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Sarkozy déstabilisé, ses finances aussi

Nicolas Sarkozy paye le prix fort de ses hésitations à remanier son équipe gouvernementale : Joyandet parti, il a sacqué Blanc, et cela ne sert pas à grand chose. Dans les coulisses, Fillon et Baroin tentent de préparer un exercice budgétaire délicat, qui marquera la rentrée sociale en septembre prochain.

Des fusibles inutiles..

Les démissions forcées et surprises d’Alain Joyandet et de Christian Blanc dimanche ont été contreproductives. Tous les commentateurs n’ont retenu qu’une chose : Sarkozy a cédé à la pression médiatique, et ces départs sont marginaux. Loin de divertir l’attention de l’affaire Woerth, ces démissions l’ont renforcé. François Fillon, qui insistait depuis les élections régionales pour remanier et alléger son gouvernement, n’a eu gain de cause qu’à la marge : « Cela fait deux secrétaires d’État en moins et donc deux cabinets supprimés » a confié un conseiller du premier ministre. En refusant de sanctionner vite et bien les ministres coupables d’abus et d’affaires, Nicolas Sarkozy a commis une nouvelle bourde politique. Ses proches tentent de récupérer l’affaire et de prétendre que Sarkozy et Fillon eux-même auraient été les instigateurs de ces démissions. En fait, Alain Joyandet a craqué en fin de semaine dernière et posé sa démission. Sarkozy aurait ensuite exigé le départ de Christian Blanc pour faire bonne figure. Grâce à l’une des réformes sarkozyennes, les deux anciens ministres pourront recouvrir sans problème leur mandat de député...

Lors du point de presse hebdomadaire de l’UMP, Xavier Bertrand était mal à l’aise : « le président de la République avait fait part de sa désapprobation, je crois que le message était clair. Je crois que les choses sont revenues à l’endroit. » Frédéric Lefebvre ajouta : « Les réprobations étaient très claires et elles s’adressaient à ces ministres-là. »

Les deux ont également attaqué la presse et la « machination » dont serait victime Eric Woerth. Selon le Monde, le procureur, contesté, Philippe Courroye envisagerait d’enquêter sur les conditions d’embauche de Florence Woerth par Liliane Bettencourt...

Restent que d’autres membres du gouvernement sont toujours l’objet de critiques à cause des libéralités qu’ils ont prises avec leur charge officielle : Christian Estrosi et Fadela Amara qui ont mis à disposition leur appartements de fonction à leurs proches, et Rama Yade et son hôtel de luxe en Afrique de Sud sont ainsi menacés.

... une rigueur mal partagée...

Cinquante-quatre hôpitaux vont être supprimés, à moins qu’ils ne justifient leur utilité dans les 3 ans. Le Journal du Dimanche en a publié la liste le weekend dernier. Les services de chirurgie de ces établissements ont accueilli moins de 1.500 séjours annuels en moyenne entre 2007 et 2009. Par ricochet, la suppression d’un bloc opératoire entraine la fermeture d’une maternité si l’établissement en accueille une. La ministre de la santé va signer un décret d’ici la fin août. Les justifications avancées, dans le même article du JDD, laissent pantois : « La médecine est de plus en plus spécialisée, alors on peut bien faire une heure de route pour soigner sa cataracte » explique un conseiller de Roselyne Bachelot. « Ces services sont souvent dirigés par des chirurgiens âgés qui prendront leur retraite dans les trois ans, explique avec cynisme un directeur d’hôpital.  » pouvait-on entendre du côté de la Fédération Hospitalière de France.

Le gouvernement cherche 3 milliards d’euros d’économies au sein de l’assurance maladie. Eloigner les hopitaux de leurs patients est une idée facile.

