Les "élites occidentales" se trouvent en pleine fuite en avant sans aucune réelle perspective.
Dans le cas de l’Europe, ça tourne au grotesque : c’est un ensemble de cercles restreints qui ont été à l’origine de la débâcle actuelle par la politique qu’ils ont imposée depuis les années 1980, mais qui passent leur temps à se congratuler mutuellement et à se donner collectivement raison à eux-mêmes.
Voir, par exemple, nos trois derniers articles :
M. Monti, président européen de la Trilatérale
http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2010/05/19/m-monti-president-europeen-de-la-commission-trilaterale.html
Le 19 mai, un article du Figaro intitulé « Universités : Valérie Pécresse
s’inspire du modèle allemand »
peut laisser le lecteur perplexe par ses raccourcis. On y lit notamment
que, « grâce au projet d’excellence de l’enseignement supérieur
allemand », la Technische Universität München aurait « réussi à
faire revenir une dizaine de ses professeurs partis à l’étranger ».
C’est oublier quelque peu rapidement la gravité de la crise économique
dans un certain nombre de pays, et qui aux Etats-Unis comme au
Royaume-Uni atteint très profondément le tissu universitaire. Au même
moment, un président d’université privée est devenu président européen
de la Commission Trilatérale. Ils s’agit de l’ancien commissaire
européen Mario Monti, actuellement président de l’Università Commerciale Luigi Bocconi
de Milan et président
honoraire du think tank Bruegel
dont il fut l’un des fondateurs. L’avenir de la recherche française et
européenne sera-t-il décidé par des professeurs d’Economie
d’universités privées et des membres de think tanks ? On
pouvait déjà le craindre à l’examen, entre autres, du « rapport Aghion » qui ne mentionne même pas
l’existence Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS)
et
des autres organismes publics de recherche français, et de la
composition de la commission qui a élaboré ce rapport. Le 19 mai
également, le communiqué du Conseil des Ministres fait état
d’un projet de loi de finances rectificative pour 2010, avec « pour
objet de permettre à la France d’apporter sa contribution aux
mécanismes européen et international garantissant la stabilité
financière de la zone euro ». L’adoption des accords européens en la
matière il a une dizaine de jours a coïncidé avec la clôture de la
réunion plenière de la Commission Trilatérale à Dublin du 7 au 9 mai.
Le lendemain de cette réunion, Mario Monti s’exprimait dans Le Monde en tant que
rapporteur auprès de la Commission Européenne devant remettre le même
jour à José Manuel Barroso un rapport sur « Une nouvelle stratégie
pour le marché unique au service de l’économie et de la société
européenne ». Tout un programme. Quels services publics
seront les premiers à en faire les frais ?
[la suite, sur le lien http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2010/05/19/m-monti-president-europeen-de-la-commission-trilaterale.html
]
http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2010/05/20/monti-grece-refractaires-nationalistes.html
Monti, Grèce, Barroso, "réfractaires", "nationalistes"... (I)
Le 20 mai, une nouvelle grève générale a lieu en Grèce, pays
qualifié par Mario Monti de « réfractaire au marché
unique et à la concurrence ». Au même moment, d’après une note d’European
Voice intitulée « Monti must try harder »,
le président de la Commission Européenne José Manuel Barroso
s’apprêterait à durcir encore les recommandations formulées dans le
rapport du nouveau président européen
de la Commission Trilatérale. Pourtant, la panoplie brandie par Mario
Monti paraît déjà « suffisamment » inquiétante. La réalité est qu’à des
possibles différences de tactique près, Monti et Barroso préconisent
conjointement une stratégie de démolition accélérée des Etats
souverains et de casse sociale à grande échelle en vue d’un « marché
unique européen ». Opération qui ne sera en réalité qu’un ingrédient de
la stratégie permanente de « marché unique » mondial avec nivellement
par le bas des droits des citoyens et des acquis sociaux. Barroso
chercherait-il à mettre au point un nouveau plan avant la conférence de
Bilderberg qui doit se réunir à Sitges (Catalogne) dans deux semaines ?
