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Accueil du site > Actualités > Politique > « Sans repentance, il n’est pas de rédemption possible (...)

« Sans repentance, il n’est pas de rédemption possible »

Au soir du 6 mai 2007, à peine le verdict des urnes venait-il de tomber, Nicolas Sarkozy prononçait une allocution dans laquelle il affirmait que la repentance était une forme de « haine de soi ». Le 10 mai, sa participation à la journée de commémoration de l’esclavage et de son abolition a suscité autant de railleries que d’interrogations de la part de ceux qui, inattentifs au sens de mots ou prenant leurs désirs pour des réalités, ont vu là une forme de contradiction avec la précédente déclaration. Or, il n’y en avait aucune, bien sûr. La repentance est une chose, la mémoire en est une autre. La première nécessite la seconde, mais la réciproque n’est pas vraie. Elles ne sauraient donc être assimilées l’une à l’autre.
Le fait qu’une telle confusion ait pu avoir cours sans, à ma connaissance, susciter une quelconque mise au point, m’amène à reprendre un texte non publié inspiré par la controverse qu’a suscitée en décembre dernier le soutien qu’a apporté Raphaël Confiant à Dieudonné après la visite de ce dernier au Front national. Les questions soulevées et les réponses proposées, bien que trop rapides, devraient éclairer, aussi peu que ce soit, quelques éléments de cette logique psychosociale qui rend la repentance nécessaire et qui la distingue du simple devoir de mémoire. La visée du texte qui suit est donc didactique bien plus que polémique. Il s’agit en somme de comprendre pourquoi, contre les évidences premières, c’est Raphaël Confiant qui doit être entendu et non pas Nicolas Sarkozy.

Un ami tunisien me disait un jour que selon un proverbe arabe : « Ce qui sort d’entre la peau et l’ongle, ça sent toujours mauvais ». La dernière controverse autour de Raphaël Confiant fut brève mais vive et rend périlleuse toute tentative pour s’immiscer dans un (non-)débat entre des protagonistes de longue date.

Je voudrais pourtant me risquer à une réflexion inspirée de la perspective anthropologique de René Girard, élu il y a peu à l’Académie française, dont la pensée apporte ici, me semble-t-il, un éclairage nécessaire.

Cet auteur a en effet émis l’hypothèse selon laquelle un mécanisme de bouc émissaire se serait trouvé au fondement des cultures humaines. Ce mécanisme aurait assuré la stabilité de communautés mises en péril par une tendance mimétique menant au conflit généralisé de tous contre tous. Au plus fort de la crise, les groupes humains auraient trouvé à se rassembler dans une violence unanime contre une victime qui, accusée de tous les maux et tenue pour responsable de l’ensemble du processus, se serait trouvée réduite au silence car tuée ou plutôt sacrifiée et donc bien incapable de contester la perspective proprement mythique des persécuteurs.

Toutefois, ce mécanisme, dont Girard a retrouvé la trace dans les principales mythologies, aurait été rendu inopérant par la révélation chrétienne de cette violence originelle. En effet, la capacité à voir les victimes et à témoigner de leur innocence empêche la réalisation d’une unanimité accusatrice au sein du groupe. La victime ne pouvant plus être tenue pour seule responsable des troubles qu’a connus le groupe, la violence intestine ne pourrait plus être évacuée vers le « sacré » et resterait dans la communauté, retombant, en quelque sorte, sur la tête de ceux qui s’y sont adonnés.

La thèse girardienne souligne ainsi le fait que la réconciliation d’une société passe nécessairement par une unanimité vis-à-vis de la représentation de la violence qu’elle a connue. Unanimité qui, seule, permet de tenir cette représentation comme une vérité et donne ainsi le sentiment de s’adresser à une réalité dont la principale fonction est de redonner à chacun un sentiment de réassurance ou de contrôle dans la dynamique de ses interactions avec le monde. On peut ainsi comprendre que la situation de désaccord entre les persécuteurs et la (les) victime(s) soit douloureuse pour les deux parties en ce que, précisément, elle les prive, l’une autant que l’autre, de cette rassurante réalité. Tous aspirent à l’unanimité, à la réconciliation, mais comment y parvenir ?

En mai dernier, à Ottawa, un colloque girardien avait précisément pour finalité de penser les conditions de possibilité d’une réconciliation qui ne procèderait pas d’une unanimité violente contre une victime sacrificielle. J’y ai proposé l’idée que la seule alternative à l’unanimité contre la victime était l’unanimité avec la victime. Ce qui, on le comprend aisément, suppose la reconnaissance pleine et entière de la violence perpétrée par ceux-là mêmes qui en ont été les auteurs. Il me semble que c’est la condition sine qua non de toute réconciliation non violente.

Les tribunaux sont probablement le lieu où le pouvoir de réconciliation de cette reconnaissance de la violence par son auteur est le plus évident. Ainsi, lorsqu’en séance publique, un tueur en série comme Guy Georges accepte enfin de reconnaître qu’il est l’auteur d’un crime, l’unanimité des représentations est rétablie, chacun a le sentiment de retrouver la réalité et le soulagement semble confiner à une forme de gratitude émue de la part des familles des victimes qui vont enfin pouvoir accomplir le travail de deuil.

A l’inverse, le déni de l’accusé laissera toujours un désastreux sentiment d’inachevé ou d’inaccompli car, l’unanimité faisant défaut, la réalité manque aussi. Seul persiste le conflit des représentations. La société a tellement besoin de ces aveux qu’elle offre de grands avantages à celui qui plaide coupable et sanctionne sévèrement celui qui refuse. Songeons à Stanley Tookie Williams, qu’Arnold Schwarzenegger, gouverneur de Californie, a laissé exécuter le 13 décembre 2005 parce qu’il avait refusé de reconnaître sa culpabilité et que « sans repentance, il n’est pas de rédemption possible ».

Ce caractère « avantageux » de l’aveu persiste étrangement même dans le cas où c’est un peuple ou une société tout entière qui doivent se battre la coulpe. Ainsi, après la Seconde Guerre mondiale, une véritable réconciliation a eu lieu parce que la nation allemande a pleinement assumé sa responsabilité, notamment dans la mise en œuvre des camps d’extermination.

Il semble important de souligner ici que, sans cette reconnaissance pleine et entière de la violence faite par celui qui en est l’auteur, il n’est pas de réparation qui vaille. On peut ainsi penser qu’à l’instar de ces enfants gâtés par des parents qui se sentent coupables de ne pas leur donner l’attention dont ils ont besoin, les communautés indiennes d’Amérique du Nord « bénéficient » d’une multitude d’avantages qui contribuent mieux que n’importe quoi à leur désagrégation morale et psychologique car, en définitive, l’essentiel fait défaut, à savoir, une reconnaissance officielle de la tentative de génocide dont elles ont été victimes.

