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Accueil du site > Actualités > Politique > Solaire : amour ou partouze

Solaire : amour ou partouze

 Personne ne doute que vivre indéfiniment en consommant un stock fini de ressources est strictement impossible. Mais quelle méthode employer pour en finir avec les révolutions industrielles avides d’énergie afin de permettre l’aube d’une autre ère ?

SOLAIRE : AMOUR OU PARTOUZE

Jacques-Robert SIMON

 Commençons brièvement par ce qu’il ne faut pas faire. Les découvertes comme les innovations sont presque toujours faites par des individus et non pas par des équipes. Si des moyens financiers considérables sont finalement nécessaires pour commercialiser à grande échelle un produit, il n’y a pas de relation de cause à effet entre richesse et créativité dans aucun domaine des Sciences fondamentale ou appliquée. Les scientifiques sont des artisans, vouloir les regrouper en troupeaux en cadenassant les énergies sous une montagne de règlements, codes, usages conduit inéluctablement à la stérilité. Leur individualisme les rassemble plutôt que ne les sépare et ils ne tiennent compte d’aucune frontière. Mais bâtir des monstres technocratiques pour sauver la planète revient à confier les destinées du monde à d’autres qu’eux, vouloir à toute force que tous les pays s’entendent et aillent ensemble, par voie réglementaire, vers la nécessaire sobriété d’une société basée sur l’énergie solaire relève du drame ou de la comédie, pas de la raison. L’unisson planétaire veut être obtenu par l’abolition des différences humaines, politiques, morales et surtout économiques. Ainsi, 175 parties (174 pays et l’Union européenne) ont signé l’Accord de Paris le 22 avril 2015. Un chiffre historique qui dépasse le précédent record de 119 signatures pour la signature d’un accord international sur le droit de la mer. Le monde ainsi proposé est clair : les Nations sont remplacées par les multinationales, la démocratie par les marchés, la culture par la notoriété, la liberté par la consommation, le savoir faire par le faire savoir, le Français par le globish. Les premiers soubresauts des crises énergétiques qui s’annonçaient datent du premier choc pétrolier de 1973, les progrès depuis furent insignifiants et le resteront en suivant la voie pour une transition dirigée par les politiques. Ne faisons pas de plus l’hypothèse que le pays qui possède la première armée au monde, celui qui fait le plus de dépenses militaires, celui qui invente la plus grande quantité de missiles, de drones tous plus meurtriers les uns que les autres, celui qui espionne via Internet même les dirigeants allemands dans leur intimité, celui, le seul, qui a utilisé l’arme nucléaire contre des civils… Ne postulons donc pas que les Etats-Unis ont une quelconque volonté de domination, ce qu’on nous propose est pour le bien de tous et pour sauver le monde. En plus d’être erronée, cette voie vers le raisonnable conduit peu à peu au pire. Mais existe-t-il une méthode alternative pour accéder à l’incontournable règne de l’énergie solaire ?

 Cerner la bonne méthode demande un détour pour comprendre ce qu’est une transition en physico-chimie et apercevoir les mécanismes possibles pour la mettre en oeuvre. La transformation de l’eau en glace donne tous les éléments essentiels nécessaires pour donner les piliers d’une transition écologique fondée sur l’intelligence plutôt que le goût du lucre, le mauvais goût des médias, l’incompétence des politiques. 

 L’eau se transforme normalement en glace très exactement à 0°C. Pourtant, en absence de « germes », si elle n’est pas agitée, la glace peut n’apparaître qu’à -40°C, bien au-dessous de la température théorique. La description du processus de germination est extrêmement difficile étant donnée la faible taille critique des germes (100 à 1000 atomes), leur durée de vie courte et leurs déplacements incessants dans la solution. De plus l’eau liquide, comme une nano-société, possède une structure très complexe due à l’établissement de liaisons hydrogène H2O---HOH. La formation d’une liaison hydrogène entre deux molécules augmente la polarité de chacune d’entre elles et leur aptitude à agréger d’autres molécules. Ce phénomène coopératif est probablement le plus simple de ceux que l’on peut étudier et les agissements de toutes les collectivités sont régis par le même type de mécanisme. Pour nos besoins, l’eau et la glace ont déjà fourni les clés pour faciliter une transition : des germes permettent d’obtenir de la glace à une température bien supérieure que si vous vous en passiez.

 Les « germes », si nécessaires pour effectuer une transition paisible et rapide, peuvent être, par exemple, de minuscules cristaux de glace formés par ailleurs. La société qui se passera des énergies fossiles est encore dans les limbes, mais il ne fait aucun doute que l’Europe possède les structures, les modes de vie, une histoire et surtout une conscience populaire qui permettent de la discerner voire de l’approcher. L’Europe doit fournir le corps du germe nécessaire à la transition écologique. Mais l’efficacité d’un germe repose sur la perfection de sa structure et tout autre élément, par exemple d’ordre politique, qui viendrait l’altérer ruinerait son action. L’Europe suit un dogme mortifère qui ne mènera qu’à sa disparition : elle semble surtout essayer de ne pas mourir plutôt que de vivre. La France devient alors le seul élément pouvant être retenu. Pour une multitude de raisons si évidentes que presque personne ne les mentionne (qualification des populations, ensoleillement, nécessité d’industrialisation, possibilité d’emplois de nombreux jeunes… ), il est impératif d’allier les forces du Maghreb à la construction du germe solaire. L’étendue du Sahara est utile sans être indispensable mais surtout les citoyens algériens, tunisiens, marocains… doivent le plus rapidement possible être associés à un projet qui les transcende et qui transcende leur avenir.

 La taille du germe est définie : la France, le Maghreb ; cette taille est suffisante pour être pleinement efficace, mais aussi assez petite pour ne pas se casser par des médiocrités. À l’intérieur, l’immanence n’a pas sa place, seul compte l’intérêt général sans aucunement tenir compte d’instances gouvernementales qui ne sont plus aptes qu’à participer à l’abaissement de populations qui elles ne rêvent que de grandeur. « Tout au long de l’histoire, les économies prospères se sont révélées être celles où la parole donnée est une parole d’honneur. »1. Ce mode de collaboration implique une structure publique indépendante des États en ce qui concerne les choix scientifiques et technologiques. L’émergence des nouvelles technologies liées à l’énergie solaire devrait être confiée à un Commissariat à l’Energie Solaire (COMES). Il aurait toutes les missions (Recherches fondamentale et appliquée/ Bureaux d’études/ Industrie) que l’on concède à un commissariat comme le CEA dont les grandes lignes d’organisation seront adoptées. Le CEA contribuerait d’ailleurs à la naissance du COMES : une fraction importante des départs en retraite au CEA sera affectée au COMES, sans baisse globale des effectifs et avec le même statut par recrutement au Maghreb comme en France.

 La seule condition à ce partenariat stratégique : les partages et les transferts de savoirs doivent se faire uniquement en interne en excluant tout apport exogène qui conduirait uniquement à ruiner la collaboration, la confiance en un partenaire ne se dilue pas. Il ne faut pas confondre amour et partouzes ce que le FMI faisait et fait encore, ce que font tous les adeptes de la mondialisation. Tous les savoirs, toutes les forces humaines nécessaires, tous les crédits indispensables se trouvent d’ores et déjà au sein de la France et du Maghreb, il faut juste s’unir pour travailler. Les sujets abordés : les cellules solaires, l’électrolyse de l’eau, le dessalement de l’eau de mer, les piles à combustibles…

 La bonne méthode pour assurer la transition requiert plus que l’unité de temps, de lieu et d’action, elle nécessite également les personnes adaptées et une direction non erratique. Tout progrès, depuis la nuit des temps, est venu de la Science et des applications de la science, même lorsque celles-ci n’étaient pas encore dégagées d’un terreau religieux,. Le cheminement du savoir et de l’ingéniosité vers le bien ou joyeux être de quelques uns puis de tous n’a jamais connu ni crises, ni reculs. Croire un seul instant que l’accumulation de richesses peut conduire au mieux être ne peut être proposée que par ceux qui se contentent de jouir du présent sans penser à l’avenir. Le germe proposé garde sa cohérence par le strict maintien des prises de décisions au sein des scientifiques, des ingénieurs, des techniciens qui savent eux ce que travailler veut dire ailleurs que dans une tour à La Défense, un ministère qui ne se préoccupe que des sondages, des investisseurs qui jouissent autant de gagner que de faire perdre.

