L’impression générale que me donne cette campagne est qu’elle manque d’enthousiasme, qu’elle est celle d’un vote par défaut ou contre le candidat qu’on rejette plutôt qu’un vote d’adhésion, qu’elle joue plutôt sur des sentiments négatifs d’inquiétude, de ressentiment, voire de haine.
En effet, notons :
- la polarisation « contre Nicolas Sarkozy », un rejet manifeste contre la personnalité d’un président bling-bling et à vision opportuniste et court-termiste, qui divise les Français au lieu de les rassembler, qui a multiplié les « réformes » sans grande efficacité, induisant un accroissement des inégalités avec des cadeaux fiscaux focalisés sur les plus favorisés, qui fricote avec les thèses du FN sans l’avouer, qui s’entoure de ministres également rejetés par leur attitude xénophobe ou vulgaire (Guéant, Hortefeux, Morano,…) ;
- des propositions offensives pour certains, dans la dénonciation, voire l’accusation (des banques, de l’euro ou de l’Europe, des élites, des agences de notation, l’immigré ou l’étranger …), anti-système, en particulier du côté des extrêmes, gauche ou droite, même s’il ne faut pas les amalgamer notamment sur le plan des valeurs ;
- des propositions défensives pour d’autres, focalisées sur la crise, le surendettement de l’Etat, l’accroissement du chômage, de la précarité, l’échec scolaire, l’appauvrissement du pays et donc des mesures de rigueur, d’économie, des propositions économiques défensives, que ce soit la tentation protectionniste ou la recommandation d’acheter français pour plus produire en France, …
- en revanche pas vraiment d’appel positif, d’ambition, de grandeur du pays, d’envie de conquête, de bâtir un nouveau monde ou une nouvelle société plus humaine et plus juste, de réflexion sur le modèle de société pour envisager un monde moins matérialiste et moins individualiste, le besoin de donner su sens à nos vie, de retrouver le sens du bien commun et de la relation à l’autre ;
- et la presse et les médias abondent dans ce sens cynique, les caricaturistes, les guignols, le Petit Journal n’arrêtent pas de dénigrer les personnalités politiques, les candidats, imprégnant dans l’esprit public l’idée que les hommes et femmes politiques sont des pantins, des menteurs, des zozos.
Pour vous aider à décoder le registre et le sens des discours des candidats, je vous recommande l’article du philosophe Roger Nifle, intitulé « Psychologie d’une élection présidentielle ». Concepteur de l’humanisme méthodologique basé sur l’intelligence symbolique, d’une anthropologie permettant d’analyser et de comprendre l’homme et les communautés humaines, et auteur d’une récent livre « Le sens du bien commun », Roger Nifle nous propose une grille de lecture appelée « carte de cohérence » ou encore une « carte de sens ».

Analysez le discours de chaque candidat, pour voir s’il est dans un registre de valeurs positives : authenticité, construction, enthousiasme, ambition, ou au contraire dans un registre de valeurs négatives : défense, ressentiment, destruction, cynisme.
Est-il plus dans la dénonciation faisant appel à des sentiments d’inquiétude, à du ressentiment, ou plus dans la proposition constructive soulevant de l’enthousiasme ?
Prenez chaque discours et à chaque phrase ou thème, cocher le sens. Faites à la fin une évaluation de la part en % de chaque sens et placer le candidat sur la carte.
Puis voyez celui qui se situe plus dans la partie supérieure de la carte. C’est peut-être le meilleur ?

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