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Tous en scène

Une démocratie réussie, c’est tout le monde en scène, personne dans les coulisses, des citoyens acteurs.
Avec notre président de la République, rien ne doit être pris à la légère, tout fait sens puisqu’à l’évidence il s’évertue, depuis qu’il est élu, à briser net la frontière qui traditionnellement sépare l’être intime du responsable politique. Je ne prétends en aucun cas discuter de ce choix, mais interroger notre présent pour savoir s’il a substantiellement modifié la donne publique. J’ai d’autant moins envie de m’attacher au détail d’une relation, sur laquelle on a déjà beaucoup glosé, qu’en dépit des apparences nous disposons de très peu d’éléments pour nous forger une opinion, à supposer que celle-ci importe. Si notre seule source est de nous retrouver coincés entre Jacques Séguéla et Thierry Saussez - l’un en amont et l’autre en aval -, il est clair que le silence est préférable.

Le régime représentatif nous incite à donner mandat aux élus, en vertu du principe de la souveraineté nationale, de décider en notre nom. Il me semble que la pureté théorique de ce système a déjà été altérée par l’élection du président de la République au suffrage universel qui confie à ce dernier, qu’on l’admette ou non et quel qu’ait été le style des dirigeants sous la Ve République, un pouvoir qui va bien au-delà de la mise en oeuvre du programme généralement flou que le peuple semble avaliser. Celui-ci remet au président les rênes d’un pays qui sera gouverné, malgré le contrôle parlementaire reconnu par tous comme insuffisant, avec une infinie latitude. Cela a été beaucoup dit : on vote pour un homme ou une femme, guère pour un projet. Il n’empêche que cette alliance entre un "monarque" présidentiel et une démocratie représentative, même imparfaite, n’a vocation à satisfaire les citoyens, qui ne voudraient pas avoir délégué en quelque sorte dans le vide, que si le chef d’Etat réserve sa personnalité publique à la société, laissant celle-ci, par l’entremise des députés et des sénateurs ou directement lors des élections, dire son mot. Seul un champ politique exactement défini permet aux rouages démocratiques de fonctionner selon les critères classiques.

A l’évidence, nous ne nous situons plus dans une telle épure.

D’une part, la personnalisation présidentielle a atteint un degré inusité qui résulte de la synthèse efficacement élaborée entre l’omniprésence d’un homme et l’universalité de son action, l’effacement relatif d’un gouvernement et l’émergence médiatique de ses collaborateurs proches et choisis. J’ajoute que la volonté de Nicolas Sarkozy de rendre tout politique - y compris les manifestations publiques ou médiatisées de moments traditionnellement préservés : notamment, pour ne pas évoquer Disneyland, les dîners clôturant les matchs de la Coupe du monde de rugby - amplifie cette subjectivation du pouvoir et n’est pas loin de souhaiter présenter à l’ensemble de la communauté nationale un leader sous toutes ses coutures privées et officielles. Ce n’est pas soutenir, ce qui serait absurde, que la démocratie festive a remplacé la démocratie représentative ou que le strass est destiné à pallier le stress de beaucoup. C’est avancer seulement que le changement de nature et de rythme de la fonction présidentielle ne peut qu’avoir des incidences sensibles sur le cours ordinaire de l’Etat et du rapport que celui-ci entretient avec les citoyens.

Cette personnalisation, mouvement sans doute inéluctable développé par le tempérament propre de notre président, loin d’induire un désinvestissement des électeurs et un abandon de la souveraineté du peuple, doit s’accorder, paradoxalement, avec le désir de celui-ci d’être aussi le bénéficiaire de cette évolution. Ainsi, le président s’engage à tenir ses promesses programmatiques et il se veut naturellement le président de tous les Français. Mais, aujourd’hui, comme plus rien de lui ne nous est dissimulé et que tous ses rôles : responsable politique, père, fils, beau-père, ami, sportif, fan, amoureux, viennent sans cesse à notre rencontre pour nous interpeller, il ne peut plus seulement s’engager, il nous engage par la représentation globale qu’il ou qu’on donne de lui et nous sommes donc fondés à réclamer un élargissement du caractère représentatif du régime. Si le président s’immisce dans toutes les tâches et missions et s’il abolit, en lui-même, pour une société qui s’y habitue, la distinction entre le secret et le révélé, les citoyens ne peuvent que refuser de restaurer, dans leur appréciation, un hiatus évanoui. Aussi, il n’est pas normal de reprocher à la société sa curiosité pour des scènes de vie qui hier étaient clandestines, en tout cas jamais affichées, puisque l’actualité manifeste que l’impérium du citoyen et de son jugement a non seulement le droit, mais le devoir de s’attacher à la personne dans son ensemble. Pourrait-il d’ailleurs faire autrement, aujourd’hui ?

