Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > Sans désordre, aucune démocratie ne peut survivre

Sans désordre, aucune démocratie ne peut survivre

La grande primauté accordée par Sarkozy à l’ordre conduit à déstabiliser en profondeur l’équilibre du système français.

Dans son livre « Introduction à la pensée complexe », Edgar Morin aborde notamment la question du fonctionnement des organisations et leur capacité à « vivre et traiter avec le désordre » :

« Le facteur « Jeu » est un facteur de désordre mais aussi de souplesse : la volonté d’imposer à l’intérieur d’une entreprise un ordre implacable est non efficiente…

Autrement dit, l’économie de l’URSS a fonctionné grâce à cette réponse de l’anarchie spontanée de chacun aux ordres anonymes d’en haut et, bien entendu, il faut qu’il y ait des éléments de coercition pour que cela marche. Mais ça ne marche pas seulement parce qu’il y a la police, etc. ça marche aussi parce qu’il y a une tolérance de fait à ce qui se passe à la base et cette tolérance de fait assure à la marche d’une machine absurde qui, autrement, ne pourrait pas fonctionner…

C’est la résistance à l’intérieur de la machine qui a fait marcher la machine…

On peut dire grossièrement que plus une organisation est complexe, plus elle tolère le désordre…

A la limite, une organisation qui n’aurait que des libertés, et très peu d’ordre, se désintégrerait à moins qu’il y ait en complément de cette liberté une solidarité profonde entre ses membres. La solidarité vécue est la seule chose qui permette l’accroissement de complexité. »

Ce texte vient pour moi comme en résonance avec le fonctionnement actuel de notre démocratie et de pas mal de débats d’aujourd’hui.

Par exemple, c’est un des thèmes abordés par le film Welcome et les discussions qui en ont suivi : Est-ce que l’application brutale et sans faille de la loi ne conduit pas à une attitude inhumaine face à la détresse des sans-papiers en transit à Calais ? Est-ce que l’humanité ne vient de ce facteur de désordre local où des individus vont décider d’enfreindre la loi pour apporter assistance ? Est-ce que, si l’on refuse d’accepter ce « désordre » local, on ne va pas aboutir à un rejet complet de la loi et donc à l’éclatement de tout le système ?

Plus généralement, la volonté de Sarkozy de contrôler au maximum la mise en œuvre et de viser à une stricte application revient à ramener au minimum tout désordre. Or, pour reprendre l’expression d’Edgar Morin, le désordre est le « facteur jeu » qui apporte la souplesse nécessaire. Du coup, Sarkozy déstabilise en profondeur tout le fonctionnement de notre démocratie : ne pouvant plus « jouer » dans le système, bon nombre d’acteurs sont poussés à s’y opposer globalement. Les tensions montent, au fur et à mesure que se réduisent les marges de manœuvre.

Est-ce parce que Sarkozy pense que la solidarité entre français – quelles que soient leurs origines et leurs positions – n’est pas assez profonde pour une organisation avec beaucoup de libertés, qu’il développe une organisation fondée sur l’ordre ? Je ne suis pas sûr que ce soit le fruit d’une réflexion consciente, mais c’est une réalité.

On voit que la question de l’accroissement des solidarités est au centre de toute réflexion sur la mise en place d’une nouvelle politique plus ouverte et plus désordonnée…


Moyenne des avis sur cet article :  4.23/5   (26 votes)




Réagissez à l'article

57 réactions à cet article    


  • vincent p 31 mars 2009 12:48

    Est-ce parce que Sarkozy pense que la solidarité entre français – quelle que soient leurs origines et leurs positions – n’est pas assez profonde pour une organisation avec beaucoup de libertés, qu’il développe une organisation fondée sur l’ordre ? Je ne suis pas sûr que ce soit le fruit d’une réflexion consciente, mais c’est une réalité.

    il me semble avoir lu la citation suivante quelque part :

    Plus le gouverneur recherche à mettre de l’ordre et plus le désordre règne dans le peuple.

