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Robert Galley (1921-2012), l’ingénieur-ministre de la Ve République

Résistant, ingénieur dans les secteurs du pétrole, du nucléaire et de l’informatique, ministre et homme politique, un grande figure du gaullisme (comme on se plaît à le dire) et de Troyes vient de mourir.

L’ancien ministre gaulliste Robert Galley s’est éteint ce vendredi 8 juin 2012 dans sa ville de Troyes à 91 ans. Dans les nombreuses dépêches qui ponctuent sa disparition, il est surtout considéré comme l’un des artisans de l’indépendance énergétique de la France.

Né le 11 janvier 1921 à Paris, Robert Galley est l’exemple type du gaulliste de la Résistance, grand serviteur de l’État après la Libération, que De Gaulle a voulu impliquer au gouvernement et qui est devenu par la suite un homme politique classique jusqu’à être s’être identifié pendant plusieurs décennies à une ville, Troyes, et à un homme, De Gaulle, dont il était l’un des derniers barons survivants avec Yves Guéna et Jean Charbonnel. Il faisait partie de la garde d’excellence républicaine du gaullisme au même titre que d’autres hauts fonctionnaires (ou militaires) qui n’avaient pas comme vocation première l’action politique, comme Pierre Messmer, Alain Peyrefitte, Georges Pompidou, Maurice Couve de Murville, Jean-Marcel Jeanneney, Jean Foyer


Résistant parce que Français humilié

Sorti de brillantes études secondaires et préparant les difficiles concours de maths-spé, à 19 ans, Robert Galley, très meurtri par la débâcle (il s’est senti humilié par le discours du maréchal Pétain le 17 juin 1940), n’a pas hésité à abandonner sa famille et son avenir professionnel (« alors que la plupart de mes camarades de classe, pensant d’abord à leur concours, à leurs petits problèmes, étaient restés sans se rendre compte que le monde, leur monde était en train de basculer ») pour franchir le pas dès le 20 juin 1940 et rejoindre De Gaulle à Londres au bord d’un paquebot polonais (le "Sobieski") qu’il a pris à Bayonne (bien qu’il n’eût pas entendu l’appel du 18 juin).

Il a fait comme d’autres jeunes, refusant la défaite, comme par exemple, Daniel Cordier, le secrétaire de Jean Moulin, et qui ont vu pour la première De Gaulle à Londres en début juillet 1940 avec une extrême exigence : « Il était non pas hautain, mais lointain. Il gardait la distance qui convient entre l’officier supérieur qu’il était et nous, qui n’étions que de jeunes incorporés. Même si nous avions traversé la Manche dans des conditions un peu périlleuses pour le rejoindre. ». Ses premiers échanges avec De Gaulle, qui voulaient rencontrer personnellement les recrues qui faisaient des études supérieures pour mieux les connaître, avaient été très froids. De Gaulle lui demanda : « Vous n’êtes pas parti pour vous sauver au moins ? », ce qui a indigné le jeune étudiant engagé : « Évidemment, non ! ».

Enrôlé aux Forces françaises libres dès le 6 juillet 1940 (numéro 596), Robert Galley participa activement à la Seconde guerre mondiale notamment au Gabon, dans l’Érythrée, en Syrie, en Égypte, en Libye, en Tunisie, puis en France en été 1944 pour reconquérir tout le territoire occupé, dans l’Orne, puis à Paris, puis Longjumeau, Massy, Antony, puis en Lorraine, en Alsace et enfin à Berchtesgaden, en Allemagne, le 4 mai 1945 (au nid d’aigle d’Hitler).

Au fil des batailles, il fut promu lieutenant puis placé à la tête d’une compagnie de chars. Le 24 mars 1945, De Gaulle le fit compagnon de la Libération tandis qu’il épousa (en 1960) l’une des filles du Général Leclerc dans la division duquel il combattit dès 1943.


Ingénieur dans des secteurs-clefs de l’avenir industriel

Après la guerre, Robert Galley retourna à ses études pour devenir ingénieur dans le secteur énergétique. D’abord spécialisé dans le pétrole (au Maroc), il contribua ensuite, à partir de 1955 au sein du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), à la mise en place de la filière nucléaire de la France, en particulier en supervisant la construction de la centrale de Marcoule puis, en 1958, de Pierrelatte.

En 1966, il fut nommé Délégué général à l’informatique auprès de Georges Pompidou avant de présider l’année suivante l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA). Surnommé "Monsieur Calcul", Robert Galley avait initié un plan ambition de d’investissement en "calculateurs électroniques" dans toute la France : « Le gaullisme, c’est de rester fidèle à l’idéal et de savoir s’adapter aux situations nouvelles sans référence excessive au passé. ».


Une carrière politique très riche

Robert Galley entra par effraction dans la vie politique le 31 mai 1968, juste après le mois des contestations étudiantes, par la décision du Premier Ministre Georges Pompidou de le nommer Ministre de l’Équipement et du Logement dans son dernier gouvernement (il choisit alors Georges Pébereau pour diriger son cabinet).

Sans le savoir, il entama à 47 ans l’une des carrières ministérielles les plus longues de la Ve République (à l’instar de Robert Boulin et de Michèle Alliot-Marie), avec presque treize années au gouvernement sans discontinuité, sous trois Présidents de la République (jusqu’au 13 mai 1981). De nombreuses dépêches indiquent quatorze ans, ce qui est faux, reprenant sans doute l’erreur d’un seul et ne vérifiant rien.

C’est donc tout naturellement que Robert Galley s’engagea dans la bataille politique aux élections législatives qui suivirent la dissolution, en juin 1968, où il fut élu à Troyes, puis constamment réélu député de l’Aube jusqu’en juin 2002 (il avait alors 81 ans). Il fut même élu sénateur de l’Aube en septembre 1980 mais ne siégea que quelques jours au Sénat à cause de ses responsabilités ministérielles.