Le texte que Raphaël Confiant a fait circuler en décembre dernier peut, me semble-t-il, être analysé en suivant ce fil d’Ariane de la responsabilité assumée et repentante de l’acte violent car il contient essentiellement deux propositions qui sont très significatives sous ce rapport.

La première renvoie au culot de ceux qui, ayant « génocidé », « esclavagisé », gazé, etc., viennent donner des leçons de morale à ceux qui furent leurs victimes directes et n’ont eux-mêmes jamais commis des atrocités de cette ampleur. Confiant dit tout à la fois être admiratif et rire devant un tel culot.

La seconde traduit l’immense déception et la colère qu’a engendrées le fait de constater que le peuple qui a subi l’Inquisition, les rafles, la déportation et les camps d’extermination s’est en quelque sorte désolidarisé de ses frères de misère.

Il y a là deux réactions dont le caractère incroyablement disproportionné pourrait être lu dans le sens cette supposée « judéophobie noire » s’il n’était évident que se mettre en colère contre un frère que l’on tient pour traitre est une réaction finalement assez juste.

C’est au contraire la réaction de Confiant aux donneurs de leçon euro-américains qui apparaît trop clémente pour ne pas nous interpeller. Comment une personne plutôt portée au discours rebelle peut-elle se déclarer admirative et se contenter de rire devant le culot de donneurs de leçons représentants et héritiers de ceux qui ont massacré et « esclavagisé » ses ancêtres ?

L’absence de toute récrimination, de toute révolte devant l’injustice d’une telle situation alors que, nous dit-on, nous sommes dans une société qui donne de plus en plus la parole aux victimes, cela fait signe. On peut penser que, par là, Confiant témoigne, en creux, d’un indicible : celui de la reconnaissance, de la repentance et de la réparation du fait esclavagiste. Question qui reste à l’heure actuelle un impensé ou un réfoulé social et s’est, par exemple, trouvée écartée de la récente loi faisant de l’esclavage un crime contre l’humanité.

Pourquoi Confiant reste-t-il muet sur cette question vive ?

Je n’ai pas de réponse à proposer, seulement un parallèle avec l’attitude quasiment « christique » des représentants des nations indiennes qui, lors du colloque girardien mentionné plus haut, sont venus faire le récit des violences subies par leurs peuples et exposer les conséquences sociales et psychologiques qui continuent d’en découler. Outre le caractère dépassionné et non violent de leur exposé, ce qui était particulièrement saisissant, c’était l’absence de toute revendication particulière, comme si leur seule aspiration se trouvait d’emblée satisfaite par le fait de pouvoir retracer leur histoire devant une audience attentive, comme s’ils ne pouvaient aller au-delà, comme si, en somme, ils se devaient d’attendre que ceux qui ont une place, et plus exactement des responsabilités dans cette histoire de violence, viennent spontanément la prendre pour assumer leur statut d’auteur et refermer enfin les plaies restées ouvertes depuis.

Il me semble en somme que ce qui a pu être accompli en ce qui concerne l’holocauste juif doit l’être aussi pour tous les autres peuples qui, de Pékin à Santiago du Chili, portent encore dans leur chair et leur esprit la trace des violences perpétrées par les nations européennes et leur descendance américaine dans l’accomplissement de leurs visées génocidaires, esclavagistes et colonialistes.

Ce peuple qui désigne son Dieu comme « celui que l’on ne peut nommer », ce peuple dont je suis aussi, a une responsabilité particulière. Sur ce point encore, Raphaël Confiant a raison et doit être entendu plutôt que d’être l’objet de tristes, vaines et injustes remontrances.

A quand donc la reconnaissance de son fait esclavagiste par la République ? A quand une repentance officielle pour le fait colonialiste et le cortège de violences de tous ordres qui l’ont accompagné ? Et comment réparer ? Ces questions ne doivent-elles pas être posées si la paix est bien ce que nous visons ? La récente levée de boucliers contre les propos de Jack Lang en Algérie laisse à penser que nous avons encore un long chemin à accomplir. Il n’est que temps de nous mettre en route.

Il n’y aucune haine de soi dans la repentance. Tout au contraire, seul celui qui a suffisamment confiance en lui est capable d’accomplir cet acte difficile. Celui qui est porteur de fragilités narcissiques ne pourra assumer d’apparaître en faute. Il sera dans le déni, la diplomatie, la démagogie ou la ruse. Il convient donc de se demander si la France a la force nécessaire pour assumer son passé comme les Allemands ont assumé le leur. Combien de temps pensons-nous pouvoir tourner le dos à nos responsabilités ? Les croisades sont encore dans les mémoires des peuples arabes. N’en doutons pas, les violences esclavagistes et colonialistes resteront quoi qu’il arrive dans les mémoires. Ne pourrait-on faire en sorte que cela se fasse dans la paix d’une véritable réconciliation ?


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86 réactions à cet article    


  • faxtronic faxtronic 15 juin 2007 13:30

    la France EST le bouc emissaire, cher philosophe


    • aurelien 16 juin 2007 15:02

      Notre sort sera donc une bonne pluie de bombes atomiques sur notre pays ? smiley


    • tvargentine.com lerma 15 juin 2007 13:39

      Mon Pôvre ami gauchiste qui a toujours défendu des régimes criminels (révolution culturelle chinoise : 20 millions de morts),khmers rouges (extermination de population en masse),régimes fascistes africain sous couvert de « pays en voie de développement » et qui ne sont que despotisme et détournement d’argent.....

      Aujourd’hui,vous vous reconvertissez dans la religion (un peu comme Ségolène Royal,une sainte toujours habillée en blanc et qui préche la compassion et la répentance)

      L’esclavage n’a pas été inventé par les français mon pôvre ami ,retournez à vos livres d’histoires.

      Nous avons l’impression que votre réthorique ressemble à de la scientologie (?)

      bizarre


      • float float 15 juin 2007 15:09

        Ah les méandres simplistes de l’esprit atrophié du Sarkozyste illuminé, en coït permanent depuis le 6 mai.

        Cet article ne cite pas une seule fois la gauche en exemple, mais qu’à cela ne tienne : on sent confusément, après une lecture transversale, qu’il risquerait peut-être d’en consolider certaines thèses, alors on détruit, dans le doute, par réflexe...

