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Accueil du site > Actualités > Politique > Rounds d’observation avant le KO

Rounds d’observation avant le KO

Il est assez commun d’entendre ou de lire à propos des enquêtes d’opinion, sondages en tout genre et même en grandeur nature (cantonales) : rien n’est joué, nous sommes très loin de l’échéance qui compte véritablement, celle de la présidentielle, les candidats ne sont pas encore en place et connus etc.
C’est à la fois vrai et faux.
C’est vrai en ce sens que l’histoire des élections présidentielles a bien montré que c’est en général vers la fin novembre de l’année qui précède l’élection que les choses commencent à prendre véritablement formes, que l’opinion commence à considérer véritablement l’élection, à s’en préoccuper. Ainsi à la lumière de cette expérience on pourrait conclure que 8 longs mois nous séparent de ce véritable « début »
Mais c’est faux de considérer ces périodes qui précèdent l'ultime ligne droite comme neutres, sans effets et facilement « réversibles » Au contraire ces moments sont souvent déterminants pour ce qui concerne l’ambiance de la future élection, son environnement, ses thèmes et, plus important, la validité de la présence ou non de tel ou tel candidat.

A ce titre on se rappellera certainement la légèreté d’un DSK en primaire contre Ségolène Royal en 2007, certain de sa supériorité intellectuelle et finalement éliminé de la course finale par une « Jeanne d’Arc » s’appuyant sur des enquêtes d’opinion favorables. L’homme du FMI en était pour ses frais et obliger de lui remettre, sur une petite clé USB, les propositions programmatiques dont elle ne fera aucun cas.

Il y a bien plus longtemps, le sortant Giscard d’Estaing longtemps certain de sa réélection ne vit pas venir dans cette période délétère la bombe à retardement des diamants de Bokassa. Considérés comme pacotilles sans véritable importance, d’abord négligés, puis avoués avec dédain, ils furent finalement un élément déstabilisateur indiscutable.
Ces exemples d’un autre âge, peuvent apparaître obsolètes ; ils sont cités ici pour démontrer que c’est pendant cette période « préliminaire » qu’ils furent à l’œuvre, loin de l’échéance véritable. Sans vouloir abuser des métaphores, comparons cette période aux premiers rounds d’un combat de boxe. Apparemment le jeu est égal, le combat relativement équilibré, mais les coups marquent imperceptiblement, usent. Chaque combattant retourne dans son coin avec une égalité apparente mais l’un est plus marqué que l’autre et lorsque le KO survient, ce n’est pas seulement à cause du merveilleux uppercut, mais parce que le gagnant l’a placé après une préparation de longue haleine et usante.
Nous sommes actuellement dans cette période ou les stratégies s’affirment, les coups se rôdent, les thèmes s’affinent. A ce titre la stratégie de l’UMP et tout particulièrement de Nicolas Sarkozy m’apparaît très mauvaise. Ils sont persuadés depuis longtemps que l’évolution des opinions française et plus largement européennes se déplace vers la droite de l’échiquier des idéologies. Ils demeurent figés sur la stratégie de 2007 avec le succès d’un siphonnage réussi des voix du FN. C’est sans compter sur deux variables qui ont radicalement changé.
Ce n’est plus Jean-Marie Le Pen qui dirige le FN et sera son candidat. Cet homme était plus « joueur » que véritable ambitieux en quête du pouvoir. Il s’amusait de ses frasques, de ses provocations et son visage défait au soir du premier tour de 2002 qui le qualifiait pour le second, était à lui seul un aveu. Rien de tel pour la fille, elle court véritablement la course et pas pour rire ! Elle se donne les moyens et travaille. Elle range dans un tiroir discret les accessoires repoussants du père : ils sont là, bien présents mais on ne les brandit plus comme seules amulettes. Surtout elle ajoute la dimension qui manquait au discours du père : la situation économique et sociale, la désespérance vis à vis des décisions prise ailleurs, d’un Bruxelles des marchands et des banques. Elle va même jusqu’à évoquer les délicates questions environnementales dont le père se préoccupait comme d’une guigne. En clair, Marine Le Pen propose la panoplie complète du parfait parti démagogique, épousant toutes les peurs et angoisses sans en omettre. Ce changement fondamental n’a semble-t-il pas encore franchi la barrière corticale des « siphonneurs » d’hier.
Ils en restent aux questions de sécurité et d’immigration pensant refaire le coup de 2007 alors que pour le plus grand nombre, les résultats ne sont pas à la hauteur des promesses qu’il ne fallait pas faire. Plus grave, la crise financière puis économique a mis à mal le slogan du travailler plus pour gagner plus, le pouvoir d’achat n’est pas ressenti comme étant au rendez-vous là encore promis et les banques un moment honteuses affichent à nouveau des profits confortables avec des traders tout autant frimeurs et faisant les beaux. Autrement dit l’UMP n’a pas toute la panoplie en magasin y compris dans son discours : on fait à fond sur la sécurité et l’immigration pour cacher l’incapacité à rééquilibrer la finance et le social. Certes la crise est passée par là, certes Marine Le Pen est incapable de répondre aux questions qu’elle soulève, mais dans cette phase tellement importante des « préliminaires » l’UMP est inaudible, non crédible.
Une erreur supplémentaire consisterait à croire qu’un « remplaçant » à Nicolas Sarkozy pourrait faire mieux. C’est encore une illusion que commencent à véhiculer certains membres de l’UMP affolés par le spectre de la déroute. Ils ne font qu’ajouter à la confusion et renforce l’image de looser qui se profile.
Il n’y a qu’une seule manière d’essayer d’éviter la casse définitive pour l’UMP et c’est Nicolas Sarkozy qui en détient la clé. Il doit radicalement tourner le dos à ses vieux conseillers usés, faire l’effort du grand coup de balais : Guéant est maintenant arrivé au stade d’un bon préfet ayant droit au hors cadre et aux pantoufles. Il arrivera bientôt à faire regretter Hortefeux, ce qui n’est quand même pas le moindre tour de force. Nicolas Sarkozy doit se résoudre à abandonner la stratégie du siphonnage sur sa droite, en aucun cas il pourra se hisser à la hauteur démagogique de Marine. C’est donc vers le centre, les républicains progressistes, les gaullistes sociaux qu’il doit réserver ses réflexions. S’il ne réincorpore pas cette dimension sociale-démocrate dans son discours et ses actes, l'affaire sera cuite. L’effort n’est pas mince, il suppose une remise en question d’une politique européenne et atlantiste trop affirmée, la perception sans équivoque de ce qui fut le thème de Jacques Chirac « la fracture sociale » C’est possible mais actuellement ce n’est pas le chemin parcouru et il ne faudra pas attendre trop longtemps : bientôt il sera trop tard. Les dernières annonces de l'augmentation des tarifs d'EDF rendus nécessaires en partie à cause d'une réglementation bruxelloise ne font que rendre les révisions européennes urgentes...