Force est de constater qu’à l’Union Européenne comme ailleurs, et
quelles que soient les instances, ces débats sont menés très loin des
citoyens, voire même des parlements nationaux réduits de fait à un rôle
provincial. Peut-on décemment qualifier de « réfractaires », ou encore
de « nationalistes », « souverainistes »... ceux qui s’opposent à de
telles pratiques ? C’est un fait évident, que les actuels Etats
souverains sont à ce jour les seuls garants des droits des citoyens et
des acquis sociaux. Le 20 mai également, Le Point intitule « LUTTE CONTRE LES DÉFICITS - La cure
amaigrissante de Nicolas Sarkozy »
un article consacré à la « deuxième conférence nationale sur les
déficits, réunie autour de Nicolas Sarkozy » organisée et présidée ce
jour par le Président de la République. Curieuse pratique, consistant à
faire payer les prétendus « déficits » par les travailleurs et
les citoyens qui les subissent, et pas par les grands financiers et
industriels qui en sont à l’origine et dont les Etats renflouent les
caisses aux frais de la grande majorité de la population.
[la suite, sur le lien
http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2010/05/20/monti-grece-refractaires-nationalistes.html
]
http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2010/05/20/monti-grece-barroso-refractaires-nationalistes-ii.html
Monti, Grèce, Barroso, "réfractaires", "nationalistes"... (II)
Le 20 mai, la quatrième grève générale grecque contre la prétendue «
austérité » a témoigné clairement d’un état de mobilisation
permanent de la part de la population, pendant que Capital diffuse une note intitulée : « Le CAC 40 lâche
plus de 3%, Wall Street en forte baisse ».
Mais les « investisseurs » ne font pas tourner la production. Sans eux,
sans les lobbies financiers et sans les « élites » porteuses de la «
politique unique », la débâcle économique des Etats-Unis et des pays de
l’Union Européenne ne se serait jamais produite. C’est sans doute dans
cette coupure de plus en plus profonde entre la finance, la «
gouvernance » et la « gestion » d’une part, et le travail réel de
l’autre, que réside la cause profonde de la crise actuelle. Une dizaine
de jours avant le cinquième anniversaire du référendum français sur le projet de Traité
Constitutionnel Européen (TCE), le constat est particulièrement accablant. Et
les attaques récentes de
Mario Monti contre le fonctionnement (relations de travail, acquis
sociaux, domaine public...) de la Grèce visaient-elles uniquement ce
pays ? Le 20 mai également, à l’occasion de la Journée Maritime
Européenne, le site de la Commission Européenne attribue à son président José Manuel Barroso une
déclaration estimant que la Politique Maritime Intégrée constitue « an
important example of joint up policy making for sustainable and
inclusive growth in the context of our Europe 2020 strategy ». De son
côté, le Fond Monétaire international (FMI) exige notamment de la Grèce «
une répartition équitable de la charge de l’ajustement entre toutes les
couches de la société en épargnant les groupes les plus vulnérables et
en alourdissant la fiscalité pour les groupes relativement plus aisés
», ainsi que « des mesures pour rationaliser le secteur public ».
Quelles mesures, et que signifie l’expression « rationaliser » ? A ce
sujet, une dépêche AFP rédigée à Washington et rediffusée par des
médias suisses souligne
que l’aide du FMI à la Grèce a été accordée « en échange de mesures
d’austérité drastiques, touchant entre autres les rémunérations dans la
fonction publique ». La souveraineté des Etats et leurs infrastructures
et services publics sont la cible directe de l’actuelle offensive
d’instrumentalisation de la crise économique. Mais est-ce autre chose
que la fuite en avant d’un milieu fermé, responsable de la destruction
des économies occidentales et qui cherche par tous les moyens à se
donner raison a posteriori ?
[la suite, sur le lien
http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2010/05/20/monti-grece-barroso-refractaires-nationalistes-ii.html
]
et juste avant :
CNRS et piège européen (I)
Bilderberg, la Trilatérale... et le monde (I)
Bilderberg, la Trilatérale... et le monde (II)
Bilderberg, la Trilatérale... et le monde (III)
Bilderberg, la Trilatérale... et le monde (IV)
Bilderberg, la Trilatérale... et le monde (V)
Bilderberg, la Trilatérale... et le monde (VI)
Grèce : la faillite planifiée des Etats souverains
Trilatérale 2010, à Dublin début mai
Bilderberg 2010, en Catalogne début juin
Cordialement
Le Collectif Indépendance des Chercheurs
http://science21.blogs.courrierinternational.com/