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Accueil du site > Actualités > Politique > Un Premier ministre au rôle très secondaire...

Un Premier ministre au rôle très secondaire...

Un sujet se trouve actuellement au coeur de la plupart des discussions du microcosme politique : la considérable discrétion du nouveau chef du gouvernement. Souvent attribuée à l’hyper-activisme et à l’omniprésence du chef de l’Etat, celle-ci trouve également sa source dans l’accroissement significatif du rôle politique et médiatique des conseillers de l’Elysée (Guéant, Guaino, Martinon...). Ceux qui n’étaient jusqu’à présent dans la tradition de la Ve République que des hommes « de l’ombre » n’hésitent pas aujourd’hui à empiéter allègrement sur les plates-bandes du Premier ministre, et cette situation inédite soulève un certain nombre d’interrogations et de risques potentiels...

"Même quand je ne dis rien,cela fait du bruit". Cette ironique remarque de Ségolène Royal lors de la dernière campagne présidentielle semble s’appliquer parfaitement à la situation que connaît actuellement le Premier ministre François Fillon. Moins il s’exprime, plus on parle de lui. Car ce qui fait depuis quelques jours le plus de bruit au sein du microcosme politico-médiatique hexagonal, c’est... le silence quasi absolu du locataire de Matignon. Quelle est donc la raison de cette incapacité du chef du gouvernement à occuper l’espace médiatique de manière conséquente ? Celle-ci nous vient spontannément à l’esprit et porte un nom qui nous est familier : Nicolas Sarkozy. L’omniprésence, l’omnipotence, que dis-je, la boulimie sarkozienne, dont on a déjà tout dit après seulement quelques semaines de présence à l’Elysée, serait à l’origine de la disparition de notre tout nouveau Premier ministre ? La fonction primo-ministérielle serait vidée de sa substance par l’hyperprésidentialisation impulsée par Nicolas Sarkozy ? Le chef du gouvernement ne serait donc devenu qu’un vulgaire et banal assistant de notre "super-président" ? Que nenni ! répond Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée. Nicolas Sarkozy est seulement fidèle à la lecture gaullienne des institutions de la Ve République. La relation entre le président Sarkozy et le Premier ministre Fillon ? "C’est exactement le même rapport que celui qui existait entre le général de Gaulle et son premier ministre Georges Pompidou". Guéant poursuit : "Il y a un n° 1 et un n° 2, un président et un Premier ministre."

Effectivement, il y a bien "un n° 1" d’une part, et un "n° 2" de l’autre. Sur l’identité du n° 1, aucun doute possible : Nicolas Sarkozy est bel et bien le patron, et comme le souligne Guéant, "le patron apparaît comme le patron". En revanche, l’identité du n° 2 est devenue depuis quelques semaines extrêmement trouble. En effet, si François Fillon semble éprouver de grandes difficultés (relativement légitimes) à exister dans l’ombre du chef de l’Etat, comme cela fut le cas pour certains de ses prédecesseurs (Couve de Murville sous de Gaulle, Messmer sous Pompidou...), celui-ci se trouve également confronté à un phénomène inédit sous la Ve République : la multiplication dans les médias des conseillers (Claude Guéant, Henri Guaino) ou du porte-parole (David Martinon) du chef de l’Etat, qui empiètent tous largement sur les prérogatives du Premier ministre. En effet, Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, et Henri Guaino, conseiller spécial du président, ont multiplié ces derniers temps les annonces dans la presse pour dévoiler les réformes à venir et leur calendrier. Cette situation est inédite : lorsque Jacques Chirac occupait la fonction présidentielle, le secrétaire général ne s’exprimait que dans le huis clos de son bureau, mais ne donnait jamais d’interview radio, par exemple. D’ailleurs, en dehors de quelques initiés, qui se souvient des hommes de l’ombre qu’étaient Philippe Bas (secrétaire général de l’Elysée de 2002 à 2005) ou Frédéric Salat-Baroux (2005-2007) ? En moins de deux mois, l’homme de confiance de Nicolas Sarkozy a déjà davantage occupé l’espace médiatique que ne l’avaient fait ses prédecesseurs en cinq ans...

L’existence médiatique de Guéant, ainsi que celle d’Henri Guaino, conseiller spécial du président, renforce l’idée qu’il n’y a bien qu’un seul et unique centre de décision : l’Elysée, le rôle de Matignon se retrouvant par conséquent réduit à la portion congrue. Elle jette surtout un trouble sur l’identité du véritable "n° 2" évoqué par Guéant : s’agit-il encore de François Fillon ? Le poste de secrétaire général de l’Elysée est-il en train de prendre le pas sur celui de chef du gouvernement ? La question peut paraître étrange, mais les faits sont là : dans les milieux autorisés, Guéant est de plus en plus souvent qualifié de "vice-président", et beaucoup le considèrent comme un personnage plus influent que le Premier ministre lui-même... Ce qui fait dire avec dédain à Dominique de Villepin, qui fut secrétaire géneral de l’Elysée lors du premier septennat de Jacques Chirac avant de devenir Premier ministre de mai 2005 à mai 2007, que "Fillon n’est même pas le directeur de cabinet de Sarkozy"...

Cette situation semble soulever un certain nombre d’interrogations et de mises en garde. Ainsi, le politologue Dominique Reynié a-t-il récemment souligné "le problème de responsabilité politique" inhérent à cette nouvelle redistribution des cartes. "C’est la République de l’apparence et des faux-semblants, avec un Premier ministre officiel, au rôle très secondaire mais qui est politiquement responsable, et un Premier ministre officieux, hors de portée de l’Assemblée nationale", précise-t-il. En effet, si l’on décide de prendre acte de ce nouveau fonctionnement, comment expliquer qu’aucun des deux hommes forts de l’exécutif français, qui décident de la politique menée par le gouvernement, ne soient responsables devant le Parlement ?

Par ailleurs, la mise en place d’un régime présidentiel (d’ailleurs souhaitée par François Fillon...), qui semble peu à peu se dessiner et qui ferait du Premier ministre un "vice-président", n’a, en soi, rien de scandaleux. Mais elle rend nécessaire et indispensable le renforcement significatif des pouvoirs de l’Assemblée nationale, relativement faibles à l’heure actuelle, et notamment la suppression du droit de dissolution dont jouit actuellement le chef de l’Etat... Car l’hyperprésidentialisation d’un système dont les rouages essentiels n’auraient pas été ajustés en conséquence pourrait présenter des risques dont toute démocratie doit constamment se prémunir...

"Le pire esclavage, c’est celui dont on ne voit plus les chaînes"...


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1 réactions à cet article    


  • NPM 11 juillet 2007 11:26

    Qu’est-ce que ca peut bien vous faire, le rôle de Fillon par rapport à celui de Sarkozy ?

    On a une politique cohérente, donc Sarkozy l’explique, Fillon l’applique, je ne voit pas ou est le probléme, ni ou est la nouveauté la dedans (évidement, si on a connu que chirac, ca change, mais bon...)

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