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Accueil du site > Actualités > Politique > Ségolène, Dominique et Laurent s’imposent la méthode syllabique

Ségolène, Dominique et Laurent s’imposent la méthode syllabique

Trois humains, en uniforme de candidats politiques, droits comme des i sur lesquels mettre les points, dans un décor de jeu télévisé : on attend une téléportation imminente, mais rien ne vient. Ce n’est pas Star Trek, c’est la mise sur orbite du trio socialiste qui se lance à la conquête de l’Elysée.

C’est quoi cette mise en scène ? Ikea fabrique aussi des pupitres ? Drôle de look en tout cas que ce plateau télévisé, entre « + Clair » et « En aparté ». Un certain dénuement, mais surtout une forte odeur d’amidon là-dedans. Tout est droit, et pas que les plis du pantalon, et pas que les revers du tailleur. La caméra cadre les candidats puis se lance dans de faibles travellings pour nous laisser entrevoir le haut du crâne bien peigné du public, silencieux comme une tombe. On ne tousse même pas, on n’applaudit pas une seconde. Tout est carré, prévu, minuté. La première question : « Pourquoi êtes vous candidat ? » est posée tour à tour à Ségolène, à Dominique et à Laurent. Chacun répond dans le temps qui lui est imparti en ar-ti-cu-lant bien, trop bien, sans doute une des premières manifestations de la méthode syllabique généralisée. B-a-ba. So-cia-lis-te. Socialiste. Pas mieux. Ségolène : Or-dre jus-te. Ré-pon-se à tout, re-do-nner un sens. Pour Dominique : So-ci-al dé-mo-cra-tie. Che-min pour le pa-ys. Vain-cre la droi-te. Pour Laurent : dé-bat dé-mo-cra-ti-que. I-né-ga-li-té, in-jus-ti-ce. On vérifie l’antenne, le décodeur, voir s’il marche correctement, ou s’il décroche parfois, comme la TNT qui a tendance à ha-chu-rer certaines paroles, certaines images.

A part ça, quelles idées ? Du nouveau du neuf, du révolutionnaire ? Rien de tout ça. Chacun s’emploie à démontrer que ça ne va pas bien, que « les Français ont des difficultés », qu’ils ont besoin qu’on leur « redonne confiance », qu’il faut « relancer la recherche » (la recherche, c’est l’horizon du forestier, pas du myope, dixit Fabius), tous sont d’accord aussi sur le fait que la France peut relever la tête, qu’on peut arriver au « plein emploi dans dix ans » selon Strauss-Kahn. Chacun, pour argumenter, de défendre son petit bilan, Ségolène dans le Poitou, Strauss-Kahn au ministère de l’économie, Fabius... Fabius a un ami dans les Vosges, qui lui a parlé de la fusée Ariane... Le potentiel est là, le potentiel existe, la France est « magicienne » selon Ségolène, qui « croit que la création d’emplois c’est quand chacun est à sa place »... Ségolène veut décentraliser. A part ça, quelles idées ?

A part ça, rien. Des exemples de petites réalisations de-ci de-là, chacun avec ses chiffres, parfois avec ses documents, du baratin, des chiffres, des chiffres sur des aides, des augmentations, des enveloppes, « moi je ferai ceci », « moi j’augmenterai cela », 100 euros par ici, 1500 par là, la mienne est mieux que la tienne, c’est celui qui dit qui y est. Les trois, rapidement, se mettent d’accord, Ségolène « va dans le bon sens » selon DSK, miss Royal lui renvoie l’ascenseur et seul Fabius, s’il les salue, voit en ses deux acolytes des « compétiteurs ». Rien ne se passe, ni téléportation, ni plongée dans l’espace-temps, ni nouvelle planète en vue. L’emploi est évoqué, les 35 heures aussi, les bas salaires... Les 35 heures d’Aubry sont défendues par Strauss-Kahn et Fabius, mais montrées du doigt par Ségolène Royal, qui avait peut-être lu les déclarations récentes d’Aubry qui disait (voir Le Canard enchaîné de la semaine dernière) que si les socialistes apportaient massivement leur soutien à Royal elle (Martine Aubry) se « jetterait dans la Seine »... Fabius veut « généraliser » les 35 heures, Ségolène, elle, veut les « adapter ». A part ça, quoi de neuf ? Les costumes peut-être, on était habitué à plus kistch dans Star Trek. A part ça, vraiment rien, et surtout pas, ni chez Ségolène ni chez Dominique ni évidemment chez Laurent, de trace quelconque de « nouvelle politique ». Rien de neuf, vraiment, de l’occasion de première main, peut-être, mais pas du neuf.

