Le gouvernement sort du bois : les pistes suivies pour le projet de réforme de l’éducation ont été diffusées dans la presse. L’objectif poursuivi par le gouvernement est clairement la réduction des coûts, à court, voire très court terme.
Parmi les mesures phares envisagées, citons : la poursuite du non remplacement des professeurs partant en retraite, l’augmentation du nombre d’élèves par classe, la suppression des réseaux d’aides spécialisées pour les enfants en difficulté (RASED), l’ouverture des postes de remplaçants à des personnels de moins en moins formés, la baisse de la scolarisation des moins de trois ans, l’abandon des psychologues scolaires, ou encore l’éviction des intervenants étrangers enseignant leur langue dans les écoles primaires. Tout semble visiblement bon pour faire gagner de l’argent à l’état (sauf bien entendu rogner le bouclier fiscal) .
La droite poursuit donc sa politique de désengagement dans ce qui constitue le pilier de la démocratie. Et il est simple de voir à quel point le discours du gouvernement se heurte à ses contradictions. En effet, celui-ci n’a de cesse de mettre en avant les problèmes d’incivilité, de violence, de cohésion sociale, et d’intégration, qu’il regroupe sous le vocable tant usité d’ « insécurité » . Les solutions qu’il préconise et met en oeuvre sont des expédients : renforcement des moyens policiers, généralisation de l’emploi de la surveillance vidéo, instauration du couvre-feu pour les moins de 13 ans, contrôles systématiques des papiers et permis de séjour principalement dans les banlieues, renvoi hors de nos frontières de ceux qui ne peuvent se prévaloir d’en posséder. Elles nous plongent un peu plus chaque jour dans une société Orwellienne, et leur évaluation révèle leur inefficacité. Qu’importe, nous poursuivons la politique du chiffre, et comme souvent, l’objectif véritable n’est pas tant d’obtenir une amélioration de la situation, mais bien de donner l’illusion d’agir.
Quand le pouvoir se décidera-t-il à se tourner vers une politique de fond, à traiter les problèmes dans leur ensemble, à proposer une vision de l’évolution de notre société non pas sur 5 ans, mais bien sur 10, 20, 50 années, en un mot à se décider à agir pour la société et non plus à seule fin électoraliste ? Car si le gouvernement voulait réellement lutter contre les problèmes qui ont été évoqués, il conviendrait que le premier effort à faire, fondamental, porte sur l’enseignement et l’instruction que nous donnons à nos enfants. Et ce sont des moyens gigantesques qu’il engagerait, plutôt que de chercher à rogner tant bien que mal les budgets en éliminant le plus possible de postes de professeur. Quarante élèves par classe, à la bonne heure ! C’est dix qu’il en faut. Les études confirment ce que la logique la plus élémentaire souffle à l’intuition : les classes à effectif réduit permettent aux élève d’accéder aux meilleures conditions d’apprentissage, le professeur pouvant gérer au mieux les problèmes de discipline et consacrer plus d’attention à chacun des élèves. Quant au soutien personnalisé, il doit être, non pas maintenu, mais renforcé, et généralisé à toutes les classes d’âge. Car les enfants en souffrance, qui connaissent la misère, le meurtre et le viol, ont aussi le droit d’apprendre à lire et à écrire. Ainsi de tous les moyens que M. Chatel, ministre de l’Education, se propose de retirer aux enseignants.
Le coût de ces mesures serait exorbitant ? Oui certes, mais il faudrait comparer les chiffres avec les sommes investies pour sauver le système financier. Et au delà de ces considérations pécuniaires, réaliser que l’instruction de nos enfants est le seul investissement qui puisse se prévaloir d’une efficacité à long terme. En effet, les effets bénéfiques d’un tel plan dépassent largement la lutte contre l’insécurité, priorité de nos gouvernants. Car si les moyens lui sont donnés l’instruction pourra enfin redevenir le socle de la démocratie. Elle sera garante de la cohésion sociale, de l’égalité entre tous, et porteuse d’un véritable espoir, celui d’une inversion des valeurs actuelles : la soif de la connaissance et de la sagesse, dépassera à nouveau l’amour de l’argent et de l’immédiateté, comme la recherche de l’harmonie sociale dominera l’individualisme outrancier. Comment ne pas voir que le manque d’éducation de la société est à la source de tous ses maux ? L’ignorance tue, chaque jour. Elle est la base sur laquelle s’appuie les gouvernements autoritaires. La démocratie souffre de l’obscurantisme, car sa survie dépend de l’existence de citoyens éclairés, responsables, ayant conscience des enjeux de notre siècle, et de la situation exceptionnelle à laquelle nous sommes confrontés. Jamais dans son l’histoire l’humanité n’a connu de si rapides mutations : la technologie que nous avons acquise depuis un siècle et les progrès de la science nous confère des pouvoirs gigantesques dont les conséquences nous dépassent. Plus que jamais, la connaissance et le savoir doivent triompher de l’obscurantisme que certains, sans vision ni projet, veulent voir régner, afin de mieux confisquer un pouvoir qu’ils sont ni désireux ni capables de mettre au service de la société qui le leur a confié.

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