La Défense également doit subir un plan d’économies. Il est plus modeste : 3,5 milliards d’euros de réduction budgétaire, mais sur trois ans. La loi de programmation militaire 2009-2014 doit être révisée, même si la Défense verra toujours son budget progresser dans les années à venir (+3,1% de 2011 à 2013). Certains programmes seront reportés, comme la rénovation du Mirage 2000-D. Mais Hervé Morin, lui, tient à son Pentagone à la Française. Le nouveau site, basé dans le 15ème arrondissement de Paris, doit accueillir 10 000 personnes en 2014. Son coût était prévu à 600 millions d’euros d’investissement, financé par le secteur privé (Eiffage, Bouygues ou Vinci), à qui l’Etat paiera ensuite un loyer annuel de 100 millions d’euros par an. Mais le gouvernement espérait revendre ses anciens terrains pour quelques 2,1 milliards d’euros. Pour le moment, sur les 713 millions d’euros de revente prévus en 2009, à peine 15 millions d’euros ont été cédés. En 2010, les ventes n’ont représenté que 51 millions, contre 503 prévus.

Plus généralement, trois missions échapperont au coup de rabot de 10% promis par le chef de l’Etat sur le budget public : la Défense (on vient de le voir), l’Enseignement supérieur et la Recherche, et l’Aide publique au développement. En dévoilant le contenu de ses notes de cadrages, qui définissent le périmètre budgétaire des ministères dans la perspective du budget 2011, François Fillon a réitéré sa promesse de trouver 100 milliards d’euros d’économies d’ici 2013. Mais il faut lire entre les lignes pour comprendre qui sera pénalisé par ce plan de rigueur qui ne s’assume pas.
  • 1. La réduction de 100 000 postes dans la fonction publique génèrera 1,5 milliards d’euros sur 3 ans (soit environ 500 millions d’euros par an). S’ajoute le gel des salaires publics dès 2011, pour atteindre l’objectif rappelé la semaine dernière par François Baroin de 3 milliards d’euros d’économies sur les rémunérations publiques. La seule éducation nationale subira donc près de la moitié de ces réductions d’effectifs, puisque 16 000 suppressions de postes sont annoncés pour 2011.
  • 2. Baroin cherche aussi 10% d’économies sur les 66 milliards d’euros de dépenses dites d’intervention. En d’autres termes, les aides sociales et les subventions. Le ministre du budget avait annoncé la semaine dernière que les mesures destinées aux « publics fragiles », tels le RSA, l’allocation adulte handicapé, ou les aides au logement pour les locataires, seraient épargnées. Ce qui signifient que les autres aides et subventions souffriront d’autant. Une réduction supérieure à 10% des aides à l’embuche et du traitement social du chômage (formation, reclassement, etc) ramènerait la politique d’aide à l’emploi à son niveau d’avant la crise.
  • 3. Divers gels et moratoires ont été confirmés : dotation à l’Agence de financement des infrastructures de transport, grands équipements culturels, 

... une fiscalité déséquilibrée

Le gouvernement a visiblement exclu toute remise en cause générale de la fiscalité, à l’exception d’un coup de rabot sur les niches fiscales. Ainsi, le crédit d’impôt immobilier, renforcé en août 2007 dans le cadre de la fameuse loi Tepa, serait menacé. La fiscalité de l’épargne et des hauts revenus reste - pour le moment - inchangée. Le député UMP Gilles Carez remet cette semaine un rapport d’information sur l’application des mesures fiscales. A lire le document, certains constats font froid dans le dos : 468 niches fiscales génèrent 75 milliards d’euros de manque à gagner.

Ainsi, l’impôt sur le revenu ne génère plus que 50 milliards d’euros par an environ (48 prévus en 2010), mais il subit 37,5 milliards d’euros de niches diverses. Le rapporteur note que le gouvernement Sarkozy a certes annulé ou réduit 24 niches pour 3,5 milliards d’euros en 2009, mais qu’il en a créé 33 nouvelles pour 5,7 milliards d’euros d’exonérations ! Parmi les plus importantes, citons les défiscalisations d’emploi à domicile (3 milliards), de frais de garde de jeunes enfants (900 millions), d’équipements de l’habitation principale (2,6 milliards), d’investissements en Outre-Mer (1,2 milliards), et des intérêts d’emprunt immobilier (1,5 milliards).

