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Suite du yo-yo électoral

Après le retour aux urnes de la présidentielle, l’abstention record des législatives. La vague est bien bleue mais la représentativité réelle du Parlement est déjà bien affaiblie.

La présidentielle a fait dire aux commentateurs et aux hommes politiques bien pensants de tous bords, que les Français s’étaient réconciliés avec la politique et avec les élections. Le record de l’abstention au premier tour du scrutin législatif plombe sérieusement cette hypothèse superficielle.

De fait, on en revient à la situation "normale". Les sondages avaient indiqué qu’une moitié des électeurs de la présidentielle avait voté par défaut, en suivant la logique du vote utile et avec une tension qui avait déjà caractérisé le référendum sur la Constitution européenne et qui traduit une personnalisation, une immédiateté, une mentalité de pari et une certaine forme d’impuissance dans le désespoir. Les 40 % d’abstentionnistes, les 44 % de femmes, les 45 % d’ouvriers, les 55 % de non-diplômés qui n’ont pas voté cette fois-ci au premier tour, c’est-à-dire au tour clé d’un scrutin législatif, ont montré, une fois de plus, qu’ils ne se sentaient pas, qu’ils n’étaient pas représentés.

Ce n’est pas seulement la certitude de ne pas être représenté qui pèse. C’est aussi l’impression de ne rien pouvoir changer, de ne pas pouvoir influer sur le cours des choses, ne serait-ce que de façon minime, par le vote. L’espoir politique est un luxe et les gens n’ont pas envie de se désespérer inutilement, de trop s’investir pour après se démoraliser. Lorsque le sentiment de non-représentation s’associe ainsi au sentiment de verticalité politique, l’abstention bat des records.

Ce cocktail était absent lors du scrutin européen et lors du vote présidentiel. En effet, les gens avaient eu, là, malgré tout, l’impression de pouvoir influer, de pouvoir dire quelque chose. C’est quand ça n’est pas totalement joué que la différence entre la droite et la gauche s’estompe. Mais dès que la situation se referme, dès qu’il apparaît qu’un scrutin n’offre plus aucune chance, ne serait-ce qu’illusoire, de peser, alors l’abstention revient en force.

Car aujourd’hui, misère de la politique, ce qui fait voter c’est cette illusion de peser et non le choix serein d’adhésion à celui qui vous représente.

Pourquoi et comment Nicolas Sarkozy a-t-il réussi à gonfler l’électorat de droite ? Certes, il a piqué les thèmes de Le Pen. Mais il a surtout canalisé la frustration de son électorat. Car le vote Le Pen c’est un vote de frustration primaire. De son côté la gauche n’a pas su apporter à sa base, ce pourquoi elle est à gauche, c’est-à-dire, une voie de révolte et de transformation de la société par en bas.

Il ne s’agit pas, et pour la droite et pour la gauche, lorsqu’on représente tout au plus un tiers de l’électorat en termes d’adhésion réelle et que le système déforme à ce point la carte politique, uniquement de projets. Il s’agit aussi, pour gagner, d’attirer avec habileté. Ou de bâtir, à long terme, les représentations manquantes.

La droite est maintenant embarrassée car 60 % de la population va peu à peu s’opposer à ce que l’on brusque les choses d’en haut. Et François Fillon va se raidir. Ce processus inéluctable a été conjuré momentanément par le président qui récupère les frustrations d’une partie de la population, en les ramenant à de la frustration "républicaine" et à ce qu’il appelle "ouverture".

Par ailleurs, le micro-espoir Bayrou est resté coincé dans un espace déjà restreint, sans sauter pour proposer un chemin de représentativité nouvelle. Car le discours sur la diversité ne peut pas fonctionner dès lors qu’une partie de la population n’est plus en mesure de générer politiquement une voix structurée et que le système lamine systématiquement les astuces, de plus en plus étroites et de moins en moins autorisées par le vote.


