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Accueil du site > Actualités > Politique > Vers une recomposition politique au Parlement européen ?

Vers une recomposition politique au Parlement européen ?

L’une des caractéristiques essentielles d’une vraie communauté politique européenne, d’une vraie fédération, serait le développement d’une vraie vie politique à l’échelle de L’Europe, avec des partis se présentant aux élections européennes sur des programmes identiques dans toute l’Union.

Bientôt, de vrais partis politiques européens ?

Jusqu’ici, des partis politiques en devenir se sont développés au niveau européen, en se formant à partir des principaux groupes politiques du Parlement européen.

Toutefois, ce sont surtout les partis politiques nationaux qui ont mené campagne pendant les dernières élections européennes, en 2004. C’est sans doute surprenant mais les Britanniques ont semblé s’en accommoder sans trop de difficultés, jusqu’à récemment.

Le « Labour » (Parti travailliste) est membre du « Parti Socialiste Européen » (PSE) [1] et du Groupe parlementaire socialiste [2] au Parlement européen. Récemment, notamment à l’occasion de la directive sur le temps de travail, les relations entre les députés travaillistes et le groupe socialiste se sont révélées plus fortes qu’avec Tony Blair [3].

Les « Libéraux-Démocrates » (Libdems) sont les principaux acteurs du développement de l’ « Alliance des libéraux et démocrates européens » (ALDE) [4] et le député européen Libdem Graham Watson préside le Groupe parlementaire ALDE [5] du Parlement européen.

La question a toujours été un peu plus complexe pour les « Conservateurs ».

Les Atermoiements des Conservateurs britanniques

En effet, le parti conservateur britannique n’a jamais souhaité adhérer au « Parti Populaire Européen » (PPE) [6] et a rejoint des partis moins intégrationnistes comme les « Démocrates Européens » (DE) [7]. Le PPE et DE coopèrent au sein du groupe parlementaire PPE-DE [8] au Parlement européen.

L’idée était de permettre aux Conservateurs de ne pas avoir à voter avec le reste du groupe PPE-DE si leur parti avait pris des engagements contraires à la position du groupe, tout en s’assurant de leur soutien pour les nominations du PPE-DE aux postes d’influence du Parlement. Les Conservateurs en ont également profité, puisque Giles Chichester préside actuellement la Commission « Industrie, Recherche et Energie ».

Mais tout cela est encore indéterminé. David Cameron, le nouveau chef des Conservateurs, s’était engagé avant son élection à retirer les Conservateurs du groupe PPE-DE du Parlement européen, dans l’idée de créer un nouveau groupe politique avec des partis amis.

Vu du Royaume-Uni, cela pourrait avoir un sens : récemment encore, le parti avait choisi comme mot d’ordre national « En Europe, mais pas gouverné par l’Europe » [9] et il s’était opposé à toute avancée de l’intégration européenne, particulièrement depuis 1997.

’’In Europe, but not run by Europe’’ ?

Pourtant, les projets de M. Cameron se sont heurtés à une difficulté : quels seraient donc les partis qui accepteraient de coopérer avec lui ?

Le parti « Démocratique civique » tchèque (ODS) [10] et le parti politique polonais « Droit et Justice » (PiS) [11] ont certes été évoqués comme alliés, mais on est loin des 19 députés de 5 Etats membres différents nécessaires à la formation d’un nouveau groupe politique.

Ainsi, plus de six mois après la promesse de M. Cameron, les « Tories » sont encore membres du PPE-DE [12]. C’est pourquoi les militants conservateurs ont alors récemment commencé à prendre en main la question.

L’eurosceptique Groupe de Bruges, qui réunit certains adhérents au parti, est à l’œuvre derrière la campagne ’’Adieu PPE’’, en faveur de la sortie du groupe PPE-DE. La position inverse, pour rester dans le groupe, est défendue sur le Blog de campagne du PPE-DE, dont le site indique - information intéressante - que plus de la moitié des députés conservateurs sont opposés au retrait du groupe.

Qu’en conclure ?

Une fois encore, l’intégration européenne est un sujet qui divise la classe politique britannique et - une fois encore - c’est un sujet qui semble plus problématique pour le centre-droit que pour le centre-gauche.

Deuxième conclusion : il sera difficile de développer de vrais partis politiques européens sans l’engagement plein et entier des partis de Grande-Bretagne, le troisième plus gros Etat membre de l’UE. Troisième conclusion : la Grande-Bretagne n’est pas en mesure d’influence les principaux partis du centre droit, ce qui laisse la voie libre aux Merkel, Chirac, etc.

