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Simone Veil et le MLAC

UNE LEÇON POUR JOURNALISTES ET MEDIA

ANNIVERSAIRES DE LA LOI DU 17 JANVIER 1975

De 1985 à 2015, tous les dix ans, journaux et média audiovisuels ont célébré la loi dépénalisant l'avortement.

Et chaque fois j'ai assisté à une présentation identique du sujet, convoquant invariablement les mêmes protagonistes et mettant en exergue les mêmes événements.

  • Une loi de 1920 désuète, inapplicable et inappliquée.

  • Un vent de liberté qui souffle sur le pays après 1968.

  • Un débat entre les partis politiques de droite (UDR et RI) et de gauche (PS, PC et PSU), qui avancent des projets de loi entre 1971 et 1973.

  • L'émergence du MLF en 1971 et les manifestations féministes.

  • Le manifeste des 343 femmes célèbres (le 05/04/1971) réclamant le droit à l'avortement.

  • Le procès de Bobigny (11/10/1972) avec l'avocate Gisèle Halimi et son association Choisir.

  • L'élection de Valéry Giscard d'Estaing en mai 1974 ( après le décès prématuré de Georges Pompidou ), et sa volonté de proposer une loi libérale sur l'avortement.

  • Enfin, l'action admirable de sa Ministre de la Santé, Simone Veil, pour préparer et défendre cette loi à l'Assemblée en novembre 1974.

 

POUR LES MEDIA LE MLAC N'EXISTE DONC PAS

Pourtant de 1973 à 1975, le Mouvement pour la libération de l'avortement et de la contraception a été l'acteur le plus radical et le plus efficace, comme on le verra plus loin, pour bousculer tous les conservatismes qui enlisaient le débat : A savoir, la grande majorité de l'UDR, l'Eglise catholique, l'Ordre des médecins, entre autres.

En somme, la loi de 1975 aurait été le produit d'un débat institutionnel intense entre réactionnaires et progressistes ( partis de gauche et Républicains indépendants ) aiguillonné par des acteurs de la société civile, l'association Choisir de Gisèle Halimi et les militantes du MLF.

 

Le MLAC a vu le jour le 09 avril 1973.

Auparavant, le 03 février 1973 était publié le manifeste des 331 médecins du GIS (Groupe information santé) déclarant qu'ils pratiquaient des avortements et continueraient à en pratiquer.

Le MLAC fut donc un vaste rassemblement soutenu par les médecins du GIS, le Mouvement français du Planning familial, le MLF, la CFDT, la MNEF, la LCR , LO, le PS et le PSU.

Dans sa charte, il prônait l'ouverture de centres d'orthogénie sur tout le territoire.

Et pendant les deux années décisives (73 et 74), les comités locaux du MLAC ( plusieurs centaines) vont pratiquer des milliers d'avortement par la méthode Karman (aspiration), inconnue à l'Hôpital où seul le curetage était enseigné. Les avortements avaient lieu à domicile ou dans des locaux aménagés.

Ils organisaient aussi des voyages en Angleterre et en Hollande pour les femmes enceintes de plus de 10 ou 12 semaines. Les lieux et les horaires des permanences étaient publiés dans le journal Libération qui avait lui aussi vu le jour en 1973.

 

TROIS LIVRES MAJEURS RELATENT L'ACTION DU MLAC

  • Dés 1991, Janine Mossuz-Lavau (politologue au CNRS) publie «  Les lois de l'amour », les politiques de la sexualité en France (1950-1990). L'auteur consacre une vingtaine de page à la seule année 1973.

    Elle écrit : « En 1973, les pouvoirs publics sont d'autant plus poussés à agir que, tout au long de l'année, un pas supplémentaire est franchi dans l'escalade par divers groupes très engagés dans la lutte pour la légalisation . Ceux-ci décident en effet, sans plus se dissimuler, à pratiquer et à faire savoir qu'ils pratiquent des avortements en France. Cette pratique est rendue possible par le développement d'une nouvelle technique, la méthode Karman... »

  • En 2003, Jean-Yves Naour et Catherine Valenti (historiens), publient une « Histoire de l'avortement »

    Au chapitre 7 (1973-1979), les rôles du Planning familial et du MLAC sont traités en détails sur une trentaine de pages.

    Ils écrivent  : « Militant pour l'avortement libre et gratuit, le MLAC est de toutes les manifestations et de tous les combats. Encore une fois, le gouvernement laisse faire, la pression sociale est telle qu'il n'a plus les moyens d'interrompre la propagande par le fait qui a créé une situation irréversible et anomique. »

  • En 2007 Simone Veil publie son autobiographie « Une vie » dans laquelle elle évoque le MLAC page 180.

