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Accueil du site > Actualités > Politique > Vers une fin du bipartisme britannique du XXe siècle ?

Vers une fin du bipartisme britannique du XXe siècle ?

 Le vote récent de nos amis du Royaume-Uni a longtemps avait été décrit comme un des plus serrés depuis plus d’une dizaine d’années. Cependant, les résultats ont donné tort aux sondages qui annonçaient un duel serré entre les Conservateurs et les Travaillistes. En effet, le Labour Party a pratiquement été rayé de la carte écossaise en perdant 37 sièges des 40 qu’il occupait avant les élections. Malgré cela, les Travaillistes conservent 232 sièges. Néanmoins, cette chute des partisans d’Ed Milliband a profité aux Conservateurs puisque David Cameron va pouvoir jouir d’une majorité absolue avec 331 sièges pendant son second mandat. 

 Cette baisse de popularité aux urnes des Travaillistes annonce-t-elle un renouveau dans le bipartisme britannique, dominé par les deux mêmes partis depuis près d’un siècle ?

 

 Cela fait plus de 200 ans que la vie politique anglaise peut être caractérisée par le bipartisme. Cependant, les acteurs de ce bipartisme ont évolué au début du XXe siècle pour laisser place à celui que nous connaissons aujourd’hui, au début des années 2000. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, les deux acteurs majeurs de l’échiquier politique britannique sont les Whigs et les Tories.
 Les Whigs forment, à partir du XVIIe siècle, le parti qui s’oppose à la toute puisance du trône d’Angleterre. A l’inverse, les Tories, proches de la dynastie des Stuarts qui a régné sur le Royaume-Uni pendant près 4 siècles, défendaient quant à eux un pouvoir monarchique fort. Ces derniers sont à l’origine du présent Parti Conservateur. Les Whigs, quant à eux, accédèrent au pouvoir en 1714 et y restèrent pendant plusieurs décennies. Cependant, au cours du XVIIIe, ils redeviennent simples acteurs de l’opposition et perdent leur influence politique jusqu’à disparaître au profit du parti travailliste, fondé en 1900 par des syndicats. L’élimination progressive des Whig au Parlement a eu lieu majoritairement dans les années 1930.
 Pour expliquer cette disparition du parti Whig qui a laissé place au bipartisme que nous connaissons actuellement, il est important d’étudier le mode de scrutin qui est utilisé au Royaume-Uni. Effectivement, c’est un scrutin majoritaire à un seul tour. Dès lors, l’absence de second tour pousse les électeurs à se rassembler en deux grands groupes de manière à ce que leurs voix ne soient pas perdues dans un troisième parti qui n’obtiendra pas, ou peu, de sièges au Parlement. Cependant, grâce à l’appui des syndicats, le parti Travailliste parvient à émerger dans un bipartisme historique malgré le fait qu’il soit le « troisième parti ». Mais la force des Travaillistes leur permet d’inverser la tendance et changer de position dans l’échiquier politique afin de devenir parti majeur du bipartisme, propulsant ainsi les Whigs vers la sortie.
C’est donc cette tradition du bipartisme qui règne jusqu’à cette élection du 7 mai 2015. En effet, seuls 3 premiers ministres entre 1900 et 2015, n’auront pas appartenu au Parti Conservateur ou Travailliste. Le bipartisme Conservateur-Travailliste au Royaume-Uni semble donc inébranlable depuis près d’un siècle.

 

 Suite à ce bref rappel historique qui nous a permis d’expliquer l’origine du bipartisme britannique actuel, nous allons aborder les résultats de l’élection du 7 mai. Cependant, il semble tout de même important de souligner la fausseté des sondages sortis durant les jours précédant les élections. Par exemple, un sondage mené par l’institut Populus entre le 1 et le 3 mai ne fournissait pas de vainqueur évident. En effet, les Travaillistes et les Conservateurs étaient proches avec tout deux 34% des intentions de vote (en mettant de côté l’abstention). Le UKIP capterait 13% des voix et le SNP (Scottish National Party) 4%. Finalement, les Conservateurs auront remporté leur majorité absolue avec plus de 36% des voix selon la BBC et le Figaro et les Travaillistes n’obtiendront qu’un peu plus de 30%. Cette élection est donc, non seulement une défaite pour le Labour Party, mais aussi pour les experts politiques et les instituts de sondages. Alors, comment expliquer cette différence ?

