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Accueil du site > Actualités > Politique > Umberto Bossi et son Cavaliere

Umberto Bossi et son Cavaliere

Silvio Berlusconi est donc sorti indemne de son passage de ces 21 et 22 juin 2011 devant les assemblées parlementaires. Mieux : d’un point de vue strictement arithmétique, le vote intervenu ce mardi sur un projet de loi visant à favoriser le développement économique a consolidé la majorité gouvernementale. Les 317 suffrages recueillis lui permettent en effet de franchir d’une voix le seuil de la majorité absolue. Si l’on tient compte des absences justifiées parmi les votants, un tel score n’avait plus été atteint depuis le schisme de Gianfranco Fini en décembre 2010. Force est donc de constater que les défaites cinglantes aux récentes élections communales et aux référendums de la semaine dernière (sur le nucléaire, la justice et la privatisation de l’eau) n’ont pas débouché sur un effritement immédiat de l’alliance au pouvoir.


Toutefois, si le résultat semblait acquis depuis plusieurs jours, l’intérêt politique était d’entendre la manière dont Silvio Berlusconi allait répondre, ce mercredi à la Chambre, aux trois ultimatums posés par son allié de la Ligue du Nord. Le gouvernement est en sursis, avait déclaré ce dimanche Umberto Bossi, s’il ne satisfait pas à nos requêtes, nous lui ôterons notre soutien. Quels étaient ces ultimatums ? Le premier, le plus délicat, portait sur la réforme fiscale. Remise sans cesse sur le tapis depuis 1994 et jamais menée à terme, elle constitue la principale revendication de l’allié nordiste. En substance, ces derniers considèrent qu’il y a lieu de délier les cordons de la bourse au plus vite et d’alléger ainsi la pression fiscale afin de soulager le portefeuille des Italiens. Et, dans la foulée, de relancer l’économie par la consommation.
Si cette thèse, populaire au sein de son électorat, est largement partagée par M. Berlusconi lui-même, elle ne rencontre cependant pas les faveurs du tout-puissant ministre de l’économie, Giulio Tremonti, qui doit trouver, pour le prochain exercice budgétaire, une enveloppe de 40 milliards d’euros. M. Tremonti oppose à la requête de la Ligue et de M. Berlusconi la nécessité de maintenir coûte que coûte le cap de la rigueur. Et de respecter les mesures du pacte européen de stabilité. Une réforme fiscale de ce type ne se mène qu’à l’équilibre, n’a-t-il cessé de répéter ces derniers jours. Or, la croissance annuelle est de l’ordre d’1% du PIB et la dette publique se situe à 1.863 milliards d’euro. Deux records négatifs. Par ailleurs, l’agence de notation Moody’s vient d’adresser un second avertissement à l’Italie, avec risque de déclassement, précisément en raison de l’importance de sa dette publique et de celle des principales entreprises d’état. On le voit, la marge de manœuvre du gouvernement en la matière est donc pratiquement inexistante.
Deuxième revendication de la Ligue du nord : le retrait de la mission italienne de Lybie pour des raisons budgétaires et de contrôle des flux migratoires. Selon les hommes de M. Bossi, les budgets consacrés à l’intervention pourraient être utilisés au profit des ménages italiens. De surcroît, toujours selon les nordistes, c’est cette même guerre qui génèrerait les flux migratoires incontrôlés. Problème : la mission de restauration de la paix en Lybie a été votée à une très large majorité par le Parlement italien. Le Président de la République, Giorgio Napolitano, l’a fermement rappelé avant l’intervention du premier ministre à la Chambre. En outre, adoptée pour répondre à une demande du Conseil de Sécurité des Nations Unies, elle fait l’objet d’un plan concerté avec les partenaires européens. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel viennent d’ailleurs de rappeler l’impossibilité d’un abandon de la mission avant son terme. Une fois encore, la marge de manœuvre du gouvernement italien semble donc fortement limitée.


Troisième et dernière condition posée par la Ligue du Nord pour maintenir son soutien à M. Berlusconi : le transfert de plusieurs ministères de Rome vers la Lombardie. La mesure, on le devine aisément, est hautement symbolique dans le chef d’un mouvement à vocation autonomiste. Mais, une fois encore, est-elle réellement praticable ? L’article 114 de la Constitution italienne prévoit que Rome est la capitale de la République. Cette norme tend à garantir l’indivisibilité du pays et, par là-même, confère à la Ville Lumière la qualité irrévocable de siège des organes constitutionnels. C’est sur base de ce principe imprescriptible que des membres éminents de la coalition gouvernementale se sont dressés, dès dimanche, contre la revendication d’Umberto Bossi. Le maire de Rome, soutenu par de nombreux collègues de la majorité, a menacé de d’initier une vaste pétition populaire si le sujet devait être officiellement abordé par le gouvernement.


Dès lors, que conclure ? Que si la victoire arithmétique du gouvernement est incontestable, la gouvernabilité du pays semble quant à elle lourdement hypothéquée. Su ces sujets cruciaux pour sa survie politique, M. Berlusconi s’est contenté – comment faire autrement ? – de généralités, de déclarations de bonnes intentions. L’exécutif est donc clairement en sursis. Le fait est incontestable. Le tout pour la Ligue du Nord est, semble-t-il, de décider du bon moment – le plus porteur électoralement une fois engrangées quelques mesures phares – pour débrancher le respirateur artificiel. Aucune des conditions posées par les nordistes, dont la vocation est désormais de trouver la bonne distance afin d’éviter la spirale du déclin berlusconien, n’est politiquement empruntable. Toutes, de la réforme fiscale au transfert des ministères en passant par le retrait de l’intervention libyenne, semblent autant de messages d’adieu à l’échéance différée. Le compte à rebours est donc lancé. Prochaine étape : le 30 juin : date du renouvellement des fonds pour la mission en Lybie.


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