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Villepin : la révélation ou l’arnaque ?

Quel numéro sidérant !

Poursuivi dans l’affaire Clearstream, relaxé en première instance puis, à nouveau, sous la menace d’un second procès en appel, Dominique de Villepin s’affirme lui-même de plus en plus comme le recours de la droite contre les excès de Nicolas Sarkozy. Mais, si on s’en tient à une brève chronologie des faits depuis 2005, la détermination inébranlable du dissident le plus célèbre de l’UMP apparaît plus que douteuse. On peut découper cette période en 4 phases :

2005 : un ambitieux Premier Ministre.

Lorsque Villepin est nommé Premier Ministre après l’échec du référendum de mai 2005, il affirme d’emblée sa volonté de redresser la fonction, contrairement à son prédécesseur dont les raffarinades et le style faussement terroir "France d’en bas" masquaient de moins en moins l’effacement.

Dès le départ, sa rivalité avec Nicolas Sarkozy, soi-disant dépité de ne pas avoir été désigné Premier Ministre, est mise en scène. C’est le début d’une guerre des nerfs entre les deux, avec le Président Chirac en témoin peu engagé. L’autorité de l’État en sort quelque peu affaiblie.

Nicolas Sarkozy commence par perdre pied et provoque, par ses surenchères, un mois de violences dans les banlieues en novembre 2006. Sa popularité fléchit au profit de celle de son rival, qui proclame l’état d’urgence et n’est pas tenu responsable de ce délitement inquiétant.

Printemps 2006 : l’autodestruction puis le coup de pied de l’âne.

Mais l’assurance du nouveau Premier Ministre cache une faille : la base des députés UMP n’apprécie guère l’ancien Secrétaire général de l’Élysée, rendu responsable de la dissolution ratée de 1997 et des 5 ans d’opposition qui s’ensuivirent.

Peut-être grisé par ses premiers succès, Villepin va chercher à se concilier cette base libérale en lançant les contrats de travail discriminatoires pour moins de 26 ans. Pour lutter contre le chômage des jeunes bien sûr. Le Contrat nouvelle embauche (CNE) est lancé dans l’indifférence générale fin 2005. Dans la foulée, le Contrat première embauche (CPE) est mis sur les rails.

Levée de bouclier dans les Universités, blocages des campus, manifestations, soutien mou -mais soutien quand même- des organisations syndicales. Sentant tourner le vent, Sarkozy prend le contre-pied de ces initiatives libérales et s’oppose publiquement au CPE, de l’intérieur du gouvernement. Après des semaines de conflit, Chirac, cherchant une voie médiane pour ne pas désavouer son Premier Ministre et calmer l’agitation, décide que, même si la loi est bien votée, il demandera au gouvernement de revoir sa copie concernant le CPE.

Lâché par presque tous, la popularité de Villepin s’effondre en ce printemps 2006.

Le héraut de l’intérêt général s’est mis de lui-même hors jeu en sacrifiant les intérêts des salariés1 au profit de son parti. Ce que les gaullistes parlant des communistes appelaient "faire passer son parti avant sa patrie".

En cette fin de printemps 2006, c’est aussi le moment où l’affaire Cleastream prend de l’ampleur. Personne n’y comprend grand chose, sauf que le Premier Ministre est décrit comme le principal accusé par les médias, qui reprennent intégralement à leur compte la grille de lecture de Sarkozy.

Avril 2007 à octobre 2008 : le ralliement hésitant.

Définitivement carbonisé dans la course à la présidentielle, Villepin attend la fin de son CDD de Premier Ministre. Il se rallie à la candidature Sarkozy du bout des lèvres 15 jours avant l’élection, et appuie plus fermement son soutien jusqu’aux législatives en déclarant notamment que "quand Ségolène Royal va sur la muraille de Chine ce n’est pas sérieux". Par la suite, toujours en bute aux investigations des juges, il alterne soutien mou et critiques voilées sur le "dépouillement" qu’implique la fonction présidentielle, qui n’est pas compatible avec l’ostentation de Sarkozy.

À l’été 2008, le ton se fait nettement plus sirupeux : Nicolas Sarkozy aurait enfin trouvé "la grandeur d’âme" nécessaire à l’exercice de la fonction, il aurait définitivement fait ses preuves à la faveur de la crise en Géorgie. Oubliées les critiques, Villepin est invité ostensiblement à l’Elysée en septembre et la réconciliation est mise en scène par une poignée de mains sur le perron devant les caméras. Il se murmure qu’il pourrait même entrer au gouvernement. Sarkozy doit encore en rigoler...

En effet, coup de théâtre début octobre : Villepin est renvoyé en correctionnelle par le parquet pour complicité de dénonciation calomnieuse dans l’affaire Clearstream.