 Alors petit à petit, des structures de même nature s’agrégeront autour du germe franco-maghrébin.

 Il faut aller vers le futur avec les peuples, pas contre eux. Que la Raison nous délivre du mal, de la sottise et de l’arrogance. La société « solaire » sera le fruit de l’effort plus que du plaisir, de la sobriété plus que des jouissances déifiées ou de la consommation névrotique. 

 

  1. Joseph E. Stiglitz, Le prix de l’inégalité, Les Liens qui libèrent, 2012 (traduction française)

 


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18 réactions à cet article    


  • Harry Stotte 31 octobre 15:48

    « Que la Raison nous délivre du mal, de la sottise et de l’arrogance. »



     smiley x 1000

    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 31 octobre 17:04

      @Harry Stotte
      Merci


    • sarcastelle 31 octobre 16:17

      Le culte du dieu soleil est commun chez les peuples primitifs ; la transition énergétique le renouvelle et l’adapte à notre société en déficit de spiritualité !

      .
      C’est une boutade ?
      Heu... non !!

      • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 31 octobre 17:07

        @sarcastelle
        Même si c’était formulé d’une façon aujourd’hui incorrecte, le culte du soleil était pertinent car c’est la seule source d’énergie. Même le pétrole n’est que de l’énergie solaire stockée. Enfin, des visions instinctives ne sont pas forcément fausses.


      • sarcastelle 31 octobre 17:20

        @Jacques-Robert SIMON

        .
        Qu’en déduisez-vous pour nous, tristes cartésiens ? 

      • ENZOLIGARK 1er novembre 06:56

        « Avant le Deluge » , le documentaire de DiCaprio disponible gratuitement pour contrer Trump [ latribune . fr du 31/10/16 ... ] . ... Commentaire de - frbonvin225 - ... : ... « il ferait mieux d ’ adopter un profil bas , car lorsqu ’ on finance un film avec de l ’ argent sale qui vient d ’ Asie , le FBI pourrait aussi s ’ interesser a lui ... sans camera . » . ... AhAhAhAhAh ... ces amers - loques  ! . ... АФФ ИСС ...


        • zygzornifle zygzornifle 1er novembre 09:36

          @ENZOLIGARK


           Di capri de chiotte .....

        • fred.foyn fred.foyn 1er novembre 07:47
          Le seul moyen pour changer de système, c’est une guerre nucléaire pour vider la planète de 7 milliards d’individus qui ne sont que des parasites non ?
          Les survivants auront (peut être) l’intelligence de faire autre chose ?
          Quoi que...j’ai comme un doute !

          • zygzornifle zygzornifle 1er novembre 09:34

            @fred.foyn


            il ne survivra que les parasites que l’on connait cachés dans leurs bunkers , mais comment feront t’ils sans toute leur armada d’esclaves qui bossaient pour eux , eux qui sont tout justes capables de pisser tout seul sans qu’on vienne leur tenir et leur secouer ? .......

          • zygzornifle zygzornifle 1er novembre 09:31

            les meilleures découvertes de Nikola Tesla on été saisies par le FBI et mises au secret et y sont toujours car dedans il y avait des moyens de créer de l’énergie pour presque rien ce qui avait affolé les lobbys craignant de perdre un marché bien juteux  .... 


            • sarcastelle 1er novembre 10:00

              @zygzornifle

              .
              Pauvre idiot. 

            • sarcastelle 1er novembre 10:01

              @zygzornifle 

              .
              (venant de vous je pense que c’est du premier degré)

            • Gatinais33 Gatinais33 2 novembre 22:40

              Tout d’abord, j’aime lire sous une signature autorisée l’affirmation qu’on pourrait se passer dans un terme raisonnable d’énergie fossile. Sans attendre Iter et consorts, et par des techniques dans lesquelles les peuples se sentiraient impliqués.
              La leçon de physique, certes succinte, est nouvelle pour moi. L’eau liquide à -40 à pression atmosphérique ! L’analogie que vous faites avec un possible phénomène sociologique est déjà osée, mais poussons la. Un sous-ensemble d’hommes formerait donc le germe d’une humanité durable. Dans cette humanité glacée, c’est quelque chose comme la passion qui aurait été mis sous contrôle pour éviter le maelstrom fatal. Soudés par le projet de produire l’énergie nécessaire à leurs moyens de locomotion, de production d’objets divers, ils arrêteraient de confondre agitation et action. Pourquoi pas ?


              • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 5 novembre 17:24

                @Gatinais33
                L’étude de la cristallisation et l’action de germes forme en effet une montagne d’études. Toutefois, ce qui est écrit est correct. Mettre en évidence une analogie entre les transitions physiques et humaines n’est pas du tout approximative seulement simplifiée. Il est en effet question de prendre
                « un sous-ensemble d’hommes comme germe d’une humanité durable », mais toutes les grandes révolutions humaines ont procédé ainsi.


              • Gatinais33 Gatinais33 6 novembre 11:20

                @Jacques-Robert SIMON
                Pour votre présentation de la formation de la glace, ma surprise ne portait aucune contestation. L’observation des cristaux (macros ou micros) est un spectacle dont je ne me lasse pas. Ce plaisir esthétique est peut-être bien lié aux phénomènes sur lesquels vous travaillez : la diversité des formes observées serait due à la complexité de leur genèse.

                Je suis surpris du peu de réactions à votre article, qui tranche sur les analyses habituelles sur les dégâts liés à la production d’énergie, dont on se demande si la motivation n’est pas d’être le premier à avoir perçu comment l’humanité disparaitra.

                D’ici là, il serait tellement plus intéressant de tenter ce que vous dites. Ou de prouver que ce n’est pas réaliste. Bien que je ne sois pas sur cette dernière option, je vois deux écueils qui se présentent. D’abord, par quoi remplacer, s’il s’agit de coopérer sans arrière pensée, le plaisir d’avoir été le plus malin ? Ensuite, comment faire cohabiter esprit scientifique et esprit de responsabilité ? Plus précisément, comment faire comprendre à tous les limites de la méthode scientifique ?

                Le défunt forum enerzine nous tenait au courant du projet Desertec, dans lequel l’Allemagne jouait un grand rôle. Avez-vous des informations sur la manière dont est conduite cette aventure ?


              • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 6 novembre 20:39

                @Gatinais33
                 Je n’ai pas de contacts avec les responsables de Desertec (projet que je connais) mais je peux faire des recherches si vous le souhaitez. 

                La société du futur ne peut pas être autre qu’une société solidaire, où le prix de la vie n’est pas un coût de la vie. Une collaboration France-Maghreb ne peut se faire que dans ce cadre et dans le respect d’une parole donnée. Il ne s’agit pas d’une poussée d’utopie : il n’existe pas d’autre chemin vers une société du futur digne de ce nom. Si l’on respecte les peuples sans vouloir leur imposer nos cultures et nos manies, c’est possible de réussir, je crois même que c’est le seul moyen de réussir. 

              • Gatinais33 Gatinais33 7 novembre 11:01

                @Jacques-Robert SIMON
                Le mot solidarité focalise bien le débat.
                Chacun devrait s’y sentir sensibilisé. Mais,si vous assistez aux échanges sur l’article de Bertrand Cassoret, peut-être partagerez-vous avec moi l’impression que la vanité fausse le débat technique. Dans ma jeunesse, les écrits d’Henri Laborit m’interrogeaient beaucoup. On peut voir notre système hormonal comme un objet d’étude, et se demander comment lui faire consciemment produire de la solidarité.

                Si des informations fiables sur la progression du projet Desertec vous parviennent, elles pourraient faire l’objet d’un article complémentaire à celui que je commente. Ce projet peut porter beaucoup d’enseigements sur les plans humain et technique.

                Pour ma part, il faudrait que je retourne à mon modeste site pédagogique sur le potentiel créatif d’un navigateur internet.

                Une dernière remarque : vous parlez dans votre présentation d’une activité d’éditeur, sans donner le lien. Ce serait pratique, et je ne vois pas de raison éthique qui vous en empêche.


              • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 8 novembre 20:21

                @Gatinais33
                Pour ce qui concerne le projet Desertec, il n’y a aucun problème scientifique, technologique ou industriel à résoudre, le succès ne sera possible que si les Marocains mais aussi les Algériens, les Tunisiens ... créent eux-même le savoir nécessaire, les infrastructures indispensables etc...
                C’est vrai que j’ai eu des activités de valorisation et d’édition mais elles sont terminées.

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