    Mais pour quelle raison ? Je ne sais pas si cela vient de Lao Tseu faudrait que je vérifie plus tard.



    • Robert Branche Robert Branche 31 mars 2009 12:54

      Joli citation tout à fait dans l’esprit de mon propos. 
      Merci si vous pouvez en retrouver l’origine smiley


    • vincent p 31 mars 2009 17:36

      Je zuis confuuus, je ne me souviens pas du tout d’ou est-ce qu’elle peut venir cette citation, après recherche pour votrepart, par contre j’en ai une autre à vous de voir : " Plus Sarko le magnifique veut en faire et plus il descend dans l’estime de l’autre ". C’est dommage il pourrait certainement mieux faire mais bon patience son mandat n’est pas encore fini, il peut encore évoluer faire le bien du peuple, les gens ne persistent pas toujours dans l’erreur d’une conduite, je l’espère en tous cas pour lui et les siens.

      Quelques citations du TAOTEKING à méditer : 


      Afin d’établir l’ordre dans le pays, les lois sont créées. Néanmoins, les lois ne doivent pas être trop sévères.
      Quand les lois et les répressions deviennent trop strictes, alors le nombre de personnes mécontentes et en opposition s’accroît. Plus les lois se manifestent, et plus les voleurs s’accroissent.

      Quand les gens aspirent à l’accumulation d’une multitude de choses inutiles, ils deviennent pauvres spirituellement. Quand ils produisent trop d’armes, alors inévitablement le vol et le désordre surviennent.

      Si quelqu’un promet d’exécuter de grands travaux rapidement, une telle personne n’est pas digne de confiance…

      Les gens sont l’assise de leur dirigeant. Par conséquent, ces dirigeants terrestres qui s’élèvent n’ont pas une assise forte. Cela se produit parce qu’ils ne considèrent pas les gens en tant qu’assise. C’est leur erreur.

      Quand les dirigeants terrestres règnent dans le calme et l’harmonie, les gens aussi sont calmes et paisibles. Et ils n’aspirent pas à quoi que ce soit en dehors de ce bien-être…

      Au contraire, si les dirigeants terrestres agissent avec irritation et agressivité, alors les personnes
      commencent à souffrir.

      Si la noblesse et les dirigeants du pays vivaient en harmonie avec Tao (l’être) — les gens ordinaires seraient paisibles et calmes. Le ciel et la terre s’uniraient alors en harmonie ; la prospérité et le bien-être viendraient ; le peuple serait calme sans qu’on leur ordonne !




    • Robert Branche Robert Branche 31 mars 2009 13:17

      Soit nous allons vers une nouvelle conception de la démocratie prenant en compte tous les changements en cours,
      Soit ... je préfère ne pas trop y penser...


    • Robert Branche Robert Branche 3 avril 2009 02:03

      oui je n’aime pas trop ce genre de nouvelles, mais attention aux "risques d’intoxication" : est-ce une source sure ?


    • Walden Walden 31 mars 2009 13:27

      "Est-ce parce que Sarkozy pense que la solidarité entre français – quelles que soient leurs origines et leurs positions – n’est pas assez profonde pour une organisation avec beaucoup de libertés, qu’il développe une organisation fondée sur l’ordre ?"

      Mon impression est que son action fortement idéologique répond à un réflexe atavique, qu’il n’est pas capable d’imaginer la solidarité, que ce n’est pas dans sa culture, laquelle ressort plutôt de la "méritocratie" comprise comme "que le meilleur gagne". Le meilleur au sens de "l’état de nature", c’est-à-dire : le plus fort, le plus "décomplexé" (= le moins scrupuleux).

      A propos de solidarité, une proposition d’action pour soutenir la réflexion smiley :
      http://www.delinquants-solidaires.org/


      • Robert Branche Robert Branche 31 mars 2009 13:37

        Merci pour le lien et la proposition d’action en ligne avec l’article smiley
        Concernant Sarkozy, je crois qu’il en est effectivement trop resté à une vue du développement qui passe par la victoire sur l’autre et la compétition, et non pas par la collaboration (ce n’est pas un gros mot, même si, à cause de 40-44, il a pris une coloration péjorative !) et la solidarité.
        Nous sommes trop nombreux sur terre et trop tous connectés pour continuer via la compétition !