Enfin, si la question risque de causer du tort aux relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, on peut dire que le plus grand tort a déjà été causé par le gouvernement travailliste qui n’a jamais pris par les cornes l’euroscepticisme de la population britannique et n’est pour l’instant pas parvenu à honorer sa promesse de « mettre la Grande-Bretagne au cœur de l’Europe », permettant ainsi au soutien à l’UE de plonger dans de nouvelles profondeurs, selon les sondages Eurobaromètre.

Bref : toujours pas de solution en vue pour les relations tendues et difficiles entre la Grande-Bretagne et l’UE.

(Document traduit de l’anglais par Emmanuel Vallens, membre du bureau national des « Jeunes Européens - France »)

- Illustration :

Photographie de l’hémicycle du Parlement européen à Strasbourg.

(Sources : Encyclopédie en ligne wikipédia ).

- Notes :

[1] Parti Socialiste Européen (PSE).

[2] Groupe parlementaire socialiste.

[3] Cliquez ici pour lire l’article de la BBC sur le sujet.

[4] Alliance des Libéraux et des Démocrates pour l’Europe (ALDE), anciennement ELDR.

[5] Groupe parlementaire ALDE.

[6] Parti populaire Européen (PPE).

[7] Parti des Démocrates Européens (DE).

[8] Groupe parlementaire PPE-DE.

[9] i. e : ’’In Europe, but not run by Europe’’.

[10] Le Parti « Démocratique civique » (ODS) sur wikipédia.

[11] Le Parti « Droit et Justice » (PiS) sur wikipédia.

[12] Pour un point de vue journalistique sur cette affaire :

Lire le blog de David Rennie, correspondant à Bruxelles du « Daily Telegraph ».


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10 réactions à cet article    


  • Hayek 1er août 2006 15:07

    La problématique de la vie politique européenne est effectivement très intéressante à soulever. Qu’est ce qui réunit les partis socialistes européens ? Les conservateurs ? Une étude d’un journal allemand avait conclu que la droite française était plus à gauche que la gauche britannique.. A méditer


    • Valery (---.---.127.10) 1er août 2006 18:58

      La vie politique européenne est en effet complexe puisque de nombreux clivages se superposent. Outre les différences gauche/droite (qui ne se recoupent pas en terme de programmes et d’histoire mais bien en temre de valeurs) il existe des clivages géographiques (nord/sud, Est/ouest) et culturels, le clivages entre Nationalistes et pro-Européens etc.

      De plus il n’existe pas encore de véritable gouvernement européen par rapport auquel se situer et, avec la proportionnelle, paqs véritablement de majorité et d’opposition. Ce que l’on perd en lisibilité on le gagne en démocratie : en effet des nombreux courants y sont représentés et les majorités se font projet par projet sur la base d’un véritable travail législatif. A ce titre on doit constater que le Parlement européen a considérablement plus de pouvoir en pratique que l’Assemblée nationale en France et qu’un eurodéputé peut véritablement peser sur le contenu des lois (lire à ce sujet : http://taurillon.org/article.php3?id_article=621).

      Enfin la politique européenne est com^pliquée par le rôle du Conseil Européen, chef d’Etat collectif, où sont représentés nécessairement la droite comme la gauche puisque se sont les gouvernements des différents pays qui y participent.

      En un sens l’Europe vit donc au rythme d’une cohabitation permanente et d’une culture du dialogue et du compromis bien éloignée de ce que nous impose en France le système majoritaire et présidentialiste. Les adeptes d’une vision manichéenne de la politique s’en offusquent car on ne peut pas vraiment à chaque élection faire table rase du passé pour voir tout abbrogé à l’élection suivante mais c’est peut être plus rationnel come mode de fonctionnement.

      Toujours est-il qu’il manque encore la possibilité d’une véritable alternance, au moins au niveau de la Commission : il faut pour cela que le choix du président de la Commission dépende directement du résultat de l’élection europenne (en pratique son président est issu du camp gagnant mais on gagnerait à ce que les partis politiques désignent un candidat en amont de la consultation) et qu’il pèse plus sur la composition de son gouvernement (alors qu’aujourd’hui les noms des commissaires sont imposés par les gouvernements nationaux).

      Les réformes sont difficiles mais il n’y a pas d’alternative à la construction d’une véritable démocratie parlementaire européenne - c’est à dire un système plus ou moins fédéral - à l’exception d’une Europe sans pouvoirs et donc inexistante. Nous sommes au milieu du gué depuis vingt ans, d’où l’insatisfaction constatée dans l’opinion. Il est temps de bouger. Hélmas on se rend compte que l’intertie est grande.


