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Accueil du site > Actualités > Politique > Varoufakis, le vrai secret du « Plan B »

Varoufakis, le vrai secret du « Plan B »

Traduction en français du texte intégral de la fameuse interview "secrète" de Yanis Varoufakis, ex-ministre des finances grec, cette interview où on l'accuse d'avoir révélé des plans machiavéliques pour prendre le contrôle des finances publiques grecques, dans le but, comme l'a déclaré le 28 juillet France Info, de "créer la machine infernale capable de pirater les données du fisc sans être démasqué".
En réalité, Yanis Varoufakis était LE Ministre des Finances, et c'est bien le moins qu'un ministre des finances puisse accéder à la base de données fiscales des contribuables de son pays, non ?
Mais attendez la suite...

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Conversation téléphonique entre Yanis Varoufakis, Norman Lamont et David Marsh - 16 Juillet 2015 (voir sources en fin d'article)

NL : Je souhaite la bienvenue à un politicien, Yanis Varoufakis, qui pour moi a toujours été courageux dans son argumentation, mais qui se conduit avec une politesse à l'ancienne. Je ne reconnais pas l'image de Yanis Varoufakis dans de nombreux journaux. Yanis, dans mon expérience, est toujours scrupuleusement poli, courageux, mais rationnel et toujours stimulant. Je voudrais vous demander vos commentaires sur la question que beaucoup de gens se posent, à savoir pourquoi vous n'avez pas songé à quitter l'euro, ce qui aurait pu vous laisser...
[Cette réunion est maintenant en cours d'enregistrement.]
NL : … plus en contrôle de votre propre destin et capable de vous forger votre propre chemin avec vos propres politiques.

 

YV : Norman, vous avez parfaitement raison. La chose est que, je dois l'admettre, nous ne disposions pas d'un mandat pour amener la Grèce à sortir de l'euro. Ce que nous avions c'était un mandat pour négocier une sorte d'arrangement avec l'Eurogroupe, avec la Banque centrale européenne, qui rendrait la situation de la Grèce soutenable au sein de la zone euro. Le mandat est allé un peu plus loin, au moins à mon avis. Je pense que le peuple grec nous avait autorisé à poursuivre énergiquement et vigoureusement la négociation - au point de dire que si nous ne pouvions pas avoir un accord viable, nous devrions envisager de sortir. Le problème était que, une fois que vous êtes à l'intérieur du cadre d'une union monétaire, il est toujours aussi difficile de créer ce genre de dialogue avec le public, ce qui est nécessaire pour préparer les gens à ce qui vient, pour un processus de désengagement de l'union monétaire, tandis que dans le même temps il faut éviter la précipitation d'un effondrement. C'est un peu comme, imaginez si vous aviez à préparer une population, un électorat pour une dévaluation, une très forte dévaluation 12 mois avant qu'elle ait lieu, par le dialogue, vous pouvez comprendre que c'est une impossibilité. Nous ne disposons pas d'une monnaie que nous pouvons dévaluer vis-à-vis de l'euro. Nous avons l'euro. Et ce que je continue à dire aux gens est que, à notre avis, il aurait fallu 12 mois.

 

DM : Vous n'aviez évidemment pas de plan B ce qui a plutôt affaibli vos arguments de négociation, parce que les autres avaient très peur que vous sortiez et pourtant vous leur disiez : "Ne vous inquiétez pas on ne va pas sortir". Je pense que seulement dans les deux dernières semaines, vous avez commencé à penser à un plan B, et je pense que vous avez même donné un petit indice à ce sujet dans votre interview au New Statesman où vous dites qu'il y a eu un vote du cabinet restreint à Athènes après le référendum et que vous étiez en faveur d'essayer de poursuivre un plan B, et vous avez été mis en minorité. Pensez-vous qu'il y a encore une chance, si tout tourne mal, qu'il y ait peut-être un plan B et que le Grexit - dont personne ne veut en Grèce, je comprends bien - puise se produire, même si c'est une chose à laquelle vous n'êtes pas préparé ?

 

YV : Oh absolument. Je pense que cet accord n'est pas viable. Le Dr. Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, est bien décidé à effectuer un Grexit, donc rien n'est terminé. Mais permettez-moi d'être très spécifique et très précis à ce sujet. Le Premier ministre [AlexisTsipras], avant qu'il ne devienne premier ministre et avant que nous ayons gagné l'élection en Janvier, m'avait donné le feu vert pour préparer un plan B. Et j'ai assemblé une équipe très capable, une petite équipe, ce qui était indispensable, parce qu'il fallait garder cela complètement sous le boisseau, pour des raisons évidentes. Et nous avons travaillé depuis la fin Décembre et début Janvier sur la création de ce plan.

Mais permettez-moi de vous indiquer, si vous êtes intéressés, certains des obstacles politiques et institutionnels qui ont fait qu'il a été difficile pour nous de terminer le travail et même de l'activer. Le travail était plus ou moins terminé, nous avions bien un plan B, mais la difficulté était de passer des cinq personnes qui l'avaient planifié, aux 1000 personnes qui auraient à le mettre en œuvre. Et pour cela, je devais recevoir une autre autorisation, qui n'est jamais venue.
Mais laissez-moi vous donner un exemple. Nous avions préparé un certain nombre de fronts. Je vais juste en mentionner un seul : Prenons le cas des premiers moments où les banques sont fermées, les distributeurs automatiques de billets ne fonctionnent plus, et il faut un système de paiement en parallèle - pour garder l'économie en état de marche pendant un peu de temps, pour donner à la population le sentiment que l'Etat est en contrôle et qu'il y a un plan. Voilà ce que nous avions prévu de faire.