Comme souvent, certains constats contredisent les arguments gouvernementaux. Ainsi, Sarkozy et Lagarde se félicitaient-ils l’an dernier du plafonnement qu’ils avaient instauré sur les niches fiscales (un maximum de 25 000 euros plus 10% du revenu imposable par foyer) ? Et bien Gilles Carrez livre cette intéressante conclusion : seulement 713 contribuables ont été concernés en 2009 par ce plafonnement, pour 20,7 millions d’euros d’économies ! Au passage, le rapporteur UMP confirme l’argument maintes fois répété contre le bouclier fiscal : « même dans le cas de salaires très élevés, il serait impossible de dépasser un taux moyen [d’imposition] de 50%, sans que n’intervienne une imposition au titre du patrimoine détenu. » (cf. page 26). Autrement dit, le bouclier fiscal protège le patrimoine, pas le travail.

Autre constat, la défiscalisation partielle des intérêts d’emprunt immobilier pour l’acquisition d’une résidence principale ne profite pas aux ménages modestes et coûte ... 1,5 milliards d’euros en 2010 et 2,6 milliards d’euros prévus en 2013 au budget de l’Etat (un chiffre sous-évalué selon le rapport).

Enfin, les avantages fiscaux, on s’en doute, profitent aux plus riches  : 10 millions de contribuables se partagent 557 millions d’euros (soit moins de 250 euros d’avantages par foyer et par an). A l’autre extrémité de l’échelle, un millier de contribuables (931) empochent 5,3 milliards d’euros d’avantages fiscaux (cf. tableau page 33). Près de 60% des contribuables français ne bénéficient d’aucun avantage fiscaux (à noter qu’une moitié de Français n’est pas assujetti à l’IR faute de revenus suffisants). 

Le même Gilles Carrez relève, dans un autre rapport, que l’Etat a perdu 100 milliards de recettes fiscales en 10 ans (soit depuis 2000), dont 70 milliards à cause des baisses et réductions d’impôts : 1,3 points de PIB en 2000 et 2001 (gouvernement Jospin), encore 1,5 point de PIB entre 2002 et 2006 (Raffarin puis Villepin), et 1,5 points en 2007-2009 (Sarkozy-Fillon). Mais les « cadeaux » fiscaux ont été bien différents entre gauche et droite : sous Jospin, l’essentiel de la baisse d’impôt a été la réduction d’un point du taux de TVA (en 2000), qui explique 40% de la baisse de recettes de la TVA sur la période. Sous Sarkozy, Carrez évalue à 15 milliards d’euros les cadeaux des trois premières années du quinquennat, pour l’essentiel à cause de la loi TEPA et la baisse de la TVA sur la restauration.

Les finances publiques sont déséquilibrées, mais le gouvernement ne voit que ce qui l’intéresse, les aides, allocations et subventions et les services publics.

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16 réactions à cet article    


  • patroc 8 juillet 2010 11:16

    Bon retour sur Agora, Juan et bon article, comme d’hab !.. La création des « fondations politiques » en vue de récolter de l’argent n’est pas mal non plus !.. Ils sont avec l’argent comme les mouches avec la merde !..


    • Le Gros Caillou Le Gros Caillou 8 juillet 2010 11:17

      Le gouvernement Sarkozy va se replier façon Fort Chabrol autour de son chef dans un absolutisme débridé...

      ...en attendant la cerise DSK qui arrivera en sauveur raisonné sur le gâteau indigeste pour parfaire le démembrement de l’état France.


      • Dominitille 8 juillet 2010 15:06

        Le Président ayant bien travaillé toute l’année, va aller se reposer au soleil loin des turpitudes élyséennes. Les doigts de pied en éventail, un verre d’eau fraîche à la main, le canotier sur les yeux, il va enfin pouvoir ne rien faire. Comme les Bleus, plus tu fais de conneries plus t’as besoin de vacances. 
        Ce sera bien la première fois, que je vais suivre le feuilleton de l’ été à la télé.
         La saga Bettencourt-Woerth-Sarkozy, j’espère que le feuilleton tirera jusqu’ à fin août, retour des programmes normaux ! Je me demande qui sera supprimé le premier, Liliane, Eric ou Nicolas ?


