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Villepin : Objectif 2012

Dominique de Villepin était hier dimanche l’invité du Parisien. Au-delà des divergences politiques, ses propos renseignent sur l’abîme existant entre la méthode Sarkozy et la méthode Villepin. De quoi nourrir une nouvelle "rupture" stratégique, et par-là conforter les ambitions alternativistes de l’ancien Premier ministre.

Lorsqu’il s’exprime à propos de l’action du Président Sarkozy, Dominique de Villepin sait qu’il marche sur un fil : toute attaque frontale serait perçue comme une trahison à l’égard de son camp, et toute complaisance ôterait de fait toute légitimité à son ambition personnelle - celle de représenter une alternance crédible au pouvoir en place. Dès le début de l’entretien, Dominique de Villepin s’emploie donc à épingler son adversaire politique (et judiciaire) avec nuance, à l’abri de tout jugement manichéen, dans une logique normande assumée :

"C’est le problème de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine. Certes, il convient de saluer un certain nombre d’initiatives : la fusion ANPE-Unedic ou le RSA. Mais encore faut-il que ces réformes aboutissent. [...] Il y a aujourd’hui un décalage manifeste, que chaque Français peut ressentir, entre un affichage d’hyper-réforme et la réalité des choses vécue par les Français."

Il s’agit donc bien du discours "Cassandre fair-play", ainsi que nous l’avions baptisé il y a quelques jours à propos de la Général en chef des armées villepinistes toujours en manoeuvres, Brigitte Girardin : d’un côté, dans les pas de Cassandre, Villepin annonce l’échec de la politique actuelle menés par ses "amis" de l’UMP et leurs acolytes d’ouverture ; de l’autre, en partenaire fair-play, il applaudit à l’initiative et au courage politique. Méthode stratégique efficace, qui a fait ses preuves de 2002 à 2007 au service d’un certain Nicolas Sarkozy. Par contre, pour ce qui est de la méthode politique, les deux hommes paraissent aux antipodes l’un de l’autre - et cela paraît notamment évident lorsqu’il s’agit de réforme :

"Les Français pourraient devenir allergiques à l’idée même de réforme si elle était perçue comme un simple refrain politicien. [...] L’action au jour le jour ne suffit pas. Il faut s’inscrire collectivement dans la durée. [...] Les Français ont besoin d’être convaincus que l’action s’appuie sur une véritable vision."

Et c’est là que se trouve le coeur du schisme intellectuel entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy, révélateur à la fois d’une complémentarité inouïe - qu’eux aussi pressentirent, parfois, dans le passé - et d’une incompatibilité définitive. Nicolas Sarkozy, lorsqu’il appréhende une situation, pose son analyse sur une réalité la plus détaillée possible. De là surgissent plusieurs faisceaux d’urgences et de priorités, qu’il s’emploie alors à affronter (ou à réformer) dans la limite des possibilités sociales et économiques du moment, partant du principe que le pas d’aujourd’hui ne sera plus à faire demain, sans pour autant qu’il soit indispensable de faire tout le chemin d’une seule traite. En effet, se couper de l’opinion à cause d’une réforme - fût-elle utile - qu’elle ne comprendrait pas, cela revient à renoncer aux réformes à venir faute de réélection. D’où l’abondance des chantiers en cours, sur lesquels le gouvernement ne progresse souvent qu’insensiblement - mais irrésistiblement.

Dominique de Villepin aurait pour sa part une analyse symétrique des choses face à la même situation. Pour lui, toute réforme doit être précédée de ce qu’il appelle une "véritable vision", c’est à dire un idéal à atteindre, basé sur un système répartissant au cordeau les tenants et aboutissants de la situation. La réforme, loin de n’être qu’un éventail de directions au sein duquel chemine l’action gouvernementale, se doit d’être une ligne directrice unique correspondant à un projet particulier. Son échéancier se doit par ailleurs de lui être intégré, donc d’obéir à une planification inamovible, tout comme son financement - loin des libertés pragmatiques qu’envisage le gouvernement Fillon :

"On dit qu’il y a de l’argent sur la table, autrement dit, dépensez ! C’est comme mettre une nouvelle bouteille sur la table d’un alcoolique. Or, nous sommes dans une situation extrêmement détériorée [...]. Quand on a atteint un certain seuil d’obésité, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise graisse. Il y a un risque pour la santé de notre pays et pour la reprise. Aujourd’hui, nous perdons du temps."

