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Accueil du site > Actualités > Politique > Un secrétaire d’Etat à la prospective : une bonne chose (...)

Un secrétaire d’Etat à la prospective : une bonne chose si...

Un secrétaire d’Etat à la prospective et une bonne chose si on ose traiter des sujets qui fâchent ou apporter des réponses qui fâchent et si la prospective n’en reste pas à un rapport mais travaille à se faire approprier pour entrer dans la stratégie de l’Etat.

Le vendredi 18 mai, en même temps que l’annonce des quinze ministres, un secrétaire d’Etat à la prospective, Eric Besson, a été nommé. C’est une excellente nouvelle...

  1. si l’on se situe d’entrée en prospective par exemple avec la question : Que sera la France dans vingt ans, en 2027 ? Si la question est de savoir ce que sera la France à la fin du quinquennat, cela n’a aucun intérêt, on le sait à peu près. Car la prospective est un art extraordinaire dès lors qu’elle est pratiquée avec audace.
  2. Si l’on accepte d’imaginer la prospective comme une rupture et non comme la continuité - impossible et non souhaitée - d’aujourd’hui. La prospective est surtout ce qui n’est pas prévu.
  3. Si l’on accepte de voir la France différemment, replacée dans un contexte européen et mondial où les zones géographiques compteront plus que les Etats au niveau mondial et où les Etats seront les racines au niveau local. Et si l’Europe s’effondrait ?
  4. Si l’on accepte de se poser des questions qui fâchent comme par exemple : que va devenir une France où le catholicisme s’effondre (dans vingt ans, il n’y aura quasiment plus de prêtres) et où le protestantisme évangéliste et l’islam croissent ? Que va devenir une France où il faudra autoritairement limiter la construction de pavillons au profit d’un habitat groupé car le mitage territorial est une catastrophe ? que va devenir une France où la saturation automobile autant que la pollution demanderont de limiter la circulation individuelle motorisée ?
  5. si l’on accepte de se poser des questions qui troublent : Faut-il développer des micro-usines ou des méga-usines, donc par exemple favoriser les livraisons par camion ou les liaisons par train, ou favoriser des productions saisonnières ou annuelles ? Faut-il attacher les patients à un lieu de soin car s’il est facile pour un Français de migrer, il est difficile pour un hôpital de suivre ? Faut-il attacher à une personne ou une famille le droit de polluer en incluant les transports et l’habitat comme on l’attache à un industriel ?
  6. Si l’on accepte les débats nationaux dans lesquels le conventionnel ne doit pas interdire l’iconoclaste. Ainsi par exemple, la question des OGM est une véritable question, non seulement pour l’alimentation et la santé des Français, mais aussi pour l’avenir de nos sciences et l’avenir de nos assiettes et de nos véhicules motorisés. On a vu par le passé l’Allemagne revenir sur ses lois écologistes qui mettaient en péril sa compétitivité. Ainsi par exemple, le réchauffement climatique ne fait pas l’unanimité autour de lui, certains pensent que l’on va vers un refroidissement et d’autres pensentque le réchauffement portera en lui des conséquences positives. Est-on certains de prêter autant l’oreille à chaque partie ?

Or un détail est gênant dans cette nomination. Le secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre est chargé de la prospective ET de l’évaluation des politiques publiques.

Il est à craindre dans cette fonction que l’évaluation des politiques publiques l’emporte sur la prospective.

Pourquoi ? Parce que le nouveau président, Nicolas Sarkozy, est un homme de résultat. On ne peut pas l’en blâmer, loin de là. Mais dans toutes les structures opérationnelles, dès lors que la culture du résultat est attribuée à un individu, la prospective est laissée de côté. Et dès lors que l’on fait de l’évaluation des politiques passées, il est plus facile de travailler sur des chiffres existants - quand bien même ils sont parfois contestés, n’est-ce pas l’Insee - et de sortir régulièrement des tableaux et clignotants que de travailler sur la prospective, sortir des rapports... et ne pas passer à l’acte.

Le secrétariat d’Etat auprès du Premier ministre, chargé de la prospective ET de l’évaluation des politiques publiques, peut donc soit devenir une sorte de tableau de bord de chiffres et clignotant digne d’un Airbus, soit un secrétariat Théodule sortant des rapports savants qui rempliront les étagères de ses nouveaux locaux.

Il eût été préférable de nommer un secrétariat d’Etat chargé de la prospective et de son appropriation.

Car dans le fond, la prospective reste lettre morte tant qu’elle reste au niveau... de la prospective. La prospective est active dès lors qu’elle est appropriée, adoptée et donc entre dans la stratégie, ici dans la stratégie de l’Etat. Tant qu’elle reste non appropriée, elle s’assimile à du roman, de la fiction, quand bien même aurait-elle le talent de Jules Verne ! Quand elle entre dans la stratégie de l’Etat, donc dans sa vision, alors elle est adoptée par le plus grand nombre. Adoptée et critiquée, car nulle prospective n’est vérité.

Gageons que le nouveau secrétaire d’Etat, qui avait eu l’audace de critiquer le chiffrage du programme de gauche de la candidate à la présidentielle, saura un temps s’éloigner des chiffres pour aller vers les lettres et regarder plus loin que la fin du quinquennat ou du double quinquennat en s’attachant à faire passer le message, à le faire s’approprier !


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8 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 18 mai 2007 13:51

    Franchement ce Eric BESSON il est vraiment un traite pour les électeurs socialistes qui ont toujours voté pour lui.

    Bien sur,la direction du PS à sa responsabilité dans le débauchage par Nicolas Sarkozy de politicien à la petite semaine encarté généreusement PS et il n’a que ce qu’il mérite car il a toujours fait confiance à des Kouchner et des Besson pour diriger quand ce n’était pas des Bernard Tapie.

    Voila le résultat et encore bravo Madame ROYAL,mais,c’est vrai vous êtes en vacances chez votre ami le despote BEN ALI smiley,quand défenseur des droits de l’homme et membre de l’internationnal socialiste smiley smiley smiley smiley


    • hermine 18 mai 2007 14:24

      D’autant que la prospective, ça sert à annoncer à l’avance des nouvelles dures à accepter : la mort pur et simple de milliers d’entreprises avec licenciements à la clé. Ca sert aussi à prévoir par quoi les remplacer et c’est là que ça devient un peu plus difficile, question réadaptation ( d’où un nombre croissant de chômeurs « laissés pour compte ». Par contre ça pourrait être très utile question orientation des études et ça éviterait qu’un grand nombre d’étudiants aillent dans le mur. Et ça restera toujours une science aléatoire car comme disait je ne sais plus quel économiste : « quand le champ de la prévision s’embrouille il ne reste plus qu’à fuir en avant »


      • Alea 19 mai 2007 10:40

        L’évaluation ne concerne pas uniquement les politiques passées, elle est intégré au cycle du projet et donc mise en oeuvre dès la phase d’identification. Il s’agit de l’évalution ex-ante.


        • Philippe Philippe 19 mai 2007 19:17

          C’est une hypothèse que l’on peut émettre. En prospective cela se justifie par la méthode même. Comme d’autres points comme les signaux faibles, les cahiers de prospective, les ruptures possibles et impossibles, les scénarios, etc. Mais dans ce cas, pourquoi le mettre dans le titre d’un ministère si ce n’est pour lui donner une importance déterminante ? Non, décidément, je pense que le mot prospective seul aurait suivi, en parlant d’évaluation publique on donne de l’importance au résultat présent ... www.philippecahen.com


        • chmoll chmoll 22 mai 2007 08:46

          ben ouié tiens ,pourquoi pas un secrétaire d’état à la supposition, à l’anticipation, ou à l’éventualité


          • Philippe Philippe 22 mai 2007 15:59

            Mais oui, cher Chmoll, pourquoi pas .... ? Supposition, anticipation, éventualité ... pourvu que ce soit argumenté, ce sont des outils de prospective !

            Bravo !!!


          • Nicolas Nicolas 22 mai 2007 16:18

            Toutes les prospectives du passé ont lamentablement échoué, et couté des centaines de milliards aux contribuables. Personne ne peut prédire le Marché dans 20 ans : qui pensait à internet en 1988 ? Pesonne. Le marché sait mieux que quiconque ce qui va marcher ou pas. Laisson le décider.


            • Philippe Philippe 22 mai 2007 21:43

              Internet n’avait « peut-être pas » été imaginé en 1988, mais personnellement, je travaillais en 1977 sur le téléphone portable et cette même année je rencontrais le créateur du premier ordinateur portable et en 1981 je rencontrais Moreno qui travaillait sur la carte à puces ... Donc effectivement, les produits d’aujourd’hui sont travaillés bien avant leur sortie. Ils sont sortis par des gens qui travaillent la prosective ou avec des prospectivistes. Je vous encourage à lire Thierry Gaudin qui a mené d’important travaux sur le sujet, ainsi que Gaston Berger qui l’a initiée en France. Le « marché », c’est donc quoi ? Le consommateur ? Il ne crée rien. L’industriel, le chercheur, etc ... ? précisez votre remarque, ce sera constructif.

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