Octobre 2008 à maintenant : l’entrée en dissidence.

Ravalant ses compliments, furieux, Villepin comprend que la réconciliation n’était qu’une feinte et qu’il s’est fait rouler dans la farine. En même temps qu’il prépare sa défense, il affirme haut et fort ses divergences politiques et incarne le David qui défie le Goliath de l’Elysée, soutenu par une poignée de parlementaires UMP "villepinistes" (les ultralibéraux François Goulard [Morbihan] et Hervé Mariton [Drôme], Jean-Pierre Grand, Georges Tron…).

On le voit, cette position du recours de la droite, même sous-jacente depuis le début, a mis de nombreuses années avant de s’affirmer (définitivement ?).

Le simple rappel des faits amène d’abord à faire une objection de taille :

Pourquoi Villepin, redevenu citoyen (presque) ordinaire, menacé par une procédure judiciaire en cours, réussirait-il à contrer Nicolas Sarkozy alors qu’il a été incapable de le faire lorsqu’il était son chef au gouvernement et qu’il avait l’oreille bienveillante du Président de la République ? C’est presque une gageure, mais bon.

Deuxièmement, on a la forte impression que c’est finalement, et avant tout, parce qu’il s’estime victime d’une persécution personnelle que Dominique de Villepin, qui est maintenant convaincu que Sarkozy le poursuivra jusqu’au bout, brûle ses vaisseaux. Voilà une motivation bien curieuse pour quelqu’un qui aime se draper dans l’intérêt du pays. C’est faire bien peu de cas des citoyens et de "l’intérêt supérieur de la France" que de considérer que son intérêt personnel et celui pays se superposent. Un peu comme ces milliardaires qui, avec une morgue époustouflante et un brin de cynisme, affirment que leur propre enrichissement rend le pays plus riche dans son ensemble.

Enfin, qu’en est-il des "valeurs" que porte Dominique de Villepin ?

Peut-on trouver meilleure allégorie pour les illustrer que sa récente visite d’un élevage de porcs en Bretagne accompagnée par Brigitte Girardin, présidente du "Club Villepin" ?

Une profession, les agriculteurs et éleveurs, en souffrance depuis des d’années, malgré les soins prodigués par tant de Chambres d’agriculture, un Ministère et un ex-syndicat unique, la FNSEA, qui cogère ses affaires en collaboration avec les politiques. Et au premier chef un certain Jacques Chirac, ancien président du RPR et Président de la République pendant 12 ans.

Une ancienne ministre de l’Outre-Mer, qui s’est enorgueilli, face aux événements tragiques survenus sous la présidence Sarkozy en 2009, du bon bilan de "la gestion chiraquienne" des Dom-Tom. Laquelle a consisté à pérenniser le système "monopoles-exonérations-subventions-rentes" qui conduit aux impasses actuelles et les départements d’Outre-Mer au bord de la crise de nerfs.

N’en déplaise donc au fan’ club qui astique la statue du grand homme tous les matins, telle est la réalité du système dont Villepin, pour l’heure, est l’héritier. Faute de développements plus approfondis (et forts attendus) sur ce qu’est le "villepinisme", si toutefois ce concept existe réellement.

Alors certes, à choisir entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, je préférerais malgré tout le second au premier. Ne serait-ce que parce qu’il paraît plus digne d’avoir, à la tête du pays, l’homme du discours de l’ONU contre la guerre en Irak que le Ministre qui va débiner, à l’étranger et sur un marchepied, la position diplomatique de son gouvernement et de son Président de la République. Mais ce serait pour l’instant un choix par défaut et sans aucune illusion.

 

1 si le CPE était entré dans les mœurs, combien de temps se serait écoulé avant qu’on ne propose l’extension du licenciement sans motif deux ans après l’embauche à l’ensemble des salariés ?




par Olivier Perriet mercredi 3 mars 2010 - 27 réactions
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  • Par non666 (---.---.---.140) 3 mars 2010 13:47
    non666

    « Peut-être grisé par ses premiers succès, Villepin va chercher à se concilier cette base libérale en lançant les contrats de travail discriminatoires pour moins de 26 ans. Pour lutter contre le chômage des jeunes bien sûr. Le Contrat nouvelle embauche (CNE) est lancé dans l’indifférence générale fin 2005. Dans la foulée, le Contrat première embauche (CPE) est mis sur les rails. »


    C’est la presentation soft des vénements.
    En realité , ce sont les proches de Sarkozy et Sarkozy lui-meme (« le premier ministre bis » comme le designanient les medias corrompus qui ont aussi inventé le role de « première dame ») qui lui ont imposé cette mesure.....avant de le lacher tous comme un seul homme en lui faisant porter seul le chapeau !
    Pire Sarkozy a été baptisé « reconciliateur » , « negociateur hors pair » ^par les medias pour ses talents a organioser la capitulation des idées qu’il avait plebiscité tout en en faisant porter la faute a DeVillepin....
    Quand aux deputés, les memes veules individus qui avaient applaudit des deux mains a cette proposition de loi et l’avait voté se reniaient comme des petainistes apres la liberation...