Alcool, graisse... le choix très diététicien des analogies est savoureux quand on pense à l’hygiène de vie soignée du Président Sarkozy, encore mise en valeur lors de son récent malaise (vagal, parait-il). Le "temps perdu" est donc celui sacrifié au plaisir immédiat, celui de l’ivresse du pouvoir (alcool) et de la boulimie réformatrice qu’il entraîne parfois (les graisses). Or le marathonien qu’est Dominique de Villepin sait bien que tout excès se paye tôt ou tard. Et il ne lui déplairait pas, en l’occurence, d’être le bras armé de cette loi autant physiologique que politique :

"Un homme d’Etat doit savoir changer, se métamorphoser pour prendre la mesure de situations et responsabilités différentes. Plus que jamais, on attend du président de la République qu’il soit au-dessus des partis, rassembleur et défenseur de l’intérêt général : le guide, l’arbitre et le garant. [...] Je veux dès maintenant rassembler autour de moi des sensibilités et des opinions très diverses qui ont en commun une même exigence pour la France. [2012], c’est l’échéance centrale de notre vie politique. Les Français ont besoin d’alternatives."

La candidature de l’homme du 14 février 2003 est donc sur les rails. Certes, le rendez-vous de septembre (Clearstream) sera déterminant pour lui et il le sait, voire le revendique : "J’attends cette échéance avec impatience. J’attends que la justice aille jusqu’au bout et que l’on sorte des rumeurs et des mensonges." Mais le vrai test sera celui de régionales 2010. Un Dominique de Villepin débarquant aux présidentielles devant une UMP en ordre de marche sans avoir jamais affronté les urnes prêterait mortellement le flanc aux critiques et aux quolibets : il lui faut donc auparavant désamorcer cette bombe, et l’élection qui s’avance en sera le prétexte idéal. Gageons que son amie Ségolène Royal ne lui souffla pas autre chose, elle qui apprivoisa le mot "présidente" dans sa région Poitou-Charente... 

http://lapolitiqueetmoi.hautetfort.com/

par La Politique et moi (son site) lundi 27 juillet 2009 - 19 réactions
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  • Par Marcel Chapoutier (xxx.xxx.xxx.112) 27 juillet 2009 12:14
    Marcel Chapoutier

    Le 10 juin 09, Nicolas Demorrand de Fr-Inter a reçu dans son 7-10 Dominique Galouzio de Villepin, ex directeur de cabinet d’Alain Juppé 93-95, ex secrétaire général de la présidence de la République 95-02, ex ministre des Affaires étrangères 2002-04, ex ministre de l’Intérieur 2004-05, et enfin ex Premier ministre 2005-07…Mais ses grandes ambitions se sont heurtées à un certain Nicolas Sarkozy et depuis plus rien, le placard ou plutôt les emmerdes judiciaires à cause d’une certaine affaire Clearstream. Tout ça est bien joli en apparence avec en plus une propension à un certain culte de sa personne, portant beau, écrivain (poésie, littérature, histoire) c’est sûr qu’à coté de sa majesté Sarko 1er il peut passer pour un génie et un éphèbe. Mais hélas  il existe une face cachée du personnage bien moins étincelante, le joli verni cache pas mal de turpitudes et de cynisme, avec un climax à l’époque ou il était  directeur de cabinet d‘Alain Juppé alors ministre des affaires étranges, pardon étrangères…Nous sommes en 1994 au Rwanda pendant 3 mois avril, mai, juin, plus d’un million de personnes sont massacrées dans d’horribles conditions (un record en aussi peu de temps).

