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Ségolène essaye la gauche

A quelques encablures du verdict, madame Royal est allée rencontrer les « prolétaires », dans une grande surface. L’occasion pour l’amie de Michel Rocard de dénoncer les « profits », les parachutes dorés et le libéralisme ultra. Sans bouleverser Arlette.

On connaissait Ségolène sur la Grande Muraille, on a connu Ségolène et les agneaux, récemment Ségolène avec les ouvriers en grève, chez Peugeot, et hier, donc, nouveau chapitre de la résistible ascension de la madone du Poitou : Ségolène au supermarché. Un Champion, dans le 13e arrondissement de Paris. Une meilleure adresse apparemment que la radio Europe1 du très sarkozien Elkabbach ou que le Figaro, tous « lapinisés » par miss Royal, prétextant un emploi du temps surchargé pour échapper aux interviews. Pas de Parisien non plus pour Ségo, place laissée vacante prise d’assaut par un Giscard « pressé » de soutenir Sarkozy...

Donc Ségolène, à quelques jours du premier choix, de l’élimination populaire de dix des douze prétendants, s’est souvenue qu’elle était plutôt de gauche, c’est-à-dire un peu du côté de chez Arlette, l’inoxydable leader trotskyste de Lutte ouvrière. De gauche, ça signifie employer des mots comme « prolétariat », par exemple. Pas « ordre juste », pas « respect », pas « éducation » ou « encadrement militaire », non, « prolétariat », le vocable préféré (avec « énormes profits ») et très usé, jusqu’à la corde, par Arlette. Pour ce faire, Ségolène a donc enfilé son tailleur et choisi un caddie (invisible sur les photos, mais que faire sans caddie dans un supermarché ?) et s’est rendu là où la plupart des gens dépensent une partie non négligeable de leur Smic pas encore à 1500 euros, ni brut ni net. Le supermarché, et ses rayons, que la Dame a « arpenté », le supermarché et ses caisses devant lesquelles la Dame a posé. « Ségolène Royal a slalomé entre les rayons pendant une demi-heure, s’informant des avantages et des inconvénients des caisses automatiques, de la durée des pauses ou du trajet pour venir au travail. » nous raconte Le Monde.

Diantre ! Slalomer entre les rayons ! Quelle audace ! Et pendant une demi-heure, rien que ça ! A peine le temps suffisant pour choisir une bouteille de vin pas trop mauvaise, mais bon, campagne oblige, il faut se dépêcher. Et puis Ségolène n’est pas là pour cela : consommer. Non, elle est là pour « s’informer » comme l’écrit le journaliste. S’informer des conditions de travail de ces femmes et de ces hommes, mais surtout ces femmes, qui fourmillent dans ces grandes surfaces. Quel temps de pause ? Durée du trajet ? Les caisses automatiques, du pour, du contre ? On dirait les questions des journalistes aux acteurs en promo : combien de jours de tournage ? Quelle préparation pour le rôle ? Et l’ambiance, c’était comment ?

Ségolène s’informe, écoute, et qu’est ce qu’elle en déduit ? « Il y a un rapport de forces à faire avec la grande distribution » secteur qui suit selon elle une « logique d’élimination des salariés ». Or, « compte tenu des profits et du caractère insolent des rémunérations » madame Royal pense que les grandes surfaces devraient « montrer l’exemple ». Plus de parachute doré, donc, comme celui de l’ancien PDG du groupe Carrefour, parti avec un petit pécule de 9 millions d’euros, avec en plus une retraite de 30 millions d’euros. L’équivalent de 2500 emplois, selon Royal.

On le voit, la première dauphine de Sarkozy utilise là une rhétorique très à gauche, qui aurait pu séduire Laguiller. Mais l’animale trotskyste a le piolet facile, et elle ne l’entend pas de cette oreille. A peine Ségolène rentrée des courses, Arlette martèle : « Si Ségolène Royal était élue, elle ne se gênerait pas pour justifier ensuite sa marche vers la droite, faute de voix sur sa gauche » Et pan ! Tout ça pour rien ! Agacée par l’appel au « vote utile », Laguiller n’est manifestement pas décidée, pour sa dernière, à avaler quelque couleuvre que ce soit. Ce n’est pas la visite de la Zapatera aux caisses de Champion qui va lui faire changer d’avis : "Au premier tour, il faut avertir Ségolène que nous ne lui laisserons pas un chèque en blanc pour défendre nos intérêts face à la bourgeoisie et au grand capital. L’élection d’un président de la République, c’est au second tour que cela se passe." ajoute Arlette. Qui oublie une chose fondamentale : plus l’extrême gauche aura de voix, moins la gauche classique aura de chance de passer le premier tour. Le second tour, c’est au premier que cela se passe.

Décidément, la gauche rustique n’est pas convaincue par l’effet Royal. Michel Rocard, ancien Premier ministre, avait même essayé de lui piquer sa place ! C’est le Canard qui le raconte : vexé de n’avoir pas été rappelé comme les autres éléphants, Rocard demande une entrevue à Ségolène et là de but en blanc, l’invite à se « retirer ». Rien de moins ! Et au profit de qui ? De mimi lui-même ! « Tu te désistes en ma faveur, j’accepte et je t’associe à ma campagne ». Ca ne s’invente pas, et c’est d’ailleurs Royal qui le raconte ! D’un peu plus, c’était Sarkozy Rocard, ou Bayrou Rocard, ou Le Pen Rocard ! De quoi relever le pays ! On comprend mieux, du coup, l’appel du pied au centre dudit Rocard (que Ségolène surnomme « papy Mougeot ») désireux de saboter jusqu’au bout la campagne de socialiste, comme DSK, Kouchner ou Allègre. « Je pensais qu’ils allaient me laisser tranquille après ma désignation. Mais ils me prennent pour une conne depuis le début. » Le diagnostic est sans appel et lucide.