La victoire gaulliste de juin 1968 acquise, le Général De Gaulle n’avait pas l’intention de reconduire Georges Pompidou à Matignon et avait envisagé la désignation de Robert Galley. Finalement, c’est un autre ministre commis de l’État qui fut choisi, Maurice Couve de Murville et Robert Galley fut affecté du 12 juillet 1968 au 20 juin 1969 à la Recherche scientifique et aux Questions atomiques, sujets qu’il connaissait particulièrement bien pour raisons professionnelles.

De Gaulle parti, ses compétences furent sans arrêt louées par ses deux successeurs Pompidou et Giscard d’Estaing et utilisées aux Postes et Télécommunications (22 juin 1969 au 5 juillet 1972), aux Transports (6 juillet 1972 au 28 mars 1973), aux Armées (5 avril 1973 au 27 mai 1974), à l’Équipement (28 mai 1974 au 25 août 1976), à la Coopération (27 août 1976 au 22 décembre 1980) où il donna par sa présence la caution de la France à l’invraisemblable "sacre" de Jean-Bedel Bokassa, et enfin à la Défense (du 22 décembre 1980 au 13 mai 1981) où il succéda à Yvon Bourges.


Chiraquien par gaullisme

Après la victoire de François Mitterrand en 1981, Robert Galley a soutenu les ambitions présidentielles de Jacques Chirac, ce qui l’a amené à devenir trésorier du RPR entre 1984 et 1990 dans une période où Pierre Messmer présidait le groupe des députés RPR (entre 1986 et 1988). Jacques Chirac avait alors réussi à rassembler au sein du RPR tous les barons gaullistes qui avaient pourtant marqué beaucoup de réticence à son égard sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing. C’est en raison de cette fonction de trésorier qu’il fut mis en examen en 1998 puis condamné en appel le 1er décembre 2004 à neuf mois de prison avec sursis pour complicité et recel dans l’affaire des emplois fictifs du RPR.


L'homme fort de Troyes

Son implication locale l’a conduit aussi à siéger au conseil général de l’Aube pendant presque vingt ans (mars 1970 à octobre 1988), et surtout pendant trente ans (1971-2001), au conseil municipal de Troyes dont il fut maire de 1972 (adjoint de mars 1971 à 1972) à juin 1995, date à laquelle il s’effaça au profit de François Baroin, jeune secrétaire d’État chiraquien de 30 ans, comme Jacques Chaban-Delmas s’était effacé à Bordeaux au profit d’Alain Juppé.

Rober Galley conserva néanmoins la présidence de la communauté du Grand Troyes (crée le 23 décembre 1993 sous l’appellation féline : CAT, Communauté d’agglomération troyenne) qu’il abandonna seulement en mars 2001 (à l’âge de 80 ans).


Retraité mais toujours passionné

Robert Galley prit donc tout doucement sa retraite, d’abord en 1995 en renonçant à la mairie, en 2001 à la présidence du Grand Troyes et en 2002 en ne se représentant pas aux législatives après une longue carrière parlementaire et ministérielle. J’ajouterais toutefois que sa retraite politique définitive a eu lieu en 2004 avec le verdict en appel du procès sur les emplois fictifs du RPR.

Très sensibilisé aux thèmes environnementaux, l’un de ses derniers engagements comme parlementaire fut son combat pour prévenir des inondations. Il fut même nommé le 26 octobre 2001 président de la commission d’enquête sur les causes, les conséquences et la prévention des inondations.

Jusqu’à la fin de sa vie, Robert Galley avait gardé l’esprit encore alerte et une passion toujours aussi fraîche pour son dévouement patriotique et ne cessait de rappeler les heures sombres de 1940 et l’importance de revenir toujours aux fondamentaux. Il l’avait encore redit à Michel Colomès, journaliste du journal "Le Point", qui l’avait interviewé en avril 2012.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (9 juin 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’activité parlementaire et ministérielle de Robert Galley.
Interview au journal "Le Point".
Le gaullisme.
Général De Gaulle.
L’héritage politique de De Gaulle.
Georges Pompidou.
Valéry Giscard d’Estaing.
Jacques Chirac.
François Baroin.


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2 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 11 juin 2012 12:09

    pas un mot sur ses magouilles


    • krolik krolik 12 juin 2012 11:31

      Et Robert Galley était un grand enthomologiste, collectionneur de papillons, sa collection doit se monter à 20 000 pièces.

      Il en récupérait beaucoup à l’issu des réceptions dans les ambassades africaines où avec l’aide des gardiens, autour des éclairages nocturnes. Il a même trouvé un papillon qui n’était pas référencé dans les bibliothèque officielles et qui porte son nom « galleytus ».

      On peut citer également son action pour la construction de la Tour Montparnasse, alliant les télécom et la Défense, puisque les deux derniers étages auquels on ne peut accéder par ascenseur sont réservé aux faisceaux hertziens du ministère de la défense... Les com avec l’Afganistan passent par là.. Lorsque l’on monte sur la terrasse de la Tour Montparnasse il faut se taper les deux derniers étages à pied, car le métal des ascenseurs induirait des défauts dans les transmissions hertziennes, donc pas d’ascenseur pour finir l’ascension.

      Lorsque le tupolev 144 s’est crashé au meeting du Bourget, étant Ministre de la défense, et ragardant la télé, Instananément il a fait boucler le périmètre et envoyé des gars de la DGSE pour récupérer des échantilons métalliques, et 10 heures après il avait sur son bureau un échantillonnage complet de la métallurgie soviétique sensée être à al pointe de la technologie locale..

      Un homme très concret qui ne se payait pas de mots..

      @+

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