Scandale politico-financier dans les Bouches-du-Rhône. Des écoutes téléphoniques accablantes mettent en évidence l'implication du président du Conseil général pour faire pression sur les élus et les fonctionnaires du département et favoriser les affaires de son frère Alexandre. La convocation judiciaire de Jean-Noël Guérini apparaît aujourd'hui incontournable.
Depuis plusieurs années, le département des Bouches-du-Rhône bruisse de rumeurs concernant la gestion des marchés publics, particulièrement dans le secteur du traitement des déchets. Au cœur du système, un certain Alexandre Guérini y fait de fructueuses affaires, aidé en cela par sa qualité de... frère du président du Conseil général, le socialiste Jean-Noël Guérini.

1. Les faits.
Le 2 février 2009, c'est une lettre anonyme particulièrement détaillée adressée au procureur Jacques Dallest qui permet à la Justice d'ouvrir une enquête préliminaire. Soupçonnant des complicités au sein de la police, ce sont les gendarmes qui vont mener les investigations. Alexandre Guérini, « monsieur Frère » pour les intimes, va être longuement mis sur écoute, subir plusieurs perquisitions, et sa comptabilité être passée au crible.
Pour découvrir des ramifications impressionnantes : une myriade de sociétés gigognes ; des comptes bancaires au Luxembourg, en Suisse, au Delaware (Etats-Unis), à Hong-Kong ; un associé suspecté d'avoir partie liée avec des hommes appartenant au grand banditisme, notamment Bernard Barresi, arrêté en juin dernier après dix-huit ans de cavale ; une facilité déconcertante pour obtenir des élus et des fonctionnaires tout ce qu'il désire, sur un simple coup de fil : terrains, logements, autorisations, marchés...
Fin novembre 2010, le juge Charles Duchaine débute les hostilités par la garde à vue et audition d'une vingtaine de personnes. Alexandre Guérini n'en sortira deux jours pour tard que pour être incarcéré à la prison de Luynes, mis en examen pour détournement de fonds publics, recel et blanchiment, abus de biens sociaux, trafic d'influence, corruption active, et détention d'un chargeur d'un pistolet Glock.
Parallèlement, plusieurs hauts fonctionnaires font des aveux, dont Michel Karabadjakian, directeur général adjoint chargé de la propreté à la communauté urbaine de Marseille. Alain Belviso, président communiste de l'agglomération d'Aubagne, est à son tour mis en examen pour détournement de fonds publics, frôlant lui aussi l'incarcération. Le président socialiste de la communauté urbaine de Marseille, Eugène Caselli, est pour sa part mis en garde à vue, puis relâché, interrogé sur l'étrange annulation d'un marché attribué d'abord à l'entreprise ISS avant d'être donné à son concurrent Bronzo.
Entendu en qualité de témoin, le directeur du cabinet de Jean-Noël Guérini, Rémy Bargès, livre quant à lui aux gendarmes cet aveu stupéfiant : en novembre 2009, juste avant une perquisition du Conseil général, les ordinateurs des proches collaborateurs de l'élu socialiste ont été détruits et remplacés. « J'ai paniqué dans la mesure où il y avait un certain nombre d'informations à caractère politique sur ces ordinateurs, et notamment des notes sur les subventions d'associations. » Il ajoute avoir "pris seul cette décision", sans que Jean-Noël Guérini en fût informé. « S'il n'y avait rien de compromettant dans ces ordinateurs, pourquoi les avoir détruits ? » ont demandé les enquêteurs. « Par réflexe de précaution. Pour éviter que des informations soient diffusées. »
Face à ce déferlement, Jean-Noël Guérini dément être au courant des affaires de son frère et adopte une ligne de défense simple : « Lui, c'est lui. Et moi, c'est moi. »
2. Les écoutes.
Une défense qui vole en éclat avant-hier, avec la publication de plusieurs écoutes téléphoniques mettant en évidence la participation active de Jean-Noël Guérini dans les affaires de son frère, et surtout la connaissance de leur illégalité.
Lundi 27 avril 2009, 11 jours à peine après l'ouverture d'une l'enquête par le juge Charles Duchaine, Jean-Noël appelle Alexandre à 17h15, pour une déclaration qui sonne comme un aveu :
Quelques minutes plus tard, à 17h27, Alexandre Guérini appelle quand même Philippe Rapezzi, le bras droit qu'il s'est choisi pour gérer ses décharges :
Entre le 7 août et le 10 septembre 2009, une autre série d'écoutes fait état de pressions politiques exercées par Jean-Noël Guérini sur Michel Thonon, le maire socialiste de Salon, afin d'obtenir une baisse de la redevance due à la ville par Alexandre, exploitant d'une décharge située sur la commune.
Dans une précédente écoute, c'est encore Jean-Noël Guérini qui sert d'intermédiaire pour Alexandre en vue d'obtenir un terrain de 40 ha sur la commune de Saint Martin de Crau, dirigée par le socialiste Claude Vulpian.
Le 7 mai 2009, c'est au cours d'une conversation avec Henri Proglio, le PDG de Veolia, qu'Alexandre Guérini lui explique comment lui et son frère contrôlent la communauté urbaine de Marseille dirigée par le socialiste Eugène Caselli :
Franck Dumontel, époux de la sénatrice socialiste Samia Ghali, ancien directeur de cabinet du président socialiste de la Région PACA Michel Vauzelle, est déjà actuellement mis en examen dans le cadre de l'enquête sur l'attribution frauduleuse par la Région de subventions à des associations fictives dans les quartiers Nord de Marseille.
L'audition par le juge Charles Duchaine de Jean-Noël Guérini apparaît aujourd'hui incontournable.
A quelques semaines d'élections cantonales à la suite desquels le PS devrait sans difficulté conserver le contrôle du département, la rue de Solférino reste muette sur les scandales à répétition qui touchent l'une des plus grosses fédérations socialistes du pays.

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