    Cette histoire la n’est pas seulement l’histoire de Devillepin et les français, de deVillepin et l’opinion publique, c’est d’abord et surtout l’histoire de Devillepin et des 10 groupes qui font l’information en France....

    Bouyghes (le parrain du fiston envoyé a l’Epad...) qui recupere la gestion privée des prisons , Lagardere qui recupere de nombreux contrats d’Etat, Bolloré (l’homme au yacht présidentiel) , Weil (RMC la radio du paradis fiscal Monegasque....), Rottschild et BHL (les amis d’israel) , ARNAULT , Vivendi et Beterslmann (la finance apatride.)... : c’est eux qui ont fait elire Sarkozy et ont detruit DeVillepin comme ils avaient detruit avant Lepen, Bayrou et tant d’autres....

  • Par non666 (---.---.---.140) 3 mars 2010 17:56
    non666

    C’est du storutelling.
    Sauf que le PS fait parti de l’histoire.

    Comme je suis de bonne humeur je vous raconte la suite :

    Sarkozy s’effondre dans les sondages.
    DSK nous est progressivement vendu comme le « sauveur » , l’homme providentiel.
    Suffisament etiquetté a gauche pour faire illusion chez ces cons de gauchistes, suffisament liberal pour avoir l’assentiment de ceux qui decident du finaliste de l’election (Bouyghes, Lagardere, Weil, Bolloré, Arnault , Pinault , Vivendi, Beterlsmann)

    Il aura juste avant de revenir en France ce qui sera commercialisé par nos marchands d’info comme un « succès » :
    Fusion euro-dollar, nouveau systeme machin-trucmuche de soi-disant regulation des marchés , liste beige des paradis fiscaux (liste noire , liste blanche et liste grise, c’est deja sous copyright...)

    Ils vont convaincre ses connards de gauche qu’il est « le seul qui peut battre sarkozy » , comme ils ont fait avec sego il y a 5 ans , sauf que ce coup ci, ce sera vrai puisqu’ils l’ont decidé...
    Et voila, ce n’est pas compliqué les elections quand on voit les marionettistes.

  • Par non666 (---.---.---.140) 3 mars 2010 17:49
    non666

    Oui.
    A cause du diffrentiel de mandat entre les presidentielles (durée 7 ans a l’epoque) et les legislatives (5 ans).

    Le risque etant de voir, comme avec Mitterand, une cohabitation se dessiner avec les mecontentements au bout de 5 ans.
    Les sondages etant bon au bout de deux ans, il semblerait que deVillepin ait conseillé a chirac d’en profiter pour dissoudre l’assemblée a ce moment la.
    Le calcul etait on tient depuis deux ans, les sondages sont bons, donc on aura 2 + 5 ans assurés....
    Mitterand lui avait eu deux fois 5 ans (de sa propre majorité) + 2 ans (de cohabitation avec le RPR) a chaque mandat.

    Pas de bol pour Chirac et de Villepin entre la prise de decision et les elections les mauvaises nouvelles se sont accumulées, les sondages se sont effondrés et la majorité a perdue.

    Sur le fond et vu les infos disponibles, ce n’etait pas un si mauvais calcul que ca.
    Evidemment, les deputés perdants l’ont eu mauvaise...

    Ils oublient que l’effondrement aurait été pire 3 ans plus tard....et que Jospin n’aurait pas chuté si severemment au bout de deux ans de cohabitation qu’avec les 5 qu’il a faite et qui ont vu le passage au deuxieme tour de Lepen a sa place....

  • Par non666 (---.---.---.140) 3 mars 2010 17:40
    non666

    1) Il n’y a pas d’erreur sur les noms propres.

    2) La Noblesse est une quelité qui n’a plus d’effet juridique (dixit le tribunal de Versailles)
    Donc il peut tres bien etre appelé Villepin, de Villepin, ou Galouzeau de villepin si le coeur nous en dit : au pire c’est a lui de fixer les regles ou de changer definitivement de nom

    3) Personne ne se pose la question de la legitimité democratique d’un type qui s’appelle Paul nicolas sarkozy de Nagy Bosca et qui se fait elire sur un nom d’artiste , raccourci de son vrai nom mais qui n’en pose pas moins des problemes legaux....si on avait des pointilleux au Conseil constitutionnel.
    Neanmoins nous savons tous que ce n’est qu’une chambre d’enregistrement pour individus en fin de carriere a qui on doit encore un bureau doré.

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