        • fifilafiloche fifilafiloche 8 juillet 2010 15:18

          Le gouvernement, à deux ans d’une échéance majeure, préférerait pouvoir jouer les pères noel que les pères fouettard. C’est bien pour cela que la France essaie d’imposer une doctrine de fabrication de monnaie à la BCE contre l’orthodoxie rigoriste allemande. D’où l’idée de nettoyer les dettes douteuse des pays méditerranéens par l’impôt des pays du Nord (Anglo saxons).


          Mais pour imposer cette doctrine keynesienne, il faut montrer que l’on est capable de s’auto discipliner, question de crédibilité. D’où une politique restrictive paradoxalement impopulaire afin de pouvoir faire payer nos dettes par nos voisins.

          Cette rigueur pourrait être bien perçue si l’on était convaincu que l’administration, à tous ses niveaux, avait le souci du respect du bien commun. Mais les dernières affaires montrent à quel point il faudrait une révolution culturelle pour changer la mentalité de la fonction publique. Il est tout à fait normal que lorsque sa survie n’est pas menacée par ses erreurs, on ne soit que peu motivé à changer ses mauvaises habitudes.

          La priorité est beaucoup plus à la remise en cause du statut de la fonction publique, afin de pouvoir motiver les plus méritants et sanctionner les irresponsables. Sans cette réforme fondamentale, les mentalités ne pourront évoluer et toute restructuration condamnée à l’échec.

          • Blé 8 juillet 2010 17:10

            Quoi qu’il arrive, d’ici deux ans, les français ont peut-être la mémoire courte mais ils se souviendront qu’après avoir renfloué les banques, Sarko a estimé qu’il fallait qu’ils se serrent un ou crans de plus la ceinture. Et je suis persuadée que ce n’est pas fini car vider les poches des consommateurs, des locataires, des automobilistes, pour satisfaire les actionnaires, va multiplier le nombre de chômeurs. Pourquoi produire (même pas cher en Chine) si personne ne peut acheter en France ou en Europe ?

            Les actionnaires n’iront pas dans les supers marchés, ni au cinéma, etc..., etc..., etc...


            • Peachy Carnehan Peachy Carnehan 8 juillet 2010 17:39

              Ca vient de tomber, c’est du tout chaud :


              « Si Claire Thibout remet en cause quelques citations précises de Mediapart, elle enfonce une fois de plus le clou : les Bettencourt ont largement financé beaucoup d’hommes politique.
              Pierre Messmer, Mme Pompidou, François Léotard, Gérard Longuet, le couple Chirac, Edouard Balladur, Bernard Kouchner, Danielle Mitterrand ou encore Renaud Donnedieu de Vabres, Nicolas Sarkozy... C’est une litanie de grands noms politiques qu’a aligné l’ex-comptable. » 


              • Lisa SION 2 Lisa SION 2 8 juillet 2010 18:12

                Bonjour, vous dites : « 468 niches fiscales génèrent 75 milliards d’euros de manque à gagner.... ... Le même Gilles Carrez relève, dans un autre rapport, que l’Etat a perdu 100 milliards de recettes fiscales en 10 ans » c’est le coup des baignoires, si vous ouvrez des robinets pour remplir votre baignoire, vous allez vider l’eau de quelque part...c’est inéluctable ! Prenez plutôt une douche.

