Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > Schröder veut-il mettre fin à ses jours ?

Schröder veut-il mettre fin à ses jours ?

​ ​​​​Gerhard Schröder, le Chancelier allemand, et son stratège Franz Müntefering, président du SPD, avaient un donc plan B. Essentiel pour redresser la barre d’un navire rouge/vert en plein naufrage. Car la défaite de ce week-end en Rhénanie Nord-Westphalie n’est pas anodine. Outre le fait que la coalition gouvernementale rouge/verte perdait le Land le plus important d’Allemagne avec ses 18 millions d’habitants, le vote des électeurs mettait fin à 39 ans de règne sans partage du SPD et des Verts dans la région ! Face à cette bombe politico-médiatique, le SPD se devait donc de réagir. En « réponse », une autre bombe tombait donc dans les minutes suivantes par l’entremise de l’artificier du parti, Franz Müntefering : les élections fédérales prévues en 2006 seront avancées à l’automne 2005 ! Son idée, pour surprenante qu’elle est, est somme toute assez simple. Son but : mettre les Allemands devant leurs responsabilités. Leur demander de choisir. Entre poursuivre sur la voix douloureuse de réformes pourtant jugées nécessaires ou laisser couler définitivement le navire par les forces libérales de la CDU et du FDP réunies. Mais le pari est risqué. Loin, très loin d’être gagné. Et à bien y regarder, il ressemble fort à un dernier tir de cartouche d’une coalition rouge/verte qui, en perdant la Rhénanie Nord-Westphalie, a perdu du même coup son dernier port d’attache au Bundesrat dont la voix, en plus de celle du Bundestag (au sein duquel elle n’est plus majoritaire que de trois voix) est nécessaire à l’adoption de toute loi... Bref, quitte à se retrouver en situation de blocage, autant foncer droit dans le mur, éperonner le navire ennemi et prier pour que ce dernier raout d’honneur ne se termine pas en pitoyable tragédie. L’idée de la balle dans le pied refait surface...

Les plus optimistes rappelleront qu’en annonçant des élections générales anticipées, le SPD prend, à son avantage, tout le monde de court. Non seulement ses alliés verts qui avouaient, par la voix de leur président Reinhard Bütikofer, ne pas avoir été mis dans la confidence, mais aussi et surtout leurs opposants, de très loin les moins bien préparés à cette perspective. Car si le FDP dispose déjà d’un candidat à même de mener une liste en la personne de son président Guido Westerwelle, côté CDU, la division règne encore en coulisses. Certes, sa présidente Angela Merkel est la grande favorite du parti mais elle ne fait toutefois pas l’unanimité auprès des électeurs, ce qui n’est pas pour rassurer les plus angoissés. De son côte, Edmund Stoiber aurait pu être l’homme de la situation. Mais déjà vaincu par Schröder, il compte aujourd’hui bien peu de soutiens. Reste, chose plus embarrassante pour le parti, deux jeunes louveteaux aux crocs acérés en les personnes de Christian Wulff et Reinhold Koch, respectivement premiers ministres de la Basse-Saxe et de la Hesse. Jeunes, leur appétit n’a d’égal que celui d’un Nicolas Sarkozy, réputé déterminé et imprévisible. Pour reprendre une image bien française, si Merkel garde la main, son dos pourrait rapidement picoter si elle ne maîtrise pas rapidement l’ensemble de ses troupes.

A défaut de convaincre par leurs leaders, droite et gauche devront donc le faire par leurs programmes respectifs. Et, sur ce point, force est de constater que les conservateurs tiennent désormais la corde, le SPD ayant perdu l’ensemble de ses dernières échéances électorales. Ce que prône la CDU n’est guère innovant mais a au moins, entend-t-on, le mérite de rassurer : renforcement des PME-PMI, retour à une politique d’asile plus restrictive...et, plus controversé, retour à un soutien du nucléaire. En fait, le seul thème de campagne qui pourrait, à l’instar des années 1980, profiter à la gauche, les Allemands étant passablement divisés sur le sujet.

Reste qu’en l’état, le seul débat énergétique ne suffira probablement pas à sauver Schröder de la noyade. Plus certainement, et sans vouloir jouer les Cassandre, il est en fait à parier qu’en avançant les élections générales, le SPD ne fait que précipiter sa chute...annoncée tant par les instituts de sondage que par le patronat qui, pourtant d’ordinaire prudent, évoque déjà ouvertement l’après Schröder... La dernière cartouche du Chancelier se destine-t-elle alors à son propre pied ? Dans les faits, peu de doutes sont permis. Car de deux choses l’une : soit le SPD gagne les élections contre tout pronostic et la situation de blocage entre le Bundestag et le Bundesrat perdure - la gauche n’aurait donc rien à y gagner -, ce dernier restant en tout cas acquis à la CDU ; soit la droite l’emporte et elle enterre définitivement les rêves de société rouge/verte. En fait, si ce n’est pas du suicide, cela y ressemble fortement...

Kai Littmann est président du Forum citoyen eurodistrict


Moyenne des avis sur cet article :  3.67/5   (3 votes)




Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès