• vendredi 25 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Politique > UMP - FN : vers un bloc néoconservateur
51%
D'accord avec l'article ?
 
49%
(59 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

UMP - FN : vers un bloc néoconservateur

Dans un article publié sur LeMonde.fr en réponse au débat "Nicolas Sarkozy favorise-t-il la banalisation des idées du FN ?", Olivier Ferrand montre que le scénario d'une alliance entre la droite de gouvernement et la droite populiste, voire de la prise de pouvoir majoritaire par l'extrême droite, a été rendu possible par Nicolas Sarkozy. L'UMP, en se radicalisant, a cherché à siphonner l'électorat du FN. Elle en a aussi banalisé les idées, entrainant la constitution d'un bloc néoconservateur.

À travers toute l’Europe, la crise provoque des fièvres populistes. Les symptômes sont les mêmes : le repli identitaire, le ressentiment social et plus largement la recherche de solutions alternatives face à l’échec des partis de gouvernement – de droite comme de gauche. Les conséquences, aussi : une recomposition violente du paysage électoral.

Lorsque la droite populiste s’élève à un étiage qui la rend incontournable, la droite de gouvernement se radicalise et fait alliance, pour accéder ou demeurer au pouvoir, créant un bloc de nature néo-conservatrice. Le centre-droit, de culture chrétienne-démocrate, fait sécession et rejoint le camp progressiste. C’est typiquement ce qui s’est passé en Italie, où l’alliance Berlusconi-Ligue du Nord-Alliance Nationale a provoqué le basculement à gauche des chrétiens-démocrates, au sein du Parti démocrate.
 
La France pouvait échapper à ce scénario. La politique française, fondée sur la légitimité présidentielle et le fait majoritaire, rend peu probable la nécessité d’une alliance pour gouverner, et inimaginable la prise de pouvoir majoritaire par l’extrême droite. Nicolas Sarkozy l’a pourtant rendu possible. C’est la particularité du cas français : la recomposition électorale n’est pas initiée par l’extrême droite, mais par la droite.
 
Historiquement, avec le gaullisme social de l’UMP et les chrétiens-démocrates de l’UDF, la droite de gouvernement française se positionne au centre-droit de l’échiquier politique. A partir de 2007, Nicolas Sarkozy rompt avec ce positionnement historique et radicalise son camp.
 
Le sarkozysme met en œuvre une rupture anti-humaniste. Elle se caractérise par la recherche systématique de coupables, de boucs émissaires à désigner à la vindicte populaire. Il y a toujours les bons citoyens à protéger et les mauvais à bannir hors de la communauté nationale – les immigrés, les musulmans, la racaille de banlieue, les délinquants, les assistés, les fonctionnaires privilégiés…
 
Cet anti-humanisme se déploie dans le débat sur l’identité nationale. Il défend une vision régressive de la nation, figée sur l’identité fantasmée du passé, à tentation ethnique (blanche), à coup sûr culturaliste (religieuse, les racines chrétiennes). Une identité fermée, qui exclut les générations de Français d’immigration récente, considérés comme des étrangers sur leur propre sol.
 
Une telle rupture se retrouve aussi dans la politique d’immigration, de plus en plus brutale. « Rafles » policières de sans-papiers, jusqu’aux enfants dans les écoles ; délit de solidarité ; expulsions de réfugiés politiques vers l’Afghanistan ; climat de soupçon dans les préfectures ; chasse aux Roms… L’exemple du Calaisis, qui concerne les demandeurs d’asile en transit vers l’Afghanistan, est édifiant : fermeture du centre d’hébergement d’urgence de Sangatte, démantèlement des campements de fortune de la « jungle », jusqu’à la condamnation à l’errance. Une chute de Charybde en Scylla.
 
La politique pénale subit le même processus de radicalisation. Le champ des « criminels », des « monstres » s’élargit toujours plus. La répression s’intensifie. La politique de « castration chimique » pour les pédophiles est emblématique. Jusqu’à l’évocation inouïe par Michèle Alliot-Marie de la castration physique – une mutilation d’Etat, une vision de la France digne d’Orange Mécanique. Même la peine de mort n’est plus taboue.
 
Les dérapages verbaux, autrefois apanage du Front national, se multiplient au sein de la majorité. Des « Auvergnats » (« Quand il y en a un ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ») jusqu’à « la France n’est plus la France », en passant par les musulmans qui doivent se montrer « discrets » ou « remettons-les dans les bateaux », la frontière entre l’UMP et l’extrême droite devient floue. Au point que l’hebdomadaire Newsweek, en octobre dernier, choisit Nicolas Sarkozy pour illustrer sa « une » sur la montée de l’extrême droite en Europe.
 
La radicalisation de l’UMP obéit à un pari stratégique : la volonté de siphonner l’électorat du FN. Ce pari est couronné de succès en 2007 mais ne s’avère pas pérenne. Le sarkozysme ne parvient pas à fidéliser les voix du FN. C’est que le rapport de forces s’est inversé : Nicolas Sarkozy, au zénith de sa popularité en 2007, n’est plus crédible aujourd’hui ; le FN, affaibli à l’époque par un vieux leader en fin de carrière, est dynamisé par une Marine Le Pen moderne et charismatique.
 