                " Parmi les plus importantes niches, citons les défiscalisations d’emploi à domicile (3 milliards), de frais de garde de jeunes enfants (900 millions), d’équipements de l’habitation principale (2,6 milliards), d’investissements en Outre-Mer (1,2 milliards), et des intérêts d’emprunt immobilier (1,5 milliards). " en résumé, quand vous êtes imposables à raison de 100.000 euros, faites un emprunt immobilier, pour aménager votre résidence principale et acheter en outre mer, payez vous une nounou et une seconde pour garder vos enfants quand vous partez en vacances, et votre facture tombe à 20.000...louez votre résidence en hiver et cela ne vous coûte plus rien. Vraiment, que c’est dur d’être riche...

                Moralité, ces niches fiscales ont été fomentées par les descendants des colons qui pratiquaient le droit de cuissage sur les plus belles esclaves, donc, pas de moralité en somme au bout du compte vierge d’impôts. Bienvenue au temps des privilèges légaux mais pas légitimes. D’ailleurs, à Chantilly même, la rue principale qui arrive de Paris est toujours pavée et n’a pas subi de restauration depuis la Révolution, c’est vous dire... 


                • Taverne Taverne 8 juillet 2010 19:04

                  Le prix de la stupidité politique est décerné à Sarkozy Nicolas.
                  A t-on vu un joueur d’échecs mettre en échec son roi par hésitation à sacrifier son cheval ?

                  Le prix de la lâcheté politique est décerné à Sarkozy Nicolas.
                  A-t-on jamais vu un chef d’Etat user de procédés d’évitement pour protéger ses vacances ? Le remaniement ? Bah ! En octobre !" L’évitement ne permet pas d’éviter le danger quand il est imminent.


                  • BA 8 juillet 2010 20:21

                    Florence Woerth, l’épouse du ministre du Travail éclaboussé par l’affaire Bettencourt, a demandé au parquet de Nanterre à être entendue dans les meilleurs délais, a annoncé jeudi son avocat.

                    Elle a écrit au procureur de Nanterre, Philippe Courroye, « afin de lui décrire les conditions de son embauche et les fonctions qu’elle a exercées », a dit Maître Antoine Beauquier dans un communiqué.

                    http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE6670OB20100708

                    Pourquoi Florence Woerth a-t-elle écrit au procureur de Nanterre Philippe Courroye ?

                    Parce que Philippe Courroye est un ami : lui-aussi fait partie du clan Sarkozy.

                    Lisez ces enregistrements dévastateurs : ce sont deux dialogues entre Liliane Bettencourt (L.B.), Patrice de Maistre son gestionnaire de fortune (P. de M.), et Fabrice Goguel son avocat (F.G.) :

                    12 juin 2009.