Il existe un site de l'administration fiscale, comme il y en a un en Grande-Bretagne et partout ailleurs, où les citoyens - les contribuables qui vont sur le site - utilisent leur numéro de dossier fiscal pour transférer des fonds bancaires par Internet depuis leur compte bancaire vers leur compte fiscal, de manière à effectuer des paiements de TVA, d''impôt sur le revenu, etc. Nous avions l'intention de créer, subrepticement, des comptes de réserve attachés à chaque numéro de dossier fiscal, sans rien dire à personne, juste pour avoir ce système fonctionnant en sous-main. Par une simple opération, nous pourrions donner des numéros d'identification personnelle (PIN) aux titulaires d'un numéro de dossier fiscal (les contribuables). Prenez par exemple le cas où l'Etat doit un million [d'euros] à une compagnie pharmaceutique pour des médicaments achetés au nom de la Santé Publique, nous pourrions créer immédiatement un transfert vers le compte de réserve correspondant au dossier fiscal de la société pharmaceutique, et leur fournir un numéro PIN.
Ils pourraient utiliser cela comme une sorte de mécanisme de paiement parallèle pour transférer toute somme numérique qu'ils souhaiteraient pour régler un autre titulaire de dossier fiscal à qui ils devaient de l'argent. Ou bien utiliser ce réseau pour effectuer des paiements d'impôts à l'Etat. Cela aurait créé un système bancaire parallèle pendant que les banques étaient fermées à la suite de l'action agressive de la BCE, et ainsi nous donner un peu de répit.
Cela a été très bien développé et je pense que cela aurait fait une très grande différence, parce que très bientôt, nous aurions pu l'étendre à des applications sur smartphones et ce serait devenu une fonction d'un système parallèle. Et bien sûr, les sommes pouvaient être libellées en euros, mais instantanément, pouvaient aussi être converties en une nouvelle drachme.
Maintenant, permettez-moi de vous raconter, et je pense que c'est une histoire fascinante, les difficultés auxquelles j'ai dû faire face.
Le Secrétariat Général des Finances Publiques au sein de mon ministère est contrôlé entièrement et directement par la Troïka. Il n'est pas pas sous le contrôle de mon ministère, ni sous mon contrôle en tant que ministre. Il est contrôlé par Bruxelles. Le secrétaire général a été nommé effectivement grâce à un processus qui est contrôlé par la Troïka. En fait c'est comme si l'Inland Revenue au Royaume-Uni (ou la Direction Générale des Finances Publiques à Bercy - NDT) était contrôlée par Bruxelles - je suis sûr qu'en entendant cela vous avez les cheveux qui se dressent sur la tête.
Ok, ça, c'était le problème numéro un.
Le secrétariat général des systèmes d'information, d'autre part, était contrôlé par moi en tant que ministre. J'ai appelé un bon ami à moi, un ami d'enfance, qui était devenu un professeur d'informatique à l'Université de Columbia aux États. Je lui ai confié cette tâche parce que je lui faisais confiance pour développer le système. À un certain point, une semaine ou deux après que nous ayons emménagé dans le ministère, il m'appelle et me dit : "Tu sais, je contrôle les machines, je contrôle le matériel, mais je ne contrôle pas le logiciel. Le logiciel appartient à la Troïka qui contrôle le Secrétariat Général des Recettes Publiques. Qu'est-ce qu'on fait ?" Donc, nous avons eu une réunion, seulement lui et moi, personne d'autre n'était au courant. Et il a dit, "Ecoute, si je leur demande la permission de commencer la mise en œuvre de ce programme, la troïka saura immédiatement que nous travaillons sur un système parallèle." J'ai dit : "Ce n'est pas possible, nous ne pouvons pas révéler notre jeu pour l'instant." Alors je l'ai autorisé ... Et vous ne pouvez dire cela à personne, c'est quelque chose que nous ne devons pas transmettre...

 

DM : Il y a certainement d'autres gens qui nous écoutent, mais [facétieux] ils ne le diront pas à leurs amis ...

YV : Je sais, je sais, je sais. Et même s'ils le font, je démentirai que je l'ai dit [rire] ... Donc, nous avons décidé de pirater le logiciel de mon propre ministère afin de pouvoir tout mettre en place, de faire simplement un copié-collé du code du site web du ministère sur un grand ordinateur dans son bureau, et de travailler à concevoir et mettre en œuvre ce système de paiement parallèle. Et nous étions prêts à obtenir le feu vert du Premier ministre dès que les banques seraient fermées, afin de nous installer au Secrétariat Général des Recettes Publiques qui n'est pas contrôlé par nous mais par Bruxelles, et de brancher cet ordinateur portable afin d'activer le système. Donc, j'essaye de vous faire comprendre le genre de problèmes institutionnels que nous avons eu, les obstacles institutionnels à la mise en oeuvre d'une politique indépendante destinée à atténuer les effets de la fermeture de nos banques par la BCE.

NL : C'est vraiment terrible et scandaleux. Pourrions-nous, parce que nous avons Yanis un temps limité et pour le bénéfice de ceux qui nous écoutent, nous déplacer un peu vers le présent et l'avenir ? Tout cela est vraiment scandaleux et ce sera pour moi impossible à oublier, mais pouvez-vous dire quelque chose si possible à propos de l'allégement de la dette. Pensez-vous que cela peut se produire maintenant pour la Grèce, comme suggéré par le FMI ? Comment pensez-vous qu'une telle décision pourrait être prise ?

 

YV : Ma grande inquiétude à propos de Euclide Tsakalotos [le nouveau ministre des finances], est que le FMI et le Dr Schäuble et le MES (Mécanisme européen de stabilité financière (MESF)), sont engagés dans un jeu qui est exactement à l'opposé de la simplicité. D'une part, on nous dit que le MES ne pourra fournir ce prêt très discuté de plus de 80 milliards d'euros que si le FMI est à bord. Le FMI vient de publier une analyse de viabilité de la dette, qui déclare de toute évidence et officiellement que la dette grecque est insoutenable et que selon ses propres règles, le FMI ne peut pas participer à un renflouement. Ils ont déjà violé leurs règles à deux reprises pour le faire. Mais je ne pense pas qu'ils vont le faire une troisième fois. Je pense que d'une façon tonitruante ils déclarent ainsi qu'ils ne vont pas le faire une troisième fois.
Donc, il y a un danger très grave que le parlement grec, pas en mon nom, mais au nom de la majorité qui a voté la nuit dernière, approuve ces mesures très strictes, ces "réformes" comme ils les appellent (mais ce ne sont rien d'autre que des exercices de coupes réglées, sans beaucoup de réforme…), que donc nous adoptions au Parlement ces actions préalables, comme elles ont été appelées, mais qu'ensuite, au bout du compte, le MES et le FMI ne soient pas en mesure de se coordonner de manière à fournir cet énorme prêt.
Non pas que je souhaite que cet énorme prêt soit fourni pour les raisons que vous, David - et vous, Norman - avez décrites avant, mais je pense qu'il y a une lutte majeure entre les institutions : le MES, la Commission européenne, le FMI et le Dr Schäuble. Le Dr Schäuble et le FMI ont un intérêt commun, ils ne veulent pas que cette affaire se fasse. Wolfgang m'a dit très clairement qu'il veut un Grexit. Il pense que continuer à "Extend and pretend" ("étendre et faire semblant") est inacceptable. C'est le seul point où lui et moi avons la même vision.
Je suis d'accord avec lui, mais pour des raisons complètement différentes, bien sûr. Le FMI ne veut pas d'un accord, car il ne veut pas avoir à violer à nouveau sa charte et fournir de nouveaux prêts à un pays dont la dette n'est pas soutenable. La commission veut vraiment que cet accord se fasse, Merkel veut que cet accord se fasse, de sorte que ce qui s'est passé au cours des cinq derniers mois est maintenant projeté dans le très court terme - sauf que c'est artificiel, à cause de cette absence totale de coordination entre les créanciers.

