A l’UMP la déconfiture est au menu. Les grandes figures du parti du Président déchu doivent résoudre une difficulté majeure qu’elles ne maîtrisent pas : la montée du Front National.
C’est peu de le dire : le parti conduit par Marine Le Pen, reconnu républicain quand il s’agit de quémander les voix de ses sympathisants, s’annonce un client sérieux et gênant dans nombre de circonscriptions aux prochaines législatives. Malgré le découpage électoral des circonscriptions, le rapport de force prévu va coûter leur siège à maintes personnalités du monde parlementaire.
A cette évidence s’ajoute qu’une majorité du corps électoral, pas seulement de gauche, n’a jamais pardonné aux membres de l’Assemblée Nationale d’avoir désavoué son refus du traité constitutionnel pour l’Europe en permettant la ratification de celui de Lisbonne dont l’Union se mord, aujourd’hui, les doigts.
Après les multiples trahisons de leur mandat, ces députés n’ont pas été les représentants du peuple français mais les larbins d’un parti, à la botte d’un gouvernement aux ordres d’un président qui, détournant le mandat confié par le suffrage universel, usurpa le pouvoir exécutif et imposa les lois à sa convenance pour asphyxier le peuple.
Ceci est, du point de vue parlementaire, une attitude totalement contraire à la Constitution dont l’article 24 dispose :
« Le Parlement vote la loi. Il contrôle l’action du Gouvernement. Il évalue les politiques publiques. »
La trahison de tels élus est d’autant plus patente que l’article 27 de cette loi fondamentale précise au parlementaire :
« Tout mandat impératif est nul.
Le droit de vote des membres du Parlement est personnel.
La loi organique peut autoriser exceptionnellement la délégation de vote. Dans ce cas, nul ne peut recevoir délégation de plus d’un mandat. »
Nous avons vu maintes fois lors de la dernière législature, les instances d’un parti brandir la menace de l’exclusion pour contraindre les membres de son groupe parlementaire à voter selon ses directives ou sanctionner les propos et déclarations contraires à la ligne définie. Comme si ces dirigeants avaient le monopole d'une fraction de la représentation populaire et de la souveraineté nationale. C’est oublier, sans vergogne, le principe démocratique qui fait de l’élu un parlementaire de l’ensemble du peuple et non le défenseur de sa circonscription ou du parti.
C’est la loi ! L’article 26 de la Constitution confère, sans exclusive, une entière indépendance à l’élu :
« Aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions. »
Comment les chefs de parti de droite ou de gauche s’arrogent-ils au mépris de la Constitution d’appliquer des diktats et des sanctions aux élus de leurs rangs quand celle-ci rappelle :
« La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum.
Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. » (art.3)
Et,
« Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie. » (art.4)
Il leur faut mériter leur présomption et non se contenter de profiter d’un succès électoral qui doit plus au rejet du sortant qu’aux qualités de l’élu. Ici la dynamique qui profita à l'UMP de Sarkozy en 2007 ne joue pas. Le 15 mai, le Gouvernement qui sera formé, par le Premier ministre nommé, ne sera pas nécessairement celui qui résultera de la composition de l’Assemblée sortie des urnes au soir du 17 juin. Comme l’a fort justement dit le candidat Hollande, « le Gouvernement doit posséder la confiance de l’Assemblée ». Les électeurs de celle-ci peuvent se montrer aussi rancuniers pour leur député qu’ils ne le furent pour leur Président. Ils sauront se souvenir que 32 membres du PS ont voté le Traité de Lisbonne et 143 se sont abstenus.
Parmi les 17 députés ayant voté en faveur de sa ratification : Manuel Valls, ministrable et Jack Lang. Parmi les 94 députés qui se sont abstenus, d’anciens ministres et des proches du Président : MM. Jean-Marc Ayrault, Jean-Louis Bianco, Jean-Christophe Cambadélis, Michel Delebarre, Julien Dray, Jean-Louis Gagnaire, Mme Elisabeth Guigou, MM. Pierre Moscovici, Michel Sapin, Daniel Vaillant, et André Vallini. Désormais débarrassé du tyran, craignez désormais candidats du PS que le peuple ne se souvienne de votre désaveu quand il glissera son bulletin dans l’urne.
En effet, si par respect du résultat du référendum le PS avait voté contre la révision constitutionnelle le 4 février celle-ci n’aurait pas abouti à ce foutu traité de Lisbonne dont les conséquences sont la conjoncture que nous vivons.
Jugez plutôt :
Pour être adoptée en Congrès une révision constitutionnelle doit recueillir les trois cinquièmes des suffrages exprimés. Le 4 février 2008 à Versailles le Parlement a rassemblé 893 votants, 741 suffrages ont été exprimés dont 560 favorables. Il suffisait alors de 445 pour réunir la majorité requise. Si les 143 abstentionnistes du PS avaient exprimé leur suffrage, la majorité nécessaire à l’adoption de la révision eut été de 531 voix.
Ceci signifie que si l’ensemble des 175 parlementaires PS s’était prononcé contre cette révision, à l’issue du scrutin la somme des votes favorables eut été de 528 ! Il aurait manqué 3 voix pour réviser la Constitution et permettre l’adoption de la loi de ratification de ce traité catastrophique pour l’Union européenne et La France.
Tout bien pesé, la responsabilité du PS sur la situation européenne et la perte de souveraineté de notre pays est toute aussi considérable que celle de l’UMP. Faut-il faire confiance de nouveau à de tels représentants ou les virer comme nous l’avons fait de Sarkozy ? Faut-il croire que celui qui a favorisé la ratification du traité de Lisbonne est de taille à renégocier un traité européen ?
Voilà le bilan du PS dont François Hollande fut le Premier secrétaire jusqu’au 26 novembre 2008. Voilà ceux qui, sous sa présidence, aspirent aujourd’hui à conduire notre pays.
Alors Copé, Juppé et compères ont raison d’espérer. Si, d’après certains experts de la presse, ça sent le Sapin côté finances, l’Assemblée c’est pas du tout cuit, ô ministres intègres !

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