    • Senatus populusque (Courouve) Courouve 1er août 2006 15:12

      Le Parlement européen restera une imposture tant que les micro-Etats y seront sur-représentés par un facteur pouvant aller jusqu’à 13.

      Ce Parlement est élu par un scrutin inégal, l’électeur lucembourgois ou maltais y ayant un poids dix fois supérieur à celui de l’électeur français.

      Pour plus de détails, voir le tableau page 12 de ma page web.


      • Senatus populusque (Courouve) Courouve 1er août 2006 15:13

        Rectif : luxembourgeois


      • Valery (---.---.127.10) 1er août 2006 18:46

        Voilà un mode de pensée un peu jacobin : les Européens ne forment pas uen nation mais une Communauté de peuples. Bien sur les règles de la démocratie implique un principe majoritaire et une juste représentation des citoyens mais dans la mesure ou les identités des plus petits Etats valent aussi d’être sauvegardée il est nécessaire que ces derdiers soient un peu sur-représentés.

        5 ou 6 députés me semble aussi un minimum pour qu’une élection proportionnelle ait un sens et que les différentes tendances politiques soient représentées. Une structe application de la proportionnalité impliquerait que les plus petits Etats soient représentés par une seule personne... et l’opposition alors ?

        Tous les Etats fédéraux prévoient uen forme de sur-représentation des Etats-membres les moins peuplés et l’Union européenne doit répondre à la même problématique.

        IL s’agit bien sur d’un compromis entre plusieurs impératifs contradictoires mais il est loin de faire du PE une « imposture »... Vous proposeriez quoi ?

        Par ailleurs concrètement les pays ayant le plus de députés pèsent de facto beaucoup plus car ce sont les groupes politiques qui jouent un rôle clé dans le fonctionnement du Parlement et y avoir plusieurs dizaines de député est un avantage considérable. Les grands pays y sont pour le coup très bien représentés quand on voit les présidences de groupe ou de commission.

        En revanche on peut légitimement se demander si il ne serait pas temps en France - où le problème ne se pose pas dans les même termes - de revoir le découpage électoral des circonscriptions de nos députés nationaux. On y constate des disproportions beaucoup moins justifiés. Du simple au double.


      • Page 2007 (---.---.168.124) 1er août 2006 17:53

        AgoraVox le média citoyen : Vers une recomposition politique au Parlement européen ? L ?une des caractéristiques essentielles d ?une vraie communauté politique européenne, d ?une vraie fédération, serait le développement d ?une vraie vie po...


        • Internaute Internaute 3 août 2006 18:26

          Il serait temps d’établir un bilan de l’organisation de Bruxelles. Jusqu’à présent, les points positifs qui nous sont présentés (Airbus, Esa etc) ne sont pas son fruit mais elle essaye d’en accaparer les bénéfices.

          L’UE s’est donnée comme objectif de créer l’homme nouveau, détaché de son histoire et de ses racines. Elle est entrain de réécrire les codes civils des nations pour gommer toutes les différences entre les individus. C’est du totalitarisme à la soviétique et toute action qui peut conduire au blocage de ce système nuisible doit être entreprise avec la plus grande urgence.

          L’organisation de Bruxelles n’est qu’un vaste laminoir où une armée d’apparatchiks travaillent à justifier leur existence.


          • Valéry (---.---.74.46) 3 août 2006 20:31

            Je ne vois pas très bien de quoi vous parlez en fait : l’article porte sur le Parlement européen qui est basé à Strasbourg (et non Bruxelles) et qui est une institution tout ce qu’il y a de démocratique - beaucoup plus qu el’Assemblée nationale par exemple. Votre commentaire se contente d’aligner des clichés non argumentés et parfaitement étanges : la comparaison avec le communisme est notamment hors de propos : dois-je vous rappeler que la priorité des peuples qui ont été libérés du joug soviétique a été de rejoindre l’Europe ?


          • moi (---.---.251.78) 11 août 2006 04:02

            çà sert à quoi un député européen ?


            • Valéry (---.---.74.46) 12 août 2006 10:53

              Comme tous les députés : à voter la loi. Comme nous avons des lois européennes (les directives) nous avons donc des députés européens. Plus libres que les députés français dont le rôle est réduit par les institutions de la Ve République, les eurodéputés peuvent largement amender les textes, voter des résolutions, et rejeter ceux qui ne les satisfont pas. Plusieurs articles sur le sujet sur le Taurillon, par exemple : http://www.taurillon.org/article.php3?id_article=621

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