      • LE CHAT LE CHAT 31 mars 2009 13:45

        la législation française avec ces kilomètres de textes de lois imbitables , est un tel maquis qu’elle est une incitation à les violer , personne ne comprend rien et certains textes sont contredits par d’autres ....

        Une loi simple et compréhensible par le commun des mortels serait certainement plus respectée !


        • Robert Branche Robert Branche 31 mars 2009 13:57

          oui mais cela suppose une refonte en profondeur ... et la remise en cause de bon nombre d’organisations administratives qui ne vivent que de cette complexité... 
          Et comme le pouvoir politique confie aux administrations ces travaux de simplification, simplification qui supposerait qu’elles se remettent en cause, cela avance ... lentement (moins vite que le travail parallèle qui lui crée de nouvelles lois et de nouveaux règlements )  !


        • Céline Ertalif Céline Ertalif 31 mars 2009 20:04

          La pente naturelle de l’administration est de préciser et de complexifier parce qu’elle doit mettre en oeuvre et qu’elle est toujours confrontée à la contrainte d’appliquer une règle unique et simplificatrice à la variété des situations. Pour le fonctionnaire, face au cas concret, la loi n’est jamais assez sophistiquée.

          Le rôle du politique est au contraire de donner une vision, de simplifier et de rendre perceptible les enjeux essentiels. Quand les politiques ne jouent plus leur rôle, les mécanismes administratifs débordent de partout. C’est ce que nous connaissons très bien.

          Je suis moyennement d’accord avec cet article. Sarkosy est dans le simulacre d’autorité, il me met pas d’ordre. Regardez la loi Création et Internet : le gouvernement dévalorise de lui-même la loi et sa propre autorité en instaurant une loi inapplicable et en créant une Hadopi à 30 millions par an, dans le plus pur style organisme théodule pour copains fonctionnaires réfugiés.


        • Robert Branche Robert Branche 31 mars 2009 20:08

          @Celine
          Je suis d’accord que la volonté d’ordre se perd dans les méandres de la mise en oeuvre (trop de textes, trop de zapping ... donc perte d’efficacité... mais ce n’est pas plus mal aussi.. ;), mais la volonté de l’ordre est bien là.


        • Céline Ertalif Céline Ertalif 31 mars 2009 21:20

          Oui, mais qu’est-ce qu’une volonté qui n’a pas d’efficacité ? Sarko a basé toute sa campagne présidentielle sur le volontarisme : lui, le vibrionnant, le super-actif, est capable de par la puissance de sa personne de modifier le cours des événements. La réalité : un ludion, un pragmatique sans vision, dans le domaine économique comme dans la diplomatie franco-chinoise, incapable d’aborder la baisse relative du pouvoir de l’Etat et donc de son premier représentant, lui-même. Le vrai sujet, c’est l’affaiblissement des institutions politiques au niveau national. Autrement dit, le vrai sujet politique national d’aujourd’hui est un tabou. Arrêtons de dire que Sarko a une volonté parce qu’il en donne un spectacle permanent. Je suis désolée, ce qui caractèrise notre Président, c’est l’incapacité à déléguer et à manager, ce qui en politique ne confère pas à la volonté personnelle mais à la médiocrité.

          Sinon oui, un peu de place au désordre est utile dans une société. L’affaiblissement des institutions nationales est une tendance lourde qui va nous protéger un moment !


        • Céline Ertalif Céline Ertalif 31 mars 2009 21:55

          Je suis en train de regarder Agoravox TV : à cet article. Voir le début de la vidéo n°2, au sujet de la volonté de Sarko.