 

DM : Cela me semble très frappant, je dois dire, Yanis. Et la France ? Vous avez déclaré officiellement que vous pensez que l'enjeu de tout cela, c'est la France et que M. Schäuble se sert de vous comme une sorte de pion essentiel dans un jeu d'échecs beaucoup plus grand dont la France fait partie. Maintenant, je sais que la Grèce n'est certainement pas dans une position très saine, mais pouvez-vous nous en dire un peu plus à propos de la situation de la France dans tout cela ?

 

YV : Les Français sont terrifiés. Ils sont terrifiés parce qu'ils savent que, s'ils réduisent leur déficit budgétaire aux niveaux que demande Berlin, le gouvernement parisien tombera certainement. Il leur est absolument impossible politiquement de mettre en place le type d'austérité qui est exigé d'eux par Berlin. Et quand je dis par Berlin, je veux dire par Berlin, je ne veux pas dire par Bruxelles, je veux dire par Berlin. Alors ils essaient de gagner du temps. C'est ce qu'ils font, comme vous le savez, depuis quelques années. Ils essaient de gagner du temps en repoussant le moment où ils devront réduire leur déficit en dessous de 3,5%, 3%, selon les critères de Maastricht et le pacte de stabilité et de croissance.
Et en même temps, Wolfgang Schäuble a un plan. J'ai écrit un article aujourd'hui pour Die Zeit, un journal allemand, un article assez complet et je pense contestataire, dans lequel j'ai expliqué le plan de M. Schäuble. C'est un moment agréable dans la vie d'un homme quand on n'a pas besoin de théoriser, car tout ce que j'ai eu à faire, ça a été de transmettre le plan comme le Dr Schäuble me l'a décrit. Et la façon dont il me l'a décrit est très simple.
Il croit que la zone euro n'est pas durable telle qu'elle est. Il croit qu'il doit y avoir des transferts fiscaux, un certain degré d'union politique. Il croit que, pour que l'union politique fonctionne sans fédération, sans la légitimité qu'un Parlement fédéral régulièrement élu peut accorder à un exécutif, il faut l'imposer d'une manière très disciplinaire. Et il m'a dit explicitement que le Grexit, une sortie de la Grèce, va lui fournir un pouvoir de négociation suffisant, un pouvoir de terreur suffisant, pour imposer aux Français ce à quoi Paris [le gouvernement français] résiste. Et qu'est ce que c'est ? C'est un certain degré de transfert des pouvoirs de décisions budgétaires de Paris vers Bruxelles.

 

DM : C'est tout à fait fascinant. Comme l'a dit Norman nous sommes bientôt à court de temps, mais nous avons été autorisés par les contrôleurs de "Radio OMFIF" à prolonger encore de cinq minutes. Donc, Norman, nous avons donc deux dernières questions.

 

NL : Eh bien, je me demandais, je suis juste intéressé par votre point de vue sur le rôle de la BCE. J'ai lu qu'il y a beaucoup de critiques en Grèce contre la BCE et un sentiment que la BCE a agi de façon politique. Alors que mon propre instinct me dit que Mario Draghi fait tout pour ne pas être politique, même si parfois il doit prendre des décisions qui ont évidemment des effets politiques.

 

YV : Je pense que les deux points de vue sont parfaitement exacts. Vous avez raison, Mario Draghi s'est comporté aussi bien qu'il le pouvait et il essayé de rester en dehors de cette gadoue, la gadoue politique, et c'est impressionnant. Je l'ai toujours tenu en haute estime. Encore plus maintenant, l'ayant côtoyé au cours de ces six derniers mois. Cela dit, la Banque centrale européenne est configurée de telle manière qu'elle est si hautement politique qu'il est impossible qu'elle ne soit pas politique. N'oubliez pas que la BCE - la Banque centrale de Grèce, parce que c'est bien ce qu'est la BCE : c'est la banque centrale de chacun de nos Etats membres - La Banque centrale de Grèce est un créancier de l'Etat grec. Et par conséquent, c'est le prêteur en dernier ressort, soi-disant, et l'exécuteur de l'austérité budgétaire. Cela viole immédiatement la distinction supposée entre la politique budgétaire et monétaire. Cela met Draghi dans une position où, en agissant comme un créancier lorsque nous sommes arrivés au pouvoir, il devait nous discipliner, il devait effectivement nous asphyxier suffisamment afin de céder aux exigences des créanciers - tout en gardant nos banques ouvertes. Dieu lui-même n'aurait pas pu faire cela d'une manière non-politique.

 

DM : Il va ouvrir les robinets maintenant. Il est question que de toute façon vous bénéficierez de mesures d'assouplissement quantitatif, une fois les prêts remboursés lundi. Voilà une question pour vous, Yanis, pour nos deux dernières minutes. Quel rôle allez-vous jouer ? Allez-vous reprendre une position politique ? Alexis Tsipras vous parle-t-il toujours ? Avez-vous encore des interlocuteurs au gouvernement ? Et aussi que pensez-vous de l'avenir de M. Tsipras, est-ce qu'il va rester encore un peu ? Désolé de vous submerger de questions pour ces deux dernières minutes.