                    – P. de M. : Bonjour, Madame. – F.G. : Bonjour, comment allez-vous ? – L.B. : Bien. Ça fait longtemps que je ne vous ai pas vu ! – F.G. : Une semaine. Je suis ravi que vous trouviez le temps long quand vous ne me voyez pas, mais…– L.B. : Alors, où en sommes-nous ? – F.G. : Je sors du bureau du procureur de la République. Je suis allé discuter avec M. Courroye, le procureur, du dossier. J’ai voulu lui expliquer pourquoi vous refusiez qu’il y ait une nouvelle expertise [médicale]. – L.B. : Est-ce qu’il a compris, d’abord ? – F.G. : Je pense qu’il a compris, mais ça l’ennuie. En réalité, il voudrait faire juger l’affaire par l’expert. Pour lui, en fait, l’expertise est une façon de ne pas avoir de décision à prendre lui-même. Donc, il est déçu que vous n’acceptiez pas l’expertise. Mais je lui ai expliqué que vous aviez le sentiment que c’était votre fille qui poussait toute cette procédure. – L.B. : Il faut lui dire que je suis expertisée tout le temps ! (De Maistre rit.) – F.G. : C’est un peu ce que je lui ai dit. (Elle rit.) Je lui ai dit qu’il y avait une question de dignité de votre part, et que refuser de se contenter des expertises que vous avez déjà faites, ce serait sous-entendre qu’elles auraient pu être manipulées, qu’elles ne correspondraient pas à la vérité, et que vous trouvez que ce serait contraire à votre dignité. – L.B. : (S’adressant à de Maistre.) Vous êtes d’accord ? – P. de M. : Cent pour cent. – F.G. : La conclusion de cet entretien, c’est qu’il va réfléchir maintenant au dossier. Et il ne m’a absolument pas dit s’il allait arrêter l’affaire ou s’il allait saisir le tribunal. […] Il n’y aura en tout cas pas de juge d’instruction. – P. de M. : Moi, j’ai été appelé par l’Elysée pendant que Maître Goguel était chez le procureur, et donc j’y vais cet après-midi. Je ne sais pas ce qu’il va me dire. Mais, enfin, tout le monde suit ce cas. – L.B. : Qui va me voir ? – P. de M. : Non, moi, je vais à l’Elysée cet après-midi puisque le conseiller de Sarkozy m’a appelé ce matin – je ne lui avais rien demandé – pour me dire : « Je sais que Maître Goguel est chez le procureur et je veux vous voir. » […] Donc peut-être que cet après-midi, j’aurai quelque chose de nouveau. – L.B. : C’est quand même plutôt bon signe, non ? – P. de M. : Oui, il suit l’affaire…– L.B. : Et s’il s’en lavait les mains ? – P. de M. : Il suit l’affaire. Mais ils font ce qu’ils peuvent. C’est Courroye qui est le nœud du truc. C’est pas Sarkozy, c’est Courroye. – L.B. : Il est gêné aux entournures. – F.G. : Courroye aussi est très gêné. Il a très peur de devoir prendre une décision. Il pense qu’il y a des risques. C’est pour ça qu’il aurait préféré l’expertise, qui lui aurait évité le risque. – P. de M. : En tout cas, Maître Goguel et moi, on est tout à fait derrière vous pour dire que les expertises, ça suffit. Vous en avez eu assez. Et il ne peut pas vous l’imposer. – F.G. : D’autant plus que – il me l’a dit ce matin – l’expertise qu’il voulait aurait été quelque chose de très long et de très approfondi, donc de très désagréable pour vous. Il voulait faire beaucoup de recherches…

                    21 juillet 2009.

                    – L.B. : Vous êtes content ? – P. de M. : Je suis très content. Pour vous. – L.B. : Pourquoi ? – P. de M. : Euh, il faut vraiment que ça ne parte pas vers François-Marie [Banier] ce que je vais vous dire. J’ai eu l’Elysée et l’Elysée m’a dit que…– L.B. : Qui ? – P. de M. : Le palais de l’Elysée. Le conseiller de Nicolas Sarkozy. Il m’a appelé, il y a… – L.B. : Sarkozy ? – P. de M. : Non, son conseiller juridique, à l’Elysée, que je vois régulièrement pour vous. Et il m’a dit que le procureur Courroye allait annoncer le 3 septembre, normalement, que la demande de votre fille était irrecevable. Donc classer l’affaire. Donc, voilà. Mais il ne faut le dire à personne, cette fois-ci. Il faut laisser les avocats travailler. Voilà.

                    http://www.lepoint.fr/societe/document-affaire-bettencourt-les-enregistrements-secrets-05-07-2010-1211175_23.php


                    • kisssky kisssky 8 juillet 2010 20:38

                      on va voir si ca sort dans la boite à magouille public....


                    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 9 juillet 2010 03:29

                      Je ne comprend pas que des accusations d’obstruction à la justice ne soient pas envisagées. Ce gouvernement a-t-il encore une légitimité ?


                       PJCA

                    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 9 juillet 2010 03:30

                      Je ne comprend pas que des accusations d’obstruction à la justice ne soient pas envisagées. Ce gouvernement a-t-il encore une légitimité ?


                       PJCA

                    • Annie 8 juillet 2010 21:12

                      Au cas où vous seriez le Juan qui sévit sur Marianne, bravo.