        Rappelant que ni la gauche ni la France ne sont seules à avoir commis des fautes... Belle preuve d’« amour » de soi que de toujours brandir les torts des autres lorsqu’on est invité à s’interroger sur les siens. Après tout, « la France n’a pas inventé la solution finale », n’est-ce pas ?


      • 65beve 16 juin 2007 12:09

        Bonjour,

        Jacques Necker (1732-1804), conseiller de Louis XVI participe à l’abolition du servage en France, ce qui veut dire qu’il y avait des serfs, des esclaves en France depuis des siècles.

        Quant à nos esclaves des colonies, c’est la révolution qui les a libérés. Napoléon Bonaparte a rétabli l’esclavage dans les colonies. L’abolition définitive aura lieu en 1848.

        J’ai trouvé tout ça dans mes livres d’Histoire.


      • LE CHAT LE CHAT 15 juin 2007 14:04

        Article de délire gauchiste pronant l’autoflagellation ;l’auteur devrait se convertir au chiisme pour sa rédemption smiley


        • hurlevent 15 juin 2007 14:11

          « A quand donc la reconnaissance de son fait esclavagiste par la République ? »

          Ha. Donc seule la France a commis une faute, et pas les autres pays. C’est un peu rapide.

          Quand on déroule l’histoire pour trouver une faute, il faut la dérouler jusqu’au bout.

          Aux 16e et 17e siècle, les pirates Maghrébins ont capturé environ 1 million d’Européens, qu’ils ont vendus comme esclave en Afrique. Parmis ces esclaves, de nombreux Français. Donc, les pays Maghrébins devraient effectuer une repentance envers les pays d’Europe Occidentale. Bien entendu, il n’en est absolument pas question.

          Si on voit les erreurs de la France, et pas celle des autres pays, alors la repentance est bel est bien une haine de soi. Si on veut faire preuve de repentance, alors on en aura jamais fini. D’abord, l’esclavage n’est pas la seule faute de la France, il y en a eu d’autres. Ensuite, presque tous les pays du monde ont pratiqué l’esclavage. Cela aboutirait à une multitude de repentances croisées aussi ridicules qu’inutiles.


          • masuyer masuyer 15 juin 2007 18:49

            « Ha. Donc seule la France a commis une faute, et pas les autres pays. C’est un peu rapide. »

            L’auteur n’a pas dit que seule la France a commis une faute. Et doit-elle attendre que les autres pays reconnaissent leurs fautes avant de reconnaître les siennes, un peu comme dans les cours de maternelle ? Savoir reconnaitre ses erreurs, pour un individu comme pour une Nation, c’est se montrer adulte.

            En voyant certaines réactions, je suis amené à penser que la Nation française en est resté au stade anal. smiley


          • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 16 juin 2007 00:01

            La réponse de Masuyer au commentaire précédent est exactement celle que j’aurais faite. La question n’est pas de savoir ce que les autres ont fait (comme moi ou pire que moi). C’est seulement de savoir ce que j’ai fait. Et de réparer si je suis en faute. En commençant par le reconnaître si je le suis. C’est en effet cela être adulte. Quand on fuit cela, c’est que l’on doute de soi.


          • Joinneau & Choubrac Joinneau & Choubrac 16 août 2008 12:49

            C’est pourquoi nous sommes premiers consommateurs de vaseline.


          • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 16 août 2008 13:07

            Il me semble que vous prenez votre désir pour une réalité smiley


          • Serpico Serpico 15 juin 2007 14:15

            Pourtant, malgré ce refus « machiste » de la repentance, cette manière de crâner ne tient pas : il y a des jours où la France se repent à pieds joints, gaiement et ostensiblement :

            Jacques Chirac, à propos de la « responsabilité de l’Etat français » dans la persécution des juifs le 16 juillet 95 au vel d’hiv :

            « Certes, il y a les erreurs commises, il y a les fautes, il y a une faute collective. »

            Raffarin en 2002 : « le Vel d’Hiv, Drancy, Compiègne et tous les camps de transit, ces antichambres de la mort, ont été organisés, gérés, gardés par des Français. Oui le premier acte de la Shoah s’est joué ici, avec la complicité de l’Etat français »

            Une seule repentance, obligée, contrainte et forcée puis le bureau ferme. Non mais !


            • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 16 juin 2007 00:11

              Oui, c’est tout à fait cela. Il y a repentance de la nation quand ses représentants peuvent, au nom de tous, dans une unanimité supposée, c’est-à-dire, symbolique, reconnaître la responsabilité de l’état et donc du peuple dont il est l’expression. Ceci ne veut pas dire que tous soient coupables. Seulement que tous doivent assumer leur appartenance à une nation qui s’est commise ou compromise dans des actes odieux. Cette repentance était ô combien nécessaire. Il en est d’autres qui attendent conscience et courage de notre part.


            • Marie Pierre 17 juin 2007 21:09

              @ l’auteur,

              Justement, le problème est là : au nom de tous ! Je suis française depuis 2 générations (et encore, mon père n’était pas français), dois-je accepter les repentances de mes 2 pays ?


            • aurelien 15 juin 2007 14:35

              La violence et partout dans la société, banalisée. Il n’y a qu’à lire certains commentaires sur Agora Vox...

              C’est un phénomène quasi-pulsionnel, de résistance, de conflit et d’auto-protection. C’est le « moi », ce mécanimse psychologique présent en chacun d’entre nous et tout ce qui est érigé autour de cette entité par la pensée, qui participe elle-même de ce mécanisme.

              Le discours politique actuel est truffé de contradictions, de faussetés, de non-sens, c’est un langage détaché des faits et de la réalité, autant collective qu’individuelle, un langage idéologique, de propagande et de démagogie : un langage qui parle non pas à l’intelligence mais à l’irrationnalité collective des foules, à l’imaginaire social latent et souvent inconscient chez les citoyens, un langage de division, masqué de faux rassemblements, un langage totalitaire.


              • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 16 juin 2007 00:17

                Oui, globalement, nous serions bien dans ce registre. Cf. le très bon livre de Hazan sur la LQR qui montre comment cette violence est possible grâce à l’euphémisation du langage politique (ment correct).


              • aurelien 16 juin 2007 15:06

                Je n’étais pas dans ce registre... smiley


              • prgrokrouk 15 juin 2007 14:45

                La figure du Christ jouait le rôle unifiant que vous recherchez. Il est certain que l’envie et le besoin de retrouver des figures apocryphes ou de les incarner à titre personnel a quelque chose de douteux. Je ne crois pas m’éloigner beaucoup de la pensée de Girard.