C’est pas drôle tous les jours la vie de candidate socialiste, même choisie par ses pairs. Il faut courber l’échine, éviter les coups bas, faire la sourde oreille, tolérer les mépris, et « slalomer » entre les rayons d’un supermarché, tout cela avec au bout du compte la trouille bleue, ou rose, de ne pas figurer au second tour. Si Ségolène gagne, c’est parce qu’elle aura été « de droite », selon Laguiller, et si elle perd, c’est parce qu’elle n’aura pas été « du centre » selon les éléphants. Seul le match nul serait donc de gauche. Mais le match nul, ça n’existe pas en politique.


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13 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 19 avril 2007 10:52

    Oui,il est un peu tard pour se rappeler que le parti socialiste était à gauche Soeur Ségolène de la Compassion sociale ,dans sa belle robe blanche telle une sainte qui descendrait sur terre apportait sa division et sa compassion pour seul projet de société à la populasse !

    Sa campagne est un pur produit de marketing lancè comme au début des années 70 ,à l’époque c’était

    « jésus christ superstar » ,Jean Yanne avait d’ailleurs fait un film sur la dérision de vendre n’importe quoi.

    > TOUS LE MONDE IL EST BEAU TOUT LE MONDE IL EST GENTIL <

    A prendre les gens de gauche pour des imbéciles et avoir vérouillé tout débat démocratique,Ségolène retrouvera prochainement son couvent et sa pensée du catholicisme social qu’elle avait apprise au temps des colonies françaises dans sa jeunesse smiley

    Pour battre le mal 666 ,nous devons nous servir du vote BAYROU


    • machinchose machinchose 19 avril 2007 12:15

      tiens l’article quotidien de Lilian M contre Ségolène Royal... de toute évidence il y en a qui attendent moins que d’autres pour voir leurs articles publiés.


      • snoopy86 19 avril 2007 13:15

        Lilian est toujours excellent et n’épargne personne.


      • Bill Bill 19 avril 2007 13:34

        Exact ! Personne n’est épargné. Et si Lilian est si vite publié, c’est qu’il colle à l’actualité et qu’il a du talent...

        Bill


      • machinchose machinchose 19 avril 2007 16:08

        je ne sais pas s’il n’épargne personne mais en tout cas ces derniers jours il n’a d’yeux que pour Mme Royal.


      • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 19 avril 2007 15:06

        Cet article, sous un ton légèrement persifleur est au fond plus tendre pour Ségolène que pour Rocard. Le portrait qu’il trace d’elle en fait une femme libre qui tient tête à l’adversité même et surtout amicale : une femme qui ne s’en laisse pas compter, ni conter. Qualité certaine pour une prétendante future présidente. Nul doute, son auteur est, peut-être à son corps défendant, mais j’ai du mal à la croire, séduit.


      • prgrokrouk 16 juin 2007 20:48

        Moi aussi je suis séduit. J’adore le côté Jeanne d’Arc, ça m’excite.


      • IP115 19 avril 2007 17:36

        Bien vu Lilian,

        effectivement Sego n’a d’autre option que de virer à gauche, son flan droit étant pris d’assaut par F. Bayrou. Un Bayrou lui même coincé entre Sarko et Ségo et qui sent bien que lui aussi que son flan gauche est plus facile d’accès que le droit où veille la machine de guerre UMP.

        Alors barre à gauche pour tous, enfin le temps de la campagne, après les élections chacun reprendra sa place, enfin ceux qui seront encore debout (les verts et les comunistes par exemple risquent de ne pas s’en remettre) ... smiley


      • ExSam 19 avril 2007 21:32

        Calmos

        Un sarkozyste qui frémit, fait gaffe à toi, Calmos, on va te prendre pour un espion dans ta task-force.


      • ExSam 19 avril 2007 21:29

        Rocard demande une entrevue à Ségolène et là de but en blanc, l’invite à se « retirer ». Rien de moins ! Et au profit de qui ? De mimi lui-même ! « Tu te désistes en ma faveur, j’accepte et je t’associe à ma campagne »

        Papier d’humeur sympa, pas trop fouillé, sauvé par le style.

        Quant à Rocard, j’hésite sur la place à laquelle il pourrait légitimement prétendre...Le Mont de Piété, ça n’existe plus, je crois bien. Les encombrants me paraissent indiqués.


        • jltisserand 20 avril 2007 01:13

          @ l’auteur : Excellent. Encore une fois.

          @ machinchose.

          Je ne crois pas que pour Lilian les politiques, en general, trouvent grace. On peut L’accuser d’anti Segolene mais aussi d’anti TOUS LES AUTRES. Bon moi, j’aime cette causticité.

          jean luc


          • Blablabla 20 avril 2007 06:32

            Ségolène fait son marché sans son caddie.

            Elle a acheté un dictionnaire pour y trouver des définitions de : « ordre juste », « respect », « éducation », « encadrement militaire », « non » et « oui » ni oui ni non« , »béni ouioui", « prolétariat »...

            C’est vrai que l’édition 2007, qu’elle n’avait pas, a vu la mise à jour d’un certain nombre de mots inusités, ou mal définis.


            • prgrokrouk 16 juin 2007 20:52

              @mako

              Les enseignants... moi je veux bien...

              Mais oublies de temps en temps que tu es enseignant... TU ES UNE PERSONNE.

              Tu as tendance à dire à qui-mieux-mieux que tu es prof. Si je lisais tes propos, je dirais à dix mots lus, que tu en fais un complexe.

              Tu sais, ça n’aide pas ton argumentaire.

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