Lors de l’émission de France 2 du jeudi 8 mars, François Bayrou et son contradicteur Manuel Valls se sont d’abord flattés mutuellement de leur estime réciproque avant de se jeter à la figure leurs incohérences respectives.
Sans rentrer dans le détail des arguments de campagne de l’un et de l’autre, l’erreur majeure de Bayrou au cours de ce débat a été de vouloir mettre en exergue l’incohérence supposée de Valls en l’amenant sur un plan personnel, le mettant face à ses contradictions supposées entre son discours de campagne des primaires et son discours actuel. Or, quoi de plus normal qu’un ex-candidat aux primaires, alors concurrent de Hollande, puisse dans le cadre de l’élection présidentielle, ajuster sa position à celle du candidat officiel ? C’est le sens même d’une primaire : Déterminer une tendance dominante à laquelle se rallient ensuite tous les candidats concurrents.

Un Manuel Valls sûr de lui et charismatique
Manuel Valls n’a eu de cesse de recadrer le débat à plusieurs moments, rappelant qu’il était présent à ce débat comme représentant du candidat Hollande et du PS et non à titre personnel, comme "candidat à la primaire socialiste".
Bayrou à Valls : "Ce que je mets en cause ce n'est pas votre conviction, c'est votre cohérence", a-t-il lancé reprochant au député de l'Essonne de défendre avec François Hollande "le contraire" de ce qu'il défendait lors de la primaire PS où il faisait sa priorité du désendettement et de la réduction des déficits.
Et Valls de rétorquer : « Je représente ici le candidat Hollande ».
« Vous vous trompez de débat » a-t-il enfin assené.
Fugace mais visible flottement de Bayrou, qui a encore essayé de déplacer le débat, sans succès devant la fermeté et la détermination du directeur de la communication de François Hollande.

Un Bayrou encore trop flou dans la forme
Encore une fois analysons la forme et non le fond.
Bayrou se cantonne à une position « ni gauche » ni « droite », ni « division » ni « illusion ». Une définition "par opposition", misant davantage sur la formule que sur une « autoréférence ». Or ce type de position appelle toujours le genre de réponse que Valls lui assène.
Valls : "Vous avez dit que Nicolas Sarkozy était le candidat de la division et François Hollande celui de l'illusion. Je crains que votre incapacité à choisir-nous verrons le 22 avril prochain, vous avez dit que vous alliez vous engager- fasse que vous soyez le candidat de la stagnation. François Bayrou, le moment approche où vous devrez vous-même choisir"
Quand on se définit par opposition, on reste vulnérable dans le débat.
Score du débat ?
En restant toujours sur la forme, car le fond est abondamment abordé dans les programmes des uns et des autres.
1-0 : Incontestablement en faveur de Valls.
1) Sur le plan du charisme d’abord : Valls supplante Bayrou. Valls est encore jeune et l’avenir pourrait lui réserver de bonnes surprises en politique.
2) Sur le plan de la forme du discours : Un Bayrou qui use jusqu’à la corde le « moi je ne suis A ni B », ni la droite ni la gauche, ni l’illusion ni la division. Mais "je suis quoi au juste" ? Mauvaise rhétorique, qui risque encore une fois de lui coûter sa place au second tour.
Ne pas oublier que la forme est ce qui impacte le plus - en fin de parcours - l'inconscient de l'électeur.

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