                Pendant que vous signalez très justement la fragilité narcissique des coupables-persécuteurs, l’attitude victimaire repose inversement sur une sorte de trop-plein narcissique. Du coup, l’imaginaire prend doublement le dessus, en mimant la scène fondatrice selon une entéléchie. La pensée mise en retrait, ne peut plus émerger de la situation : nous sommes caméléonisés, tels des débatteurs sur rAgoRago, anti-monde d’AgoraVox.

                Il y a beaucoup de gens qui ne sont pas les victimes qu’ils prétendent être (confortés qu’ils sont par les tenants du contrôle social qui les prennent en tutelle au PS), gonflés de prétention qu’ils sont dans la vie quotidienne et qui rapent et qui rapent, et il y a aussi des gens qui voulaient sortir de la spirale INvolutive, étudier l’après-midi, dormir après un travail de nuit, ou faire la sieste le week-end et tous les jours s’ils sont à la retraite.

                Mais ces derniers ont semble-t-il, de plus en plus de comptes à rendre.


                • prgrokrouk 15 juin 2007 17:16

                  Monsieur Moinsse est au PS ou au Front ? ou les deux associés ?


                • snoopy86 15 juin 2007 15:02

                  @ l’auteur

                  Repentez vous si vous voulez, ça vous regarde...

                  Mais arrêtez de nous emm... avec çà

                  Vous ne faîtes que susciter les provocations...


                  • Marsupilami Marsupilami 15 juin 2007 15:05

                    Encore du pur Sanglot de l’homme blanc. Ras-le-bol de ces jérémiades dans le rétroviseur. Un rétroviseur ne sert pas à se repentir, mais à faire gaffe à ce qui vient derrière et à s’en souvenir utilement avant un dépassement pour aller de l’avant.

                    « Les croisades sont encore dans les mémoires des peuples arabes. N’en doutons pas, les violences esclavagistes et colonialistes... ».

                    Ignorance crasse de l’Histoire ? Et les colonisationas et les esclavages musulmans ? Ça n’a pas existé peut-être, et pendant des siècles ?

                    « Fragilités narcissiques » et blablabla... Lamentable discours psy culpabilisateur de la gôche bien-pensante.

                    Article d’une affligeante bêtise et ignorance de l’Histoire.


                    • Bill Bill 15 juin 2007 15:30

                      Ben oui Marsu ! Tu as lu la biographie du garçon ?

                      Psychologue scolaire, écologiste libertaire, déconstruction de l’information, construction sociale de la réalité... ! Que de masturbations intellectuelles !

                      Pour ces gens-là la France est coupable d’avoir été civilisatrice, et d’avoir prôné un certain élitisme ! Pas une tête ne doit dépasser, même pas dans le passé !

                      Ah, si ce cher Patrick Adam était encore là !!!! Tu imagines les réponses qu’il nous déposerait ?

                      Qu’est ce que j’ai pu m’amuser en le lisant ! Je ne le fais plus... ça me donne un peu le cafard.

                      @ +

                      Bill


                      • Gazi BORAT 15 juin 2007 16:22

                        @ bill et marsupilami

                        « biographie et curriculum vitae »

                        Vous reprochez à l’auteur les titres de pédagogue qu’il affiche, soit..

                        .. mais Pascal Bruckner que vous érigez en grand penseur n’est pas mal non plus question bio :

                        - gauchiste puis nouveau philosophe, puis compagnon de route des néon cons’ américains pour tomber enfin dans le fan-club de Nicolas Sarkozy..

                        Son sanglot de l’homme blanc, excellente thérapie de déculpabilisation collective gagnerait beaucoup à être adapté pour d’autres champs géographique, on pourrait ainsi lire :

                        - Le sanglot du gendarme ottoman
                        - Le sanglot du soldat allemand
                        - Le sanglot du tchekiste
                        - Le sanglot du garde rouge, etc.. etc..

                        Et pourquoi pas un sanglot du jenjawid ?

                        gAZi bORat


                      • Marsupilami Marsupilami 15 juin 2007 16:36

                        @ Bill

                        C’est vrai que Patrick Adam aurait été bien pour contrer ce genre de conneries. Mais il est mort et c’est à d’autres de le faire. Sans concession. Et je suis vraiment pas du même bord politique que toi.


                      • Bill Bill 15 juin 2007 16:42

                        @ Marsupilami

                        « Et je suis vraiment pas du même bord politique que toi. »

                        Pourquoi le précises tu ? Je le sais très bien. Et puis je ne suis pas du tout du genre sectaire, surtout pas en politique, ce ne sont pas les partis qui m’intéressent, et j’ai horreur des gens braqués...


                      • armand armand 15 juin 2007 23:14

                        @Gazi Borat (habituellement mieux inspiré !)

                        Comparer un groupe limité d’individus activement engagé dans un répression, un massacre, un génocide (gendarmes turcs, jamjawid) à un peuple (l’homme blanc) relève d’une sérieuse entorse à la logique élémentaire. Concernant l’absolu de la Shoah, il est effectivement choquant de comparer des massacres en se servant uniquement du facteur numérique ; mais ce qui caractérise la Shah c’est son application sans faille. Jusqu’alors les massacres comportaient des échappatoires, volontaires ou dus au hasard. Ainsi, certains Arméniens (jeunes femmes, enfants) pouvaient échapper à la mort en étant absorbés par des familles turques et islamisés. Les seuls cas de juifs épargnés résultaient uniquement des actes de désobéissance. En ce sens, le génocide rwandais est à bien des égards plus proche de la Shoah.

                        @Bill

                        Pas mal, le portrait du vieux Bill Cody ! Savez-vous que ce Buffalo Bill, qu’on ridiculise souvent à l’heure actuelle, était justement un héraut de la coexistence des peuples ? Lors de l’intervention U.S. à Cuba il a salué la coopération au sein des troupes des ’Black-White-Red’, en somme, des Noirs, des Blancs et ds Rouges (Indiens). Si on étudie attentivement la manière dont les Indiens de son ’Wild West Show’ ont été traités, on se rend compte de la grande considération qu’il avait pour eux. Il a réellement tenté d’évier le carnage de Wounded Knee. Et puis, ’last but not least’, il était favorable au suffrage féminin et souhaitait que les filles, à l’instar de sa tireuse d’élite, Annie Oakley,fassent du sport.

                        Ce qui nous ramène à la repentance : sait-on, par exemple, que malgré Wounded Knee, de nombreuses cérémonies de réconciliation ont réuni soldats U.S. et guerriers des Plaines dès la fin des hostilités. Et que le général en chef de l’Armée U.S., Nelson Miles, a tenté d’obtenir des réparations pour les survivants de ces massacres ?