Contrairement à ce qu’on croit donc, le tour de force de notre démocratie sera de tenir les deux bouts de la chaîne publique. Inconcevable de revenir sur une conception présidentielle qui fait de l’homme politique élu au suffrage universel le centre d’une société, son inspiration ou sa répulsion. Seul en scène, par conséquent. C’est inévitable. Mais impossible, dans cette période, de prétendre enfermer le peuple dans un statut qui ne correspond plus à la situation. Nous sommes représentés, mais on nous représente. Tous les Français du président, en quelque sorte. Les citoyens jugent tout et de tout, ils sont jugés aussi.

Seul en scène et tous en scène, en même temps. Si cette contradiction est résolue pour le plus grand bien de la République, 2008 sera une belle et grande année.


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20 réactions à cet article    


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 19 décembre 2007 12:12

    Oui, « le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt », dit le proverbe chinois.

    Mais en l’éspèce, il semble qu’il y ait un renversement optique, dans cette histoire de prisme et de « petit bout de la lorgnette ». C’est plutot celui qui devrait étre le sage qui, tel l’imbécile, nous dit de regarder le doigt.

    Mais nous sommes -encore - libres de regarder la lune, ou à tout le moins de la chercher.....


    • La Taverne des Poètes 23 décembre 2007 11:43

      Il existe un autre proverbe, qui n’a rien de chinois, qui dit « Avec Sarkozy ,regarde toujours le doigt car tu ne sais pas où il peut te le mettre... »


    • tvargentine.com lerma 19 décembre 2007 13:27

      Vous dites « Cela a été beaucoup dit : on vote pour un homme ou une femme, guère pour un projet »

      Je ne l’ai jamais entendu mais c’est la meilleure façon de lancer une rumeur.

      NOTA : (La question de l’on se pose souvent est de savoir comment est lancé une rumeur !)

      Voila l’exemple type de la manière d’utiliser les mots et de manière subliminale,de lancer une rumeur,puique cet article est repris par Yahoo !

      Ensuite,oui les français votent sur un projet et non sur un produit de marketing comme l’aura été Me ROYAL et comme le représente aussi Mr Le Maire de Paris avec ses Paris-Plages et ses paillettes.


      • ZEN ZEN 19 décembre 2007 13:53

        « la personnalisation présidentielle a atteint un degré inusité qui résulte de la synthèse efficacement élaborée entre l’omniprésence d’un homme et l’universalité de son action, l’effacement relatif d’un gouvernement et l’émergence médiatique de ses collaborateurs proches et choisis. »

        Un discours entre-deux, qui ne va pas au bout de sa logique (suggérée)..., qui enrobe une critique évidente dans une phraséologie ambivalente. Fonction oblige ?...


        • Marsupilami Marsupilami 19 décembre 2007 14:21

          Ouaf ! Qu’en termes feutrés fourrés de litotes tout cela est dit. Je traduis en langage clair : Bilger commence à flipper comme une bête en se rendant compte qu’il a voté pour un suractif et suraffectif omniprincidant bling-bling et 2008 ça va être une année Louis de Funès grandiose dans une République semblable à une 2CV qui explose. Putain, 5 ans ça va être long s’il n’y a pas d’empeachment pour raisons psychiatriques, surtout une fois que Carla l’aura cocufié puis largué pour une rock-star aussi défoncée à la coke que Khadafi...


          • Vilain petit canard Vilain petit canard 19 décembre 2007 17:25

            Merci marsu, plus la peine que je fasse un résumé...


          • ZEN ZEN 19 décembre 2007 14:53

            Une nov’langue est née :

            Le bilgerien...


            • Parpaillot Parpaillot 19 décembre 2007 18:43

              Tous en scène ... Oui, mais avec un seul acteur et surtout beaucoup de figurants, machinistes, maquilleuses, costumiers, décorateurs ... Dans la fosse d’orchestre, tous les laissés-pour-compte, les soutiers de la République, tel un inventaire à la Prévert, jouent leur partition ...

              La promotion a bien travaillé, la salle est pleine, le public en haleine, la mise en scène a été soignée, et comme Noël approche, la pièce s’intitule « Le dindon de la farce ». Mais au fait, le scénario est-il écrit dans son intégralité ? Presque, il ne manque que le dernier acte en forme d’épilogue qui pourrait s’intituler « Si vous aimez Saint-Nicolas, faudrait pas croire au Père Noël ... »

              Chut ... Je vous laisse car j’entends frapper les trois coups !


              • adeline 19 décembre 2007 18:54

                Msr Bliger je vous ecoute sur europe1 cé bien vous etes au top merci de votre présence ici


                • Crapulox 23 décembre 2007 20:33

                  Faut il que vous soyez assez naze pour penser que M. l’Avocat Général à la 1° section de la Cour d’Assises de Paris vous lit ou vous écoute !

                  S’il devait gêrer tous les posts qu’il génère devant l’écran de son ordinateur, il serait mort depuis longtemps !

                  Non Madame, les BILGER c’est une société anonyme :

                  Mentions légales

                  * Directeur de la publication : Pierre Bilger * SixApart sa 104 avenue du Président Kennedy 75116 PARIS

                  Mentions légales

                  * Directeur de la publication : Philippe Bilger SixApart sa 104 avenue du Président Kennedy 75116 PARIS

                  Continuez à vous pâmer, il doit bien rigoler « l’écrivain » !


