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Ségolène compte sur le soleil pour sauver l’Afrique

Invitée ce vendredi matin 25 août, sur France Inter, et interrogée sur la future politique de l’immigration qu’elle pourrait appliquer au pays si elle était élue, la presque candidate bénie chaque matin par les sondages est sortie des "généralités" pour enfin se jeter à l’eau : oui l’Afrique peut-être aidée par la baguette magique du co-développement. Et de donner la plus grande idée de cette pré-campagne : l’Afrique a le soleil. C’est là, la clé de son développement... Idée lumineuse s’il en fut...

Parler de co-développement n’a guère de sens. Un pays se développe seul, en croisant ses matières premières, ses moyens de production et ses intérêts à ceux d’autres pays. Seule la construction européenne donne l’exemple d’un réel co-développement, par la mise en place de fonds structurels utilisés pour combler le retard de certains pays pour leurs infrastructures ou leurs investissements. Une fois ces fonds consommés, le développement local ne prend pas toujours la relève (à l’exemple du Portugal).

L’Europe peut-elle créer des fonds structurels destinés à l’Afrique ? Pourquoi pas ? Le Maroc en a bénéficié lors de deux programmes de mise à niveau financés par la Communauté Européenne : le programme MEDA I et MEDA II. Comment ces fonds ont-ils été utilisés ?

Arrêtons-nous sur quelques exemples précis : en ce qui concerne l’éducation (secteur prioritaire pour le pays), des réunions ont été organisées de Tanger à Lagouira pour impliquer tous les acteurs concernés. Il est à noter que, dans sa quasi-totalité, le système éducatif professionnel marocain est privatisé. Les instituts de formation privés y ont poussé comme des plants de soja et ils constituent (avec le logement dit social) un des investissements les plus fructueux dans le pays. Ces réunions de "mise à niveau" n’ont été la plupart du temps que des foires d’empoigne pour déterminer la répartition des fonds disponibles, sans jamais se préoccuper d’élaborer un projet éducatif.

Lors de la mise en route de MEDA II, j’ai vu arriver à Smara une équipe de 5 jeunes cadres dynamiques, censés venir donner aux entreprises locales, les clés de la "mise à niveau" tant attendue. Or d’entreprise locale, à Smara, il n’y en a pas (si l’on excepte l’armée et les belles de nuit qui travaillent à son épanouissement). Cette équipe de "metteurs à niveau" avait été délégué spécialement de Casa (1400 km). Ils sont restés trois jours, à Smara, aux frais de l’administration (en fait de l’Europe). Bien sûr, ils ont dû faire un beau rapport. On aime ça dans le pays. Coût de l’opération... Inchiffrable, mais quand même pas perdu pour tout le monde. Des tas de petites structures de ce type se montent chaque jour à Casa ou à Rabat, pour gérer ce genre de fonds...Quand ce n’est pas pour s’emparer de la masse d’argent des MRE (Marocains Résidents à l’Etranger) ou de celui des anciens combattants qui, peu à peu, voient leur dossiers de pension régularisés par la France (là aussi, je peux donner des exemples concrets et les tarifs des commissions prises par les "avocats").

Autre exemple, le roi Mohamed VI, a lancé, il y a maintenant un an, un programme de lutte contre la pauvreté appelé INDH Initiative Nationale de Développement Humain. Dans chaque province, les gouverneurs tentent de le traduire dans la réalité en organisant des réunions avec ce qu’il est convenu d’appeler les "forces vives" du pays (essentiellement les responsables communaux, les cadres administratifs et les présidents d’associations). Or, quels sont les problèmes que rencontrent les responsables chargés de faire remonter jusqu’aux décideurs les besoins réels des populations défavorisées ? Là aussi, ils ne récoltent la plupart du temps qu’une liste de revendications pour la répartition des fonds comme s’il s’agissait d’un butin, et ils font toujours la même constatation de l’absence totale de projet.

Sur la côte saharienne, les Espagnols récoltent chaque soir les prises des pêcheurs locaux qui passent leur vie accrochés à un bout de falaise rongée par la brume et battue par les vents les plus violents de l’Ouest africain. Les chantiers navals qui s’ouvrent à Agadir sont tenus par des étrangers (Français ou Italiens) et servent à construire, à bas coût de main d’oeuvre, les yatchs des Emirs du Golfe. La plupart des sociétés du bâtiment sont la propriété d’expatriés français, italiens ou espagnols. A Dakhla, zone désertique située près de la frontière mauritanienne, un Français vient d’implanter une exploitaiton agricole d’environ 3 000 ha de production maraîchère. Il pense doubler les surfaces prochainement. L’essentiel des investissements dans le tourisme au sud du pays (Marrakech - Essaouira - Ouarzazate -Tata - Sidi Ifni - Tantan Plage - Dakhla - etc.) est assuré par des étrangers. Ne parlons pas du tourisme saharien. Pas un Marocain n’est prêt à y mettre un dirham...

Alors, c’est quoi exactement le co-développement ? Attirer des capitaux étrangers pour faire "suer le burnous" de la main d’oeuvre locale et se faire commissionner au passage ? La journée d’un figurant aux studios de Ouarzazate est facturée par les cabinets de "placement" entre 35 et 50€. Parfois plus, si l’affaire est bien négociée. Le figurant, lui, n’en touche généralement que 5 ou 6. Rarement 10...

Et il faudrait maintenant s’en remettre au soleil pour placer l’Afrique sur l’orbite de la modernité ? Près de Tanger, sur le djebel Musa, on vient d’installer pas loin d’une centaine d’éoliennes, massacrant ainsi un des plus beaux paysages de la méditerranée qui a fasciné les hommes depuis la plus haute antiquité (les Grottes d’Hercule ne sont pas loin). Ces éoliennes sont fabriquées dans le nord de l’Europe. Les sociétés exploitantes sont espagnoles. Elles en assurent l’entretien. Et les Marocains regardent tourner les hélices...

Ségolène Royal compte donc mettre le soleil à contribution pour favoriser ce co-développement tant attendu et fixer au bled une population qui n’a qu’une idée en tête, celle de fuir la misère d’une terre trop pauvre, et l’inefficacité de circuits de distributions antédiluviens et mafieux. C’est faire preuve d’une effroyable méconnaissance de la réalité de l’Afrique. Et ce ne sont ni le "commerce équitable" (dont on commence à s’apercevoir qu’il génère de bien belles arnaques), ni le "tourisme équitable" (déjà sur la même voie) qui règleront le problème d’un sous-développement ancestral. En quinze ans, Lyautey a fait passer ce pays du Moyen Age aux premières loges du concert des nations. Aujourd’hui, Mohamed VI a conscience de la nécessité de continuer dans cette voie, à marche forcée si nécessaire. Mais en a-t-il réellement les moyens et la population le suivra-t-elle ? Rien n’est moins sûr... Demandons à madame Soleil ou à la belle Néfertari...

Patrick Adam




par Patrick Adam lundi 28 août 2006 - 110 réactions
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