Cette note ne fait aucun cas des ambiguïtés profondes du PS et de ses propres difficultés dans cette phase préliminaire qui culminera pour lui à l’occasion des primaires ouvertes. Cette procédure peut d’ailleurs se révéler finalement payante, selon la manière dont elle sera organisée. Nous reviendrons sur l’analyse de ce côté-là de l’échiquier à l’occasion d’une note spécifique. Qu'il soit simplement souligné que le problème du PS se situera à sa gauche, ce qui devrait renforcer la nécessité pour l'UMP de se préoccuper du centre !

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10 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 24 mars 2011 09:55

    Bonjour, Jlhuss.

    D’accord avec la tonalité de cet article qui fait, à mon avis, des constats justes sur la situation politique du pays et l’importance relative, mais effectivement pas « neutre », que l’on doit donner aux sondages sur la présidentielle de 2012.

    Un point de désaccord avec vous concernant 2007 : s’il est vrai que DSK s’est montré « léger » par suffisance durant les primaires socialistes, il est faux en revanche d’affirmer que Ségolène Royal a gagné, portée par les sondages. Elle a en réalité bénéficié d’un véritable vote d’adhésion de la part des militants, de tous ces gens qui, loin de la rue de Solférino, battent le pavé pour porter les couleurs de leur parti. Et ce vote n’a pas été dicté par les sondages.


    • NeverMore 24 mars 2011 10:33

      Il y a dans notre pays énormément de gens talentueux qui peuvent se mettre au service du pays. MLP est intelligente, elle sait qu’elle n’a pas la science infuse, elle a la volonté et saura s’entourer.

      Un président (une présidente) n’est pas un multi-expert universel et doit s’entourer d’une équipe. Seule la direction est à donner, et même cette direction peut être trouvée de façon collégiale.
       
      Comparez avec Sarkosy et ses prétendus deux cerveaux (dixit Carla) , dont on pourrait espérer qu’il se serve de la moitié d’un, et qui dispose d’une équipe d’une trentaine de têtes qu’il passe son temps à rabaisser.