Alors, les commentateurs se sont rabattus sur ce qu’il restait et ont salué la « dignité » du débat, la « qualité » des interventions et « l’aisance » de Ségolène Royal, qui selon Libération a traité « d’égale à égal » avec ses deux comparses. Et alors ? On s’attendait à quoi ? A une partie de catch dans la boue, Ségolène en string noir et Dominique et Laurent en Rocket Men ? Les questions étant préparées par avance, donc traitées avant d’être posées, les candidats ont eu l’occasion de répéter leur texte, d’apprendre par cœur leur laïus. Ne leur restait plus qu’à réciter, le plus clai-re-ment possible leur projet. En étant le plus pré-cis et com-pré-hen-si-ble possible. Ce n’était pas un débat, c’était une suite d’exposés, argumentés et travaillés. On n’a rien appris, rien vu, et on n’en sait pas plus sur la capacité de Royal à affronter un « vrai » débat avec éventuellement quelques questions « vaches », comme il est de règle en pareil cas, on n’en sait pas plus non plus sur la capacité de Strauss-Kahn à contrer la dame. En fait, ce premier débat n’a rien appris qu’on ne sût déjà : Ségolène, si elle doit être rattrapée, le sera peut-être par DSK. Fabius, lui, comme prévu, est hors sujet, hors course, le plus aigri des trois, puisque le premier battu.

Mais la chaîne parlementaire, regardée ce soir-là comme jamais, avait mis les petits plats dans les grands avec un « Après débat » animé par Pierre Sled (celui qui présentait une émission style « Guiness Book sur la plage » sur France 3) avec comme intervenants les vieilles citrouilles de l’analyse politique, comme Gérard Careyrou, ou le spécialiste de l’argent gaspillé, de Closets, tous débattant longuement sur ce débat sur lequel il n’y avait rien à dire, finalement. Cette façon de « refaire le match » ne faisait que mettre un peu plus en lumière sa pauvreté.

Il y a toujours un moment dans Star Trek où le commandant demande à monsieur Spok « ce qui se passe ». S’ensuit un énoncé compliqué embrouillé et imbitable sur un mystérieux bidule qui présenterait un dysfonctionnement important. On ne comprend rien mais c’est voulu : il n’y a rien à comprendre.

Mardi soir, il n’y avait rien à attendre de ce débat, et c’était sans doute, aussi, voulu. L’attirance de la planète Elysée était sans doute trop forte pour que les trois petits candidats se hasardent à lâcher le frein. Peur de s’écraser, peut-être.


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25 réactions à cet article    


  • Kelsaltan (---.---.178.45) 20 octobre 2006 13:09

    Ouf !

    Quel talent d’écriture, chapeau !


    • ZEN zen 20 octobre 2006 13:32

      Une écriture rarement égalée dans la cruauté lucide....

      A envoyer à chacun des « compétiteurs »..


      • Thucydide (---.---.101.8) 20 octobre 2006 13:58

        Très drôle. Sans avoir vu ce simulacre de débat, on s’y croirait.


        • LE CHAT (---.---.75.49) 20 octobre 2006 14:10

          Très amusant .Fabius avec les oreilles en pointe , D.S.Kirk avec une tenue moulante en Lycra ,Segolene se téléportant à la fin de l’émission , et on y était .

          Mais ont ils vraiment la carrure pour piloter l’Enterprise France ?????


          • pingouin perplexe (---.---.91.88) 20 octobre 2006 14:12

            L.Massoulier a écrit :

            « Il y a toujours un moment dans Star Trek où le commandant demande à monsieur Spok « ce qui se passe ». S’ensuit un énoncé compliqué embrouillé et imbitable sur un mystérieux bidule qui présenterait un dysfonctionnement important. On ne comprend rien mais c’est voulu : il n’y a rien à comprendre. »

            Je ne peux pas laisser passer une énormité à propos de Star Trek. D’abord, Spock s’écrit ainsi. Ensuite, il y a toujours quelque chose à comprendre pourvu que l’on soit en phase avec le cerveau gauche du vulcain...

            Ceci dit, les épisodes « Next génération » comportent aussi de riches allégories.


