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Accueil du site > Actualités > Politique > Une démocratie abstinente et désaffectée

Une démocratie abstinente et désaffectée

C’est le fait saillant de toutes les soirées électorales. Les petites fiches concoctées par les siamois de la communication F. Lefebvre et D. Paillet, et que tous les hiérarques de l’UMP répètent ad nauseam donnent le tempo à l’évènement. Après le compte à rebours et les graphiques, trait à X. Bertrand. Il va conditionner tout ce qui va suivre en pérorant sur la forte abstention (53.6%), donc un premier tour caduque. Non pas que cela soit complètement faux. Mais très relatif. Lors des élections européennes de 2009, l’UMP qui avait fini en première place, avait imposé sa vision du leadership, « nous sommes le premier parti de France ». Avec plus de 59 % d’abstention. Premier parti de France mais par majoritaire. Premier parti de France, mais dans un contexte minimal ? Peu importe, bien disciplinés, les journalistes garderont ce cap, cette vérité. Lors des élections municipales, l’UMP avait nié la débâcle en localisant les résultats du scrutin. Toute la médiacratie avait embrayé. Qu’importe, la voix de l’UMP, dans les médias, fait foi.

Autre fait saillant sur l’abstention, c’est la propension à célébrer le numéraire. La mayonnaise de l’élection prend s’il y a du monde. Quelle que soit la teneur des débats. Dans l’empire du citoyen calculateur, ce qui compte ce ne sont plus les enjeux ou la qualité des projets, mais la propension à mobiliser un maximum de gens autour de baudruches électoralistes. À ce titre l’élection présidentielle de 2007, fut une immense réussite (84 % de participation) et célébrée unanimement comme telle par le cénacle médiatico-politique. Symptomatique, les perdants ont immédiatement intégré l’idée que, compte tenu de la participation, les résultats étaient si puissants donc indiscutables. Pourtant au lendemain du 6 mai 2007, il était légitime, voire sain, de se questionner, « tout ça pour ça ? ». Ce scrutin ne fut pas « une grande victoire de la démocratie », seulement un immense succès marketing, suivi d’un consentement massif à participer à l’évènement. Comme le précise A. Badiou, le choix proposé à l’issu de la campagne consistait à se positionner sur « la peur » (N. Sarkozy) ou sur « la peur de la peur » (S. Royal). Bien loin du combat idéologique et programmatique droite-gauche qui fut vendu pendant 6 mois. L’élection de 2007 fut un triomphe commercial. Les chiffres l’attestent. Elle fut surtout d’une indigence programmatique insondable. Qu’importe la démocratie ne se jauge pas à la teneur du débat, mais au nombre de bulletins déposés au fond de l’urne. Après 3 années de gribouille politique, l’évènement, le succès démocratique unanimement révéré prend tout son sens et sa relativité.

Si mal il y a, il est plus profond. Ce qui peut étonner c’est le paradoxe des discours et de la pratique politique. De tous côtés sont claironnées « la transparence » et « la politique autrement ». Allusion à peine voilée aux dérives d’antan et finalement pas si lointaines. Mais plus grave encore est la contradiction de fond entre le désir par la démocratie de marché de façonner un citoyen désaffecté de la chose publique, et les paroles affectées de la désertion démocratique. Depuis des décennies on s’emploie à giscardiser la vie politique. Mitiger le clivage droite/gauche dans la soupe tiédasse de la soumission au commerce de tout. Ce qui fait foi, ce n’est plus le projet politique, mais la capacité à consommer. Cette démocratie instantanée, ce niveau supérieur et reptilien du choix de « citoyen ». Comment s’étonner que l’électeur finalement devenu « raisonnable », c’est-à-dire débarrassé des archaïsmes de la pensée politique puisse imaginer un autre projet politique que son prochain shopping en grande surface. Comment s’étonner qu’un dimanche de vote, l’individu composite de la démocratie moderne, parce qu’il a un petit coup de fatigue préfère traînasser dans le camp retranché de ses petites sociabilités, plutôt que de s’occuper des affaires publiques. Pourtant, les hiérarques émargeant à l’UMP tiennent le discours ébahi de la démocratie en capilotade. Pris à leur propre jeu, ils souhaitent un plébiscite réactionnaire en même temps qu’une désaffection de la chose publique. Une désaffection qu’ils ont eux-mêmes organisée, programmée.

La gravité de circonstance ne sert que la justification d’un échec. La « gauche » a lâché prise depuis des lustres. Elle reflue en bon ordre. La pensée de marché remplit l’espace médiatique. Pour infuser dans l’espace politique et démocratique. Elle y répand un individualisme flasque. Un message infiniment plus puissant sur le consentement que ne pourra le geindre le politicien (faussement) déçus par des listes lacunaires. L’objectif de démocratie façon droite sans complexe est presque atteint. Baigner l’électeur dans un fatalisme démobilisateur et organiser des happenings plébiscitaires ponctuels. Pour se donner le frisson de la démocratie.