        • Robert Branche Robert Branche 31 mars 2009 23:29

          ok je suis d’accord à 100% avec tout votre analyse sur Sarkozy... ce qui, pour moi, ne change pas le fonds de mon article ! Mon propos est plus général, et est une réflexion sur l’exercice de l’autorité et la nécessaire dualité entre ordre et désordre


        • Marianne Marianne 2 avril 2009 09:23

          Voici 2 liens qui vont je pense dans le sens de votre article :

          Un article et une discussion intéressante sur le G20 qui se tient aujourd’hui à Londres :

          http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=53492#commentaires


          sur le même sujet, le journal de Jaurès :

          http://www.humanite.fr:80/spip.php?page=lettreinformation&id=415


        • Polemikvictor Polemikvictor 31 mars 2009 14:05

          "Sans désordre, aucune démocratie ne peut survivre"
          Peut etre mais je suis sur que la proposition contraire est plus conforme :
          "Sans démocratie, aucun désordre ne peut survivre"


          • Robert Branche Robert Branche 31 mars 2009 14:16

            oui vous avez tout à fait raison, dans le sens que, sans démocratie, la désordre conduit à l’explosion sociale : l’un est indissociable de l’autre


          • PtitLudo PtitLudo 31 mars 2009 14:34

            Merci pour l’article. Eh oui la recherche de l’ordre absolu est une absurdité. Je prends l’exemple de la société dans laquelle je travaille depuis plus de 10 ans. Au début le travail se faisait naturellement, en toute intelligence et de façon humaine. Un problème à résoudre, on ne se posait pas de question, on se retroussait tous les manches et on y allait.

            Seulement ce type d’organisation ne plaisait pas aux dirigeants. Pourquoi ? C’est simple. Parce que des gens compétents et qui connaissent leur métier au bas de la pyramide ça ne va pas, car de telles personnes, il faut les considérer, reconnaitre leur travail, leur faire confiance, les rémunérer à leur juste valeur.

            Sont alors arrivées des armées de consultants qui ont alors sorti le mot magique "Industrialisation". Objectif : découper un travail à effectuer en une multitudes d’unités d’oeuvres pouvant être affectées à une multitude d’intervenants. Bénéfices pour les dirigeants : les exécutants n’ont plus à avoir une réelle connaissance, ils appliquent une procédure sans se poser de questions, ils sont interchangeables, on n’a plus besoin de les reconnaitre ni de trop les rémunérer car à la limite n’importe qui est en mesure d’effectuer la même tâche.

            Seulement ça c’est le monde parfait, en gros comme si on était des fourmis (ça tombe bien je suis actuellement en train de lire "La ruche d’Hellstrom" de Franck Herbert). En réalité pour faire avancer un tel système, il a fallu mettre en oeuvre un tas de procédure administratives toutes plus absurdes les unes des autres.

            Résultat le système, en le laissant vivre de lui-même, se sclérose en peu de temps. Solution : Mettre en place des managements par la pression et la peur, menant à un mal-être des salariés (les mêmes qui il y a 10 ans avaient du plaisir à effectuer leur travail).

            Maintenant on peut extrapoler celà à un niveau national et ça peut être inquiétant.


            • Robert Branche Robert Branche 31 mars 2009 14:42

              Merci pour ce témoignage très clair : je suis moi-même consultant et je "lutte" contre la logique que vous présentez dans ce que vous avez vécu. Ceci montre bien que "l’industrialisation" et l’uniformisation ne sont des approches réelleement efficace. C’est ce que je développe dans mon livre Neuromanagement.


            • PtitLudo PtitLudo 31 mars 2009 14:52

              Bien sûr mais encore faut-il que les dirigeants soient convaincus qu’ils font fausse route, et qu’ils reconnaissent leur erreur, et là c’est pas gagné. Car pour les lampistes, malheur à ceux qui remettent en cause ou ironisent sur le système.


            • Robert Branche Robert Branche 31 mars 2009 14:55

              effectivement c’est là où certains consultants peuvent être utiles par leur capacité à remettre en cause de l’extérieur


            • Céphale Céphale 31 mars 2009 14:58

              Selon Hobbes, défenseur de la monarchie, le souverain ne peut rien faire contre l’intérêt du peuple, même sous la contrainte, car l’ordre qu’il impose évite au peuple de revenir à la pire des situations : l’état de nature, état dans lequel « l’homme est un loup pour l’homme ». Toute révolte du peuple risque de faire réapparaître l’état de nature.

