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Accueil du site > Actualités > Politique > Sarkozy et l’école : l’impasse sécuritaire

Sarkozy et l’école : l’impasse sécuritaire

Le dernier discours de Sarkozy – en attendant le prochain, qui ne saurait tarder – sur la violence en milieu scolaire aura au moins réservé une heureuse surprise : les élèves perturbateurs se chiffreraient en France au nombre de 200 à 300, puisque Sarkozy envisage l’ouverture d’une dizaine d’internats regroupant chacun 20 ou 30 élèves. 200 à 300 élèves « perturbateurs » sur un total de 12 millions d’élèves, est-ce bien nécessaire dans ces conditions d’ameuter l’opinion publique avec un sujet aussi anodin ?
 
Les mesures annoncées aujourd’hui par Sarkozy avec une violence de ton, une hargne qui lui sont coutumières lorsqu’il évoque l’école et plus généralement les jeunes, ceci devant un parterre de recteurs et d’inspecteurs d’académie, grossièrement manipulés mais qui n’y trouvent manifestement rien à redire, ces mesures appellent un certain nombre d’observations.
Jusqu’à présent, même sous Sarkozy, le choix d’un établissement pour un élève relève exclusivement de la responsabilité parentale et non du président de la république ou d’une administration. Dans une autre type de société, la chose serait peut-être envisageable, mais en France, cela ne s’est encore jamais vu. Du moins pour l’instant car curieusement, au moment où Sarkozy annonçait sa dernière lubie, la ministre de la Santé présentait de son côté un plan sur la psychiatrie autorisant l’internement de n’importe quel citoyen sur simple décision administrative. Des principes hérités du goulag pour tenter de sauver un pouvoir aux abois ?
 
Il faut ne rien connaître d’un élève de 13 à 16 ans – tranche d’âge qui semble décidément concentrer toutes les phobies de Sarkozy – pour croire que l’enfermement subi, et non choisi, comme c’est le cas aujourd’hui, en internat serait de nature à remettre un élève sur les rails. C’est faire totalement abstraction du fait que le refus de l’école manifestée par certains élèves se nourrit de l’échec scolaire. Un échec scolaire que l’UMP, empêtré dans de dérisoires considérations budgétaires et ses contradictions idéologiques, s’avère incapable de traiter à la source, en refusant de remettre en cause un système scolaire obsolète – notamment le collège – ou pire, en cherchant dans l’école du passé, dans l’école en blouse grise, dans l’école derrière les barreaux, un modèle pour le 21e siècle. On ne peut nier que depuis trois ans, la situation des établissements scolaires se soit détériorée, non seulement à cause de cette crispation bornée sur le passé mais aussi à cause des coupes sombres dans l’encadrement de l’Education nationale dont nul ne peut plus ignorer les effets. Mais après tout, c’est un choix politique très fort que celui qui consiste à supprimer des dizaines de milliers de postes d’enseignants, à laisser à l’abandon les infirmières, les médecins ou les psychologues scolaires, à rayer d’un trait de plume toute formation professionnelle pour les enseignants et, malgré tout, dans le même temps, à trouver comme par miracle les moyens budgétaires de financer des structures exclusivement d’enfermement.
 
Il y a quelques jours, Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, affirmait que « l’absentéisme scolaire était la première marche vers la délinquance », tissant ainsi un lien entre les deux échecs majeurs de Sarkozy : l’école et la sécurité. Certes, c’est l’effet d’annonce qui prime, mais cette habitude qu’ont pris certains politiciens, derrière Sarkozy, de voir derrière le jeune un ennemi, de jouer sur les peurs, de flatter les instincts vulgaires, tout cela est quand même bien inquiétant. Et pour moi qui suis prof de collège, ce ne sont pas les élèves qui me font peur, mais ces gens-là.
 

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5 réactions à cet article    


  • Lisa SION 2 Lisa SION 2 11 mai 2010 10:02

    Bonjour Ramon,

    « est-ce bien nécessaire dans ces conditions d’ameuter l’opinion publique avec un sujet aussi anodin ? » C’est le propre de notre système de communication en chef, meubler avec 1% de l’extrême bas, et pendant ce temps là, pas un mot sur l’extrême haut du panier : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/coluche-et-la-crise-74754

    A ce propos, des nouvelles de Rita ?


    • Raymond SAMUEL paconform 11 mai 2010 11:19

      Bonjour Lisa SION 2,

      Le sujet traité par l’auteur est beaucoup plus grave que celui des 1 % (ou 0,1 %) des hauts revenus.
      Répartir ces hauts revenus entre les 99 % autres français ne changerait pas grand’chose.
      Par contre, cesser de nuire à tous les enfants/élèves de façon à ne plus fabriquer d’adultes malades psychiques (comme Sarko et tant d’autres) et physiques, plus de délinquants, plus de moutons etc...serait LA solution.
      L’école n’est pas seule en cause, on commence le saccage des enfants in-utero (violence dans le couple) pour l’amplifier avec la crèche, la maternelle, le non respect des besoins de l’enfant.

      Votre lien, Chantecler, est un pousse au crime.


      • Redj Redj 11 mai 2010 11:25

        @ l’auteur,

        bon article, mais pour le titre j’aurais fait plus court : Sarkozy : l’impasse.


        • Micromégas 11 mai 2010 11:34

          Certains (beaucoup même) de jeunes n’aiment pas l’école : cela me paraît une attitude assez normale et saine. Comment un jeune, équilibré, plein d’entrain, de vie et d’envie de découvrir le monde pourrait s’épanouir dans le milieu scolaire actuel, assis toute la journée sur une chaise ?

          Moi-même, j’ai préféré quitter l’enseignement plutôt que de continuer à m’y ennuyer. Mes élèves m’ont regrettée mais je savais que je ne pourrais pas enseigner toute l’année de façon intéressante à cause des contraintes du système et que je les décevrais tôt ou tard. 


          • Raymond SAMUEL paconform 11 mai 2010 14:31

            Votre message, Florence, c’est un peu de baume au cœur.

            Mon avis ? le « milieu scolaire actuel », c’est la conception de l’école depuis toujours.
            Le simple fait de faire passer l’enfance assis sur une chaise, sous la domination d’un Maître et avec la complicité des parents, c’est une abomination.
            Que l’on continue à ignorer les besoins d’un enfant à notre époque, c’est, il est vrai, de plus en plus grave.

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