 

YV : Eh bien sur la première question, la BCE est en train d'augmenter l'ELA [Emergency Liquidity Assistance] de 900 millions [d'euros] afin de donner un peu plus de liquidités pour les distributeurs automatiques, qui ont été complètement bloqués jusqu'à maintenant. La question de l'assouplissement quantitatif est, je pense, cruciale. Si la Grèce ne fait pas partie des bénéficiaires des mesures d'assouplissement quantitatif au cours des prochains mois, alors c'est fini - il n'y a absolument aucun moyen que la Grèce puisse rester dans la zone euro. Mais pour que cela ait un sens, nous devons tout d'abord restructurer la dette grecque. L'idée du gouvernement allemand - que nous devons d'abord réussir un programme qui ne peut pas réussir, et qu'ensuite nous aurons la restructuration de la dette - annule effectivement toute notion d'assouplissement quantitatif.
Sur la question de ma relation avec Alexis, j'ai une relation personnelle très forte avec lui. C'est une bonne amitié, laissez-moi vous donner un exemple. Hier, j'ai voté contre lui. J'ai franchi la ligne. Cela a été très douloureux pour moi. Je savais qu'il était très contrarié. Nous nous sommes vu peu après. Il était assis, et je passais à côté de lui. Il a étendu son bras, très chaleureusement. Je me suis rapproché de lui et nous nous sommes embrassés. C'est comme ça.

Mais dans le même temps, pour le moment, ce que je vis, David et Norman, c'est que, comme vous le savez, je suis devenu le traître du parti. Vous savez comment c'est quand vous passez de l'autre côté d'un sel coup, vous passez de l'autre côté non pas parce que vous avez changé, mais parce que tout les autres ont changé. Ils ont subi une mutation, soudain ils ont adopté le langage contre lequel j'ai lutté pendant ces six dernières années avec eux, et maintenant ils l'ont adopté.
Je ne suis pas sûr du genre de relation que nous allons avoir. Jusqu'à hier, Alexis était très désireux de me dire qu'il va certainement besoin de moi, il m'a offert un autre ministère il y a quelques jours. Je lui ai dit : "Non, ça ne m'intéresse pas d'avoir un ministère. Ce qui me tient à coeur, c'est une dette grecque soutenable, une économie grecque soutenable." Ce que nous faisons maintenant - quelles qu'en soient les raisons - c'est que les mesures que nous avons présentées hier au parlement vont étouffer le secteur privé grec, un secteur privé qui a déjà tant souffert en Grèce au cours des cinq dernières années.
Je vais rester au parlement. J'aime beaucoup être un simple député. Cela fait seulement une semaine que je suis simple député. C'est bien. Cela me donne l'occasion de parler et d'écrire et de visiter des amis en dehors de la Grèce. Et j'espère vous voir bientôt à Londres.

 

DM : Eh bien, nous l'espérons beaucoup. Cela a été un très bon post-scriptum. Je voudrais juste dire merci à Lord Lamont et Yanis Varoufakis. Je suis désolé qu'il y ait eu quelques problèmes techniques au début - c'était en fait parce que notre système a été plutôt surchargé par le nombre d'appelants. Lorsque vous êtes venu ici à Londres, Yanis, en Février, il y en avait environ 20. En fait, nous avons eu 84 personnes sur la ligne de partout dans le monde. Je dois dire aussi que vous avez dit une ou deux choses assez délicates concernant divers épisodes lorsque vous étiez ministre, je voudrais juste dire à tout le monde qu'aucune des informations que vous avez entendues ici ne doit être utilisée pour un usage commercial de quelque nature en aucune façon. Et aussi s'il vous plaît ne transmettez aucune de ces informations à d'autres personnes, ceci était une conversation privée en vertu de la fameuse règle Chatham House. Et l'idée était que vous entendiez de première main de Yanis Varoufakis, et aussi de Lord Lamont, le récit de leurs expériences - mais ce n'est pas une diffusion publique, ce n'est pas la BBC.
Donc, je voudrais vous dire merci beaucoup pour cette confiance, et je pense que je parle pour moi et Norman. Yanis, c'était un grand privilège de parler à un ministre des Finances qui peut certainement avoir perdu une bataille temporaire ici, mais qui reste néanmoins très philosophique sur tout - et [qui] possède à propos de l'Eurosystème une connaissance politique et économique très profonde que n'ont pas forcément l'ensemble de vos collègues de l'Eurogroupe. Et donc nous avons beaucoup apprécié de parler avec vous, nous sommes absolument sûr que ce ne sera pas la dernière fois que nous vous avons en ligne. Nous sommes impatients de vous voir, soit à Athènes ou à Londres très bientôt. Et donc je voudrais, au nom de David Marsh, Norman Lamont et Yanis Varoufakis, vous dire au revoir de la part de l'OMFIF et nous avons hâte de vous retrouver bientôt. Donc, je remercie beaucoup tous nos auditeurs. Merci, Yanis, et merci, Norman, de faire partie de cet appel. Goodbye from London.

 

NL : Bye. Bye, Yanis.

 

YV : Bye-bye, je vous remercie beaucoup.

 

 

Sources :

 


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76 réactions à cet article    


  • elpepe elpepe 29 juillet 2015 13:21

    oui cela prouve que nos politiques Francais, Allemands, Europeens et tutti quanti sont tous des gansters, qu il faudra bien un jour ou l autre juger, pour autre trahison et vol en bandes organisees,


    • wesson wesson 29 juillet 2015 14:27

      Ce qui est apparu clairement durant ces 6 mois, c’est la dimension d’homme politique de Varoufakis, qui s’est révélé bien plus grande que celle de Tsipras. 


      Ce mec avait une stratégie de négociation, et un plan de bataille. On peut en discuter les aspects, mais il savait où il allait.

      C’est pourquoi - et justement après sa démission - il est devenu absolument primordial de le détruire politiquement et médiatiquement - tout simplement pour qu’il ne devienne pas l’alternative radicale à l’Eurogroupe que le peuple Grec est objectivement en train de se chercher. 