      • Cocasse cocasse 24 mars 2011 10:53

        En clair, Marine Le Pen propose la panoplie complète du parfait parti démagogique, épousant toutes les peurs et angoisses sans en omettre

        Je trouve cette phrase ridicule.
        N’importe quel parti devrait avoir un bon panorama de tous les secteurs.
        Ce que vous dénoncez est justement une qualité.
        Il n’y pas de « peurs » ou d’angoisses là dedans. En voilà un raccourci sans logique.
        En ce cas, cela s’applique à n’importe quel politique de tout bord.
        Valable pour NDA, mélechon, Asselineau, et tous les autres.

        certes Marine Le Pen est incapable de répondre aux questions qu’elle soulève

        Vous parlez d’un sujet que vous ne maitrisez pas. Elle répond souvent à ces questions. Mais c’est vrai que pour le constater, il faut faire l’effort de s’intéresser à ses interventions.
        Donc, les gens préfèrent en rester à leurs préjugés.


        • tigron 24 mars 2011 11:23

          c’est incroyable cette haine constante contre un parti républicain qu’est le Front national !

          Incapable qu’ils sont de voir que c’est le seul parti qui défend véritablement les Francais.
          Quand ouvriront-ils les yeux !!

          • Fergus Fergus 24 mars 2011 12:06

            Bonjour, Tigron.

            Il manque une partie de phrase à votre commentaire : « le seul parti qui défend les Français les plus xénophobes ». Et c’est bien là le problème : nombre de gens se laissent abuser de bonne foi par un discours populiste qui souligne de vraies difficultés sociales mais apporte de très mauvaises solutions.


          • LE CHAT LE CHAT 24 mars 2011 15:08

            @ fergus

            en disant cela , que les electeurs FN se font abuser , tu les prend pour des crétins !

            ceux qui se font abuser , ce sont les electeurs socialos qui votent pour un parti au service des nantis de la finance , ce sont les électeurs UMP à qui on promettait une présidence du pouvoir d’achat , ce sont les electeurs des verts à qui on vend des peurs et un asservissemnt au PS ! tous ces partis ont de plus trahi le peuple français en votant le traité de Lisbonne en piétinant le référendum 2005 et se sont discalifiés pour se prétendre être des partis républicains !


          • Fergus Fergus 24 mars 2011 15:54

            Salut, Le Chat.

            Je ne prends pas les électeurs du FN pour des crétins, mais pour des naïfs, ce qui n’a rien à voir. L’histoire récente montre d’ailleurs que la naïveté est l’une des caractéristiques les répandues de l’électorat de tous bords, et j’en ai moi-même fait preuve en différentes occasions. N’oublions pas, en outre, que ’est grâce à cette naïveté que Sarkozy a été élu en 2007, précisément sur des promesses populistes et démagogiques.

            Bonne journée.


          • LE CHAT LE CHAT 24 mars 2011 23:02

            @Fergus

            si les naifs ne votaient pas , on aurait au moins 92 % d’abstention , il resterait les fanatiques , les cyniques et les calculateurs  smiley

            bonne soirée


          • Taverne Taverne 24 mars 2011 11:31

            Attention ! Siphonner les idées des siphonnés peut nuire à la santé.


            • eric 24 mars 2011 17:34

              Dans la plupart des sondages, on obtient de l’ordre de 55%-60% d’intention de vote a droite.
              Dans ce pourcentage, ce qui monte le plus, c’est le vote pour un parti qui trouve que la politique actuelle n’est pas assez a droite.. Dans l’autre camps, le candidat qui connait les scores les plus élevés dans les sondages et celui dont l’image est la plus droitière.
              Jamais depuis 1958, on avait eu une telle vague de fond. Et cela, en période de crise et en l’absence d’alternance depuis longtemps.

              La pensée de gauche est une pensée analytique du 19eme sciecle. Elle découpe les problèmes pour les comprendre. Elle voit partout des actions réactions, des conflits. Mal les interactions C’ est une pensée qui segmente : les classes, les « diversités », les « genres », les électeurs, les langues régionales, les statuts ( prive ou public). C’est une pensée de l’apartheid. La pensee de droite cimente. Elle perçoit mal les différences. Elle est plus souple, plus portée aux compromis, plus plus moderne en un mot.

              La montée partout dans le monde d’un vote de droite majoritaire, la droitisation des gauches de gouvernement, a situation économique et sociales variées, est le fruit d’un rejet profond des pensées de gauche comme weltanshauung.
              L’extremisation des ultra gauche, reliquat du passe, est aussi le fruit de ce rejet.
              Le repli des gauches en général sur des niches sociologiques également.

              C’est pourquoi les contextes économiques, politiques et sociaux peuvent jouer un rôle a la marge, mais pas fondamentalement inverser le centre de gravite de tout discours potentiellement gagnant. Le combat de fond est un combat culturel entre gauche et droite. Je ne pense pas qu’il puisse être gagne par un candidat de droite qui ferait trop de concessions a la pensée archaique de gauche.

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