Selon Philippe Bernard, journaliste du Monde au Royaume-Uni, cette surprise à la sortie des urnes peut s’imputer à ceux que le Figaro mentionne sous l’appellation de « Tories timides ». En effet, ces conservateurs se seraient mobilisés à la dernière minute alors qu’ils restaient à l’écart des sondages.

 La grande surprise de ces élections demeure néanmoins la montée en puissance du SNP. En effet, les indépendantistes écossais apparaissent désormais comme une force d’opposition puisqu’ils remportent 50 sièges de plus grâce à cette élection du 7 mai. Encore minoritaire certes, mais nous pouvons cependant nous demander si ce parti écossais ne vient pas d’amorcer sa montée en puissance de la même manière que l’a fait le Labour Party au début du XXe siècle. Le SNP peut-il apparaître comme la nouvelle troisième force d’un bipartisme centenaire en déclin ?

 

 En effet, les résultats des élections peuvent pousser vers cette conclusion. Tout d’abord, il faut souligner l’importance du raz-de-marée du SNP en Ecosse. Dans cette province du Nord du Royaume-Uni, on décompte 59 sièges de députés. Le SNP, qui en possédait avant les élections uniquement 6, en a conquis 50 de plus lors du dernier scrutin. Et cela, au détriment d’un parti travailliste historiquement ancré dans la vie politique écossaise depuis plusieurs décennies explique Philippe Bernard. Le Labour Party ne se voit plus qu’en possession de 3 sièges en Ecosse. Un coup dur pour les partisans d’Ed Milliband qui se voient presque éjectés du pays d’un jour à l’autre.

 Le SNP a en effet très bien réussi sa campagne en revendiquant d’une part l’indépendance de l’Ecosse mais aussi une position plus affirmée contre l’austérité mise en place par David Cameron. C’est surement ce positionnement plus radical qui a permis au parti indépendantiste de capter des électeurs depuis longtemps travaillistes.

 

 Alors, pouvons-nous aller jusqu’à affirmer que nous assistons à une remise en cause du bipartisme Travailliste-Conservateurs ?

 Dans l’immédiat, le Labour Party et le Conservative Party demeurent encore les partis qui dominent la vie politique au Royaume-Uni de par leur nombre de sièges à la Chambre des Communes. Cependant, deux partis sont entrain d’attaquer l’ordre établi tout au long du XXe siècle qui sont le UKIP, qui a réalisé une moins belle performance que le SNP, et bien entendu, le Scottish National Party. Malheureusement pour le UKIP, qui se distinguait par sa position fortement eurosceptique, le référendum sur l’Europe promis par Cameron qui aura lieu d’ici 2017 va peut-être remettre en cause sa raison d’être si le Premier Ministre fait sortir le Royaume-Uni de l’Europe, suite au référendum. En ce qui concerne le SNP, nous pouvons émettre quelques réserves quant à son ascension au détriment du parti travailliste. En effet, les revendications des partisans de l’indépendance de l’Ecosse sont fortes. La popularité du SNP à ces élections pourrait être en effet assimilée au résultat du référendum sur l’indépendance de septembre dernier, qui donnait 45% de votes favorables. Mais c’est aussi cette idée d’indépendance que met en avant le parti qui pourrait l’empêcher d’augmenter son poids politique au niveau britannique. Un sondage Populus du 12 septembre 2014 montrait effectivement que 70% des électeurs anglais étaient opposés à l’indépendance écossaise. Aussi, semble-t-il difficile d’imaginer la montée en puissance d’un parti, tel que le SNP, prônant l’indépendance de l’Ecosse.

 

 Finalement, malgré la défaite des Travaillistes, il semble difficile de croire que le bipartisme tel que nous le connaissons, établi depuis près d’un siècle, vienne à disparaître. Le Labour comme le Conservative Party restent encore bien ancrés chez les électeurs britanniques. La montée en puissance du SNP et du UKIP, au rang de partis majeurs d’opposition apparaît alors comme peu probable. Plus particulièrement concernant le UKIP, une échéance importante approche qui est celle du référendum sur l’Europe, promesse de campagne de David Cameron. Un référendum dont il est difficile de prévoir le résultat, mais qui pourrait changer l’avenir du UKIP comme celui du Royaume-Uni, de manière historique.


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1 réactions à cet article    


  • Ouallonsnous ? 18 mai 2015 16:51

    N’oublions pas que le cabinet britannique est orfèvre en matière de trucage et interprétation des résultats électoraux !
    La place Beauvau est à leur écoute quand il y a élections en France !

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E.L


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