      C’est pourquoi les articles et les révélations tendant à le faire passer comme un dangereux aventurier, un extrémiste, un anarchiste et voire même un terroriste vont continuer de pleuvoir dans les médias. L’objectif média actuel c’est de dézinguer Varoufakis dont on sait qu’il est prêt à sauter le pas, et d’épargner Tsipras qui finalement est très utile dans son rôle de chien battu docile.

      Varoufakis a tiré sa révérence, mais ce pourrait être pour mieux revenir 

      L’état de choc financier dans lequel l’Eurogroupe a précipité la Grèce (la bourse d’Athènes fermée depuis plus de 1 mois , banques techniquement toutes en faillites, contrôle des capitaux qui sera maintenu pour de long mois, quasi impossibilité pour les entreprises Grecques de faire des paiements à l’extérieur, réduction du commerce de détail de 40 à 70%, ...) rendent chaque jour un peu plus inacceptable les paquets de mesures imposés. Syriza qui est en train d’imploser réunit un congrès extraordinaire ce Jeudi, avec pour objectif de décider ou non le soutient à Tsipras et au plan d’austérité Européen. Si ce congrès tourne en défaveur de Tsipras, il n’aura aucune autre alternative que de convoquer des élections anticipée, en plus de rater la limite du 18 Août pour faire passer le 3ème paquet de mesures.

      De telles nouvelles élections pourraient porter au pouvoir une scission de Syriza vers la ligne d’une sortie de l’Euro. Dans ce cas, Varoufakis y serait aux premières loges : en ministre de l’économie, ou même carrément en premier ministre.

      Si il y arrive avant un coup d’état et/ou une dictature militaire que l’Europe s’empresserait de reconnaître.

      • David Heyo 29 juillet 2015 17:55

        @wesson
        merci, bonne analyse, et je dirais hélas ! car si rapidement un gouvernement « Varoufakien » n’est pas élu, c’est le spectre de la junte militaire qui va diriger la Grèce, si le chaos politique se prolonge, en sachant que les juntes appliquent très bien les plans financiers. Aube dorée montera sans doute, mais je ne pense pas que les grecs voteront massivement pour un parti ouvertement nazi.

        Le rêve européen continue, et le vrai conflit, ce n’est pas l’UE contre Syriza, mais bien l’UE contre les citoyens, grecs et les autres ensuite.Qu’allons-nous décider ?

      • lsga lsga 29 juillet 2015 17:57

        « Qu’allons-nous décider ? »

        faire une révolution européenne pour instaurer une démocratie européenne. 

      • Ben Schott 29 juillet 2015 18:01

        @lsga
         
        Ah non, ça, c’est pas prévu par Le Livre ! Révolution mondiale ou rien !
        Pour rappel (selon votre expression favorite), ce n’est pas « prolétaires de l’Europe », mais « prolétaires de tous les pays »...
         


      • lsga lsga 29 juillet 2015 18:13

        @Ben Schott
        tout à fait. Le job consistera à unir les révolutions européenne, américaines, russe, africaine, et asiatiques en une seule et grande révolution mondiale.

        vivement. 

      • alinea alinea 29 juillet 2015 18:16

        @wesson
        C’est là tout le problème ; combien de petits malins profiteront du désarroi du peuple pour le diriger.. ; ceci dit, comme il a déjà donné, le peuple grec n’est pas forcément prêt à y retourner !
        En attendant, la troïka donne un coup de main, pour les comptes...
        La Grèce est sous tutelle, et quelle !


      • Onecinikiou 29 juillet 2015 19:55

        @wesson


        Vous voulez de l’alternative radicale, la voilà !


      • alinea alinea 29 juillet 2015 21:18

        @Onecinikiou
        On est mal barré ! mais franchement, on comprend !! et ça me fait mal de dire ça !!


      • wesson wesson 29 juillet 2015 21:52

        @lsga
        tiens, il est pas en vacance notre Souvarine du net ...


      • wesson wesson 29 juillet 2015 22:11

        @David Heyo
        « Aube dorée montera sans doute, mais je ne pense pas que les grecs voteront massivement pour un parti ouvertement nazi. »


        Effectivement. 
        D’ailleurs, c’est l’occasion de rappeler comment Aube Dorée est subitement monté dans les votes en Grèce. Lors du 1er « plan de sauvetage » Européen, ça sentait déjà le roussi en Grèce pour les parti pro Europe traditionnel. Dans ce contexte, le parti d’extrême droite « traditionnel » LAOS s’est coalisé avec le PASOK et la ND afin de continuer à appliquer les plans Européens. En clair, l’extrême droite Grecque non ouvertement néonazie s’est clairement mise du coté pro-EU, ce qui lui a en fait coûté sa place. Une très grande partie des électeurs de LAOS s’est porté sur Aube Dorée qui avait elle une position radicalement anti-Européenne. 

        Voilà comment LAOS est sorti de la vouli, laissant la place à Aube Dorée.

        Ceci étant dit, Aube Dorée - mais aussi le parti communiste Grec - sont des parti qui ne participeront jamais à un quelconque gouvernement autre que le leur - par principe.

      • wesson wesson 30 juillet 2015 00:50

        @alinea
        « combien de petits malins profiteront du désarroi du peuple pour le diriger..  »


        Le désarroi du peuple Grec, faut voir. 

        Parce que quand même je me rappelle que pendant la semaine avant le référendum (dont on rappelle que le OUI devait l’emporter selon les sondages), on avait présenté au Grec la chose comme étant un oui ou non à l’Euro.

        Donc pour moi le peuple Grec a vraiment dessaoulé sur l’Euro et l’UE, et l’issue d’une nouvelle élection risque bel et bien de mettre au pouvoir des gens qui sont prêt à envisager un scénario de sortie. 

        De toute manière, je pense que la Grèce sous Quadriga va être assez rapidement ingouvernable, par n’importe qui. l’UE devra réellement mouiller la chemise, et mettre carrément un Gauleiter là bas, un proconsul pour diriger le pays.

      • Onecinikiou 30 juillet 2015 08:10

        Tsipras se suffira amplement à lui-même pour remplir les basses œuvres. 