                • Marc P 19 décembre 2007 21:26

                  Comment ils l’ont appelée ?...

                  la droite décomplexée, déshinibée, bientôt déshabillée, délurée, mais pas désargentée...

                  20 000, 40 000 ? 80 000 euros ? Quel sens éthique, économique, politique, en tous cas pathétique derrière tout ça... ? En voilà des mickeys qui travaillent plus pour gagner plus...

                  Mais chut... Ca ne nous regarde pas.... Qu’est ce que ca peut bien nous faire...

                  Sarko dénigre publiquement le précepte : « connaîs-toi toi-même », il doit se trouver insondable, mais s’il atterrit un jour... ce sera pire qu’une gueule de bois...

                  Ca donne le blues... Marc P


                  • Marc P 19 décembre 2007 21:28

                    désinhibée pardon... 1 2 3 4 5 6


                  • brieli67 19 décembre 2007 23:49

                    voila Michou qui tire de sa grenaille sur la marmaille qui entoure Sonny DOLL

                    2oo8 l’année BILGER ! Sarkonarko adooooooooooooore les atrabilaires qui ferraillent ! Dans quelques semaines vous serez libéré de votre poste ... C’est ce que vous voulez non ?

                    Vous rongez le mors....

                    aLLEZ ALLEZ à brides abattues : « La liberté pour le cheval, c’est le galop....


                    • Fergus fergus 22 décembre 2007 11:55

                      Depuis son élection, Sarkozy me fait l’effet d’un adolescent narcissique qui, pour parler trivialement, « ne se sent plus pisser » de jouer dans la cour des grands. Grisé par la présidence, il en fait des tonnes, au point de diluer la dignité de sa fonction dans une approche show-biz permanente, caractérisée par les paillettes, le luxe tapageur et l’affichage avec des pipoles dont la proximité avec le chef d’Etat est pour le moins surprenante, à l’image de Jean-Marie Bigard, curieux mélange de bigot et de pornographe. Autre caractéristique de Sarkozy, cette manie qu’il a de toujours tripoter, à un moment ou à un autre, ses interlocuteurs, y compris le pape, Bush ou Poutine. Sans doute pour montrer, consciemment ou pas, qu’il s’est hissé à leur niveau et fait partie des maîtres du monde. Mais je ne suis pas psychanalyste et ce constat n’engage que moi. Il n’en est pas moins partagé par nombre des personnes qui m’entourent, y compris de droite, et qui assistent avec effarement au délirant brouillage de la chose politique par les futilités et les gamineries imposées par un président plus berlusconien que Berlusconi lui-même.


                      • Fergus fergus 22 décembre 2007 11:56

                        Depuis son élection, Sarkozy me fait l’effet d’un adolescent narcissique qui, pour parler trivialement, « ne se sent plus pisser » de jouer dans la cour des grands. Grisé par la présidence, il en fait des tonnes, au point de diluer la dignité de sa fonction dans une approche show-biz permanente, caractérisée par les paillettes, le luxe tapageur et l’affichage avec des pipoles dont la proximité avec le chef d’Etat est pour le moins surprenante, à l’image de Jean-Marie Bigard, curieux mélange de bigot et de pornographe.

                        Autre caractéristique de Sarkozy, cette manie qu’il a de toujours tripoter, à un moment ou à un autre, ses interlocuteurs, y compris le pape, Bush ou Poutine. Sans doute pour montrer, consciemment ou pas, qu’il s’est hissé à leur niveau et fait partie des maîtres du monde. Mais je ne suis pas psychanalyste et ce constat n’engage que moi. Il n’en est pas moins partagé par nombre des personnes qui m’entourent, y compris de droite, et qui assistent avec effarement au délirant brouillage de la chose politique par les futilités et les gamineries imposées par un président plus berlusconien que Berlusconi lui-même.


                      • Philippe Bilger Philippe Bilger 22 décembre 2007 13:17

                        Vous faites une très bonne analyse de comportement.


                      • Crapulox 23 décembre 2007 20:39

                        Sans aucune ponctuation à la fin, c’est donc une affirmation. Attention M. l’Avocat Général, vos amis pourraient vous la reprocher.


                      • Chem ASSAYAG Chem ASSAYAG 23 décembre 2007 10:59

                        Monsieur Bilger,

                        on vous a connu plus clair (dans le fond et la forme) sur vos engagements et points de vue. Quant à votre optimisme final il me paraît avant tout dicté patr la période des voeux !

                        Cordialement,


                        • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 23 décembre 2007 18:24

                          Excellent article : vous êtes mieux inspiré par ce thème que par le cas Bedos.

                          La question est bien de savoir quelle place les citoyens doivent avoir dans le procédure de la représentation politique : celle de spectateurs permanents et d’électeurs ponctuels ou d’acteurs permanents des décisions prises.

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