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Accueil du site > Actualités > Politique > Sur les décombres de l’UMP, Jacques Chirac octogénaire

Sur les décombres de l’UMP, Jacques Chirac octogénaire

L’ancien Président de la République fête ce jeudi 29 novembre 2012 son 80e anniversaire. Retour sur l’homme et l’animal politique.

Il y a un acteur clef de la vie politique du dernier demi-siècle, fondateur et inspirateur de l’UMP, dont on ne parle pas pendant ces presque deux semaines de crise politique à l’UMP : l’ancien Président de la République Jacques Chirac.


Du sergent-chef au général

Qui se rappelle ces insultes lancées à la fin des années 1970 et lors de la campagne présidentielle de 1981 : "Chirac facho" ? À l’époque, l’image de Jacques Chirac était quasi-dictatoriale : menton levé, ton martial et saccadé, démarche énergique, caricaturé pyramidalement par Thierry Le Luron, il inquiétait ceux qui voyaient en lui le germe d’un futur tyran. Finalement, après de nombreux essais, il laissera l’image d’un chef d’État populaire (apprécié seulement après ses deux mandats), plutôt vieillissant et dont les plus grands reproches se baseraient plutôt sur son immobilisme.

Évidemment, j’ai évoqué cette époque du Chirac conquérant, passant du second couteau de Georges Pompidou au leader incontestable d’une partie de la classe politique (à savoir de 1974 à 1986) parce que Jean-François Copé semble se trouver dans le même cycle depuis 2007 après que Nicolas Sarkozy eut marché sur ces mêmes traces (de 1999 à 2004).

Mais l’objet de cet article ne concerne pas les derniers soubresauts de l’UMP, il concerne Jacques Chirac qui vient d’atteindre les 80 ans. Ses deux illustres prédécesseurs, Charles De Gaulle et François Mitterrand, étaient partis à 79 ans. Et un autre se rapproche joyeusement de ses 87 ans, à l’allure encore vive, tant par le physique que l’esprit, Valéry Giscard d’Estaing, qui, comme Nicolas Sarkozy (57 ans), s’est retrouvé très jeune (55 ans) dans ce terrible statut d’ancien Président de la République française.

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La dernière fois que j’ai vu Jacques Chirac, c’était le 11 mai 2011 à l’enterrement de son ami Bernard Stasi. Il était vieilliard, diminué, lent, marchant difficilement avec une canne. Très loin de l’image du mangeur de sandwichs, capables d’engloutir trois dîners le même soir pour honorer diverses hôtes, loin de l’image du jeune premier prêt à en découdre, du "Chirac facho" que je viens d’évoquer, avec toute sa mauvaise foi, sa combativité, son dynamisme, son bluff, ses propos excessifs, ses manipulations etc. qu’il est vraiment difficile de ne pas mettre en parallèle avec ce qu’il se passe aujourd’hui à l’UMP.


L’échec de 1988

J’ai beaucoup détesté Jacques Chirac. Je contestais sa légitimité gaulliste, je dénonçais son instabilité et ses incohérences dans les convictions (travaillisme à la française, libéralisme, fracture sociale, parti de l’étranger, pro-européen etc.) mais j’avais une raison bien compréhensible : j’avais fait la campagne présidentielle de Raymond Barre, et celui que je considère toujours comme peut-être le dernier homme d’État a été sans arrêt attaqué par les chiraquiens pendant les trois mois de la campagne, un peu comme Valéry Giscard d’Estaing avait été attaqué pendant les cinq dernières années de son septennat. Je reste convaincu que Raymond Barre aurait eu plus de chance de battre François Mitterrand dans un second tour en 1988, mais ce second tour n’est réservé qu’aux candidats les plus ambitieux et les plus combatifs. Ce qui ne fut le cas ni de Raymond Barre, ni de Jacques Chaban-Delmas, ni d’Édouard Balladur (ni même de Lionel Jospin en 2002).

Jacques Chirac a été effectivement assez versatile dans ses convictions. Pourtant, je lui reconnaissais au moins deux mérites (j’en reconnaîtrais d’autres par la suite). D’une part, il a toujours été très clair sur les positions extrémistes, et sans lui, le RPR aurait flanché dans une alliance avec le FN dès 1984 (le candidat RPR de Dreux avait déjà sauté le pas en septembre 1983, voir la position de Bernard Stasi à l’époque). D’autre part, il a indéniablement montré le sens du peuple, il aime les gens et cela ne se commande pas, même si dans cet amour, il y a une part d’hypocrisie et de mépris (il avouait son truc pour serrer les mains sans garder de traumatisme : tremper la sienne dans un bol de glaçons toutes les cent poignées de mains !).

