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Accueil du site > Actualités > Politique > Valérie Pécresse et l’université : Un amour vache

Valérie Pécresse et l’université : Un amour vache

ll n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ». La phrase n’est pas signée Valérie Pécresse, mais Pierre Reverdy. Il est vrai qu’au vue de la déclaration de la ministre, à l’Assemblée nationale, le parallèle est tentant.

Mais, au lendemain de son envolée lyrique, Valérie Pécresse ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, doit toujours faire face à une mobilisation grandissante à l’encontre de sa réforme.

Dès lors, le moment était il bien choisi pour déclarer son « amour » à l’université ?

La réponse est plus complexe qu’on ne le croit. En effet, la ministre siégeant dans le Vème arrondissement de Paris, a tenté par ce doux mot d’apaiser la révolte croissante de la communauté universitaire. Mais, au-delà des mots, seuls des gestes peuvent rassurer l’université sur le sort qui l’attend. En effet, si la ministre d’origine neuilléenne déclare envoyer des « preuves d’amour » à l’université, sa vision du coup de foudre diffère nettement de celle des enseignants-chercheurs. Rappelons en effet, pour quelles raisons des dizaines de milliers de personnes, manifestent depuis plusieurs jours à Paris et en province.

Une volonté ministérielle d’apaiser les tensions

Tout d’abord, à écouter le discours de Mme Pécresse devant le C.P.C.N.U* le 15 janvier 2009, la réforme du statut des enseignants-chercheurs paraît, pleine de bonnes intentions. Ainsi, dans les grandes lignes, la ministre souhaite, à travers sa réforme, « reconnaître toutes les activités et les missions des enseignants-chercheurs, rendre la procédure d’avancement plus transparente, donner au Conseil national des universités les moyens d’assurer ses missions ».

 En d’autres termes, la députée des Yvelines souhaite maintenir un service d’enseignement de référence, déterminé en nombre d’heures, pouvant être modulé, en fonction de la nature des autres activités. Concernant la « procédure d’avancement », la ministre a fait savoir que, suite à la demande de la communauté universitaire, le conseil d’administration de l’université devra justifier toute décision d’avancement par un avis motivé et public. Enfin, à propos de la hausse des moyens des universités, la ministre s’est également engagée à ce que le CNU dispose des moyens nécessaires pour assurer sa double mission de qualification et d’évaluation. Voilà tout du moins, comment Valérie Pécresse défend sa réforme. Mais au vue des discours, la réalité de la situation des enseignants-chercheurs paraît éloignée. En effet, si les syndicats font aujourd’hui de la réforme du statut des enseignants-chercheurs, l’un de leur plus importants casus belli, c’est qu’il existe une réelle inquiétude. Il est tout d’abord important de rappeler les nouveautés incluses par cette réforme.

Un renouvellement important du statut des enseignants-chercheurs

Tout d’abord, il demeure le fait que les enseignants-chercheurs seront évalués tous les quatre ans.

D ‘autre part, l’autre changement majeur, est le fait que les universités, à l’avenir décideurs de la gestion des carrières des personnels, auront la possibilité de moduler le temps de travail des professeurs entre enseignement, recherche, et taches administratives. Ainsi, un professeur n’ayant pas une assez grande qualité dans ses recherches, pourra faire plus d’heures d’enseignement.

Dans le processus inverse, un chercheur accompli pourra se voir exempter d’heures de cours.

Enfin, la troisième innovation considérable est la mastérisation à la formation des maîtres.

« Sarkozy ignore tout de la recherche »

Mais, il est surtout intéressant de voir les appréhensions suscitées par cette réforme.

Tout d’abord, concernant les évaluations subies par les enseignants-chercheurs, il n’existe pas de réel inquiétude sur la forme, de la part de ces derniers. En effet, ceux-ci vivent à travers concours et rapport. L’interrogation s’exerce plus sur le fond. En effet Nicolas Sarkozy qui avait marqué le 22 janvier 2009 « un déficit d’évaluation », avait par cette formule provoquer l’ire des universitaires et en particulier celle d’André Gunthert qui s’était indigné des propos du chef de l’Etat. D’un point de vue général, les universitaires craignent que l’évaluation se base uniquement sur l’importance des publications dans les revues spécialisées, en délaissant d’autres données tels que « le niveau de sortie des étudiants de l’université, leur placement sur le marché du travail… ».