    Or il existe des  témoignages,  dont celui de Patrick de Saint-Exupéry reporter au Figaro, il est un des rares journalistes à être sur place, il en fait un bouquin « L’Inavouable, La France au Rwanda »ou il  relate sa découverte des responsabilités de militaires français dans la planification et l’exécution du génocide. Il adresse son récit à D de Villepin et le commence ainsi : 

    « Monsieur le ministre

    Je viens de vous entendre parler des »génocides« rwandais. Ce n’est ni un hasard ni une maladresse vous le savez comme moi. En conscience, vous venez à nouveau de faire votre une logique de négation. Celle-là même qui poussa certains à vouloir qualifier de génocide les bombardements alliés de Dresde, pendant la Seconde Guerre mondiale, afin de mieux relativiser ce que fut la Schoah.

    J’ai vu, Monsieur le ministre, le génocide rwandais et les massacres qui s’ensuivirent. Dans les à-côtés du crime monstrueux que fut l’extermination des Tutsis rwandais, il y eut des crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité commis par ceux qui, aujourd’hui au pouvoir à Kigali, défirent les tueurs. Mais de »génocides au pluriel, il n’y eut point. Si ce n’est dans vos mots, dans votre discours, dans votre désir d’esquiver ce dossier hérité d’une autre présidence mais que paraissez assumer pleinement.

    Monsieur le ministre, ne faites pas mine d’ignorer le distinguo. N’essayez pas de m’expliquer que Dresde égale la Shoah. Vous savez parfaitement qu’un génocide n’est ni un massacre ni un crime contre l’humanité. C’est une extermination. Une extermination rationnnelement décidée et mise en euvre par un Etat".Lisez la suite dans le bouquin.

  • Par Marcel Chapoutier (xxx.xxx.xxx.112) 27 juillet 2009 12:15
    Marcel Chapoutier

    suite)

    IL se rend compte en rencontrant des militaires et des officiels français, par leur silence et leur gêne  qu’il ya une grande différence entre la version officielle (la France est intervenue avec Turquoise afin de sauver les Rwandais) et la triste réalité (la France a aidé et soutenu les extrémistes Hutus depuis le début dans la préparation du génocide, pendant, en leur fournissant des armes, en recevant les dirigeants génocidaire à l’Elysée et après en empêchant l’avancée du FPR avec Turquoise, expédition surarmée, et en exfiltrant les chefs génocidaires sur le territoire français)…

     Pour prévenir l’effet du scandale, le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, monte au créneau dans Libération. Éprise de paix, la France aurait facilité les Accords d’Arusha et aurait été surprise par le génocide. Elle aurait alors déployé l’opération Turquoise pour mettre fin aux massacres et aurait ultérieurement lancé une enquête parlementaire pour analyser ses erreurs. Depuis, elle aurait tiré les leçons du drame et s’impliquerait plus efficacement. Malheureusement ce plaidoyer de défense de l’État n’est pas crédible. La présence de militaires français aux côtés des responsables du génocide avant et pendant les événements est largement documentée, comme vient de le montrer la commission d’enquête citoyenne mise en place par l’association Survie. Donc ce type ment comme il respire et cherche à minimiser et à cacher ses responsabilités, comme Juppé, comme H Védrine, comme E Balladur, comme B Debré, comme M Roussin, comme C Pasqua et bien d’autres responsables politiques et militaires. Mais les crimes de génocide sont imprescriptibles et une épée de Damoclès est suspendue au dessus de leur tête, ils ne pourront pas échapper toute leur vie à leurs juges.

    Patrick de Saint-Exupéry fini son livre ainsi :

    « Quand à nous, Monsieur...Oui, nous deux. Nous nous trouvons à présent contraints de couper le fil. Sèchement brutalement. Car dès lors, vous intervenez. Vous devenez un acteur. Nous voici parvenus à l’extrémité. A ce point où nous devons nous devons nous séparer. A ce moment où les masques doivent tomber. Vous avez un nom, Monsieur, vous vous appelez Dominique de Villepin. Vous avez également une fonction : ministre des affaires étrangères. 

    En septembre 2003, c’est en tant que tel que vous avez entonné la chanson des génocides.