                      • BA 9 juillet 2010 10:21

                        Dans son édition à paraître samedi 9 juillet, Marianne publie en exclusivité les fameux « carnets Bettencourt », ces cahiers de caisse sur lesquels Claire T., l’ex-comptable de la richissime héritière du géant des cosmétiques L’Oréal, notait scrupuleusement chaque retrait d’argent liquide (environ « 50.000 euros par semaine ») en précisant à qui cet argent était destiné. Un carnet de bord qu’elle a tenu au jour le jour, avec une incroyable minutie, de la date de son embauche en mai 1995 jusqu’à celle de son licenciement en novembre 2008.

                        Marianne s’est en effet procuré l’un de ces cahiers, le plus instructif sans doute, celui de l’année 2007. Et plus précisément les pages qui concernent les mois de janvier à avril, c’est-à-dire les quatre mois qui précédèrent l’élection présidentielle et la victoire de Nicolas Sarkozy.

                        Ces carnets de caisse, qui sont depuis mercredi dernier entre les mains des policiers de la Brigade financière et de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), comportent, mois par mois, de façon manuscrite, la date de chacune des opérations réalisées en liquide, la désignation de l’opération et, bien sûr, les recettes (l’argent liquide tiré à la banque) et les dépenses. Avec, à la fin de chaque mois, une balance des opérations.

                        Première constatation : Claire T. a dit vrai aux enquêteurs. A la date du 26 mars 2007, elle a bien noté, dans la colonne « recettes », un retrait d’argent liquide de 50.000 euros, désigné « BNP ». La BRDP a d’ailleurs retrouvé, à l’agence BNP-Paribas de l’avenue de La Grande-Armée à Neuilly, la trace de ce retrait d’argent, avec la certitude qu’une telle somme était retirée à cette agence au moins deux fois par mois.

                        Deuxième constatation, plus frappante : ces retraits en liquide étaient non seulement fréquents, mais très élevés : 45.000 euros le 9 janvier 2007, 50.000 euros le 14 janvier, 50.000 euros le 25 janvier, 50.000 euros le 2 février, 50.000 euros le 12 février, 45.000 euros le 20 février, 50.000 euros le 26 mars, 48.000 euros le 2 avril…

                        Au total sur quatre mois, de janvier à avril 2007, pas moins de 388.000 euros sortis en liquide !

                        Question : Tracfin, la cellule de renseignements financiers qui dépend du ministère des finances et lutte contre les mouvements suspects de capitaux, a-t-elle ou non été alertée par la ou les banque(s) concernée(s) ? Et si oui, Tracfin en a-t-elle informé Bercy ?

                        Ce qui est sûr, c’est que durant les treize années passées au service de Mme Liliane Bettencourt, Claire T. assure que sa patronne n’a jamais été inquiétée de près ou de loin par le ministère des finances ou celui du Budget. Mieux, pendant treize ans, Mme Bettencourt n’a jamais été contrôlée par le fisc ! Ce qui, au passage, contredit les propos d’Eric Woerth, ex-ministre du Budget, et de Philippe Parini, directeur général des finances publiques.

                        Laurent Neumann.


                        http://www.marianne2.fr/Exclusif-les-carnets-Bettencourt-enfin-reveles-dans-Marianne_a194964.html?com


                        • BA 9 juillet 2010 11:31

                          Woerth : le rapport déjà contesté.


                          François Baroin veut « obtenir de l’inspection générale des finances (IGF) la preuve de l’absence d’intervention de son prédécesseur, Eric Woerth, dans le dossier fiscal de la milliardaire Liliane Bettencourt » constate Le Monde, mais la procédure choisie n’est pas habituelle.

                          « Le rapport n’a pas été commandé à l’IGF, comme il est d’usage, mais à son chef, Jean Bassères. L’IGF n’a pas travaillé selon ses méthodes habituelles, collectives, contradictoires et inquisitoriales. Ce ne sera pas un rapport de l’IGF, mais de son patron. Il a été confié directement par le ministre au haut fonctionnaire qu’il a nommé », souligne un ancien chef de l’IGF.