 

Vogelsong – Paris


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9 réactions à cet article    


  • L. D. T. L. D. T. 20 mars 2010 06:06

    La démocratie n’existe pas.... Atterrissez à la fin ! Deux cents ans de changement entre monarchie, aristocratie républicaine ou officielle et oligarchie, et les voilà encore, ces révolutionnaires de 1788 qui n’ont rien appris, pleurer sur leur merdocratie ! Comment deux cents ans d’histoire ont-ils pu vous passez sous le nez sans que vous ne compreniez rien ?
    Et ton père a raison, même le clown Desproges méprisait la démocratie...


    • anty 21 mars 2010 10:36

      La démocratie est un habillage institutionnel qui permet à la société de résoudre efficacement un certain nombre de problèmes dans le cadre de la constitution et des lois.

      Pour instant la démocratie s’est avéré être de loin supérieur à tout autre type de gouvernance
      d’une société.

      Mais il est vrai que tout n’est pas parfait dans notre démocratie et il ya des zones d’ombres
      qu’on peut résoudre pour instant que par plus de démocratie.

      Les seules modèles que je vois pour instant sont les démocraties nordiques,suisse voir les démocraties nouvelles comme la Hongrie ou la Pologne qui sont nettement plus démocrate que nous.

      Il ya un fait indéniable aussi ce qu’une démocratie se porte d’autant mieux que son économie est fleurissante et efficace

      voir la Suisse ,la Norvège et même les pays comme la Corée du Sud ou le Brésil


    • voxagora voxagora 20 mars 2010 09:25

      Votre article est intéressant et pas faux, mais une chose me gène
      quand je lis ce genre de prose parfaitement négative :
      où vous situez-vous, vous ?
      l’impression générale c’est « tous des cons, sauf moi ! »
      Parce que la proportion « d’électeurs n’imaginant pas d’autre choix que
      son prochain shopping », ou d’individu préférant « trainasser dans le
      camp retranché de ses petites sociabilités »,
      d’une part nous ne la connaissons pas, et d’autre part où est le mal
      à se concentrer sur soi quand de l’extérieur viennent tant de coups ?
      A lire votre article qui manque de « nous » au profit de « les électeurs »,
      « l’individu », « le citoyen calculateur » on a envie d’un peu plus de « solidaritude »


      • vogelsong vogelsong 20 mars 2010 10:01

        Vous touchez aux limites de mon raisonnement.
        C’est à dire un relatif dénigrement des classes poulaire.

        Pourtant je pense que il y a zombification de masse.


      • Alpo47 Alpo47 20 mars 2010 10:16

        Je l’ai déjà dit hier : Pour l’UMP, 26% de 47% de d’inscrits font environ 12,5% en leur faveur.
         Et à peine mieux pour le PS.
        On voit immédiatement que nos dirigeants n’ont pas de vrai légitimité à prendre des décisions engageant tous les citoyens dans des orientations qui ne sont pas celles souhaitées.
        La complicité des médias qui ne reviennent jamais sur ces chiffres est patente.
        Ainsi tourne le « système »


        • oncle archibald 20 mars 2010 11:14

          Jeter le bébé avec l’eau du bain ? Non merci ! La démocratie reste le systeme le plus respectueux des individus composant la Société diverse ..Ne nous plaignons ni de la diversité de la Société ni du pouvoir qui est le notre de l’amender ... On voit refleurir sur les murs des villes quelques tags au pochoir comme au temps de mai 1968 ou les idées étaient en effervescence ... « Eteignez vos télés, allumez vos cervelles » est un de ceux qui me paraissent les plus pertinents. Nous pouvons et nous ne devons nous en prendre qu’à nous même de l’usage lamentable que nous faisons de la démocratie. Ras le bol de coller toujours la faute aux autres, comme si nous avions une télé en guise de cervelle.. Nous ne sommes des veaux que parce que nous le voulons bien. Aux Urnes Citoyens ! Formons vos bataillons ! Qu’un grand coup de balai nettoye nos institutions et les lieux de décisions.


          • ddacoudre ddacoudre 20 mars 2010 15:05

            bonjour vogelson

            bien d’accord avec toi je te mets deux liens qui je pense t’intéresserons.

            cordialement
            http://www.agoravox.fr/ecrire/?exec=articles&id_article=71772
            http://www.agoravox.fr/ecrire/?exec=articles&id_article=71913


            • sisyphe sisyphe 21 mars 2010 08:09

              Excellente analyse, excellemment formulée.

              La culture du sauve-qui-peut-chacun pour soi, jointe à la désignation factuelle de boucs émissaires, et la capacité du « politique » de plus en plus restreinte d’influer réellement sur le cours des choses, une fois la soumission au « financier » définitivement entérinée par l’ensemble des partis, a conduit à vider toute consultation pseudo-démocratique de tout sens ; ce que ne manquent pas d’éprouver la grande majorité des citoyens, pris dans la nasse de choix interchangeables.