            • Don JakchiraK (---.---.228.76) 20 octobre 2006 14:15

              Heureusement que le chef ingénieur, ScottyBayrou, intervient avant la catastrophe...lol


            • chiffo (---.---.86.34) 20 octobre 2006 15:14

              Vous semblez indiquer que le manque d’idées sorti de cette émission proviendrait de sa forme. En quoi un débat vif, hargneux aurait-il pu faire émerger d’autres idées ? Il aurait pu peut-être faire émerger une vacherie, une petite phrase creuse, un sous-entendu spectaculaire mais vide de sens, mais surement pas une idée particulièrement profonde. Penser qu’une émission politique doit être tumultueuse pour aider à la décision politique me paraît un peu court.


              • Kelsaltan (---.---.178.45) 20 octobre 2006 15:52

                Peut-être qu’entre le débât lissé jusqu’à ne plus ressembler à rien, du moins à un débat, et la foire d’empoigne, il existe un milieu... plus juste. En tout cas, critiquer un extrême n’est pas défendre son contraire, il ne me semble pas que c’est ce que l’auteur ait voulu faire.


              • patrick patrick 20 octobre 2006 15:57

                Diable quel plaisir de vous lire !

                J’avais fait un commentaire aussi vache mais moins taletueux dans un autre post et souscris à l’ensemble de vos remarques.

                Je pensais au coté écolo de Miss Ségo . Si je trouve qu’elle a raison de s’occuper de la nature, oserais- je rapeller que « la nature a horreur du vide » ! Dois-je en conclure ’hativement je l’admets, que la nature ne doit pas rendre son interêt à la madone des bobo !

                Bien que le sujet (les 5 prochaines années de notre vie) soit serieux, j’ai plutôt envie d’en rire.

                Un dernier mot. Cette comparaison n’est pas gentille pour Strartrek !

                Vive le vide.


                • gb66 (---.---.55.142) 24 octobre 2006 14:15

                  Selon vous, Ségolène Royal serait la « Madonne des bobos ». Votre jugement est étrange... Selon David Brooks, le journaliste américain inventeur du terme (« Bobos in paradise », 2000), « les membres de la nouvelle élite de l’ère de l’information sont les bourgeois bohèmes », « ce sont eux le nouvel establishment ». Or qui sont les sympathisants de Ségolène Royal ? Ils proviennent surtout, semble-t-il, des classes moyennes et des classes populaires. Son discours contient une forte tonalité protestataire et anti-système (briser les tabous, laisser la voix au peuple, etc.). Sa capacité à intéresser les classes populaires, qui s’étaient, largement détachées du vote socialiste depuis une vingtaine d’années, explique largement son succès actuel. Si je transpose à la France l’analyse de D. Brooks, les Bobos français votent pour les Verts, pour DSK et pour François Bayrou, avec parfois une petite tentation très « mode » pour O. Besancenot ou C.Taubira. A Paris, c’est clair, ils plébiscitent Delanoë ! smiley


                • (---.---.162.15) 20 octobre 2006 16:33

                  Je trouve bizarre que vous ne vous interrogiez pas sur les raisons d’une telle rencontre aseptisée ?

                  D’après ce que j’ai lu ici ou là, ce serait Marie-Ségolène et ses conseillers qui auraient imposé des condition drastiques. Dans quel mesure ?

                  Am.


                  • (---.---.209.25) 20 octobre 2006 17:27

                    Je pense que les spin doctors de SR essayent de nous cacher son infirmité.

                    En effet, Ségo est victime de constipation mentale. Elle pousse, elle pousse mais il n’y à rien qui sort. Ca fait un maintenant plus d’un an que tout le monde attend, mais ça coince...

                    Par contre Fabius est atteint de diarrhée verbale.


                  • (---.---.140.68) 21 octobre 2006 08:01

                    C’est donc ça la démocratie participative : mettre les français à contribution pour l’achat de laxatifs. smiley


                  • Rantanplan (---.---.237.238) 20 octobre 2006 16:43

                    Br,je suis consterné:je m’attendais à se qu’ils se déchirent et j’aurais pu manger un morceau.Jean-Marie amène tes longs couteaux !


                    • pedro (---.---.203.7) 20 octobre 2006 18:06

                      admirablement bien écrit !


                      • Torr-Ben (---.---.134.102) 20 octobre 2006 21:37

                        Tout est lisse dans leur monde ripoliné...Il n’ y a pas de quoi s’étonner avec leurs manches à balai dans le c...,les frères et la soeur prêchi- prêchas, au prône, pontifient dans le lénifiant. C’est la gôche morale, brevet de vertu en poche, qui parle aux gogos et aux bobos.Il n’ y a plus qu’eux qui tombent en pâmoison !


                        • Jean (---.---.150.66) 21 octobre 2006 05:01

                          Exellent article...