                          « Le délai très court imparti à M. Bassères pose aussi question. »

                          « Ce ne sont pas de bonnes méthodes, relève un autre expert de l’IGF. Comment huit jours peuvent-ils suffire pour voir ce qu’a fait l’administration générale, aller au fond du dossier transmis par le procureur de Nanterre en janvier 2009, sur de possibles fraudes fiscales liées à l’enquête pour »abus de faiblesse« visant le photographe François-Marie Banier ? »

                          « Jamais par le passé, rappelle cette source, un rapport de l’IGF n’a mis en cause un ministre ou un gouvernement. On ne peut demander l’impossible à ses membres, ils ne bénéficient pas des garanties de neutralité ou d’inamovibilité des magistrats de la Cour des comptes ou du Conseil d’Etat. »

                          Gilles Klein.


                          http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=8619


                          • BA 11 juillet 2010 21:37

                            Affaire Bettencourt : le rapport qui blanchit Woerth.

                            INFO LE FIGARO - Selon le rapport de l’IGF que s’est procuré Le Figaro, l’ancien ministre du budget « n’est pas intervenu pour demander, empêcher ou orienter une décision ou un contrôle portant sur Mme Bettencourt, MM. Banier ou de Maistre ».

                            L’étau se désserre autour d’Eric Woerth. Le Figaro a pu consulter le rapport de l’Inspection générale des Finances (IGF), attendu lundi et destiné à contrer ceux doutant de l’absence d’intervention de l’actuel ministre du Travail dans le dossier fiscal de Liliane Bettencourt. En conclusion, l’IGF est très clair : « M. Eric Woerth, durant la période où il était ministre du budget, n’est pas intervenu auprès des services placés sous son autorité pour demander, empêcher ou orienter une décision ou un contrôle portant sur Mme Bettencourt, MM. Banier ou de Maistre, ainsi que sur les sociétés Téthys et Clymène ».

                            Par ailleurs, « les informations obtenues dans le cadre du contrôle fiscal de M. Banier, notamment de source judiciaire, n’étaient pas de nature à conduire l’administration à déclencher un examen de la situation fiscale personnelle de Mme Bettencourt. »


                            http://www.lefigaro.fr/politique/2010/07/11/01002-20100711ARTFIG00129-affaire-bettencourt-le-rapport-qui-blanchit-woerth.php

                             

                            Pipeau !

                            C’est un rapport pipeau !

                            Pour comprendre pourquoi ce rapport est complètement pipeau, lisez cet article :

                            Woerth : le rapport déjà contesté.

                            François Baroin veut « obtenir de l’inspection générale des finances (IGF) la preuve de l’absence d’intervention de son prédécesseur, Eric Woerth, dans le dossier fiscal de la milliardaire Liliane Bettencourt » constate Le Monde, mais la procédure choisie n’est pas habituelle.

                            « Le rapport n’a pas été commandé à l’IGF, comme il est d’usage, mais à son chef, Jean Bassères. L’IGF n’a pas travaillé selon ses méthodes habituelles, collectives, contradictoires et inquisitoriales. Ce ne sera pas un rapport de l’IGF, mais de son patron. Il a été confié directement par le ministre au haut fonctionnaire qu’il a nommé », souligne un ancien chef de l’IGF.

                            « Le délai très court imparti à M. Bassères pose aussi question. »

                            « Ce ne sont pas de bonnes méthodes, relève un autre expert de l’IGF. Comment huit jours peuvent-ils suffire pour voir ce qu’a fait l’administration générale, aller au fond du dossier transmis par le procureur de Nanterre en janvier 2009, sur de possibles fraudes fiscales liées à l’enquête pour »abus de faiblesse« visant le photographe François-Marie Banier ? »

                            « Jamais par le passé, rappelle cette source, un rapport de l’IGF n’a mis en cause un ministre ou un gouvernement. On ne peut demander l’impossible à ses membres, ils ne bénéficient pas des garanties de neutralité ou d’inamovibilité des magistrats de la Cour des comptes ou du Conseil d’Etat. »

                            Gilles Klein.


                            http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=8619

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