      • Ben Schott 30 juillet 2015 09:35

        @lsga
         
        « Le job consistera à unir les révolutions européenne, américaines, russe, africaine, et asiatiques en une seule et grande révolution mondiale. »
         
        Combien y a-t-il selon vous de probabilités, afin de les « unir », que les « révolutions européenne, américaines, russe, africaine, et asiatiques » se fassent simultanément ?
         
         


      • Onecinikiou 30 juillet 2015 14:22

        @Ben Schott


        A peu près 10 puissance -80.

      • Auxi 30 juillet 2015 15:50

        @lsga

        Vous avez oublié la révolution intergalactique… C’est déjà la croix et la bannière pour unifier un mouvement de grève, alors, la révolution mondiale, euh…

      • lsga lsga 30 juillet 2015 15:52

        @Auxi
        plus l’échelle est grande, plus la lutte a de chance de réussir, plus il est facile de motivier les gens pour qu’ils participent

        à l’échelle nationale : aucune chance de remporter un quelconque combat aujourd’hui. Pourquoi les gens participeraient-ils ?


      • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 30 juillet 2015 19:17

        @wesson
        Sortir de l’ UE et de l’euro se prépare, et les négociations de sortie, prévues dans l’article 50 ne sont pas inutiles. Par exemple, la France a signé 521 traités et des milliers d’accords internationaux (météo, aviation civile etc), dont certains peuvent être conservés, d’autres dénoncés.


        L’UPR a prévu toute une série de décisions à prendre pour sortir de l’ UE, de l’euro & de l’ OTAN.
        « Le jour d’après la sortie de l’ UE ».

      • maQiavel maQiavel 30 juillet 2015 19:24

        @Fifi Brind_acier
        -Sortir de l’ UE et de l’euro se prépare, et les négociations de sortie, prévues dans l’article 50 ne sont pas inutiles. 


        ------> Je pense que ceux qui conçoivent les rapports entre Etat comme des relations juridico- législatives se trompent.
        Certes , les relations juridico-législatives et les traités entre Etat existent mais il ne faut pas oublier qu’ ils ne sont que l’ émanation des rapports de force.

        Ce sont ces rapports de force qui disent le droit , ce n’ est pas l’ inverse , on peut trouver cela horrible mais la politique est ainsi faites dans le monde des hommes.

        Je ne dis pas que l’ article 50 est inutile , je dis qu ’ il n’ est pas le seul moyen de sortir de l’ UE , une telle sortie est avant tout tributaire de ’l évolution des rapports de force politique.


      • maQiavel maQiavel 30 juillet 2015 19:44

         Et je ne suis pas non plus contre l’ instrumentalisation de l’ article 50 dans le cadre d’ un rapport de force.


      • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 1er août 2015 07:16

        @maQiavel
        Et c’est quoi, les autres moyens ?


      • maQiavel maQiavel 1er août 2015 09:46

        @Fifi Brind_acier
        Les moyens théoriques légaux ? 

        Je dis qu’ en pratique , on est pas obligé d’ utiliser l’ article 50 dans une espèce de légalisme idéaliste , sortir de l’ UE peut aussi se faire brutalement en violant les traités.

        La politique , ce n’ est pas seulement les formalités administratives , c’ est surtout les rapports de force.

        Il y’ a des myriades d’ exemples dans l’ histoire dans lesquels des Etats ont violé des traités internationaux.Un exemple parmi tant d’ autres : les Allemands en mai 1941 n’ ont pas hésité à violer leurs traités avec les soviétiques.
        Certains vont même jusqu’ à énoncer cette maxime : les pactes sont comme les promesses fait pour être rompus ...

      • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 1er août 2015 12:27

        @wesson


        Analyse pertinente à laquelle je souscris sans réserve.

        La seule issue de la part d’un dirigeant solide serait - excipant de la souveraineté étatique de la Grèce, ou du moins de ce qu« il en reste - de procéder immédiatement à l’arrestation physique des négociateurs et experts de la Troïka et de les jeter en détention, histoire de toucher du doigt ce que que peut constituer une autorité politique désireuse de se défendre.

        Comme le déclare très justement Y. Varoufakis (dernière livraison du Monde Diplomatique, Août 2015, p. 17)), cité par S. Halimi ( »L’Europe dont nous ne voulons plus« ), »A quoi bon plaider son dossier devant un peloton d’exécution ?"

        Cordialement,
        RB

      • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 2 août 2015 20:01

        @maQiavel
        Êtes-vous pour la sortie unilatérale de la France de l’ UE ? Oui, ou non ?


        Pourquoi violer les Traités, alors qu’on peut en sortir pacifiquement... Ceux qui proposent cette solution, comme par hasard, ne veulent PAS DU TOUT sortir de l’ UE ! Alors comment peuvent-ils violer des Traités qu’ils veulent seulement modifier ?
        Ce qui leur évite, comme à Syriza, de préparer la sortie. Bilan, ils se sont fait niquer.

        Et mensonge sans honte, Iglésias, de Podémos, trouve que c’est génial, et que l’accord grec a « stabilisé le gouvernement grec ». Il n’ose quand même pas prétendre que Tsipras a changé les Traités et renversé la table, comme le disent toutes les promesses des 6 Partis européens qui constituent la Gauche réformiste européenne.

        Ce sont des Partis leurres qui proposent tout, sauf l’article 50 : « Les fausses oppositions à l’ Union européenne ». 


      • maQiavel maQiavel 3 août 2015 10:33

        @Fifi Brind_acier

        -Pourquoi violer les Traités, alors qu’on peut en sortir pacifiquement... 

        ------> Je ne crois pas que cette sortie puisse être pacifique, c’est peut être vrai juridiquement, mais l’enjeu stratégique dépasse largement le cadre juridico-législatif .Je ne dis pas qui’ il faut violer les traités mais les violer est une option, dans tous les cas, il ne faut pas se l’interdire.

         

        -Êtes-vous pour la sortie unilatérale de la France de l’ UE ? Oui, ou non ?

         

        ------> D’un point de vue théorique, la réponse est oui.

        D’un point de vue pratique, tout dépend des nécessités et des circonstances politiques. C’est en fonction des rapports de force qui déterminent ces circonstances et nécessités du moment qu’une tactique peut se dégager.

