Au-delà des frontières : culture et politique.

Le groupe : Le Vent du Nord.
On traduira aisément ou on devinera sans être polyglotte en décomposant.
Summer et Lied ? Il s’agit donc d’un festival d’été, de chansons et de musiques d’Alsace et d’ailleurs, même parfois de bien loin. L’Alsace est traditionnellement festive et ouverte sans préjugés et surtout sans anathèmes, contrairement à l’idée trop répandue après des résultats électoraux trop sommairement analysés. Tout un sujet.
Malgré tout trop discrètement, sans publicité tapageuse, au contraire même, un peu indigente selon certains, un peu trop« unter uns » ( entre nous) aussi !
Comparé aux grands festivals populaires tels que « les Vielles Charrues » en Bretagne qui en est à sa 22° édition, sans doute le plus grand d’Europe selon leur com, Summerlied en est à l’adolescence et ne cesse de grandir. 9° édition seulement et les projets de persévérance et de mue innovante foisonnent.
Vedettes et découvertes.
Les valeurs sûres font le plein de la grande scène (1750 places assises) : l’inusable Hugues Aufray, le voisin suisse Stéphan Eicher, un peu alsacien, le groupe corse I Muvrini pour lequel au bout de quelques heures, plus aucune réservation n’était possible et enfin l’inattendu groupe canadien, pardon Québécois, « Le vent du nord ».
Surprenants, fascinants, exaltants, tendres et rebelles combattifs à la fois, ces quatre jeunes hommes ont rodé leur incroyable prestation pendant dix ans, en plus de 1000 concerts sur les scènes des Amériques et d’Europe. Après un petit repos at home, pardon à la maison, ils seront, de retour en Europe, au Danemark à Tonder pour un très grand festival « trad’ ». Oui « trad’ » comme tradition bien sûr ( traditionnel serait inapproprié). On le dit, selon leur com, le plus grand festival du monde où certains des petits d’ici iront un jour, sûrement. Et peut-être vice-versa.
Toutefois les « anciens » régionaux restent encore bien vigoureux, les Eglès, Engel ,Schlagg et d’autres, ce qui ne les empêche pas d’encourager les jeunes qui se succèdent sur les cinq scènes du festival. La relève est là. Le festival ne peut que progresser.
Au-delà de l’affluence, il suffit de considérer l’aménagement astucieux et la décoration récup/art, féérique de cet espace de forêt et de clairières, de plus en plus singulier, unique comme un écrin mystérieux.
Grâce à la disponibilité souriante de 400 bénévoles et la grâce des danseuses et danseurs admirablement préparés, tous issus de ce petit coin près de Haguenau à une bonne vingtaine de kilomètres de Strasbourg, on se sent dans un lieu magique.
Un devoir de vacances pour les indigènes comme pour les touristes, souvent trop mal informés.
Pour autant, on ne peut ignorer la part essentielle des institutions publiques dans cette réalisation. Elle est primordiale car indispensable : Région, Département, Affaires Culturelles, le SIVOM local avec Schweighouse et Ohlungen …et d’autres partenaires. La politique n’est donc pas loin, même si la billetterie vient abonder substantiellement le budget.
La politique s’invite gentiment.
La relève est assurée ( photo Henri de Grossouvre)
Le Forum Carolus, un Laboratoires d’Idées, eine Denkfabrik, un think-tank -on est polyglotte ici, forcément- reconnu dans le Rhin Supérieur, entendez de Bâle à Karlsruhe, en passant par Strasbourg bien entendu, organise dans un espace réservé, des débats notamment avec les professionnels et la presse, sur des sujets annexes a priori. Henri de Grossouvre est à l’origine des thèmes et en assure l’animation. Tant mieux ! Cela simplifie les échanges.
Le premier sujet portait innocemment sur « La place des instruments traditionnels d’Alsace et d’ailleurs, dans la musique actuelle ». Essentiel ! Le clou de la discussion fut la cornemuse, le Dudelsack, dont un musicien allemand traça à grands traits l’historique avant d’en jouer sous différentes formes et sonorités. Un instrument quelque peu oublié, strictement européen. Dommage ! Qui osera organiser un festival de la cornemuse ? Pourquoi pas un mécène écossais ?