              C’est bien la philosophie de Sarkozy, non ?


              • Robert Branche Robert Branche 31 mars 2009 15:07

                Posons-lui la question ! smiley


              • brieli67 31 mars 2009 15:43

                ma mère
                http://www.agoravox.fr/commentaire_static.php3?id_article=53693&id_forum=2059673
                vous a dans le collimateur avec sa ronde de Zozos
                avouez leur d’emblée que vous êtes de droite hors UMP vers l’extrême
                et il vous ficheront la paix.
                Sinon ce sera le "bal des sorcières" sur vos fils..


                • Traroth Traroth 31 mars 2009 16:13

                  Comme disait un capitaine quand j’ai fait mon service militaire : "quand c’est trop carré, ça tourne pas rond !"


                  • COLRE COLRE 31 mars 2009 17:24

                    Voici un article qui crée du sens ! cette connexion est intéressante entre la pensée complexe de Morin et la question des clandestins et autres sans-papiers (tel le jeune homme du film). 

                    Il se trouve que je viens de voir hier soir Welcome et que j’ai été prise par cette histoire poignante. Depuis toujours j’ai vécu la contradiction consistant à savoir que, d’un côté, l’immigration démesurée et libre est impossible, invivable par aucune société ; mais que par ailleurs, il est également impossible de ne pas aider ces malheureux, ni les plaindre, ni d’être, en qque sorte, de leur côté.

                    J’ai toujours pensé qu’il y avait, dans cette apparente contradiction, toute la différence entre des chiffres, froids et abstraits, celui des étrangers ou des quotas, et des personnes, réelles, en chair et en os, pour de vrai. Oui entre des personnes et des chiffres, y a pas photo.

                    Votre analyse me parle. Quand vous dites : 

                    "Est-ce que l’application brutale et sans faille de la loi ne conduit pas à une attitude inhumaine face à la détresse des sans-papiers en transit à Calais ? Est-ce que l’humanité ne vient de ce facteur de désordre local où des individus vont décider d’enfreindre la loi pour apporter assistance ? Est-ce que, si l’on refuse d’accepter ce « désordre » local, on ne va pas aboutir à un rejet complet de la loi et donc à l’éclatement de tout le système ?"

                    Car, finalement, c’est ce que je ressentais de façon vague : oui, il y a des lois et des interdits, d’accord, mais il faut aussi laisser l’aide spontanée se vivre. Il faut de la souplesse (d’aucuns crieront à l’hypocrisie ou l’incohérence), il faut du "jeu" dans le mécanisme social, il faut de l’humanité pour huiler les rouages de la société. 


                    • Robert Branche Robert Branche 31 mars 2009 17:42

                      merci pour votre commentaire qui vient à l’appui de mon article. Je mène actuellement une réflexion personnelle autour de ce thème, l’objectif étant un livre prévu pour la fin de l’année... Je crois en effet qu’il nous faut - et pas seulement en France - mener une réflexion de fond sur le fonctionnement de nos sociétés et la politique associée


                    • YPS ! 31 mars 2009 17:28

                      "Le meilleurs gouvernement est celui qui gouverne le moins"
                      De Henry David THOREAU dans "La désobéissance Civile".


                      • Marsupilami Marsupilami 31 mars 2009 18:00

                         @ Robert

                        Bon article comme d’hab. L’excès d’ordre (la dictature) engendre toujours un excès de désordre (l’anarchie au sens socio-pathologique de ce terme) et vice-versa. Récurrente antienne. Et la démocratie, c’est effectivement une quête aléatoire d’équilibre dynamique entre ordre et désordres tous deux nécessaires. Tout est affaire de dosages et rien n’est évident. D’ailleurs tout être humain normalement constitué est fait d’ordre et de désordres qui se compensent. Il est à remarquer que l’ordre se veut toujours unique et le désordre, multiple. Ce qui revient à dire que la démocratie est une tentative de de concilier l’unique et le multiple. "Vaste programme", comme disait De Gaulle à propos d’autre chose finalement connexe. Dans ce dosage démocratique toujours mouvant et incertain, le général correspondait à une certaine overdose de l’unique contre la "chienlit" du multiple. Et Sarko là-dedans ? Il penche pas mal du côté de l’unique, mais il semble préférer un entre-deux qui est un "deux" entre l’unique et le multiple : la confrontation permanente en tant que moyen de ne pas trancher entre le multiple et l’unique. Sic transit gloria mundi...


