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Sommet de Cancun, Prix Nobel à Oslo : l’Espoir sera-t-il à vendre ?

Au sommet du Mexique de ce 10 Décembre dernier consacré au Réchauffement climatique, des militants de Greenpeace formaient une colonne humaine dessinant le mot « Espoir » sur une plage de Cancun. Les vagues proches incarnaient assez idéalement les conclusions de cette 16ieme réunion Onusienne portant sur le Climat. Tout cela jette un froid sur l’avenir toujours incertain des accords de Kyoto, arrivant à échéance en 2012. La ministre mexicaine des Affaires Etrangères, madame Patricia Espinosa, aura marqué surtout par son élan d’autosuggestion positive. Au petit matin de ce samedi 11 décembre, elle osera évoquer une « nouvelle ère pour la coopération internationale »…

Ainsi, l’accord final invite les pays en développement à « réfléchir sur un objectif mondial relatif aux émissions globales à effet de serre » d’ici… 2050. Cette réflexion est affirmée comme « respectueuse de la souveraineté nationale de chacun ». L’exigence est maximale, dans la modération.

Pour ce qui nous concerne, nous les pays les plus « évolués », nous restons invités à œuvrer pour une limitation des mêmes gaz à effet de serre conformément aux « données scientifiques actuelles ». Outre les effets de manche du Sommet de Copenhague de 2009, autant dire que les négociations initiées il y a 20 ans, ne peuvent que s’en remettre à l’espoir des manifestants de Greenpeace. Les intérêts mercantiles et financiers l’emportent. Nos Représentants semblent perpétuellement invoquer les anges du changement climatique, pour mieux ne pas avoir à changer nous-même, dans notre mode de vie et production, notre rapport à la mère Nature. Plus que de politique, la Nature parait suggérer une autre « Culture » du développement et du vivre ensemble, vers une conception du « progrès » située enfin dans l’essentiel, celui de la Vie dans sa permanence. L’Homme d’aujourd’hui cède sa place à des jours meilleurs, misant son avenir sur le vœu inconscient ou non avoué d’évoluer lui-même suffisamment pour être enfin à la hauteur de ses devoirs. Un peu comme un premier jour de chasse sans gibier, autre que celui de la bonne conscience, tous nos représentants auront alors une fois encore déserté la forêt qui les a vus naître, et qui se meurt. Chacun veilla à ce que tout resta en place, bien assis sur quelques certitudes trop prudentes.

La veille à Oslo pour la remise du Prix Nobel 2010, quelqu’un aura eu a contrario à céder sa place, de la façon le plus brutalement imposée et subie. A travers l’attitude de la Chine, preuve est faîte encore et toujours que l’Homme use plus volontiers de sa liberté pour se fermer des portes plutôt que d’oser en ouvrir. A Cancun, les élus n’ont pas été s’en « s’asseoir » quelque peu sur la responsabilité climatique, et plus généralement Naturelle que leur confère la Création. Des droits de la Nature à ceux de l’Homme, précisément, la défense de la condition humaine n’aura pas pris toute sa place, première. D’une chaise musicale à l’autre, le bruit sonnant et « trébuchant » de l’intérêt mercantile l’aura emporté. La place du dissident chinois Liu Xiaobo, à travers lui la notre, ne fût pas pleinement reconnue pour cette remise du Prix Nobel de la Paix. En temps de guerre économique, la Paix ne pouvait être celle des braves. Elle fût celle des Marchés. La « main invisible » porterait-elle de plus en plus des gants fabriqués en Chine ?

Depuis la création du Prix Nobel, il y a 109 ans, le Lauréat n’aura été absent qu’à deux reprises. Outre cette fois-ci, pour Liu Xiaobo, le précédent grand absent se nommait Carl Von Occietzky, récompensé en 1936, et prisonnier d’un camp de concentration. Ce croisement historique entre le Nazisme et les fantômes fantasmagoriques du « péril jaune » serait encore hors de prix. Si en 1989 la Chine parût se faire discrète dans sa contestation de la remise du Prix Nobel au Dalai-Lama, elle n’a pas hésité cette fois-ci à évoquer notre « ingérence » dans sa souveraineté politique et judiciaire. Le fameux « Droit d’ingérence notamment promu par un ancien ministre français des Affaires Etrangères, se voit retourné à l’envoyeur. La logique géopolitique actuelle passerait-elle du Droit d’Honneur au doigt d’honneur ?

La liberté de pensée de Liu Xiaobo, celle-là même qui fonde nos chers Droits de l’Homme, recouvre donc de la « subversion » pour nos « amis » Chinois. Quoi qu’il en soit, 45 pays étaient présents à Oslo, dont les Etats-Unis et l’Union Européenne (qui n’aura pas été sans rappeler la Serbie à l’ordre afin que celle-ci puisse un jour adhérer à l’Europe…).

Au sommet de Cancun, bien des chaises parurent occupées pour ne rien dire ou décider, ou presque. L’accord de Kyoto est reconduit à sa place jusque 2012, sans aucune réelle évolution ni perspective. A Oslo, comme en d’autres temps funestes de dictature nazie, nos droits Humains paraissent avoir cédé leur place à l’intérêt économico-mercantile. Cette chaise vide interdite à Liu Xiaobo, donc à la Liberté, sera-t-elle un jour futur occupée (avec ou sans guillemets) par un représentant de l’Etat Chinois devenu première puissance du monde ? Tout cela interroge. Les plus pessimistes des manifestants de Greenpeace aux marges du Sommet de Cancun ne seront pas sans parier sur une détérioration climatique, venant à point interdire à la Chine la place de pays phare de la gouvernance mondiale ! Gardons que les gaz à effets de serre, ne serrent et ne servent pas suffisamment les cordons des principales places Boursières.

D’une chaise vide à l’autre, d’un reniement climatique ou moral à l’autre, donnons à « l’Espoir » la place première. Pour peu que la chasse ouverte aux capitaux et parts de Marché ne voit pas l’Homme vendre, jusque son âme. La politique, au sens noble qui est le sien, exige de se mettre un jour à table, pour que le courage de penser soit au menu., avec ou sans chaise en toute liberté.

L’espoir peut-il se vendre…

Guillaume Boucard

par Guillaume Boucard (son site) mercredi 15 décembre 2010 - 1 réaction
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