                          On peu aussi citer le commentaire de C.Barbier (que j’aime bien, parfois) : « Ségolene a montrer qu’elle pouvait »tenir« un debat face à SK et Fabius...Elle ne s’est pas ecroulée...blablabla.... » Plop plop plop... C’etait donc ça THE debat !


                          • 3p (---.---.102.41) 21 octobre 2006 09:34

                            Bon article

                            Qu’attendons-nous d’un débat entre ces trois-là ? Ils sont à peu près de la même génération, ont été tous les trois professeurs et/ou élèves à l’ENA, ont grandi politiquement dans le sérail mitterrandien, et ont exercé des fonctions ministérielles.

                            Ces gens-là ont le cerveau formaté de la même façon. Leur vocabulaire est semblable. Leur seul but est de se démarquer des deux autres, quelque soient pour celà les aberrations dialectiques vis-à-vis de leur camp, ou les changements d’orientation - pudiquement appelées : réactivité et adaptation à l’évolution de la conjoncture (champion toutes catégories : Fabius).

                            Pendant leur campagne, ils se garderont bien d’évoquer les réformes inéluctables qui seront entreprises, quelle que soit la majorité qui émergera : révision des 35 heures, relèvement de l’âge de la retraite.

                            Le PS n’est pour eux qu’un pavillon de complaisance qu’ils agitent devant les militant, mais que l’éventuel(le) gagnant(e) de la présidentielle repliera bien vite dans la timonerie des réalités, au nom du réalisme économique.


                            • Voltaire Voltaire 21 octobre 2006 10:12

                              Parfaitement jugé et très bien écrit !

                              Il est malheureuement à craindre que les autres débats soient aussi policés et insipides que ce premier essai. Effectivement, MS Royal a imposé un cérémonial de grand oral de l’ENA qui ne la désavantage pas trop puisqu’elle a le temps de préparer à l’avance ses réponses. en fait, mon impression était que chaque candidat jouait un rôle bien écrit.

                              Faute d’improvisation, de spontanéité, il sera impossible de savoir ce qu’ont dans le ventre les trois candidats... image image donc ; pauvres militants socialistes, les voilà bien avancés...


                              • Maxime Verner Maxime Verner 21 octobre 2006 10:28

                                Les larmes laissent couler la réfléxion sur le visage tandis que l’humour la fait crier. Ton article est excellent et la situation est également d’un comique mémorable. Prochain épisode mardi soir.


                                • Cochonouh Cochonouh 21 octobre 2006 12:32

                                  D’accord avec tout le monde.

                                  Article excellent. Style lumineux.


                                  • nakata (---.---.25.145) 23 octobre 2006 14:31

                                    Cette article est atterrant de vacuité, et est guidé par le seul plaisir du bon mot.

                                    Des propositions, il y en a chez les socialistes. Lisez le projet. Lisez les 7 propositions de Fabius e les 15 propositions de DSK (évidemment, chez Royal, c’est plus problématique).

                                    Quel poujadisme...


                                    • Christian82 (---.---.50.145) 24 octobre 2006 21:58

                                      Eh bien figurez qu’ils avaient sortis les chiens savants et qu’ils ne sont même pas drôles... Et dire qu’on paye une redevance télé pour se faire infliger cette purge...Faut vraiment être socialo pour ça mais j’en ai trouvé un


                                      • Dan (---.---.182.242) 25 octobre 2006 00:24

                                        Le style fiction de votre article est intéressant et s’il s’agissait d’un scénario écrit pour un sketche des Guignols, il est réussi.


                                        • Ernest Rougé (---.---.136.170) 31 octobre 2006 16:38

                                          J’arrive en retard ! J’avais pas encore lu cet excellent article ! Honte après moi ! smiley

                                          J’ai bien aimé le début...

                                          Trois humains, en uniforme de candidats politiques, droits comme des i sur lesquels mettre les points, dans un décor de jeu télévisé : on attend une téléportation imminente, mais rien ne vient...

                                          Vous ne voyez pas qu’il y ait eu téléportation et qu’ils se soient évanouis tous les trois dans un nuage bleu (ou rose ce qui serait mieux, mais à Hollywood, le rayon de téléportation est toujours bleu) !

                                          Et qu’on ne les retrouve plus ? Pschitt, disparus... transportés sur la Lune ou ailleurs, sur l’ile de Ré peut-être... comme Jospin à un second tour...

                                          Les médias auraient encore accusé l’infâme Le Pen d’être responsable de cette nouvelle disparition !

                                           smiley

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