        Il faut bien comprendre que sortir de l’UE unilatéralement, c’est prendre initiative de la bataille. C’est bien mais il faut pouvoir la gagner.


      • maQiavel maQiavel 29 juillet 2015 14:31

        Une hypothèse très intéressante  :

        « Le mystère de l’étonnante capitulation d’Alexis Tsipras au lendemain du référendum est-il en train d’être élucidé ?

        Selon le journal grec To Vima, un média de référence politiquement plutôt à droite, le plan B d’Alexis Tsipras consistait à introduire une nouvelle drachme et à financer l’impression de cette nouvelle monnaie avec l’aide de la Russie.

        Depuis janvier dernier, dès sa nomination, Alexis Tsipras avait tenté de prendre ses distances avec Bruxelles et de se rapprocher de la Russie.

        « En somme, le gouvernement Tsipras aurait demandé à la Russie de financer un Grexit », selon le site Zerohedge. L’idée d’introduire une nouvelle drachme « a été examinée par des technocrates et des employés du Ministère grec des finances qui auraient étudié le modèle de scission de la Tchécoslovaquie en 1993 et l’introduction de la couronne slovaque », selon Greek Reporter.

        Malheureusement pour le chef d’État grec, la nuit même du référendum du 5 juillet, Vladimir Poutine lui aurait signifié son refus. La réponse du gouvernement russe n’aurait comporté qu’une vague avance de 5 milliards de dollars sur le transit du pipeline South Stream à travers la Grèce.

        Dans ces conditions, malgré l’appui du peuple grec, Alexis Tsipras n’aurait plus eu d’autre choix que d’accepter le plan d’austérité des créanciers.


        • maQiavel maQiavel 29 juillet 2015 14:34

          Et aussi Stathis Kouvélakis, philosophe francophone, membre du Comité central de Syriza  :

          « Que faire maintenant, en dehors du cadre de l’Union européenne ? Penser pouvoir s’appuyer sur l’administration Obama est une fausse bonne idée, on l’a vu. Quant à la Russie, c’était sans doute une carte à explorer. Syriza l’a tentée sans vraiment y croire ; en réalité, la diplomatie russe est très conservatrice. Elle ne vise pas du tout à favoriser des ruptures dans le bloc européen. La Russie, dans ses pourparlers avec Syriza, souhaitait un gouvernement dissonant quant à l’attitude antirusse des Occidentaux suite à l’affaire ukrainienne et aux sanctions économiques. Mais à condition de rester dans le cadre de l’Union européenne et de l’euro ! En dépit de quelques bonnes paroles, la Russie n’a été, à aucun moment, un allié du gouvernement Syriza : il me semble douteux de croire qu’elle serait disposée à faire davantage si les choses étaient allées jusqu’à la rupture ».


        • wesson wesson 29 juillet 2015 14:59

          @maQiavel

          Je doute assez que Tsipras soit allé quémander auprès de Poutine une aide de manière aussi directe, toutefois en supposant l’information exacte, il est parfaitement normal que Poutine ait refusé cette demande, au moins officiellement. Les relations avec l’UE sont assez mauvaises comme cela, une aide directe à la Grèce qui aurait comme finalité de lui faire réussir sa sortie de l’UE, ça nous faisait partir pour 50 ans de brouilles réelles avec les Russes. Sans même évoquer le fait que la Russie n’est pas si bien que cela financièrement parlant non plus. Les Russes ont encore besoin de l’Europe pour s’en sortir, surtout en ce moment ou la Chine flanche sérieusement. 

           

          « Dans ces conditions, malgré l’appui du peuple grec, Alexis Tsipras n’aurait plus eu d’autre choix que d’accepter le plan d’austérité des créanciers. »
          On est là dans la plus pure expression du TINA (There Is No Alternative). Personnellement, je n’y croit pas une seconde, et j’y donne son nom véritable : un manque d’imagination.

        • maQiavel maQiavel 29 juillet 2015 15:31

          Bonjour wesson.

           

          Je ne fais pas de cette hypothèse une vérité absolue, ce n’est qu’une hypothèse mais elle est intéressante à plusieurs titres dans ce sens qu’elle explique pourquoi Tsipras a agit de cette façon.


          -On est là dans la plus pure expression du TINA (There Is No Alternative). Personnellement, je n’y croit pas une seconde, et j’y donne son nom véritable : un manque d’imagination.

           

          ------> La question est la suivante : était il possible pour la Grèce de s’en sortir seule  ?

           

          Varoufakis lui-même dans une autre interview admet « Si nous parvenons à sortir unis de ce pétrin, et à gérer correctement un Grexit… il serait possible d’avoir une alternative. Mais je ne suis pas sûr que nous y parvenions, parce que  la gestion de l’effondrement d’une union monétaire demande beaucoup de savoir-faire, et je ne suis pas sûr que nous l’ayons ici en Grèce sans aide de l’extérieur. »

          La Grèce aurait elle pu s’ en sortir seule sur le plan du savoir faire , sur le plan financier , géopolitique ( c’ est un paramètre qu’ il faut rajouter à l’ équation qu’ il faut rajouter car sortir de la zone euro , c’ est en quelque sorte lui déclarer la guerre puisque cette réussite pourrait etre une preuve que le « no alternartive » est de l’ enfumage ).

          J’ai un doute …


        • maQiavel maQiavel 29 juillet 2015 15:42

           Je crois qu’ il ’y a des considérations géopolitiques qui dépassent le paramètre économico -financier.

          Il a été amusant de constater la discrétion Etasunienne dans cette affaire lorsqu’ on sait que l’UE, l’euro et l’OTAN sont une entreprise de vassalisation du continent Européen, un verrou stratégique majeur pour l’oncle sam.

          Il suffit de regarder où est située la Grèce et ce qu’elle est : un pays chrétien orthodoxe qui entretient de bonnes relations traditionnelles avec la Russie, située sur la Méditerranée non loin de « La Russie de Poutine ».

           Était-il envisageable pour la première puissance mondiale de voir la Grèce autorisé à s’éloigner des institutions Européennes ? Est-il possible pour un pays membre de l’OTAN d’adopter une politique contraire aux intérêts des Etats-Unis ? Est-il libre d’opter pour des relations vraiment amicales avec la Russie ? Bien sur que non.La Grèce a connue un putsch militaire dans un passé pas si lointain. Le commandement et le contrôle des pays membres de l’OTAN est étroitement surveillé par l’armée des États-Unis.