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Le sens du peuple… Un exemple qui me vient à l’esprit, mais j’ai eu l’occasion de le voir à l’œuvre à de nombreuses reprises, en particulier à Nancy et à Grenoble. J’ai participé à un meeting dans la salle du foyer dans la commune où j’étais élu, vers dix-neuf heures trente. J’attendais patiemment la fin du discours en respirant un peu d’air frais sur les marches de l’entrée, quand soudain, je vis au loin, de l’autre côté de la place centrale, une petite dame toute essoufflée courir vers moi : "C’est vrai que Monsieur Chirac est dans la salle ?". Elle avait entendu aux informations régionales (à la télévision) que Jacques Chirac était présent tout près de chez elle et elle voulait absolument le voir en "vrai" ("in the real life", dit-on maintenant que tout se passe par écran interposé). À la fin de la réunion, la petite dame fut volontiers embrassée par son champion et elle allait bien dormir ce soir-là ! Je crois qu’il y a peu de personnalités politiques qui peuvent susciter auprès d’inconnus autant d’attachement …affectif.


La victoire de 1995

Paradoxalement, malgré la campagne pénible de 1988, j’ai été très heureux, le soir du dimanche 7 mai 1995, d’apprendre son élection à la Présidence de la République. Alors que depuis 1974, il avait été dans la peau du "traître" (contre Jacques Chaban-Delmas, contre Valéry Giscard d’Estaing, contre Raymond Barre), il se retrouvait a contrario dans la position de l’arroseur arrosé, "trahi" par son ami de trente ans Édouard Balladur qui avait obtenu Matignon sur la promesse de ne pas être candidat à l’Élysée. Il faut ajouter que, jusqu’à maintenant, ce fut la seule élection présidentielle où le candidat pour qui j’ai voté au premier tour a gagné au second.

Il faut dire qu’il n’y avait eu aucun candidat centriste, et je ne voulais en aucun prix Édouard Balladur qui aurait rajouté de la distance entre gouvernants et gouvernés, tandis que le thème de la fracture sociale, développé par Jacques Chirac et inspiré par Philippe Séguin, si je savais qu’il était assez hypocrite, sonnait quand même assez juste pour l’époque, ou plutôt, entrait en résonance avec son peuple. Ce n’est pas un hasard si la jeunesse, parfois de gauche (ce qui m’avait étonné) s’était portée vers son nom. La mémoire collective est souvent courte.

Pourtant, je me souviens bien de la haine qu’avait inspirée la candidature de Jacques Chirac à de nombreux parlementaires centristes pendant la campagne de 1995. Je me rappelle ce sénateur centriste du Vercors qui avait fermement soutenu Édouard Balladur (très haut dans les sondages de popularité), candidat de substitution de l’UDF, car "Chirac, on n’en veut plus !". C’est ce même élu qui n’a pas hésité une seconde à soutenir dès le premier tour la candidature du même Chirac à sa réélection en 2002, malgré la candidature d’un centriste, et à déserter les rangs centristes en se précipitant un peu rapidement à l’UMP…


Après lui…

Le 20 février 2007, je brossais un rapide bilan des douze années de la Présidence de Jacques Chirac. À l’époque, il était très impopulaire. Il a attendu longtemps avant de confirmer qu’il ne serait pas candidat mais personne ne doutait, surtout pas son successeur déjà en piste, Nicolas Sarkozy. Jacques Chirac avait "perdu la main" avec la campagne référendaire sur le Traité constitutionnel européen en mai 2005, allant jusqu’à dire, en substance : "Vous, les jeunes, je ne vous comprends pas !" ; effectivement, il n’était plus en résonance, et trois mois plus tard, son accident vasculaire cérébral l’a mis rapidement hors du jeu politique.

Il a raté sa sortie. Il avait d’abord misé sur "le meilleur d’entre nous", Alain Juppé, mais ce dernier a chuté en 2004 avec les affaires judiciaires de Paris. Il a cherché à placer le remplaçant, Dominique de Villepin, dont l’esprit était en dehors des méthodes politiciennes. Finalement, c’est l’enfant terrible, celui en qui il a beaucoup cru entre 1988 et 1993 et qui l’a "trahi" à ses yeux pour un balladurisme de carrière, Nicolas Sarkozy, qui a repris le flambeau. Depuis le 18 novembre 2012, on attend le prochain titulaire de l'héritage.


Converti à l’Europe

Sa carrière politique a terminé finalement sur le Traité constitutionnel européen. Contre l’adhésion de l’Espagne et du Portugal en 1986, il a finalement conduit l’adhésion de toute l’Europe centrale et orientale (au 1er mai 2004). Basant sa campagne présidentielle de 1988 sur l’Acte unique européen (marché unique), il a fait le choix de Maastricht (alors que son parti, le RPR, était divisé).