Après la radicalisation de l’UMP, on assiste maintenant à la deuxième étape : la banalisation d’un Front national « new look », qui se débarrasse de ses oripeaux infréquentables, antisémites, nostalgiques de Vichy, aux relents néo-nazis, et qui – lui – ne dérape plus. Le FN sort de son ghetto protestataire pour muer en un parti de droite nationale, qui aspire à gouverner, sur le modèle de l’Alliance nationale en Italie. « Donnez-nous les manettes », clame désormais Marine Le Pen.
 
La dernière étape est déjà écrite : la constitution d’un bloc néoconservateur, entre une UMP droitisée et un FN dédiabolisé. Cette jonction n’est pas pour tout de suite, encore qu’on en voit de nombreux signes annonciateurs, dont le rejet du front républicain au profit du « ni-ni ». Mais le « big bang » politique est lancé.
par Terra Nova (son site) mercredi 6 avril 2011 - 79 réactions
yahoo
51%
D'accord avec l'article ?
 
49%
(59 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par armand (xxx.xxx.xxx.83) 6 avril 2011 11:56
    armand

    Raisonnement des plus simplistes : depuis quand le besoin tout naturel de toute communauté de se défendre contre l’importation massive de groupes allogènes de dehors ou contre la criminalité à l’intérieur constitue-t-il un manquement à l’humanisme ?
    Il faudrait compléter le tableau par la défense contre la mondialisation incontrôlée et l’agression des capitaux apatrides - pour cela on ne peut évidemment pas faire confiance à l’UMP. Ni au PS d’ailleurs, dont le projet de société évite soigneusement tout recours à la souveraineté nationale en invoquant systématiquement une Europe impuissante, composée de nations aux intérêts souvent opposés ;

  • Par Christian Navis (xxx.xxx.xxx.161) 6 avril 2011 10:50
    Christian Navis

    Terra Nova, je suis d’accord sur le fait que le petit Nicolas risque fort d’être "l’arroseur arrosé" mais ce que vous qualifiez de "constitution d’un bloc néoconservateur" appelle 3 critiques :

    1/ Cette constitution, si elle a lieu, ne serait qu’un retour aux sources. Comme l’a rappelé une récente vidéo exhumée des archives, il y a 20 ans le RPR avait des positions plus radicales que le FN aujourd’hui sur la nationalité, l’immigration, la sécurité...

    2/ Je ne suis pas sûr que le terme néoconservateur convienne. Vous notez les changements au FN mais vous semblez souscrire à l’analyse de l’idéologie dominante dans les média qui ne veut y voir qu’un simple ripolinage. Or, la réactualisation des thèmes du gaulisme social et la prise en compte des besoins des moins favorisés me semble être plus qu’une simple manoeuvre tactique du FN pour élargir son électorat.
    J’irai même jusqu’à dire que c’est l’évolution sociologique de son électorat qui l’a conduit à de nouvelles thématiques, modifiant de fond en comble son corpus idéologique. D’où la difficulté actuelle à le pérenniser dans une doctrine économique car rien n’est figé en la matière et le pragmatisme est de rigueur.

    3/ Si une droite rénovée émerge avec de nouvelles structures, je crois que le FN n’en sera pas une force d’appoint comme la ligue en Italie. Parce que Marine n’est pas motivée à jouer les doublures kleenex en échange d’un strapontin, avec le risque de perdre toute crédibilité au sein de son propre parti.
    Par contre, l’évolution de notre société déstructurée au plan économique, déséquilibrée au plan ethnique et culturel, et désenchantée par les scandales politiques, pourrait conduire à un scénario semblable à celui du PC + PS naguère.
    Le premier à 20% espérait phagocyter le second à 5% et c’est l’inverse qui s’est produit du fait de la dynamique sociale. A droite aujourd’hui, la défaite de Sarkozy et le sauve-qui-peut aux législatives pourrait induire la dynamique nécessaire à une recomposition des droites. Et tel serait pris qui croyait prendre.

  • Par leypanou (xxx.xxx.xxx.88) 6 avril 2011 11:32

    "À travers toute l’Europe, la crise provoque des fièvres populistes" : la crise provoque des fièvres populistes car les partis que soutient directement ou indirectement Terra Nova sont incapables de s’opposer à l’idéologie néo-libérale mondiale avec leurs propositions. Pire, ils l’accompagnent pour la rendre "plus acceptable", cf la fameuse troisième voie de Tony Blair qui n’a pas empêché son parti d’être chassé du pouvoir ou la course vers le centre de Romano Prodi en Italie qui n’a pas empêché Silvio Berlusconi de revenir au pouvoir et de gagner élection après élection. Sous couvert de pragmatisme, de recherche d’efficacité ou autre escroquerie de modernité chère à une gauche "moderne", les partis de gauche dits "de gouvernement" n’ont plus la confiance du peuple pour régler leurs problèmes. Il n’y a qu’à regarder le programme du PS pour s’en rendre compte, tout en lisant bien entre les mots bien sûr.

  • Par LE CHAT (xxx.xxx.xxx.148) 6 avril 2011 11:39
    LE CHAT

    comme dit Christian Navis , c’est plutôt un retour aux sources , car le général De Gaulle aurait beaucoup plus sa place au FN souverainiste qu’à cet UMP aux ordres de la finance mondialisée ! quelques citations ....

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox