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Une vérité que les instituts de sondages préfèrent ne pas crier sur les toits

Mais pourquoi la proposition de loi de Hugues Portelli et de Jean-Pierre Sueur pour une plus grande transparence dans les sondages soulève-t-elle l’opposition des grands instituts ? Pour une raison simple : les enquêtes sur les intentions de vote ne reposent jamais sur l’avis de 1000 personnes mais sur un chiffre en réalité deux fois moins élevé. Une vérité que les instituts préfèrent ne pas trop crier sur les toits.

Le grand public l’ignore mais les spécialistes, eux, le savent depuis longtemps : les instituts éprouvent de plus en plus de difficultés à joindre les personnes sélectionnées et à obtenir que celles qui décrochent leur téléphone veuillent bien répondre à leurs questions, a fortiori sur un sujet aussi sensible que la politique. A eux seuls, les récalcitrants peuvent atteindre 15 % de l’échantillon. Si on y ajoute les personnes qui ne sont pas sûres d’aller voter, celles qui n’expriment pas leur intention de vote et celles qui ne sont pas encore sûres de leur choix, l’échantillon peut diminuer de moitié. Et c’est un minimum. Certains sondages sur les intentions de vote ne reposent au bout du compte que sur 400 personnes. C’est la faiblesse de cet échantillon réel qui oblige les instituts à faire de sérieux redressements pour disposer d’une photographie représentative de l’opinion.

Sans attendre le vote d’un loi qui les contraigne à plus de clareté sur la taille de leur échantillon réel, quels sont les instituts qui jouent le jeu de la transparence et pouquoi l’échantillon réduit-il de moitié ? C’est ce que Global conseil a voulu savoir en effectuant une enquête sur les enquêtes.

Commençons par un constat d’ordre général : en terme d’information sur les conditions de réalisation des sondages, la plupart des instituts se contentent de respecter la loi, et rien que la loi. Du coup les notices ne disent pas grand chose. N’y figurent généralement que le nom de l’institut, celui du client, le nombre de personnes interrogées, la date des interviews ainsi qu’une phrase rappelant le droit de toute personne à consulter la notice détaillée de la méthode utilisée à la Commission nationale des sondages. Pour connaître la taille et la composition réelles des échantillons, il faut donc s’en remettre à la bonne volonté des instituts.

Premier « oubli » : aucun institut ne parle des personnes ayant refusé de répondre à l’enquête. Or les quelques 1000 personnes sélectionnées qui constituent l’échantillon représentatif ne répondent jamais toutes au questionnaire qui leur est soumis. Ce taux de refus est de 15 % quand il n’atteint pas 20 % voire de 30 % des personnes sollicitées pour les besoins de l’enquête. Au minimum, l’échantillon de départ passe de 1000 à 850 personnes.

A ce premier écrémage s’en ajoute un second : les futurs abstentionnistes. Pour les présidentielles de 2007, trois instituts sur cinq rappellent que les intentions de vote sont celles des personnes sûres d’aller voter mais seul Ipsos en précise le pourcentage. CSA et Opinion way n’en parlent pas. En admettant que la moyenne de ces futurs abstentionnistes soit de 20%, ce qui est un chiffre plutôt optimiste, l’échantillon des personnes passe de 850 à 680 personnes.

Troisième écrémage : toutes les personnes sûres d’aller voter n’expriment pas forcément une intention de vote lorsqu’elles sont interrogées. Soit parce qu’elles hésitent encore entre plusieurs candidats, soit parce qu’elles n’ont pas encore fait leur choix. Une fois encore, CSA et Opinion se montrent particulièrement discrets. Ce chiffre est pourtant en moyenne de 15% ce qui fait passer l’échantillon standard de 680 à 580 personnes.

Quatrième et dernier écrémage de l’échantillon : toutes les personnes qui expriment une intention de vote ne sont pas forcément sûres de leur choix. Plus le nombre d’indécis est important, moins le scrutin est joué, plus la campagne des candidats joue un rôle déterminant. Il s’agit donc d’une donnée essentielle… et, là encore, rarement mentionnée. Pour la présidentielle de 2007, seuls LH2 et OPinion way donnent le pourcentage des indécis. Pour les hypothèses de premier tour des présidentielles 2002, aucun institut ne précise ce chiffre. En retenant un taux d’indécis de 40%, qui n’aurait rien d’anormal à deux ans de la prochaine élection présidentielle, l’échantillon se trouve réduit… à 350 personnes sûres de leur choix. A ce stade, la marge d’erreur passe de 3% à 5%, soit plus que l’écart séparant certains candidats.