                      • 65beve 16 juin 2007 12:33

                        Bonjour, Buffalo bill, c’est pas le type qui a tué les bisons pour provoquer la famine des indiens ? La repentance, le devoir de mémoire impliquent le châtiment des coupables et la réparation pour les victimes. Après quelques décennies, ça n’est plus possible. Il ne reste qu’un exercice de compassion collective très dur à avaler pour certains (le nombre de personnes opposées à l’auteur le prouve). Marcher bien droit la tête haute et le regard fixé sur la ligne bleue des vosges, de la merde sous la semelle gauche et du sang sous la droite, voilà le credo des anti-repentance !


                      • armand armand 17 juin 2007 18:25

                        Et voilà qu’on nous ressort la rengaine sur ’Buffalo-Bill-massacreur-de-bisons-pour-affamer-les Indiens’.

                        La politique de destruction des bisons pour amener les tribus en révolte, lesquelles pouvaient à l’occasion massacrer des unités entières de l’armée U.S., était la même que celle pratiquée par Lincoln contre les Confédérés. Détruire les vivres et les réserves comme lors de la marche de Sherman à travers le Sud pour casser la résistance. Mais on pousse des cris d’épouvante quand cette politique vise ces pacifiques écologistes des Plaines que sont devenus les Amérindiens aux yeux du grand public, alors qu’on n’en a rien à f..re quand il s’agit de Blancs du Sud, présumés esclavagistes.

                        Petite précision quand même : les Amérindiens n’étaient pas plus écologistes que les colons, leurs moyens techniques étaient tout simplement mois dévastateurs. Et on a de multiples exemples de troupeaux de bisons massacrés pour prélever tout simplement tout ce qu’on pouvait bouffer sur le champ.


                      • Bill Bill 17 juin 2007 22:44

                        Merci cher Armand de ces renseignements sur Buffalo Bill. Je n’ai lu que peu de choses sur le personnage, qui plus est dans mon adolescence, mais il m’avait paru être un personnage tout à fait remarquable !

                        Adolescent, j’ai recherché dans Montmartre la maison qu’il avait occupé à Paris, et qu’Etienne Daho, parait-il, aurait habité il y a de cela quelques années, une maison faite de bois.

                        Mais quelle époque tout de même que ce XXème siècle commençant ! Je ne vois pas de « légendes » telles que Buffalo Bill, ou Sarah Bernard, qui selon Sacha Guitry, dans « Ceux de chez nous », aurait même joué devant les indiens !

                        Merci cher Armand, vous m’avez donné l’envie de me renseigner plus sérieusement sur le personnage qu’a été Wiliam Cody, dit Buffalo Bill, un personnage digne de faire réver les adolescents que nous restons parfois !

                        Bien à vous

                        Bill


                      • armand armand 17 juin 2007 23:10

                        Cher Bill,

                        On estime que Buffalo Bill, au début du XXe siècle, avait la notoriété d’un rock-star mâtiné de footballeur niveau Zidane. Et il était très apprécié en France où on se passionnait pour l’Ouest sauvage. Il est récemment paru un polar historique sur un Indian du ’show’ de Buffalo Bill, qui s’installe en France et s’assimile aux milieux artistiques de Montmartre avant de disparaître mystérieusement, ’Le Sioux des Grands Boulevards’de Marc Rolland. Cody y figure sous une lumière très favorable. Et le romancier amerindien Richard Welch,peu avant son décès récent, a signé l’histoire d’un Indien qui tombe malade en France durant une tournée et doit s’acclimater à un pays tout nouveau, ’The Heart Song of Charging Elk’ - il a été traduit mais je ne me souviens pas du titre français.

                        Bonnes recherches !


                      • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 16 juin 2007 14:46

                        Je n’ai pas cité le texte du commentaire, mais j’y réponds point par point :

                        * concernant l’inquisition et les procès de moscou : L’aveu permet de restaurer le sentiment de réalité pour autant qu’on puisse le juger sincère et véritable et donc non contraint. Les formes brutales d’extorsion de l’aveu ont pu servir cette même fonction de construction sociale d’une réalité (c’est le méchant, nous sommes les gentils) mais, fort heureusement, elles sont de moins en moins acceptées dans nos démocraties même si le cas de Stanley Tookie Williams est un exemple de la manière dont elles persistent malgré tout. Il aurait pu sauver sa vie en avouant. Il ne voulait pas démordre la réalité. Il en a payé le prix face à une société qui en avait une autre représentation. La raison du plus fort... Lorsque Chirac a amené la nation française à assumer son implication et sa responsabilité dans la mise en œuvre de la Shoah, le faisait-il sous la pression de quelque inquisition ou procès de Moscou ? Pas le moins du monde. Il l’a fait parce qu’il compris que c’est ce qui devait être fait. L’état français a contribué à la Shoah, il était normal et nécessaire qu’il l’assume. La question est dorénavant : comment pourrait-on s’en tenir là et se croire quitte de tout ce qui a précédé (ou suivi, je pense à la responsabilité de l’état français dans les massacres au Rwanda) ?

                        * concernant l’effacement de l’héritage chrétien : Je ne vois pas le sens de la question. Sous le rapport de la chrétienté, puisque nous y sommes, la chose la plus évidente qui me vient à l’esprit c’est ce passage des évangiles où est stigmatisée l’hypocrisie qui consiste à dire en substance « la violence de nos pères n’est pas la nôtre. » Ce à quoi les évangiles invitent les chrétiens, c’est à ne pas se désolidariser de leur pères, dont ils ont hérités, et à reconnaître que leur violence est aussi la leur. Cette repentance est la condition de possibilité d’une rédemption. Je trouve amusant de reconnaître que sur ce point, Schwarzenegger a raison.

                        * sur le christianisme comme obstacle à l’« unanimisme » : Comme je viens de le dire la tradition chrétienne n’est pas un obstacle à la réconciliation non violente, ce dont elle est porteuse au plus essentiel, ce que Girard a dégagé, nous montre qu’au contraire, elle en est le modèle. Sous ce rapport les chrétiens devraient être modèles. Il est clair que l’Eglise, en tant qu’institution n’en est pas un. Elle a mis 400 ans à reconnaître ses errements vis-à-vis de Galilée et n’a fait qu’un simulacre de repentance vis-à-vis de sa responsabilité dans la Shoah.

