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Accueil du site > Actualités > Politique > Un atlantiste pur et dur nommé à la direction des affaires stratégiques : (...)

Un atlantiste pur et dur nommé à la direction des affaires stratégiques : La continuation de la ligne stratégique sarkozyste en vue

Nommé aujourd'hui en Conseil des Ministres, Philippe Errera se voit confier le poste de directeur chargé des affaires stratégiques au sein de la délégation des affaires stratégiques. Issu d'une "lignée" de diplomates alignés sur le mouvement néo-conservateur américain, il ne représentera pas une inflexion dans la ligne stratégique française, au contraire, dans un contexte de réforme de la gouvernance du Quai d'Orsay.

  • Cette délégation vient en appui, selon son organigramme sur le site du ministère de la Défense, "au ministre en charge des armées sur les questions de prospective liées à l'ensemble des domaines stratégiques de la défense. Elle est, notamment, chargée d’analyser les développements de la situation nationale et internationale touchant la sécurité, d’anticiper les risques de crises, ou de contribuer à l'élaboration des positions françaises dans les négociations internationales et les actions de coopération intéressant la défense. Son organisation reflète l'étendue de son domaine de compétence et la transversalité de ses missions".
  • La double mission d'analyse et de conseil rend son rôle majeur surtout au vu des troubles au Moyen-Orient, de la situation en Afrique, des tensions nées avec l'Amérique du Sud suite à l'affaire de l'avion d'Evo Morales, des relations américano-russes, des futures négociations avec l'Iran etc etc... C'est la position de la diplomatie française tout comme ses implications opérationnelles et stratégiques qui dépend pour une grande part de la délégation aux affaires stratégiques. On comprend donc l'importance du poste de son directeur.

A partir d'août c'est donc Philippe Errera qui assurera ce poste, quelques éléments de biographie permettront de mieux cerner le personnage :

1. Extrait de sa fiche biographique sur le site de l'OTAN dont il a été le représentant français permanent de 2011 à 2013 (son opinion sur le retour de la France dans l'OTAN est donc assez claire). Une biographie plus détaillée est disponible via le site français.
- Il est diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris et ancien élève de 1'Ecole nationale d'administration (1996).
- Philippe Errera a commencé sa carrière au Ministère des affaires étrangères au Service de la politique étrangère et de sécurité commune (1996).
- Il a servi en poste à Washington, D.C. comme diplomate d'échange au Département d'Etat (Direction des affaires européennes, 1998-99) puis conseiller pour les affaires politico-militaires à l'Ambassade de France (1999-2003).
- Auparavant, il a occupé les fonctions de sous-directeur du désarmement et de la non-prolifération nucléaires (2006-2007) et directeur adjoint du Centre d'analyse et de prévision (2003-2006).
- Philippe Errera a été directeur de cabinet (2009-2010) et, précédemment, conseiller pour les affaires stratégiques et multilatérales (2007-2009) du Ministre des affaires étrangères et européennes.

2. Il est le fils de Gérard Errera autre diplomate français qui est passé également à la représentation permanente de l'OTAN, par Washington, Londres et le consulat de San Francisco. Errera père est décrit comme "plus briton que les britons" (source en fin d'article) par certains collaborateurs, il est secrétaire général du Quai d'Orsay sous la période Kouchner-Sarkozy à la période ou la France se rapprochement ostensiblement des USA, de l'OTAN et d'un certain courant néo conservateur américain. Gérard Errera est un ancien collaborateur et a été sous la direction de Gérard Araud à l'époque où celui ci était à l'OTAN. Araud a également exercé à l'OTAN, Washington et Tel-Aviv. Il a eu des positions réellement très proches de celles des néo-conservateurs américains sous la présidence Bush.