Concernant la seconde nouveauté, à savoir la modulation des heures, le syndicat SGEN-CFDT et la Conférence des présidents d’université, s’alarme que les cours puissent être envisagés comme un blâme pour les enseignants jugés peu efficace dans le domaine de la recherche.

D’autre part, les syndicats critiquent aussi l’hégémonie des présidents d’universités dans le domaine de l’inflexion des heures d’enseignement, tout comme dans celui de la promotion des enseignants-chercheurs. Ainsi, malgré l’avis du conseil d’administration avant d’effectuer un des actes susnommés, il persiste un fort sentiment d’arbitraire.

C’est pourquoi, certains universitaires dénoncent aujourd’hui « un despotisme présidentiel dont on peut craindre qu’il ne soit pas toujours éclairé ».

Enfin, la troisième modification qu’est la mastérisation à la formation des maîtres, concentre elle aussi le ressentiment des universitaires. En effet, cette mastérisation qui va signifier un recrutement des enseignants à bac + 5, fait craindre « un assèchement quantitatif du vivier en écartant des concours des jeunes issus des milieux populaires », selon Jean Ferrier, inspecteur général honoraire. En effet, ce dernier craint que soit écarté des concours « des jeunes issus des milieux populaires qui ne pourront pas faire le sacrifice de trois années d’études supplémentaires après un DUT ou un BTS alors que, jusqu’ici, une année supplémentaire pour se doter d’une licence était suffisante pour se présenter au concours ».

Ainsi, la différence est grande entre le gouvernement qui désire affecter à la communauté universitaire des règles dignes d’une entreprise, tel que la compétitivité ; et des universitaires qui entendent bien défendre leurs principes, que sont l’autonomie du savoir ou encore la pensée critique.

La réforme du statut des enseignants-chercheurs, menée sous la férule de Valérie Pécresse, semble donc être une véritable gageure pour cette dernière, tant la mobilisation grandit contre l’atteinte à l’indépendance de l’université.

Tandis que, de surcroît, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche n’a donné aucunes garanties concernant la réduction des postes dans l’université.

 

* C.P.C.N.U : La conférence permanente du Conseil national des universités est une instance consultative et décisionnaire chargée en particulier de se prononcer sur le recrutement et la carrière des enseignants-chercheurs.


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4 réactions à cet article    


  • Serge Serge 14 février 2009 11:55

    Faire dévier le débat sur la réforme de l’Université ( façon Sarko et Pécresse ) sur ce qu’est l’amour (? ??) est au mieux une diversion au pire un profond mépris pour ce qui devrait être un dialogue constructif et ouvert !


    • dezanneau 14 février 2009 15:23

       Elle avait déclaré que le Français était une langue en déclin, pas mal à ce poste !..puis se présente en Ile de France...une veste aux européennes, voilà le meilleur que je lui souhaite...

      Je présente à cette adresse http://www.la-france-contre-la-crise.over-blog.com/ ma contribution sur la question centrale de la dette dans nos économies, ainsi qu’ une solution portant sur plus de 1200Md d’euros dans le cadre de la Francophonie pour une sortie de crise et l’émergence de fait d’un monde multipolaire...J’y aborde aussi la question de la réforme territoriale.


       


      • PapyJC_78 14 février 2009 18:52

        Pecresse n’a pas l’air de faire recette ! en ce jour de St Valentin, serait - elle vue comme un remède contre l’amour ?


        • ndididju 14 février 2009 19:36

          Pour ce qui concerne la réforme de recrutement dite ’mastérisation", quelques remarques : au départ, l’idée n’est pas foncièrement mauvaise, tenter de recruter des profs sur des critères plus "professionellements orientés" (on va dire ça comme ça, pour faire simple) que les traditionnelles épreuves de dissertation et de commentaires composés (je parle pour les langues vivantes...)
          ce que cela induit :

          1. Un transfert partiel d’évaluation des compétences disciplinaires et de connaissances didactiques vers les universités (cette évaluation ne relève pour le moment que des jurys de concours, les facs s’occupant de la préparation au concours)

          En clair, là ou les profs assuraient une préparation à des examens publics, ils devront désormais juger l’aptitude des étudiants à enseigner en leur accordant le Master 2 ou pas, sur des critères de compétences de la discipline et sur leurs connaissances de l’évolution de la didactique dans le système éducatif français. Les jurys de concours (qui seront maintenus) s’occupant pour l’essentiel de la didactique et de l’aptitude à enseigner. Mmmh, pourquoi pas, même si ça semble un peu compliqué à mettre en place, on peut toujours essayer, mais...