                        * sur Confiant : Oui, bonne suggestion. Voici un site où se trouve son texte : http://www.volcreole.com/forum/sujet-29499.html Quant à la question du qualificatif « innommable » merci de relire la mise en perspective que j’en donne à la fin de mon texte. Il me semble que tout le monde a le droit de se réclamer des droits de l’homme. Confiant ne fait que pointer l’incohérence qui consiste à faire la morale quand on est pas soi-même capable de l’incarner.

                        * sur l’attitude victimaire et le fait Girard nous en donne les clés de lecture : Oui, tout à fait. Se placer en position de victime est souvent le meilleur moyen pour être légitimement accusateur. Putine a très bien joué de ça (les attentats de Moscou de septembre 99) pour partir en guerre contre la Tchéchénie. Bush a fait de même avec les attentats du 11 septembre 2001 pour partir en guerre contre l’Afghanistan et l’Irak. Girard nous a montré que c’est toute l’histoire qui est tissée de ces logiques de l’accusation. Ce qu’il faut voir à présent, c’est qu’accuser l’autre de se poser en victime, c’est rentrer dans une réciprocité violente d’accusation réciproque. Le seul moyen d’en sortir, c’est de cesser de rejeter la faute sur l’autre (voire sur ses pères) et d’assumer les siennes. Quand l’autre m’accuse d’un fait, dois-je me défendre en l’accusant de m’accuser ou dois-je reconnaître ce fait ? Etre responsable, c’est reconnaître. Tout le reste est une dangereuse irresponsabilité qui nous mène à l’escalade. C’est cela que Girard a montré.

                        * Enfin, sur Gans : Je ne connais Gans que sous le rapport de la gènese du langage et il ne m’a pas convaincu, je reste girardien. En quoi Gans est-il pertinent ici ?


                      • sarah sarah 18 juin 2007 13:59

                        Bonjour, j’aurai beaucoup à dire sur, non pas cet article, mais les réactions qu’il suscite. Je ne vais pas m’épancher, sachant que l’étalage des mes réactions émotionnelles n’a aucun intérêt et ne ferait qu’alimenter la violence qui accompagne les réactions affectives opposées.

                        Personne ne peut, ni ne va, obliger personne à reconnaitre qu’il est responsable d’une violence envers autrui. Ce ne peut être qu’une attitude volontaire émergent d’une conscience personnelle. D’ailleurs l’effet « réparateur » du mea-culpa est d’autant plus fort qu’il est spontané.

                        Peut-être que les indiens dont parle l’auteur dans son texte le savent et que c’est la raison pour laquelle ils ne demandent rien ? Le génocide et ses conséquences et évident, il n’y a aucun doute. Je suis au regret d’interpréter la réaction de ceux qui ne se déclarent pas face à cette réalité historique comme un manque total d’estime des autres.

                        J’aimerai mieux comprendre ou se situe le débat ; il me semble que la question n’est plus de savoir si violence a été commise, ce fait est avéré. La question est quel intérêt, si toute fois il y en a un, quel intérêt de reconnaitre ces tords et qu’est-ce que cela révèle de celui qui le fait ? Pour ma part la réponse est dans la question...je préfère reconnaitre avoir fais une erreur, je suis juste humaine et tient à le rester. Même si mon erreur pèse sur des personnes qui elles aussi portent un passif. Qui se croit à même de jeter la première pierre me semble aussi ignorant que dangereux. Et peu m’importe de savoir si ces personnes vont, de leurs cotés, reconnaitre leurs tords. Mes actes, mes choix me viennent de l’intérieur, pas de ce que font ou sont les autres.

                        Je suis pour la repentance, mais pas en vue de la rédemption. Pour soulager la souffrance de celui que j’ai blessé ; parce que je ne sais me satisfaire d’avoir fais mal et parce que cela me permet de supporter le mal que l’on me fait...allez comprendre !!! Cela ne s’achète pas.

                        Et lorsqu’on me blesse, s’il n’est pas de repentance, j’en déduis que j’ai rencontré un être qui n’est pas sur la même voie que moi. Que sa vie est tout aussi légitime que la mienne et que ce n’est pas à moi d’en juger. je n’en ai ni les moyens, ni la capacité.

                        Alors je donne un coup de main à une inconnue dans la rue, un acte gratuit qui me rappel qui je suis et qui panse mes blessures. Je reprend l’exemple des indiens, ils ont le choix d’attendre que leurs bourreaux se présentent ou celui de s’en démarquer.

                        Sinon c’est rester leurs victimes.

                        Je suis d’accord avec l’idée que dans un l’idéal de recherche de paix, reconnaitre ses tords et de s’en enrichir peut être utile. Mais cela ne peut être imposé. Si certains citoyens français estiment qu’ils n’ont pas de repentance à faire, il est nécessaire de l’entendre et de l’accepter. Cela n’empêche personne de le faire et c’est déjà un grand pas. Merci pour cet article.


                      • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 20 juin 2007 01:08

                        Au plan interpersonnel, la repentance me paraît la condition de possibilité de la réparation. Parce qu’elle restaure la réalité de l’autre que l’on rejoint et valide dans la représentation qu’il se fait de sa situation comme victime.

                        Assurément, il est nécessaire que cette démarche soit spontanée et non contrainte car la concordance des vues serait alors sans valeur pour la victime. Il doit pouvoir croire que son agresseur parle sincèrement.

                        Mais ce n’est pas une repentance des individus que j’ai évoquée dans l’article. Il ne s’agit pas que l’un dise « je me repends » (des crimes que mes pères ont commis et que j’aurais pareillement commis si j’avais été à leur place) et que l’autre dise : « tout ça ne m’intéresse pas ». Il s’agit en effet d’établir la réalité d’un fait. Or, celle-ci ne découle pas du seul savoir savant que l’on peut avoir sur tel ou tel évènement historique. Car nous le savons tous, ce savoir peut malheureusement être contesté dans son évidence.

                        Il s’agit d’avoir une forme d’accord, une sorte d’engagement consensuel, une unanimité (serait-elle seulement symbolique) de tout un peuple pour assumer sa responsabilité comme l’ont fait les allemands vis-à-vis de la Shoah ou comme l’ont fait aussi les français grâce aux déclarations de Chirac et de Raffarin qui étaient en position de parler au nom du peuple, de la nation et de l’état français.

                        Chacun est libre de dire je m’en fous. Aucun acte n’est imposé à l’individu. Seulement il s’impose dorénavant à tous que la responsabilité et la repentance de la nation française a été actée. La réalité de la violence accomplie devient un fait incontestable, car reconnu par l’agresseur. La réparation et la réconciliation peuvent s’ensuivre. L’acte que Chirac a accompli au nom du peuple français n’a empêché aucun de mes critiques de dormir. J’appelle simplement à une continuation de tels actes en direction des différentes victimes de violences perpétrées avec la bénédiction ou directement sous l’égide de l’état, ou de la république française. Assumons camarade, ça ne va pas nous étouffer, au contraire. Nous ne nous en porterons que mieux !