3. Philippe Errera a travaillé directement et indirectement, via ses relations de travail et son père, et de longue date avec celui qui sera en août son prédécesseur, le diplomate Michel Miraillet, qui a longtemps cotoyé Araud à Tel-Aviv (entre 2000 et 2003). Miraillet s'est fait remarqué en interne pour avoir soutenu des interventions militaires interarmées contre la Syrie, l'Iran et le Hezbollah libanais (tout ceci antérieurement à 2009). Dans l'article de Bakchich.info il est mentionné que Philippe Errera qu'il citerait souvent l'historien Bernard Lewis connu pour ses prises de positions engagées (mais cela n'est pas vérifiable à mon niveau). Cela est évoqué dans un article de René Naba et repris sur mondialisation.ca qui sans être évidemment neutre reprend cela en note de bas de page pour parler de la "désarabisation" du Quai D'Orsay en 2008 : " Sous l’autorité de Bernard Kouchner, transfuge socialiste de l’atlantisme néo-conservateur américain, Gérard Araud, ancien ambassadeur à Tel-Aviv de 2003 à 2006, passe pour être l’artisan du virage pro israélien de la diplomatie française en tandem avec son supérieur hiérarchique, Gérard Errara, ancien ambassadeur représentant permanent de la France à l’OTAN à Bruxelles (1995-1998) et ancien ambassadeur à Londres (2002-2007) sous la primature de Tony Blair, « Le caniche anglais de Bush ». Leur postulat repose sur l’idée que le monde arabe est sans influence sur les relations internationales. Ils sont secondés par Philippe Errera, fils de Gérard et énarque comme lui, un admirateur de l’historien Bernard Lewis, un des idéologues des néo conservateurs américains, ainsi que par Michel Miraillet (ministère de la défense), Thérèse Delpuech (commissariat à l’énergie atomique) et Bruno Tertrais (Fondation de la Recherche Stratégique) et Erik Chevalier, porte-parole du Quai D’orsay, proposé par la France pour être le prochain ambassadeur de France en Syrie.".

  • Quelques informations supplémentaires issues d'un article récent de l'Opinion  : "A la DAS, Philippe Errera sera au coeur de la réforme de la gouvernance du ministère. D'ici à la fin de l'année, la fonction internationale sera regroupée au sein de ce qui pourrait s'appeler la Direction générale internationale et stratégique (DGIS) du ministère de la Défense, dont Philippe Errera pourrait être le premier titulaire. Cette direction, comparable à la DGSIC (systemes d'information et de communication) coordonnera les activités de la sous-chefferie RI de l'EMA [État-Major des Armées], de la Direction du développement international de la DGA et de la DAS." (Ceci dans le but de faire des économies). Son rôle en sera d'autant plus important.
  • Quelques informations supplémentaires issues d'un de ses articles "La crise nucléaire iranienne" en 2005 (je crois) laisse également transparaître quelques a priori stratégiques : "Le jour pourrait venir en effet où nous ne pourrions plus avoir à choisir qu’entre de très mauvaises options, la moins mauvaise d’entre elles étant l’option militaire, préférable malgré tout à l’accession au rang de puissance nucléaire de facto d’un Iran constituant une menace pour ses voisins et pour nous-mêmes. S’imaginer qu’un Etat responsable puisse se défausser aisément d’un tel choix sur les Etats-Unis ou sur Israël relève non seulement de la lâcheté, mais de l’illusion : l’inaction du Conseil de sécurité des Nations Unies en pareil cas consacrerait la faillite du système de sécurité collective mis en place après la Seconde Guerre mondiale, au moment même où un effort sans précédent est lancé pour le rénover face aux nouvelles menaces" (dernière page).

Pour plus d'informations sur les derniers mouvements et la tendance des "néo-conservateurs" au Quai d'Orsay je renvoie à cet article de 2009 de Bakchich.info.

Conclusion  : Le remaniement de la gouvernance du Quai d'Orsay pour raisons budgétaires et de ses diverses délégations sous François Hollande ne semble pas devoir conduire à un changement de la ligne stratégique et diplomatique française amorcée sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, les mêmes hommes se retrouvant aux postes clefs. Il ne faut pas s'attendre à des lignes divergentes vis à vis des États-Unis sur les principaux dossiers.

Source : http://points-de-vue-alternatifs.over-blog.fr/philippe-errera-un-atlantiste-pur-et-dur-%C3%A0-la-direction-des-affaires-strat%C3%A9giques


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8 réactions à cet article    


  • Jacques_M 18 juillet 2013 10:09

    Bonjour Kiergaard.
    Merci pour l’info.
    Impossible de trouver des infos sur lui ou son père sur wikipedia en français (?).
    En anglais, par contre, on trouve quelques précisions intéressantes pour son père.