              Cette culture, totalement relayée par des médias aux ordres, n’offre plus qu’une apparence démocratique, une « façade » derrière laquelle se jouent les vrais enjeux, inatteignables par de quelconques élections ; le vrai pouvoir étant détenu par une caste de dominants non-élus, cooptés entre eux, installés aux manettes de la marche du monde, et voyant défiler, goguenards, les élus et dirigeants successifs, réduits à la marge de la mise en forme d’un pouvoir totalitaire transnational, imposant sa dictature de l’exploitation de la grande masse, au profit d’un système de profit pour quelques uns.

              Le renflouement des banques, à la suite de la crise par leurs errements mêmes provoquée, n’a pu manquer d’être interprétée dans ce sens, par les citoyens, conscients du marché de dupes dans lequel des élections de coquilles vides les leurre.

              Dès lors, les processus et relais anciennement démocratiques sont vidés de tout effet ; les élus et gouvernements se succèdent, les mêmes tenanciers de la mise sous le joug de la planète, eux, subsistent.

              Face à cet ordre mondial inique et imposé sans contestation possible, le citoyen lucide n’a guère que son impuissance, son rejet, son dégout à opposer ; d’où le progressif absentéisme, et lé délitement de tout lien collectif  ; chacun n’ayant plus que la capacité à gérer sa propre survie, à s’organiser en système personnel d’auto-défense.

              Système implacablement huilé, ayant réussi à morceler totalement toute opposition, à diviser le monde en citoyens isolés, quand ce n’est pas à les faire opposer entre eux ; par groupes d’intérêt, par communautés, par sectorisations, par catégories.

              Mais quand tous les processus et relais démocratiques sont ainsi vidés de toute substance, et que l’oppression atteint des niveaux touchant à la survie même, le risque d’explosions en est d’autant plus grand.

              Les insurrections à venir, oui, très probablement, comme ces émeutes de la faim", dans 35 pays, pas vieilles mêmes de deux ans, déjà reléguées aux oubliettes de l’histoire par ceux qui l’écrivent au quotidien, quand les conditions de leur résurgence sont encore aggravées.

              Mais des insurrections tellement séparées, coupées les unes des autres, qu’il suffira aux maîtres de l’oppression, d’enclencher, par l’intermédiaire des gouvernants complices et dépassés, le cycle des répressions, lois martiales, puis l’instauration de régimes totalitaires, qui est la véritable nature de ce système.

              Le capitalisme néolibéral, dominé par la toute-puissance du financier, est destiné à s’exercer de cette façon ; il EST, par définition, un système totalitaire, dictatorial ; ne reste plus qu’à le formaliser, pour appliquer son écrasante hégémonie ; enfin débarrassé des simulacres démocratiques.

              QUI, et de quelle façon, pourra se lever, dans ce magma volontairement créé, pour arriver à mobiliser les citoyens, les faire se regrouper entre eux, leur faire prendre conscience de leurs intérêts communs, et de la force de leur nombre ; c’est la question du siècle qui vient.

              En attendant, il reste les quelques armes dont disposent encore les citoyens, ravalés au rang de cibles consommatrices ; les boycotts, les associations de consommateurs, de citoyens, les réseaux parallèles (financiers, alimentaires, de troc, d’échanges), les coopératives, les plaintes en justice en nom collectif, les résistances passives et actives, la désobéissance civique....

              Si nous ne nous saisissons pas de ces armes là, susceptibles et capables de vider de leur pouvoir les forces de l’oppression (qui ne tiennent que par la coercition liée à leur seule arme de destruction massive ; L’ARGENT), l’avenir risque de n’être qu’un chaos de luttes pour la survie individuelle ; la loi inexorable du chacun pour soi aura définitivement imposé son ordre mondial.

              Sursaut républicain ou soumission ; le choix s’impose ; seules ses conditions sont encore à faire advenir.

              Mobilisation et solidarité.


              • anty 21 mars 2010 10:37

                La démocratie est un habillage institutionnel qui permet à la société de résoudre efficacement un certain nombre de problèmes dans le cadre de la constitution et des lois.

                Pour instant la démocratie s’est avéré être de loin supérieur à tout autre type de gouvernance
                d’une société.

                Mais il est vrai que tout n’est pas parfait dans notre démocratie et il ya des zones d’ombres
                qu’on peut résoudre pour instant que par plus de démocratie.

                Les seules modèles que je vois pour instant sont les démocraties nordiques,suisse voir les démocraties nouvelles comme la Hongrie ou la Pologne qui sont nettement plus démocrate que nous.

                Il ya un fait indéniable aussi ce qu’une démocratie se porte d’autant mieux que son économie est fleurissante et efficace

                voir la Suisse ,la Norvège et même les pays comme la Corée du Sud ou le Brésil.

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