                      • sarah sarah 21 juin 2007 13:14

                        Bonjour,

                        Je vous remercie d’avoir apporté un commentaire suite à celui que j’ai laissé. J’avais bien compris que votre réflexion ne se situait pas sur le plan des individus mais au niveau de l’état, sensé représenter ces individus. Simplement, et je reconnais que je ne l’explicite pas dans mon texte, je n’accorde pas à l’état et à son "président, l’importance que vous semblais leurs accorder.

                        Par exemple, je ne me sens en aucun cas en accord avec la politique du président actuel, lorsqu’il traque femmes et enfants pour les expulser, je ne suis pas partisane...et pourtant il est légitime !!!

                        Je n’ai aucunement besoin de son accord pour reconnaitre mes responsabilités. Pas même besoin qu’il fasse de même. Et je n’ai pas non plus besoin qu’il reconnaisse quoique se soit.

                        La question qui sous tend me semble être celle des conséquences attendues de la repentance selon les niveaux.

                        Si, comme vous semblez le croire, il est nécessaire que l’état, en ce qu’il représente la parole commune(si seulement il représente réellement la parole commune et que lui seul peut le faire), reconnaisse un fait, alors cela maintient la victime en état de dépendance vis à vis de « l’agresseur ». Et c’est bien dommage ; alors plutôt que d’attendre de celui-ci une reconnaissance (que je reconnais fort utile, quand elle lui vient spontanément) je pense qu’il est plus utile d’aider la victime à se reconstruire sans rien attendre de se dit « agresseur » ; en lui reconnaissant, « d’être à être », ses blessures et l’injustice dont elle a était victime.Accueillir les indiens pour leur offrir une tribune leur a permis de se dirent et c’était ce dont ils avaient besoin. Ils ont fais ce qu’ils se devaient de faire, exprimer et dénoncer, le reste ne leur appartient pas. Sinon c’est la guerre et non la paix que nous récolterons ; vous avez pu le constater au travers des réactions qu’a suscité votre article. La nature humaine est ce qu’elle est et nous nous devons d’en prendre acte, plutôt que de vouloir la combattre. Vous pouvez affirmer votre point de vue, militer en se sens, dénoncer ce qui vous semble injuste et présenter vos solutions, mais en aucun cas les affirmer comme étant porteuses de vérité et devant, dés lors, être imposées.Sinon vous devenez agresseur et l’histoire morbide se répète...

                        Je milite pour ce que je crois être juste et je donnerai ma vie pour garder ma liberté de le faire. Cette liberté dont nous jouissons ici est un moyen précieux d’exprimer ce que nous voulons être, ce que nous croyons juste. Mais je crois sincèrement que la vérité nous dépasse et que nul sinon à se prétendre Dieu, ne sait ce qu’elle est. Il est courageux de tenter de s’en approcher, il est dangereux de s’en prétendre détenteur.

                        Vous le savez mieux que moi, la réalité est une construction. Alors pourquoi ne pas utiliser nos forces à faire de nous des êtres en mesure de construire une réalité ou chaque être serait responsable et autonome, plutôt que de se suffire d’un état providence qui suppléerait à nos manquement ?

                        Ce n’est qu’une question, je ne la crois ni pertinente ni même intelligente, simplement elle est ce que j’ai réussi à exprimer de ce que je pense...et elle n’est que cela. C’est déjà ça


                      • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 24 juin 2007 00:51

                        Tout le problème est de comprendre qu’il y a une différence essentielle entre unanimité et unanimité-1. L’unanimité accusatoire n’est pas l’unanimité tant que l’accusé ne vient pas y contribuer. D’où les pressions qui s’exercent dans toutes les instances de justice pour que l’accusé avoue et cela, pas seulement en union soviétique. On ne peut raisonner ici sur la base d’une simple ressemblance avec le processus victimaire. Car le processus est universel. Nous allons le retrouver partout. La réconciliation non-violente va ressembler à la réconciliation violente, nécessairement, car toutes les deux se basent sur l’unanimité. La différence qu’il convient de noter c’est que dans la réconciliation non-violente, le responsable se désigne lui-même. C’est cela la repentance. A ma connaissance, Gans n’en dit rien de bien particulier.


                      • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 24 juin 2007 01:15

                        Désolé, mon message (hopefully ci-dessus) s’adressait à Florentin Piffard.

                        @ Sarah, je répondrais, pour aller à l’essentiel que la bienveillance, la compassion vis-à-vis de la victime ne remplacent aucunement la reconnaissance par l’agresseur de son fait. Les Indiens ont des avantages à gogo qui pourraient apparaître comme de généreuses compensations. Il n’en est rien car l’essentiel manque. Ils l’attendent toujours. Les USA et le Canada n’ont pas reconnu officiellement le génocide indien. Que des citoyens étasuniens ou canadiens soient capables de le faire à titre individuel est une très bonne chose, certes, mais elle n’atteindra jamais la valeur symbolique d’un représentant de l’état qui, parlant au nom de l’état et de la nation, fait acte de repentance. On peut alors sortir du conflit des représentations. Une réalité s’instaure, qui apaise alors toutes les parties. Chacun peut dire « ouf », les choses reviennent à leur place. Elles sont alors censément indiscutables, donc apaisantes parce que supposément unanimes.

                        Pour le deuxième point, je répondrais qu’il importe vraiment peu de savoir si j’ai quelque prétention que ce soit à dire quelque chose qui serait de l’ordre de la vérité. Qu’importe que je crois foncièrement à ce que je dis ou que je sois porté au doute. Ce qui compte, c’est comment chacun, en toute bonne volonté et rationalité, entendra ce que je propose. Si nous nous accordons sur telle ou telle représentation, si un consensus intersubjectif émerge, chacun aura le sentiment de tenir une representation sinon solide, du moins, pertinente, puisqu’elle aura passé l’épreuve du jugement du groupe. Bref, au-delà des positions individuelles que chacun est libre d’adopter, ce qui a valeur, c’est le fait que nous puissions convenir d’une perspective. Encore une fois, le consensus intersubjectif, l’unanimité, c’est la condition sine qua non de l’accès à ce que l’on peut tenir pour la réalité.