          Les problèmes que cela pose : outre l’élaboration de toutes pièces d’un master 2 à forte dominante didactique qui va demander l’embauche d’un nombre de spécialistes en didactique tout en éliminant d’autres spécialistes (traduction, littérature, civilisation par ex. en langues), et surtout des enseignants qui puissent suivre les aspirants professeurs dans leur parcours de mastérisation, il faudra également intégrer une préparation au concours qui aurait désormais lieu en janvier. La rentrée se faisant à la mi-septembre, cela réduirait à un peu plus de trois mois la dite préparation tout en menant en parallèle un mémoire de master 2 dont on commence généralement à rendre les premières moutures écrites vers...Janvier ! Il est évident qu’il y aura de la perte de qualité et de niveau dans les deux secteurs, comme l’a dit le président de la Sorbonne G. Molinié : "on aura un master 2 bidon ET un capes bidon"

          Bien évidemment, si les professeurs recrutés s’avèrent de piètres recrues, les universités seront parmi les premières à être pointées du doigt, accusées de faire un mauvais travail !

          2. Le master 2, du coup, est un diplôme indépendant du CAPES, mais à quoi servira t-il à ceux qui auront échoué au CAPES, puisqu’il s’agit d’un diplôme de spécialisation dans l’enseignement ?
          Le ministère vous rassure tout de suite, les "mastérisés" ayant échoué au capes pourront être embauchés par l’éducation nationale avec des contrats de 10 mois (des CDD quoi !) en fonction des besoins ! On parie combien que ces contrats seront encore moins bien payés et qu’au bout des X années nécessaires pour obtenir une titularisation, le besoin de garder le prof contractualisé disparaîtra, juste le temps pour le prof en question de perdre son droit à un CDI ? Il n’y a pas de petites économies. Et comme chacun sait, un CDD, c’est comme un ministre, ça ferme sa G*** ou ça démissionne si "ça" n’est pas content !

          3. Et que se passera t-il pour ceux qui auront réussi le concours mais pas le master ?
          Le ministère vous rassure, l’Education Nationale pourra les embaucher quand même, en fonction des besoins, mais ils n’auront ni les mêmes droits, ni les mêmes statuts que les CAPESiens Mastérisés (et bien évidemment pas la même paie ni le même contrat.)

          4. Et que se passera t-il pour ceux qui auront réussi ni le concours, ni leur master ?
          Le ministère vous rassure, l’Education Nationale pourra les embaucher quand même, en fonction des besoins....

          Le but de la manoeuvre devient évident : faire un maximum d’économies sur les salaires des professeurs (un contrat de 10 mois n’est pas payé pour les vacances et certainement pas au même taux, entre autres choses) et être en mesure de virer les profs qui ne "vont pas".
          Compte tenu du virus du petit-chef qui sévit en France, ça promet des lendemains qui ne chantent pas pour la profession, sans compter l’abrogation du principe "à travail égal - salaire égal", d’autant plus cocasse que pour passer l’agregation (niveau de recrutement supérieur à celui du CAPES, ce dernier étant essentiellement utilisé en collège et les agrégés en lycée et facs) on ne requiert que BAC +4 ! C’est d’une cohérence sidérante, non ?
          Les plus diplômés (master 2) iront enseigner en collège, et les master 1 au lycée, avec moins d’heures et une meilleure paie, c’est fort ! C’est drôle, ça ressemble fort à ce qui s’est passé dans le secteur de la formation professionnelle continue pour adultes (conditions épouvantables pour les formateurs qui gagnent une misère !) Je vois d’ici les gros titres des journaux d’ici 5 ans plus ou moins : les élèves d’une classe de 6eme découvrent que leur professeur est SDF ! (Je plaisante, enfin...Peut être pas tant que ça, être payé au SMIC à temps partiel dans une grande ville, au prix des loyers pratiqués et des garanties demandées, pas sûr que cela n’arrive pas !)

