec sont impliqués dans une confrontation politique constante depuis les années 1960. À cette époque, une identité québécoise s’est construite sous l’impulsion de plusieurs premiers ministres du Québec (Lesage et Lévesque) et deux référendum ont été tenus au Québec sur la séparation d’avec le Canada. En 1982, le gouvernement fédéral canadien signait un nouveau pacte constitutionnel, sans obtenir l’adhésion du Québec. Le dernier référendum a été perdu par l’option souverainiste malgré 49% d’appui. Depuis ce temps, le combat idéologique perdure entre le Québec et le Canada, dans le cadre d’un débat politique pacifiste. Il est constamment ravivé par des scandales politiques divers.


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9 réactions à cet article    


  • Dominique (---.---.206.232) 28 avril 2006 10:18

    Est-ce qu’il fera aussi l’impasse sur le refus de la part des nationalistes québécois de participer à l’effort de guerre en 39-45, de tout engagement dans l’armée et sur l’idéologie antisémite de l’abbé Groult ou son admiration pour les régimes d’extrême droite ?


    • GC (---.---.141.133) 28 avril 2006 14:24

      L’abbé Lionel Groulx est un personnage du passé (1930) et le mouvement pour l’indépendance début dans les années 1960. Le parti Québécois n’a aucun lien avec l’extrème droite puisqu’il est le parti politique ayant adopté le plus de mesure à gauche dans l’histoire du Québec. De plus, la communauté juive orthodoxe de Boibriand (ville du Québec) avait appuyé publiquement le parti du Oui au référendum de 1995. Ce genre d’accusation est typique, mais même fois démonté.


      • Aymeric (---.---.100.34) 28 avril 2006 15:45

        C’est pareil partout, la faction dominante utilise tout les moyens possibles pour faire oublier que les minorités ont été conquises dans le sang et la douleur.

        En France l’éducation nationale efface l’histoire des nations conquises, comme par exemple la Bretagne : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=6761


        • gc (---.---.141.133) 28 avril 2006 18:39

          Le document en question est disponible ici

          Collectif pour une éducation de qualitép>


          • Daoudal (---.---.5.13) 28 avril 2006 18:51

            L’Histoire doit énuméré les FAITS et les DATES.

            Le projet québécois n’est pas de l’Histoire, c’est de la propagande.


            • Gary Gaignon Gary Gaignon 29 avril 2006 18:38

              Le ministre Fournier du gouvernement Charest « conservateur » (ce parti se fait passer pour libéral, mais on ne se refait pas !) s’est empressé de se désolidariser de ce projet de révisionnisme historique à la soviétique... mais il ne serait pas surprenant qu’ils y reviennent par la porte arrière.

              Toutefois, ils devront d’abord aller en élection générale l’année prochaine et là, ils vont manger sans doute une maudite volée !

              Depuis qu’ils sont là, ils n’arrêtent pas d’achaler la population avec toutes sortes de tentatives crypto-libertariennes de destruction de l’État québécois qui coûte assez cher, merci, aux classes moyennes qui doivent le financer à hauteur de plus de 85 % avec leurs taxes. En effet, les entreprises font de l’évasion fiscale généralisée avec la bénédiction des libéraux ainsi que des péquistes avant eux.

              Tentatives telles que Harper est à son tour en train d’en mener au Canada anglais - que l’on songe, entre autres, à la mission de guerre en Afghanistan, très impopulaire, décriée de toutes parts, dans laquelle ces gens-là (Harper est un libertarien qui n’est pas encore sorti du placard de l’extrême-droite) on entraîné le Canada finissant de salir notre réputation pourtant des plus pacifiques.


              • Un Québecois (---.---.54.204) 30 avril 2006 15:24

                Je trouve scandaleux que l’histoire servent maintenant un intéret politique. Je crois que c’est une autre tactique fédéraliste desséperée qui malheureusement pourrait fonctionner au détrimeant de l’éducation de nos enfants.

                Je lisais certains commentaires et l’histoire na jamais servit un intéret politique(surtout pas indépendantiste). Les reférendums de 1980 et 1995 ont été une sources de conflit certe mais on peut pas changer ça !! La constitution 1982, c’est vrai que les fédéralistes nous mentis et qu’à cause de ça, nous ne faisons pas partis de se pays. Les patriots ; Comment oublier le paysage de ST-Eutasche en feu où les anglais ont violé nos femmes, nos enfants et brulé les maisons de pauvres paysants.

                La diférence entre les indépendantistes et les fédéralistes est que les indépendantistes se servent d’évenement réélle qui se sont déjà passé alors que les fédéralistes eux, frabrique de toutes pièces des faits supposés historiques.

                Mais comme disait Napoléon Bonaparte : « La vérité historique est souvent une fable convenue ».


                • Daniel Milan (---.---.168.110) 30 avril 2006 15:27

                  Chez nous en France,nous avons l’histoire officielle écrite par les vainqueurs, qu’il est interdit de contester ! On a même des historiens d’Etat !


                  • Stephane Klein (---.---.101.8) 3 mai 2006 13:29

                    Vive le Quebec enfin libre !

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