                        • Robert Branche Robert Branche 31 mars 2009 18:14

                          Amisant que vous parliez de la citation "vaste programme", car j’en parle dans mon autre article paru ce jour aussi sur Agoravox


                        • Marsupilami Marsupilami 31 mars 2009 18:38

                          @ Robert

                          Je vais lire ça. Pour l’anecdote personnelle, en moi cohabitent un anar de droite foncièrement pour les désordres de la liberté absolue, et un social-démocrate foncièrement pour l’ordre que représentent la justice, la solidarité et l’égalité. C’est le second qui maîtrise le premier selon un dosage mouvant mais nettement orienté. C’est ma petite synthèse démocratique à moi !


                        • Le péripate Le péripate 31 mars 2009 22:16

                           Les exemples d’ordre émergent à partir du désordre sont si nombreux qu’à moins d’un profond aveuglement, il faut bien admettre que c’est la matière même du monde. Du cristal de neige à la société humaine, en passant par la feuille d’un arbre. 
                          Un auteur du 18ème siècle avait même employé l’image de "la main invisible". Les esprits forts s’en gaussent, mais ils faut les laisser ricaner. Ils ne savent pas, c’est tout.


                          • Walid Haïdar 1er avril 2009 02:01

                             Il s’agit ici de mettre en exergue la nécessité, pour qu’un ordre subsiste et se développe, que cet ordre ne soit pas trop stricte, c’est à dire qu’il ne soit pas complet. Cette marge permet la respiration nécessaire aux émergences qui créent l’ordre en le redéfinissant perpétuellement.

                            La main invisible c’est la croyance en le fait que le capitalisme et l’économie de marché permettent de générer le meilleur monde possible.

                            Ce sont deux problématiques d’ordres différents.

                            Pour vous en rendre compte, imaginez que je stipule "l’anarchie, l’absence totale d’ordre institutionnel, génèrera naturellement de l’ordre, un ordre naturel qui sera le meilleur possible".

                            Je me situerai sur le même plan que l’idée de la main invisible du marché. Sur ce plan mon assertion sera concurrente de celle d’Adam Smith. L’idée mise en avant dans l’article n’est pas plus favorable à l’une qu’à l’autre pourtant, contrairement à ce que vous insinuez : la main invisible n’est pas justifiable par la nécessité de respiration de système.

                            La question de laisser des marges floues dans la définition de l’ordre est différente de la question de savoir quel ordre nous voulons ériger en tant que communauté humaine.


                          • Le péripate Le péripate 1er avril 2009 07:19

                             Il y a une condition que vous rajoutez, dont je ne vois pas la nécessité : "et que cet ordre (émergeant du désordre) soit le meilleur possible." Personne ne dit ça. On doit toujours, en théorie, trouver un ordre construit qui soit le meilleur possible. Mais, en théorie seulement. De la même manière, un créateur omniscient et omnipotent devrait pouvoir construire un corps humain sans maux de dents et sans maladies. Mais ce n’est pas ce que on observe. C’est tout.


                          • Walden Walden 1er avril 2009 10:35

                            L’auteur en question s’appelle Adam Smith smiley
                            Sa fameuse notion de "main invisible" est à prendre avec des pincettes :

                            - soit pour ce qu’elle paraît, une simple métaphore poétique qui ne résiste pas à l’analyse rationnelle, et donc à considérer avec le recul qu’il convient ;

                            - soit pour une assertion sérieuse, qui ressort alors davantage de la pensée magique - destinée à étayer une idéologie par ailleurs insoutenable selon des critères humanistes.