    Elle écrit :

    « Michel Poniatowski m’avait en effet précédé au Ministère de la Santé où il avait pu prendre la mesure du grave problème de l’avortement clandestin dans notre pays.

    J’étais loin de m’attendre qu’il m’entretienne aussitôt de ce problème avec une telle conviction, allant jusqu’à me déclarer : Il faut aller vite sinon vous arriverez un matin au Ministère et vous découvrirez qu’une équipe du MLAC squatte votre bureau et s’apprête à y pratiquer un avortement.

    J’en suis restée sans voix. Je savais que le problème était grave mais je ne savais pas que jusque dans l’entourage de Giscard les hommes politiques en possédaient une conscience aussi aiguë.

    Beaucoup d’entre eux vivaient les provocations du MLAC comme autant de pressions injustifiables vis à vis de l’Etat.

    Pour Giscard, cet aspect du problème a beaucoup compté. Très attentif à l’autorité de l’Etat, il était choqué que l’ordre public fut ainsi mis en cause.

    On ne peut pas supporter que des cars et des trains partent vers l’étranger pour que des femmes avortent, affirmait-il alors à ses proches.

    Il est vrai que dans certaines pharmacies ces manifestations donnaient lieu à une publicité indécente : tel jour à tel endroit partira un car.

    Pour toutes ces raisons, j’ai compris que dans l’esprit du Président la question devait être prise en main par le Ministre de la Santé et non comme on aurait pu s’y attendre par le Garde des Sceaux ».

 

LE DISCOURS DE SIMONE VEIL DU 26 NOVEMBRE 1974 ( EXTRAITS)

 

Les souvenirs de cette période que Simone Veil évoque en 2007 renvoient très exactement à son discours historique du 26 novembre 1974 à l'Assemblée Nationale.

« Pourquoi donc ne pas continuer à fermer les yeux ? Parce que la situation actuelle est mauvaise. Je dirai même qu’elle est déplorable et dramatique. Elle est mauvaise parce que la loi est ouvertement bafouée, pire même, ridiculisée. Lorsque l’écart entre les infractions commises et celles qui sont poursuivies est tel qu’il n’y a plus à proprement parler de répression, c’est le respect des citoyens pour la loi, et donc l’autorité de l’État, qui sont mis en cause.

« Lorsque les médecins, dans leurs cabinets, enfreignent la loi et le font connaître publiquement, lorsque les parquets, avant de poursuivre, sont invités à en référer dans chaque cas au ministère de la Justice, lorsque des services sociaux d’organismes publics fournissent à des femmes en détresse les renseignements susceptibles de faciliter une interruption de grossesse, lorsque, aux mêmes fins, sont organisés ouvertement et même par charter des voyages à l’étranger, alors je dis que nous sommes dans une situation de désordre et d’anarchie qui ne peut plus continuer. »

« Mais ? Me direz-vous, pourquoi avoir laissé la situation se dégrader ainsi et pourquoi la tolérer ? Pourquoi ne pas faire respecter la loi ?

Parce que si des médecins, si des personnels sociaux, si même un certain nombre de citoyens participent à ces actions illégales, c’est bien qu’ils s’y sentent contraints ; en opposition parfois avec leurs convictions personnelles, ils se trouvent confrontés à des situations de fait qu’ils ne peuvent méconnaître. Parce qu’en face d’une femme décidée à interrompre sa grossesse, ils savent qu’en refusant leur conseil et leur soutien ils la rejettent dans la solitude et l’angoisse d’un acte perpétré dans les pires conditions, qui risque de la laisser mutilée à jamais. Ils savent que la même femme, si elle a de l’argent, si elle sait s’informer, se rendra dans un pays voisin ou même en France dans certaines cliniques et pourra, sans encourir aucun risque ni aucune pénalité, mettre fin à sa grossesse. Et ces femmes, ce ne sont pas nécessairement les plus immorales ou les plus inconscientes. Elles sont 300 000 chaque année. Ce sont celles que nous côtoyons chaque jour et dont nous ignorons la plupart du temps la détresse et les drames. »

 

POUR CONCLURE

Une grande Française nous quitte.

Les commentaires unanimes saluent le courage dont elle a fait preuve tout au long de sa vie. Mais le courage en politique c'est sans doute aussi d'avoir la capacité de ne pas travestir ou d'occulter des faits que d'autres auraient jugés dérangeants ou inopportuns.

 


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2 réactions à cet article    


  • canard 54 canard 54 11 juillet 22:01

    Que l"on arrête avec elle est morte on l’enterre un point c’est tout d’autres sont morts dans d’ autres conditions (combats etc..) et on en a pas fait tout un roman surtout que elle était payée dans le cadre de sa fonction ministérielle

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