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Villepin a fini par avaler la couleuvre Sarkozy

C’est le temps des soutiens qui se ramassent et s’enfilent à l’appel du premier tour de la présidentielle. Le temps d’un recyclage total des rancoeurs, des trahisons, des inimitiés et des vacheries, au profit d’une « union » de façade, au nom d’une façade de rigueur. A l’UMP comme partout.

"J’ai été avec Nicolas Sarkozy dans ce gouvernement. Je suis aujourd’hui avec Nicolas Sarkozy pour défendre les idéaux de notre famille politique et pour que le choix des Français soit le plus éclairé possible". Dominique de Villepin, gentil organisateur de la pire dissolution de l’ère Chirac, a donc fini par avaler la couleuvre Sarkozy, en se rangeant derrière le chef sans partage de l’UMP, un peu chahuté dans les sondages en ce moment. Avant lui, Simone Veil, icône centriste, qui ne peut pas voir Bayrou en peinture (un « traître », un « mégalo qui se fait une idée de lui-même complètement irréaliste » selon ses propres propos relayés par le Canard Enchaîné, le 28 février dernier), Simone avait elle aussi refait son chignon pour Sarko. Un soutien fort en âge, à défaut d’être vraiment rassembleur en voix : respectée par tous, madame Veil fait surtout partie de ces galeries qu’on visite plutôt que de ces tribuns qu’on applaudit.

Après Simone et Dominique, Nicolas espère bien sûr le soutien de Jacques, nouveau retraité, qui vient de déclamer son grand amour pour la France et les Français, sa fierté de les avoir dirigés pendant douze ans. Un tel soutien ne se refuse pas, mais Sarko devra patienter jusqu’au 19 mars prochain pour savoir si Jacques l’adoube, ou si Jacques le boude. Une manière pour le Chi de se faire une dernière fois désirer, qui plus est par celui qui fut longtemps présenté comme un « traître » à son égard, depuis l’épisode Balladur. Chirac pourrait se laisser aller à ne pas choisir, bien dans son style « je ne manque jamais une occasion de faire de l’humour ». Récemment, au lendemain de la déclaration de politique étrangère de Sarko, l’encore pour quelques semaines locataire de l’Elysée ironisait : « Pendant cinq ans, Nicolas Sarkozy s’est attaché à me contredire sur l’Irak, le Proche-Orient, les relations avec les Etats-Unis et parfois même sur l’Europe. Maintenant il reprend toute ma politique à son compte. Ce n’est plus la rupture. » Ce style Chirac-là, ou l’art du contre-pied, parfois dans le vide, manquera un peu à la politique de ce pays.

Simone, Dominique, peut-être Jacques, Nicolas Sarkozy, qui déplorait encore récemment d’être entouré « d’une bande de connards » (Canard Enchaîné, encore, du 21 février) lorgne aussi du côté de...Giscard (si si) et en attendant se contentera des missives énamourées du bossu du Poitou, Raffarin, mielleux et pompeux dans sa flamme (éditée par Grasset et intitulée « Dernière marche. Lettre à Nicolas Sarkozy  ») deux points sortez les mouchoirs : « C’est toi que je soutiens Nicolas. Je ne me vois pas être ton Premier ministre, on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Ta météo personnelle est comme celle de la Bretagne : il fait beau plusieurs fois par jour. » Ca ne s’invente pas. Dans le bouquin (collection Harlequin ?) l’ancien sonneur de cloches de Matignon dit admirer les « mollets » du petit pressé, et révèle qu’en jogging il est aussi fort que Villepin. « Tu sais être adorable et amusant quand tu te détends. » ajoute Jean Pierre, en érection. C’est comme cette chanson de Gainsbourg : « Ce que tu peux être belle quand tu t’y mets, tu t’y mets pas souvent, pourtant quand tu t’y mets...Tu peux pas savoir ».

Mais il ne peut y avoir que du ciel bleu, des mouettes, des galettes de sarrasin et de l’amour en beurre dans le petit monde de l’UMP, et Jean Louis Borloo, lui, se fait tirer l’oreille. Lui aussi se fend d’un ouvrage au titre énigmatique, « L’architecte et l’horloger » (à l’origine, ça devait s’appeler « Passeport pour le France » !), sans préciser qui sera l’architecte, qui sera l’horloger, si les deux peuvent travailler ensemble, si l’horloger sera à l’heure et l’architecte dans le budget. "Je suis dans une famille politique. Je ne change pas de famille politique" a répété le ministre de la Cohésion sociale, hier soir sur France 2. Dans l’immédiat il ne dit pas qui il soutient mais a adressé son ouvrage à Sarkozy (comme si Nicolas avec ses mollets magnifiques et son souffle impeccable avait le temps de lire en ce moment !) "Je l’adresse à Nicolas Sarkozy demain. On se verra dans les jours qui viennent, et puis je pense que tout cela est compatible. Je suis convaincu qu’avec cette méthode on peut parfaitement y arriver." Ah, oui, bien sûr, parce que « L’architecte et l’horloger » n’est pas un de ces romans new age ou de ces ouvrages de bien-être en vogue actuellement, pas un manuel de Feng Shui ou une ode au bouddhisme, non, c’est bel et bien la méthode de Borloo pour « gagner ». L’ancien avocat de Bernard Tapie marchande donc son soutien à Sarko : tu appliques ma méthode et je te suis, sinon, c’est qu’on n’est pas « compatibles ». Un soutien en crabe : de côté, à reculons.