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Parmi les idées les plus "folles" qu’il n’a pas réussi à réaliser, il y avait cette citoyenneté franco-allemande qu’il avait audacieusement proposée au Chancelier allemand Gerhard Schröder à Versailles le 22 janvier 2003 à l’occasion du quarantième anniversaire du Traité de Paris sur la réconciliation et l’amitié franco-allemandes (François Hollande va bientôt fêter le cinquantenaire) : « Ce matin, nous avons tenu un Conseil des ministres commun. Ministres allemands et français ont présenté ensemble l’état de la coopération dans leurs domaines respectifs et leurs projets pour l’avenir. Nous leur avons donné une "feuille de route" fixant les objectifs à atteindre. (…) Notre rassemblement revêt une importance toute particulière. Par votre présence ici, vous marquez la participation indispensable du législateur dans notre relation car c’est sa responsabilité que de forger un véritable espace de citoyenneté franco-allemand. Grâce à vous, et par l’action étroitement coordonnée que vous avez décidé de poursuivre, nos deux pays vont se sentir encore plus proches, dans leur vie quotidienne, dans la profondeur de nos sociétés que les lois façonnent et accompagnent. À travers nos lois, faisons de l’Allemagne et de la France une vraie communauté de droit, protectrice et fraternelle ! ».

Un engagement européen qui fut à l’opposé de son fameux (et fumeux) appel de Cochin du 6 décembre 1978 qu’il terminait ainsi : « Nous disons non à une Europe vassale dans un empire de marchands, non à une France qui démissionne aujourd’hui pour s’effacer demain… Comme toujours lorsqu’il s’agit de l’abaissement de la France, le parti de l’étranger est à l’œuvre avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne l’écoutez pas ! C’est l’engourdissement qui précède la paix de la mort. Mais, comme toujours lorsqu’il s’agit de l’honneur de la France, partout des hommes vont se lever pour combattre les partisans du renoncement et les auxiliaires de la décadence. Avec gravité et résolution, je vous appelle au grand rassemblement de l’espérance, à un nouveau combat, celui pour la France de toujours et la France de demain ! ». C’était il y a trente-quatre ans, et il venait d'avoir 46 ans.

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Happy birthday !

Jacques Chirac, tout au long de son existence, a vécu pour la politique, dès 1962 auprès de son mentor Pompidou, pendant quarante-cinq ans. Il a été ministre sous tous ses prédécesseurs de la Ve République. D’un tempérament fougueux, il a fini par laisser une marque de sagesse avec ses positions prudentes et nuancées durant ses deux mandats. Maintenant que ses affaires judiciaires ont été conclues, je lui souhaite de poursuivre une retraite méritée avec la meilleure santé possible. Bon anniversaire Monsieur Chirac !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 novembre 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Chirac fut-il un grand Président ?
Une fondation en guise de retraite.
L’héritier du gaulllisme.
…et du pompidolisme.
Son bébé.

blogChiracPortraitOfficiel1995
 


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4 réactions à cet article    


  • bel95 29 novembre 2012 11:43

    Vous oublier l’esprit d’indépendance, à l’époque du 11/09 dire Non au US n’est pas à la portée de n’importe qui !!!


    • njama njama 29 novembre 2012 17:37

      Je ne pourrais jamais m’empêcher de penser que la dissolution de l’Assemblée en 1997, n’avait d’autre objectif que de faire coïncider le calendrier des législatives avec celui des présidentielles ... de 2002.
      La question est qu’en 1997 ... il était difficile d’y penser, on cherchait des explications à portée de mains sans voir aussi loin.

       « J’ai acquis la conviction qu’il faut redonner la parole à notre peuple... nous avons besoin d’une majorité ressourcée » dira-t-il ...
      http://www.youtube.com/watch?v=RmPCePzLr4Y

      Il n’y avait rien de vraiment crédible dans son message aux français, c’était très inconsistant. Certes Juppé n’était pas très populaire, mais entre remplacer un premier ministre, voir changer quelques membres du Gouvernement, et dissoudre l’Assemblée ... il y a un gouffre ! et comme un abus de pouvoir, car en dehors de l’impopularité d’une politique en cours rien de périlleux dans la politiques française ne justifiait une telle mesure ... censée être tout à fait exceptionnelle !

      D’autant plus que la Droite disposait d’une majorité écrasante à l’Assemblée nationale !
      Dixième législature (1993-1997)

      Décision qui provoquera la déroute de la droite :
      Onzième législature (1997-2002)

      La décision du quinquennat entrant en vigueur en 2002 finira de parfaire la « présidentialisation du régime » ... et d’enterrer les fondements de la V° république qui prévoyaient de séparer les échéances de l’exécutif et du législatif.
      d’une certaine façon ... on peut dire que Chirac en aura été le fossoyeur, et si ... cela était confirmé, on pourrait parler de forfaiture !


      • joelim joelim 29 novembre 2012 19:24

        Il fut un narcisse inutile qui prépara la place à des monstres bien pires que lui.


        • joelim joelim 29 novembre 2012 19:31

          Actuellement il s’éclate sur des sentiments écologiques dans sa pseudo-fondation alors qu’il n’a strictement rien fait de concret pendant sa vie, à part s’opposer au nazisme étasunien. 


          Cela lui permet de continuer à s’admirer. C’est pitoyable.

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