Le Sénat bascule à gauche. Jean-François Copé reconnaît la défaite de l’UMP. C’est une victoire historique du Parti socialiste.
Selon le PS, la gauche aurait largement remporté les élections sénatoriales du 25 septembre 2011 qui renouvelaient 170 des 343 sénateurs. Élus pour six ans, ces sénateurs siégeront jusqu’en 2017 et le Sénat restera dans sa composition actuelle jusqu’en septembre 2014, c’est-à-dire après les élections municipales de mars 2014. Les plus de soixante-dix mille grands électeurs mobilisés sont essentiellement issus des conseils municipaux élus en mars 2008.
Il faudrait évidemment rester très prudent puisque aucun résultat officiel n’a encore été proclamé au niveau national mais il paraît quasi-certain que la gauche obtiendrait la majorité absolue au Sénat, ce qui serait une première historique et la confirmation que la France bicamériste est une démocratie qui permet à tous les camps de gagner, même la chambre haute.
Cent soixante-quinze sénateurs seraient bientôt inscrits dans des groupes de gauche, et peut-être même plus car la Guadeloupe devrait apporter aussi son lot de surprises favorables à la gauche.
Bien sûr, ces résultats sont assez significatifs et si l’effet mécanique des municipales de mars 2008 devaient bien faire changer une quinzaine de sénateurs (UMP vers PS), ce soir, c’est plutôt dans les vingt-cinq sièges que le PS gagnerait, résultant à la fois de la désunion de la majorité présidentielle (l’effet le plus éclatant est à Paris, avec deux sièges perdus pour l’UMP, mais aussi aux Hauts-de-Seine, entre autres, où un écologiste, troisième de la liste socialiste, serait élu), mais aussi à une véritable réticence, pour les grands électeurs de droite, d’accorder leur confiance à la politique gouvernementale actuelle.
Par ailleurs, les analyses départementales montrent que les listes dissidentes de droite ont réussi à emporter des sièges, ce qui confirme que les grands électeurs de droite ne souhaiteraient pas vraiment aider Nicolas Sarkozy tout en refusant de renforcer les listes de gauche.
Parmi les nouveaux élus, on peut noter un certain nombre de députés qui n’auraient plus de circonscription en 2012 en raison du redécoupage électoral, en particulier Michel Delebarre, André Vallini, Gaétan Gorse, Alain Richard, Marie-Noëlle Lienemann, François Grosdidier… mais ni François Goulard ni Yves Jégo qui ont été battus.
Parmi les sénateurs sortants qui ne se représentaient pas, on peut noter qu’une génération d’anciens s’effacent, comme Charles Pasqua, Pierre Mauroy, Louis Mermaz, Robert Badinter…
Il y a aussi deux échecs de taille parmi les centristes, le sénateur MoDem Denis Badré ainsi que l’actuel ministre Maurice Leroy.
Le doyen d’âge aura 86 ans et devrait être Paul Vergès (né le 5 mars 1925) mais d’après Serge Dassault (né le 4 avril 1925), réélu dans l’Essonne à la tête d’une liste à la fois dissidente et soutenue par l’UMP en complément d’une autre liste UMP (!), Paul Vergès devrait démissionner avant même la première séance du Sénat renouvelé et par conséquent, il devrait incomber à Serge Dassault de présider cette séance et de prononcer le discours inaugural.
Dès 19h00, le candidat François Hollande avait exprimé sa joie pour ce basculement historique (les "experts sénatologues" imaginaient cette alternance plutôt en 2014) mais a vraisemblablement manqué de pertinence politique en expliquant que ce serait un avantage si un Président de gauche, avec une majorité à l’Assemblée Nationale de gauche, avait un Sénat de gauche.
Peu pertinent comme argument car évidemment que le PS risquerait d’être attaqué sur ce sujet brûlant de répartition des pouvoirs en avril 2012 : le PS, qui détient la quasi-totalité des conseils régionaux, une grande majorité des conseils généraux, de nombreuses mairies, avec un Sénat à gauche, risquerait, s’il gagnait en 2012, d’être tout puissant sans aucun contrepouvoir. De quoi faire fuir l’électorat centriste qui ne souhaiterait pas signer un chèque en blanc aux socialistes.
Autre intervention assez étrange provenant d’une ministre, Chantal Jouanno, qui multiplie des déclarations comme quoi elle a demandé à pouvoir se présenter aux sénatoriales (pourquoi ne dit-elle pas simplement qu’elle s’est présentée aux sénatoriales ?) et que la décision qu’elle reste ou pas au gouvernement dépend de Nicolas Sarkozy. Si l’on peut effectivement l’imaginer, il est quand même extraordinaire qu’une élue de la République, devenue sénatrice pour six ans, indépendant et sans mandat impératif ni de son parti ni de personne d’autre, affirme qu’elle doit attendre les consignes du Président de la République pour savoir ce qu’elle va faire. Où est donc la séparation des pouvoirs et que fait-elle de la légitimité qu’elle vient juste d’acquérir ?

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