"Je serai à ses côtés, parce que c’est l’idéal politique de ma famille, c’est mon engagement. Nous avons été ensemble au gouvernement. Nous serons ensemble dans cette bataille". Ca c’est un soutien ferme, de la part du Premier ministre sortant, celui-là même qui il y a quelques semaines de cela, déclarait que ce qu’il fallait à la France c’était « un Ben HUr sur son char. » Après tout, si Raffarin voit en Sarkozy un type « adorable » et « amusant » avec des mollets d’athlète et un corps d’Apollon, pourquoi Villepin n’y verrait-il pas Ben HUr ! "Je crois que dans ma famille politique, à la fois l’action, l’expérience, ont façonné Nicolas Sarkozy, à la fois la réflexion sur des échecs, sur des difficultés, sur des épreuves rencontrées. Tout ceci aujourd’hui le place, je crois, dans une position qui, je crois, lui permet d’habiter cette fonction" On ne peut être plus clair, de la part de celui qu’on apprécie pour l’élégance de son verbe et qu’on redoute pour la violence de ses colères...

Sauf que... le monde étant plus cruel pour les jeunes de Neuilly que pour les anciens bègues du Béarn, le Galouzeau avait certes déclaré que ce qu’il fallait pour la France c’était « un Ben HUr sur son char » mais sa phrase continuait ainsi : « pas ce nabot de Sarko qui passe son temps à inaugurer des usines de Ricin. » (repris dans le Canard Enchaîné, encore) Aujourd’hui, il n’y a plus de nabot, plus d’usines, ou alors plus de ricin, et Villepin ne voit plus qu’un char qu’on n’arrête pas encore, et dessus un homme svelte et suffisamment grand pour remporter la course. Miracle de la politique, élévation de la pensée, joie de la félicité. Rien ne se perd, tout se transforme. Il y a quelques jours encore, selon un de ses proches, Villepin ne se voyait pas « perle parmi d’autres au collier de soutien ». Aujourd’hui pourtant il marche au pas, et trottine aux côtés de son nouveau maître qui lui murmure à l’oreille, comme s’il se parlait à lui même : "J’ai vu longuement Dominique de Villepin hier. Il a conduit les deux campagnes victorieuses de Jacques Chirac en 1995 et en 2002. Il a une grande expérience, c’est pour moi quelque chose d’important. Je suis très sensible à ce qu’il a dit." Le Galouzeau, à mieux y regarder, remue peut-être la queue de contentement à ce genre de compliment. Ou pas.

La semaine s’annonce donc cruciale pour l’hyperactif de Neuilly, très porté sur les escaliers et les placards : si Chirac consent, si Le Pen atteint enfin les 500 et si Borloo conclut, il ne restera plus qu’à attendre que la baudruche Bayrou se dégonfle. Il sera alors temps, toutes couleuvres avalées, toute honte bue, toute mégalomanie satisfaite, de devenir adorable et amusant. Pour cinq ans.


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5 réactions à cet article    


  • Jojo2 (---.---.158.64) 13 mars 2007 16:14

    Sarko une couleuvre ? Je l’aurais plutôt vue en vipère. Qui se s..., pardon, mord la queue.

    Ceci dit, parler de Mme Veil comme d’une « galerie qui se visite », c’est encore plus grossier. Faire des mots, OK, mais à bon escient et rester poli. Ce n’est pas la première fois, d’ailleurs que le sieur Massoulier dérape grave.


    • Fred (---.---.20.123) 13 mars 2007 17:03

      Villepin dans le camp Sarko ... Bientôt Bayrou les rejoindra ... avec Jean-Marie.

       smiley Ha Ha Ha


      • @jean @jean 13 mars 2007 18:53

        je regrette villepin celui de l’onu. dommage qu’il se soit fait torpiller par le cpe

        ce ralliement me navre et manque de panache ...


        • Matthao (---.---.196.238) 13 mars 2007 19:06

          Les mouches sont tout simplement en train de changer d’âne...Il y aurait encore des candides qui croient que ces politicards sont désintéressés et sincères ? Beaucoup disaient pis que pendre au sujet de Sarkozy, ils le rallient après l’avoir raillé, sans complexes. Leurs convictions sont leur ventre.


          • supergrouik (---.---.112.1) 13 mars 2007 19:16

            « baudruche Bayrou » ?

            Tel que c’est parti, elle ne va pas se dégonfler tout de suite. En tous cas, pas avant le second tour smiley

            moi je dis TSSESFLDCQVALS !! tout-sauf-Sarkozy-et-son-filet-de-crabes-qui-viennent-à-la-soupe (ca rentre pas sur les tee-shirts sinon )

            allez tous ensemble TSS-ESFLDCQVALS !! TSS-ESFLDCQVALS !! TSS-ESFLDCQVALS !! smiley

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