          Zizek a fait la proposition suivante à Syriza : « Syriza devrait exploiter, en montrant un pragmatisme impitoyable, en pratiquant le calcul le plus glacial, les fêlures les plus minces de l’armure de l’adversaire. Syriza devrait flirter effrontément avec la Russie et la Chine, elle devrait caresser l’idée de donner une île à la Russie afin que celle-ci en fasse sa base militaire en Méditerranée, juste pour effrayer les stratèges de l’OTAN. »

          Sans appui de la Russie, ce plan tombe à l’eau et il ne reste pas beaucoup de choix au regard des rapports de force.


        • alinea alinea 29 juillet 2015 18:18

          @maQiavel
          C’est tout à fait des conneries, ça ; si j’en crois tout ce que j’ai lu !!! certes mes sources ne sont pas très adroites, pardon, à droite.


        • maQiavel maQiavel 29 juillet 2015 19:01

          @alinea
           La question n’ est pas savoir si les sources sont de gauche ou de droite ( par ailleurs , comme mit en lien , des membres du comité central de Syriza pensent la même chose ) mais de savoir si cette hypothèse est l’ explication de la capitulation de Tsipras.




        • alinea alinea 29 juillet 2015 21:07

          @maQiavel
          Je parlais de votre hypothèse d’une drachme imprimée par la Russie ; c’est des conneries !
          ll n’a jamais été question pour Tsipras de sortir de l’euro !! ( je parlais de droite et de gauche parce votre source est de droite, comme vous nous l’avez dit !)
          Sinon, pour vos autres sources, j’ai les mêmes !!


        • maQiavel maQiavel 29 juillet 2015 21:23

          @alinea


          -Je parlais de votre hypothèse d’une drachme imprimée par la Russie ; c’est des conneries !

          ------>  Pour être précis ce n’ est pas mon hypothèse , c’ est une hypothèse , et il ne s’ agissait pas , dans celle ci , de faire imprimer une drachme par la Russie mais d’ en financer l’ impression par la Russie ( en partie évidemment ).

          -ll n’a jamais été question pour Tsipras de sortir de l’euro !!


          ------> C’ est une autre hypothèse.
          Je ne sais quelle est la vérité mais je trouverai étonnant que Varoufakis ait amorcé son plan B sans l’ accord de Tsipras.

          Je pense que les deux hypothèses se combinent : Tsipras n’ a pas voulu sortir de l’ euro mais face aux difficultés des négociations , il a évalué l’ option de sortie , et cette évaluation l’ a amené à la capitulation.

          Varoufakis dit d’ ailleurs : "Quant à l’échec de la mise en place du plan,  j’ai toujours dit à Tsipras que ce ne serait pas une partie de plaisir mais que c’était le prix à payer pour la liberté. Mais quand le moment fatidique est arrivé, il s’est rendu compte que ce serait trop compliqué à mettre en place (... ) et c’est pourquoi j’ai présenté ma démission ».





        • alinea alinea 29 juillet 2015 22:06

          @maQiavel
          Ce que j’ai lu de Varoufakis, c’est qu’ils se mirent à quatre ou cinq pour y réfléchir, mais de là à en faire un plan B, c’était une autre histoire.
          Son petit jeu du net, comme dit dans cette interview téléphonique, est du même acabit, pas un jeu, mais vraiment les toutes premières prémices d’une possibilité de peut-être commencer à y réfléchir !!
          Ils ont tout le temps maintenant, sauf à ce qu’il y ait d’autres élections et que, par miracle , Aube Dorée passe ; je pencherais plutôt pour un parti OK avec l’USU(R)E !!


        • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 30 juillet 2015 06:56

          @maQiavel
          Le Secrétaire du Trésor américain Lew a suivi de près toutes les négociations.
          Et il est régulièrement intervenu.


        • maQiavel maQiavel 30 juillet 2015 11:47

          @Fifi Brind_acier
          Merci pour le lien.


        • coinfinger 30 juillet 2015 15:37

          @wesson
          Tout à fait d’accord avec l’idée générale qui à mon avis sous tend vos posts .
          çà faisait déjà un moment qu’opinion publique et représentation politique çà faisait deux en s’écartant . Mais là en Gréce et ailleurs à mon avis on franchit un seuil . Lopinion publique va redevenir le peuple , étre active et balayer les leaders qui ne suivront pas . Du coup aussi Aube dorée et pc vont passer à la trappe . Parce qu’il ne s’agit plus d’opinion mais de vie . Non seulement les habituels subissants se rebiffent mais aussi les ’couches moyennes’ , celles qui ont des moyens d’actions , en plus de leur travail .


        • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 30 juillet 2015 18:42

          @maQiavel
          Sapir explique le plan B de Varoufakis, qui a essayé de mettre en place un système parallèle de paiement entre les entreprises et le gouvernement. Et pas la sortie de l’euro. Même si, à terme son système y aurait sans doute abouti, ce n’était pas le but de la manoeuvre. Il s’agissait de contrer la fermeture du robinet bancaire par la BCE.


          La sortie de l’ euro par la Grèce ne règlerait rien du tout au niveau de la dette grecque.
          Elle est rédigée en droit anglais, et pas en droit grec, elle resterait en euros, et pi c’est tout.
          Même Sapir, qui plaide pour une sortie de l’euro, ne semble pas le savoir.

          Revenir à la drachme, dont la valeur est au moins 50% en dessous de l’euro-mark, faciliterait grandement l’économie grecque, cf les reproches de Sapir aux économistes du PCF, qui comprennent que couic aux questions monétaires.

          Le plan B de Varoufakis montre que tout le fonctionnement de l’ Etat est sous tutelle de la Troïka. C’est la sortie complète des Traités européens qui permettrait à la Grèce de fait défaut, comme l’a fait l’ Argentine en 2002. « L’Argentine prouve qu’il y a une vie après la mondialisation. »


        • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 30 juillet 2015 19:19

          @maQiavel
          Hypothèse niée par la Russie :
          « Les Russes n’aiment pas les faux culs. »

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