    • COLLIN 19 juillet 2013 08:15

      En effet,et par le plus grand des hasards : « Gerard Errera comes from a Jewish family »....(source wikipédia)


    • kergen 18 juillet 2013 13:17

      Généralement les solferiniens sont plus atlantistes et sionistes que la droite décomplexée sarkozienne.
      On se rappelle des critiques de Jospin, aux USA, sur la France en plein crise de l’IRAK en 2003.


      • Kiergaard Kiergaard 18 juillet 2013 13:44

        @Jacques_M : Merci de vos compléments. Les diplomates sont en général peu dissert sur leurs activités etc... Mais leur rôle est très important.

        @Kergen : Au niveau des hommes politiques aux responsabilités oui, mais en terme de diplomates et d’hommes de l’ombre, c’est à une continuité claire de certains éléments « sarkozyste » influencés par les idées des néoconservateurs américains. Ce qui me gêne c’est que ce soit ces gens qui définissent la diplomatie française... Incapable de faire autre chose que de s’aligner sur les USA en saupoudrant un peu de verbiage droits de l’homme made in UE.


        • eau-du-robinet eau-du-robinet 18 juillet 2013 19:43

          Bonjour Kiergaard,

          «  Il ne faut pas s’attendre à des lignes divergentes vis à vis des États-Unis sur les principaux dossiers. »

          La biographie suivante est assez parlante et c’est un pas stratégique du gouvernement actuel vers l’accord commercial du grand marché transatlantique.

          BIOGRAPHIE de Philippe ERRERA
          , un atlantiste pur et dur dans l’âme.

          - avril 1996

          Nommé et titularisé en qualité de Secrétaire des Affaires étrangères.

          - 1996 - 1998

          Service de la politique étrangère et de sécurité commune, au Ministère des Affaires étrangères.

          - 1998-1999

          Stagiaire au Département d’Etat à Washington.

          - 1999-2003

          Premier secrétaire à l’Ambassade de France à Washington.

          - mars-mai 2002
          Auditeur à l’Institut diplomatique.

          - 2003-2006

          Directeur adjoint du centre d’analyse et de prévision (Ministère des Affaires étrangères).

          - 2006-2007

          Sous-directeur du désarmement et de la non-prolifération nucléaires - Direction des affaires stratégiques, de sécurité et du désarmement (Ministère des Affaires étrangères).

          - 2007-2009

          Conseiller « affaires multilatérales et stratégiques » au cabinet du ministre des Affaires étrangères.

          - 2009-2010

          Directeur du cabinet du ministre des Affaires étrangères.

          - 28 février 2011
          Ambassadeur, Représentant permanent de la France à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord.

          source


          • Kiergaard Kiergaard 18 juillet 2013 21:52

            Dans la mesure où ce sont des négociateurs de la Commission Européenne qui sont en charge de négocier, il n’y avait de toute manière pas de suspense. Au delà des enjeux de PIB très théorique à long terme c’est surtout la liaison des USA et de l’UE qui est à relever, signe d’un rapprochement encore plus net qu’aujourd’hui, dans la constitution d’un bloc des nations déclinantes...


          • paul 19 juillet 2013 10:17

            Tous ceux qui livrent leur pays aux intérêts d’une puissance étrangère peuvent être qualifiés de traite . C’est le cas des atlantistes qui occupent des postes clés dans les gouvernements et dans l’UE . Ils devraient rendre des comptes un jour à la nation, voire à la justice .
            C’est le même délit que ceux qui ont livré les finances des états aux banques privées (depuis 1973) .
            Comme il s’agit d’une mort lente par étouffement de la démocratie, il y a peu de chance que ces personnes rendent des comptes .


            • baldis30 2 août 2013 23:39

              voilà au moins une simplification dans les rapports France-U.S.A. : plus besoin de courrier hebdomadaire pour informer l’administration US des faits et gestes de la France, Cela sera fait tous les jours ....

              HONTE !

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