     Ces mots viennent de loin. Déjà, en 1998, vous avez été l’un des rares, l’un des très rares hauts diplomates concernés par le dossier, a ne pas avoir été entendu par la mission d’information parlementaire sur le Rwanda.Un télégramme, dont il est précisé qu’il est signé de votre nom, est toutefois cité dans le rapport « la lumière tue », avez vous déclaré un jour.

    En 1994 au moment du génocide, vous étiez directeur de cabinet d’ Alain Juppé, ministre des affaires étrangères. 

    Vous vous êtes alors montré d’une discrétion exemplaire, tout en agissant activement en coulisses. En pleine opération Turquoise, vous avez même bloqué de votre popre autorité les négociateurs envoyés par Edouard Balladur et François Léotard auprès de la rébellion. Mais surtout, Monsieur le ministre...Au début des années 1990, vous étiez l’adjoint diect de Paul Dijoud au Quai d’Orsay. En 1992, vous vous êtes impliqué, personnellement dans le dossier rwandais. « Vess la fin 1992, je suis allé avec D de Villepin » m’a un jour confié un officier français de très haut rang...

    Vous saviez donc tout, Monsieur le ministre des affaires étrangères.

    Depuis le début"

    Ce génocide, c’est aussi votre histoire. P de St Exupéry"

  • Par bluelight (xxx.xxx.xxx.24) 27 juillet 2009 11:06

    C’est l’hallucination totale .
    Villepin est un histrion dont le discours à l’ONU n’est que théâtre pathétique pour gogos .
    De même que la famille Bush était proche de la famille Ben Laden, Chirac était proche de Saddam Hussein .
    Villepin a copié le discours de l’aristocrate anglais du film de James Ivory ’Les vestiges du jour’ .
    Villepin = collabo du statu quo d’un tyran, représentant du consensus LCR- UMPS- MoDem-FN .
    Chirac aujourd’hui mendie à un libanais à la fortune douteuse un logement de luxe à Paris parce qu’il n’a pas les moyens, avec € 30000 de retraite pour avoir creusé la dette publique française de centaine de milliards d’euros, de se payer un logement décent .
    Eva Joly a expliqué comment le ’gaulliste’ Villepin vendait comme un Kouchner ses services aux puisances étrangères cherchant à améliorer leur image .
    Villepin et Chirac sont responsables d’avoir relancé la carrière du politicien vulgaire bling bling qui usurpe la présidence de la République .
    Villepin a l’arrogance d’évoquer la Révolution alors que la tête de cet aristocrate de particule si ce n’est de valeur serait une des premières à tomber en cas de révolution .
    Villepin a l’arrogance de penser que les français pourraient considérer ses envolées ampoulées autrement que comme marque d’une incompétence totale .
    Villepin = aucune compétence économique, aucune compétence scientifique, pas plus que les trois derniers médiocres présidents élus depuis 1981 .
    La compétence de Villepin se mesure aux expériences de la dissolution et du CPE !

  • Par Lisa SION 2 (xxx.xxx.xxx.207) 27 juillet 2009 11:35
    Lisa SION 2

    C’est une " affaire "croche pied ", qui a coûté la réputation du fils spirituel de Jacques Chirac, Alain Juppé, sans quoi il serait notre actuel représentant aimé au pouvoir.

    C’est encore une " affaire croche patte " qui a désarçonné le grand remplaçant à bonne tête, agréable aux français dont vous faites article. Cette dernière affaire : http://www.agoravox.fr/actualites/p... , est retentissante de silence occulte, et traine en longueur dans l’indifférence générale savamment organisé par la presse bâillonnée. Elle est aussi suspecte le silence qui sévit quant à l’épée de Damoclès qui pendait au dessus de la tête de Jacques Chirac avant l’échéance présidentielle de 2OO7 et dont la presse et le paf annonçait la venue...

    Tout ceci révèle par quels stratagèmes est arrivé NS au poste de chef d’Etat et qu’aurait du occuper Ségolène Royal, sans cette somme de circonstances douteuses et complexes.

    Dominique de Villepin a l’allure d’un Kennedy et peut-être le destin...qui sait ?

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