          5 Tout enseignant titulaire sera embauché avec un diplôme bac +5, car comme chacun sait, il faut minimum un DEA de maths ou d’anglais pour enseigner ces matières et faire un bon professeur de 6è ! Et on voudrait nous faire croire qu’il s’agit d’orienter la sélection sur des critères plus professionnels ???

          6. Disparition de l’année de formation en IUFM après le CAPES, le titulaire du poste sera directement bazardé dans un établissement après le concours ! Bonjour le cadeau de bienvenue pour ceux qui d’entrée seront envoyés en ZEP (Zone d’Education Prioritaires : zones ou les élèves sont réputés difficiles, souvent associées à des zones de cités difficiles), sans aucune expérience ni formation de terrain, ni d’équipe extérieure pour adresser et traiter les difficultés, mais bon, c’est vrai que les équipes pédagogiques de ZEP se serrent généralement les coudes, ça ne fera qu’"une chose de plus" qu’il leur faudra prendre en charge. C’est sympa aussi pour les élèves en difficulté qui ont besoin justement d’une présence plus forte et solide pour les aider qu’un petit bleu qui découvre le métier. Les résultats risquent d’être grandioses, surtout suite à la réforme de la carte scolaire qui permet à ceux qui en ont les moyens d’envoyer leurs rejetons dans les écoles les plus cotées, laissant les plus pauvres s’entasser dans des ZEP qui risquent fort de se ghéttoiser encore plus et nécessiter encore plus de moyens...Qu’on est justement en train de sabrer...

          7.Notez au passage qu’avec la mastérisation, ce sont deux ans de master qu’il faudra pour avoir le droit de passer le concours : donc exit les salariés à plein temps, ceux qui accèdent à un FONGECIF (bénéficient du droit à la formation professionnelle continue) car s’il est possible de suspendre un contrat un an, ce n’est pas possible sur deux ans, donc même s’ils prennent un emprunt à la banque (bon courage !) pour se financer une deuxième année, il seront sans doute obligés de démissionner sans être sûrs de réussir quoique ce soit. Cela signifie que seuls les étudiants à plein temps (essentiellement ceux qui seront financés par leurs parents) auront de réelles chances de devenir profs titulaires. Comme il n’y en aura sans doute pas assez de volontaires (compte tenu des conditions de travail et l’image des profs qui se dégradent, la paie qui ne sera jamais à la hauteur de ce que pourront espérer les bacs +5 qui iront travailler dans le secteur privé, le fait que si ceux qui se destinent à l’enseignement le faisaient par ambition, par souci de réussite sociale et financière,non seulement cela se saurait, mais surtout, ça se verrait : c’est une branche très majoritairement féminine et dans la France du XXIè siecle, aussi triste que cela soit à dire, qui dit branche professionnelle essentiellement féminine, dit bas salaires, contrats précaires et profession peu reconnue), on aura donc un "besoin" grandissant de "contractuels" (cf points 2,3 et 4) et donc une gestion de personnel à la mode privée dans les secteurs précaires (ou plutôt à la mode des organismes de formation continue pour être exact)

          Conclusion : aussi bien les formateurs en IUFM, que les enseignants de préparation aux concours CAPES-AGREG, que les candidats aux concours de cette année ainsi que les suivantes sont TRES MAJORITAIREMENT contre ces reformes. Il est évident que tous, nous parlons à nos proches ainsi qu’aux autres étudiants de notre rejet total de la politique actuelle du ministère de l’Education Nationale qui ne devra pas compter sur nous pour les soutenir ou lâcher les autres branches affectées par ces mesures dont G. Molinié (oui, encore lui, le président de PARIS IV alias la Sorbonne) a assené qu’il s’agissait là de la plus violente attaque faite contre l’université depuis VICHY ! (non, l’est pas content non plus le Monsieur Molinié !)

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Auteur de l'article

Nicolas Dubois


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