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6 réactions à cet article    


  • Foudebassan Foudebassan 12 juin 2007 12:09

    Si les Français étaient si opposés au gouvernement Fillon, ils se seraient déplacés. S’ils ne l’ont pas fait, c’est sans doute qu’ils approuvent le changement proposé par Nicolas Sarkozy.


    • Lampion (Alesani) Lampion (Alesani) 12 juin 2007 18:31

      oui , les français l’ont déjà prouvé , ils peuvent aller voter pour s’opposer massivement comme ils l’ont fait quand il s’agissait de barrer la route à mr Le Pen.

      Mais cette fois ci devant l’urgence des réformes à entreprendre, peut être le vrai courage consistait il, pour certains à s’abstenir. En considérant qu’ils n’étaient pas complètement dans la ligne de NS mais qu’il était grand temps de laisser une marge d’action suffisante pour règler les grands chantiers toujours repoussés sine die.

      Peut être est ce de la naiveté politique ....Mais certains schémas de blocage maintes et maintes fois reproduits dans la gestion de notre « entreprise France » sont ils aussi l’expression d’une maturité politique et démocratique ?


    • TSS 12 juin 2007 13:31

      cela n’aurait rien changé que les abstentionnistes votent !!

      avec le tripatouillage de pasqua en 86 il faut environ 5 à 6 fois plus de voix pour être elu dans une circonscription de gauche que dans une de droite !

      ce que je ne comprend pas c’est que la gauche ne soit jamais intervenue pour corriger cet etat de fait malgré les mises en garde repetées du conseil d’etat.


      • dimanchesoir 12 juin 2007 16:03

        Belle journée de dimanche, soleil de plomb pour un silence de plomb. Une fois le sale travail accompli, les fossoyeurs de la république se sont retirés en laissant les électeurs faire avec. On se demandera longtemps de quels votes a bénéficié Sarkozy pour se faire élire. En attendant, ces gens n’étaient pas au rendez-vous le 10 juin, Ponce Pilate s’en est lavé les mains.


        • vivelecentre 13 juin 2007 06:30

          le vote de 53% de ceux qui sont allez voter !


          • Pierre Arrighi Pierre Arrighi 13 juin 2007 08:55

            Bonjour,

            Il me semble que le problème est que le système politique est malade et qu’une part importante de son fonctionnement traduit des symptômes, de grosses poussées de fièvre, des pics de rémission, des rechutes agravées. Dans ce contexte, il est difficile de voir se développer la maturité politique même si la population compte, parmi les citoyens, des gens très murs (voir par exemple le magnifique film récent : Les Lip, l’imagination au pouvoir) dans tous les métiers et catégories sociales.

            D’autre part, je ne crois pas qu’il faille du courage ni pour aller voter ni pour s’abstenir. Il faut simplement de l’espace politique, du sens. On voit que même lorsque le sens proposé est minime les gens votent. Le problème est que souvent le sens, pour beaucoup, est réellement égal à 0. S’abstenir c’est aussi éviter de se démoraliser alors qu’on a d’autres chats importants à fouetter.

            Un des problèmes réside dans la confusion entre opposition et alternance. Une société peut être démocratique, équilibrée et saine avec peu d’alternance. Elle peut être peu démocratique et verticale avec beaucoup d’alternance (notre cas). Ce qui compte c’est la représentativité réelle des gens dans l’ensemble des choix de la société. Dans ce sens, opposition ne rime pas avec préparation d’élection mais avec développement de forces et d’expressions sociales ayant un poids. la démocratie c’est un rapport de forces équilibré et vivant.

            Enfin, il est certain que des déblocages se feront. Mais ils ne concerneront qu’une petite moitié de la population française. Or, le problème en France et en Europe, ce qui explique cette montée du populisme, des comportements opportunistes croissants des hommes et la peur des salariés des médias (journalistes), c’est l’existence d’une part énorme de la population qui, après avoir été écartée économiquement, l’a été politiquement.

            Cordialement, Pierre Arrighi

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