Le lendemain la question était plus délicate : « Décentralisation et droit local » avec d’éminents juristes mais sans représentants politiques dans une région dont la majorité des élus de la plus grande ville, osera-t-on dire capitale européenne, est de gauche-composée tandis que les collectivités territoriales sont, nous dit-on, de droite, souvent composée également, de sensibilités diverses.
Des deux côtés et cela peut s’entendre dans le débat, demeure une posture typiquement alsacienne. De part et d’autre, on se demande toujours ce qu’en pensent Paris et ses représentants locaux. Et on en tient compte, en bon élève.
Anecdote : quand le rectorat refuse la création de postes d’enseignants d’allemand pour les classes bilingues, le maire d’une commune mosellane ( Sarreguemines)- la Moselle fait partie des trois départements concordataires - n’hésite pas, tout en protestant vigoureusement, à les créer avec les deniers de la commune. Rébellion fort payante, puisqu’il obtient rapidement gain de cause et peut - être les faveurs renouvelées de son électorat. Adieu complexe !
Ce courage de rébellion, les Québécois( photo) qui le chantaient le soir sur la grande scène, l’auront-ils communiqué un tant soit peu aux plus timorés, fussent-ils élus ? Au public et à certains d’entre eux qui étaient restés, oui avec ardeur. Enthousiastes, ces derniers ont montré leur sympathie pour ces doux mais intransigeants séparatistes qui ont comme premier souci, la défense de leur culture. Coupables ?
C’est opportunément, le sujet suivant, la culture, et là on passe la frontière (laquelle en fait ?) : « Musique et culture par delà les frontières, quoi de neuf dans le Rhin Supérieur ? » avec Nikolaus von Gayling, président du Forum Carolus et Wolfgang Jokerst, maire de Bühl. Ouah ! Voici les voisins allemands, européens certes, germanophones c’est sûr et francophiles et - phones, on l’entend.
Comme on entend aussi d’audacieuses prises de position sur les difficultés de communication et d’harmonisation dans un espace géographique et culturel, une entité réelle pour les uns, embryonnaire pour d’autres, improbable, si ce n’est à très long terme, pour les plus sceptiques : « Le Rhin supérieur ». De la culture on est passé à la politique et inversement, comme les artistes québécois. Comme à eux, il reste du pain sur la planche.
En cas de doute, qu’on écoute « Les deux oncles » de Georges Brassens dont voici le texte en conclusion, définitive et encourageante.
Jean Monnet aurait pu dire : « Si c’était à refaire, je commencerais par la culture » comme le lui faisait dire Hélène Ahrweiler dans un discours utilisant « l’irréel du présent ». Elle prêtait a posteriori, à l’un des pères de l’Europe des intérêts qu’on ne lui avait pas connus. Qu’importe, faisons comme si…
C'était l'oncle Martin, c'était l'oncle Gaston
L'un aimait les Tommies, l'autre aimait les Teutons
Chacun, pour ses amis, tous les deux ils sont morts
Moi, qui n'aimais personne, eh bien ! je vis encor
Maintenant, chers tontons, que les temps ont coulé
Que vos veuves de guerre ont enfin convolé
Que l'on a requinqué, dans le ciel de Verdun
Les étoiles ternies du maréchal Pétain
Maintenant que vos controverses se sont tues
Qu'on s'est bien partagé les cordes des pendus
Maintenant que John Bull nous boude, maintenant
Que c'en est fini des querelles d'Allemand
Que vos fill's et vos fils vont, la main dans la main
Faire l'amour ensemble et l'Europ' de demain
Qu'ils se soucient de vos batailles presque autant
Que l'on se souciait des guerres de Cent Ans
On peut vous l'avouer, maintenant, chers tontons
Vous l'ami les Tommies, vous l'ami des Teutons
Que, de vos vérités, vos contrevérités
Tout le monde s'en fiche à l'unanimité
Paroles et Musique : Georges Brassens 1964 © Editions musicales 57
Antoine Spohr.

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16/08 22:00 - A. SpohrTrès drôle. Il y avait aussi à Summerlied des conteurs de blagues .. Une remarque technique : (...)
16/08 16:05 - A. SpohrZ’auraient du faire venir le duo bien connu entre Paris et New-York ,Domi et Anne ,avec (...)
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