                      • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 29 juin 2007 21:18

                        @ Florentin

                        Je ne dis certainement pas qu’il y a unanimité et unanimité, de l’air de dire qu’il y a des différences subtiles. Je parle de la différence patente entre unanimité et « unanimité moins un » quand le « un » en question est vivant, résiste et empêche le consensus. Quand il est mort, le consensus est rétabli, la réalité est là , rassurante et c’est elle qui est activement recherchée.

                        L’aveu du coupable (sincère ou extorqué) sert cette finalité là : instaurer un consensus. Dès lors, l’aveu de l’accusé n’a pas de pouvoir intrinsèque autre que celui de permettre le consensus qui, seul, j’y insiste, valide une réalité jugée indépendante du groupe.

                        Le mécanisme sacrificiel décrit par Girard est le meilleur exemple de la construction de cette unanimité et donc de cette « réalité ». Son défaut est d’être violent. La version « non violente » du sacrificiel est le sacrifice de soi librement consenti.

                        C’est l’idéal de l’individu qui assume vers lequel la société occidentale nous pousse. C’est ce que les psychologues sociaux appellent « la norme d’internalité », c’est aussi ce qui amène aux attitudes dites « névrotiques » dans le champ psychanalytique.


                      • etarcomed 15 juin 2007 16:07

                        Article interessant, mais à mon sens néglige quelques éléments.

                        - Au cours de la longue histoire millénaire des peuples, tous ont été successivement victimes et bourreaux, ceux qui n’auraient été que victimes ont sans doutes disparus depuis fort longtemps. Le status de victimes ou de bourreau est souvent (pas toujours) plus liés au rapport de force qu’au rapport de morale. Le fort massacre le faible qui aurait fait de même eut-il été en situation. Dès lors, la repentence devient la condamnation de la victoire et l’exaltation de la défaite, plutôt qu’une mise en valeur des valeurs.

                        - Vous parlez de reconnaissance manquante, mais n’y a-t-il pas moyen de reconnaitre les erreurs et les crimes du passer sans passer par une sorte d’autoflagelation. Prenons l’esclavage : On peut affirmer que c’est un crime contre l’humanité, reconnaitre que ça a existé (qui le nie ?), tout en ne gardant comme célébration que la commémoration de son abolition. N’est-il finalement pas mieux que tous les européens se sentent héritiers des abolitionnistes et renient les esclavagistes, plutot que de les forcer à en assumer un héritage ? De même on peut faire visiter Versaille, tout en se proclamant républicain et anti-royaliste.

                        - Vous vous interessé fortement à l’impact psychologique sur les victimes, en oubliant l’impact sur les bourreau désignés. Les vrais coupables sont morts. En chercher de nouveaux avec une culpabilité de peuple risque de placer des gens en accusés d’un crime qu’il n’ont pas commis. Le reflexe naturel serait de s’en dédouaner « j’ai x% de sang noir, alors moi je compte pas ». S’il ne se dédouane pas, le reflexe suivant est de justifier l’acte !

                        En voulant trouver des coupables partout, on finira par trouver des gens qui vont justifier les crimes. Il faudra aller dans tous les fonds de l’histoire, chercher tous les massacres, tous les guerres, demander des comptes aux italiens pour l’invasion romaine. Et quand ce n’est pas ridicule, on finira par faire resurgir des haines ancestrales.

                        Votre objectif est fort probablement noble, je crains que les conséquences seraient bien plus graves qu’on ne l’imagine.

                        Je vous invite à lire l’article que j’avais écrit à ce propos :

                        http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=24586


                        • Gazi BORAT 15 juin 2007 16:56

                          « Concurrence des victimes.. »

                          Ce que vous évoquez s’apparente fort à un phénomène de concurrence des victimes ou chaque groupe victime de massacre collectif souhaiterait figurer au panthéon du « Crime contre l’humanité ».

                          Le mal est venu de l’instrumentalisation de la Shoah, drame atroce mais auquel on a donné le statut d’Unique et plus monstrueux crime depuis l’histoire de l’humanité.

                          Cela se discute ? Non !

                          En discuter serait le banaliser, en chercher une ou des explications serait profaner les victimes et en altérer le mystère serait détruire sa sacralité.

                          Mais qu’en penseraient, par exemple, les Arméniens ? Leur nombre de victimes fut certes inférieur mais l’intention des bourreaux n’en était-elle pas proche ?

                          Et qu’en pensent les autres groupes, victimes eux aussi de massacres de masse ?

                          Nous voici dans le mécanisme de la concurrence des victimes.. que l’on retrouve aussi à l’échelon individuel, avec toutes les associations d’aide aux victimes, la nécessité d’assister les victimes dans leur travail de deuil par des décisions de justice..

                          Ce qui nous amena à la nomination au gouvernement Chirac d’une Nicole Guedj, chargée de la question et aux excès de 2002 où une mythomane, pour accéder au statut de victime, inventa une agression dans le goût médiatique du moment, par des jeunes-de-banlieue-antisémites dans une rame du RER..

                          Et qu’en est-il du côté des bourreaux ?

                          Le bourreau, une fois disparue sa toute puissance par le passage à une époque historique plus pacifique, ne travaille plus qu’à refouler ses actes et ne tient pas à ce qu’on leur rappelle ce qu’ils ont tan de mal à oublier..

                          Forcez-les à s’en souvenir et vous en ferez aussi des victimes.. et la boucle sera bouclée..

                          gAZi bORAt


                        • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 24 juin 2007 01:37

                          @ etarcomed

                          « En voulant trouver des coupables partout ». Cette phrase traduit malheureusement le fait que je n’ai pas su me faire comprendre. La méprise est totale. Je suis bien loin de chercher des coupables partout pour plusieurs raisons :

                          — D’abord parce que je ne les cherche pas vu que je les ai trouvés. Il s’agit de mon groupe d’appartenance, la nation française, dont l’histoire est pavée de violences dont les victimes attendent qu’elle ait la force et le courage de les assumer. Il convient de noter que ce constat ne vise aucun individu en particulier. Nul n’a besoin de s’acheter un fouet pour s’adonner à l’autoflagellation (ce terme, semble-t-il, plait beaucoup), à moins qu’il n’ait quelques tendances masochistes. Auquel cas, ne pas hésiter à les assouvir au moindre prétexte... smiley

                          — Ensuite, plus fondamentalement, parce qu’il ne s’agit pas d’accuser qui que ce soit (ce serait reproduire la violence passée), hormis peut-être soi-même ainsi que ceux auxquels on s’identifie et dont on entend ne pas se désolidariser dès lors que l’on en est héritier.

                          En somme, il ne s’agit pas d’accuser qui que ce soit, seulement d’être capable de reconnaître sa propre violence ou celle de ses pères, frères et autres pairs.

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