Si on ajoute à la faiblesse d’arrivée de l’échantillon le fait que certaines catégories sociales refusent plus souvent de se prêter au jeu des questions réponses des instituts (les classes populaires) et que certains électeurs mentent plus volontiers que d’autres sur leurs intentions de vote (les électeurs du FN), on comprend mieux à quel point les instituts doivent corriger les résultats bruts des enquêtes pour obtenir une « photographie » à peu près fidèle de l’opinion. Aucun institut n’y échappe. Mais certains sont plus incontestablement plus précis que d’autres sur la taille et la nature réelle de leur échantillon. Faudra-t-il une loi pour imposer des règles de transparence plus strictes ? Compte tenu de l’importance prise par les sondages dans le choix des candidats et le déroulement des campagnes, la question a au moins le mérite d’être posée.

Les sondages retenus pour notre enquête

> Pour la présidentielles de 2007

LH2 pour RMC, BFM TV et 20 Minutes vendredi 2 et samedi 3 mars 2007, intentions de vote à la présidentielle ; BVA pour Orange et « La presse régionale » (syndicat de la PQR) les 19 et 20 mars 2007, intentions de vote à la présidentielle ; CSA pour France 3 Méditerranée, La Provence Nice-Matin réalisé du 2 au 7 janvier 2007, les intentions des vote pour la présidentielle en PACA ; IPSOS, pour Le Point les 2 et 3 février 2007, les intentions de vote pour l’élection présidentielle ; Opinion Way pour Metro et Radioclassique du 5 au 7 mars 2007, Les jeunes et la présidentielle de 2007

> Pour le présidentielles 2012

Ifop pour France Ouest mercredi 12 et jeudi 13 janvier 2011, intentions de vote à l’élection présidentielle de 2012, tns-sofres vendredi 19 et samedi 20 novembre 2010, intentions de vote à l’élection présidentielle de 2012, vague d’automne ; BVA pour l’Observatoire de la politique nationale, vendredi 14 et samedi 15 janvier 2011 ; BVA pour BFM TV, 20 minutes et RMC, « La désignation du candidat PS et les intentions de vote de premier tour et de second tour dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012« , lundi 17 et mardi 18 janvier 2011

par Franck Gintrand (son site) mardi 8 mars 2011 - 39 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par JL (xxx.xxx.xxx.248) 8 mars 2011 11:45
    JL1

    « J’apprends que le gouvernement estime que le peuple a ’trahi la confiance du régime’ et ’devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités’. Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? (Brecht)

  • Par Abou Antoun (xxx.xxx.xxx.45) 8 mars 2011 10:31
    Abou Antoun

    Le sondage est un business comme un autre (TOUT est business maintenant). Moins on sonde (plus la taille de l’échantillon est réduit), moins ça coûte, car les enquêteurs sont (un peu) payés. Inversement, plus on sonde (plus on multiplie les sondages idiots et sans intérêt) plus on gagne. C’est tout !
    La tendance actuelle est de réduire les frais d’enquête en utilisant d’abord le téléphone, puis des formulaires internet, de la sorte on peut ’délocaliser’ les centres d’appel, et puis même les supprimer.
    A priori les instituts (dans le domaine de la politique) ont vocation à donner une image de l’opinion, mais ils se sont bien vite rendu compte qu’ils pouvaient par leurs publications influer sur cette opinion. C’est pourquoi ils proposent leurs services à des politiciens en mal de publicité. mais comme tout le monde bouffe au même râtelier cela devient du grand n’importe quoi. Le mieux est d’ignorer complètement tout cela.
    Cela dit on est en plein délire et Agoravox participe à ce délire en publiant à répétition des articles sur des résultats hypothétiques d’élections qui auront lieu lieu dans plusieurs mois et pour lesquelles on ne connait même pas les candidats. En outre le passé nous a appris que quel que soit le résultat de ces élections, et en dépit de toutes les promesses, c’est toujours in fine ’business as usual’. Il s’agit donc de désinformation sur des non-évènements.
    Liens :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_fran%C3%A7ais_d%27opinion_publique
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Harris_2
    Remarquez, au passage, qui tient les manettes dans les directoires...
    Coluche nous manque terriblement, il y a tellement de matière pour lui.

  • Par Gabriel (xxx.xxx.xxx.98) 8 mars 2011 11:40
    Gabriel

    Les sondeurs ont la même utilité pour la population qu’une bicyclette pour un poison rouge !

  • Par sisyphe (xxx.xxx.xxx.90) 8 mars 2011 11:59
    sisyphe

    D’accord avec Abou Antoun. et l’auteur 


    A force de minimiser le coût de réalisation des sondages (avant, c’étaient des enquêteurs qui se déplaçaient), les résultats sont de plus en plus sujets à caution, mais l’important étant les effets d’annonce, ils sont couverts, par la médiatisation, quand ils n’arrangent pas eux-mêmes les résultats pour le client qui commande....

    on sonde, puis on drague.....


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