                          • Le péripate Le péripate 1er avril 2009 10:48

                             smiley Vous avez gagné les oeuvres complètes de F. Hayek.... Bravo.

                            Le problème, c’est que justement l’analyse rationnelle le démontre (c’est la complexité de Morin, avec les mots de l’époque), mais les constructivistes détestent s’entendre rappeler que tous leurs efforts consistent à pédaler dans la choucroute, que le résultat de leurs savants calculs sont toujours déjoués sans aucune exception, et qu’ils se réfugient dans la pensée primitive, pensée magique par excellence où tout a une cause, et où toute cause a un effet, causes et effets dont en petits dieux ils ont naturellement une compréhension infinie.

                            Pour contrôler le monde, contentez vous de jouer aux échecs, ou à SimCity. smiley Ca devrait suffire à exercer votre intelligence.


                          • William7 1er avril 2009 11:08

                            Cette critique du constructivisme (selon la terminologie libérale) , indique, pour des raisons purement idéologiques, que toute volonté de changement social, ou de transformation sociale est destinée à produire le totalitarisme. Risible.

                            https://www.catallaxia.org/wiki/Pascal_Salin:Lib%C3%A9ralisme_contre_constructivisme

                            Il faut lire ses adversaires politiques !!


                          • Le péripate Le péripate 1er avril 2009 11:15

                             Caricaturer les positions de l’adversaire pour les démonter est un sophisme courant et banal. Vous n’êtes pas très original. 

                            Sur le même mode, je dirais donc : adepte de la religion marxiste qui sait l’exploitation de l’homme par l’homme et qui vise à l’en libérer, vous croyez que tout est idéologie, la science, l’économie, et la cuisine au wok.

                            Pitoyable.

                             smiley


                          • William7 1er avril 2009 13:48

                            Caricature, smiley

                            N’est-ce pas pourtant une des thèses centrales d’un théoricien du libéralisme (Hayek), pour qui l’ordre spontané du marché capitaliste ne doit subir aucune contrainte....sauf à légitimer le droit de coercition de l’Etat pour étouffer les actions syndicales bien entendu (Mais bon, je caricature !). smiley


                          • Le péripate Le péripate 1er avril 2009 15:23

                             Quand Hayek écrit "la route de la servitude" (j’imagine que c’est ce livre que vous avez lu), il le fait en historien et aussi pour avertir le public du danger de laisser l’état s’occuper de tout. Jusqu’à aujourd’hui, l’histoire lui a toujours donné raison. Contrairement à ce que vous affirmez, il n’est pas pour un état sans pouvoirs, le droit, la justice, la sécurité et aussi un revenu universel financé par l’impôt, afin que personne ne soit laissé dans le dénuement. Pour l’abolition de l’état, il faut se diriger vers les idées anarcho-capitalistes, Rothbard ou David Friedman (le fils de Milton). Sans doute utopique, mais riche en idées.
                            Concernant le syndicalisme, c’est un autre libéral, Bastiat, qui siègeait à gauche à côté de Proudhon, qui a milité vigoureusement pour le droit d’association et le droit de se mettre en grève, autre pierre angulaire du libéralisme. Il est certain qu’il ne pensait pas à un syndicalisme politique destiné à transformer la société, je vous l’accorde.

                            Je reviens encore une fois sur Michéa. En le lisant, vous lirez certainement la meilleure critique du libéralisme à ce jour, bien qu’à mon avis son propos mériterait plus de s’appeler la modernité.

                            Loin d’être une doctrine dirigée de loin par un Komintern qui fixe les objectifs, les débats entre libéraux sont très riches ( ne riez pas smiley ), et il y a entre Rawls et sa théorie de la justice et Nosick un vrai débat intellectuel qui est loin d’être clos.

                            La confusion la plus courante, largement entretenue par l’extrême-gauche, est l’assimilation du monde d’aujourd’hui à un libéralisme doctrinaire. Gramsci a été très efficace.
                             

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès