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Vitesse et précipitation

Interviewé par le "Figaro", Jean-François Roubaud, président de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises, a déclaré : « Enfin, le chef de l’État et le gouvernement ont l’air de vouloir aller à la vitesse de l’entreprise ! » De fait, si l’on admet qu’on travaille plus vite dans les entreprises qu’au sommet de l’Etat, le calendrier gouvernemental est serré : tous les ministres s’affairent en même temps sur tous les dossiers. L’Assemblée nationale commence immédiatement le travail par une session extraordinaire qui s’ouvre la semaine prochaine, avec pour objectif de voter trois lois avant le 3 août : le service minimum, l’autonomie des universités et les peines plancher pour les multirécidivistes.

Le premier effet de cette agitation apparaît dans le sentiment que le gouvernement agit enfin avec efficacité et courage. D’ailleurs le buzz médiatique est impressionnant. On ne peut ouvrir un journal ou allumer sa télé sans voir un membre du gouvernement en action. Cela dit, lorsqu’on se penche un peu plus en détail sur le calendrier prévu pour chaque projet, un certain scepticisme montre le bout de son nez.

Prenons, par exemple, le projet de réforme des universités. Vendredi dernier Valérie Pécresse a rencontré le Cneser. Lundi, Nicolas Sarkozy a rencontré la Conférence des présidents d’université, et mardi Valérie Pécresse reçoit les syndicats des enseignants du supérieur et des étudiants. Enfin, mercredi le projet de loi devait être présenté en conseil des ministres pour être discuté au parlement avant le 3 août !

Pour comparaison le projet de la loi Evin avait été discuté avec les parties concernées (médecins, professionnel du tabac et de l’alcool, publicitaires) pendant plus d’un an avant que le projet de loi ne soit présenté en conseil des ministres en janvier 1990. Puis il a été présenté à l’Assemblée en mars et finalement promulgué en décembre. D’ailleurs Claude Evin avait rendu une copie d’autant plus soignée qu’il avait fort opportunément respecté l’article 39 de la Constitution qui stipule que « les projets de loi sont délibérés en conseil des ministres après avis du Conseil d’Etat. »

Or Nicolas Sarkozy, qui a reçu ce lundi matin les présidents d’université, s’est subitement rendu compte, par la voix de son porte-parole David Martinon, que « techniquement, il n’est pas possible de présenter le texte mercredi, donc il sera présenté dès qu’il sera totalement arbitré et après présentation au Conseil d’Etat. » Il va donc prendre le temps de la réflexion et laisser mûrir le projet jusqu’à la semaine prochaine. En tout cas il n’est pas encore question de repousser sa discussion à l’Assemblée à une date ultérieure au 3 août.

Plus que de l’activisme, imposer un tel calendrier correspond à un choix tactique, que l’on retrouve d’ailleurs sur les autres « chantiers » du gouvernement. La consultation des partenaires sociaux et des institutions concernées se fait au pas de charge, envers et contre toutes les oppositions. Mais comme les membres du gouvernement se sont affichés avec tous les partenaires en donnant le sentiment de vouloir dialoguer, la faute incombera à ceux qui auront exprimé leur désaccord. Ainsi, concernant le projet de loi sur le service minimum, le président de la CFE-CGC, Bernard Van Craeynest, a déjà mis en garde contre toute « mascarade de concertation. »

Dans le cas de la réforme des universités, la Cneser a voté vendredi contre le projet, sachant que ses membres les plus opposés avaient déjà quitté la table des négociations. La rencontre avec la CPU a donné lieu, semble-t-il, selon l’euphémisme du porte-parole David Martinon, à des « réticences ou des points à approfondir. » Enfin les syndicats étudiants conviés mardi ont déjà fait part de leur désapprobation sur le projet. Valérie Pécresse et Nicolas Sarkozy leur ont, très habilement, tendu la joue pour pouvoir les accuser d’avoir frappé les premiers.

Finalement, il est plus que probable que la loi soit votée envers et contre tous. Comme le dit Roger Karoutchi, secrétaire d’Etat chargé des relations avec le parlement : « Le président de la République et le gouvernement sont décidés à ne pas différer les réformes et à accomplir sans attendre tout ce qui a été annoncé. » Ainsi la loi sur le service minimum entrera en vigueur dès le 1er janvier 2008, qu’il y ait accord ou non.

On le voit, le gouvernement semble confondre vitesse et précipitation. D’ailleurs, on ne peut éviter le rapprochement avec la mésaventure du TGV-est qui, après avoir battu un record mondial de vitesse, connaît une panne médiatique alors qu’il voyage avec 150 élus.

par Tchavolo mercredi 27 juin 2007 - 43 réactions
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  • Par Alsips (xxx.xxx.xxx.6) 27 juin 2007 14:48

    Les français on voté d’abord pour une personne. mais aussi parfois pour ne pas avoir son adversaire !

    Après ils ont voté pour lui donner une majorité !

    Alors il est président, c’est incontestable il a une majorité, c’est incontestable il mettra en place ses reformes (de grés ou de force) c’est incontestable.

    Pourtant il faut arrêter de dire qu’une majorité de français est d’accord. Sarkozi n’a pas été élu avec 53% de partisans tout comme Chirac n’avait pas été élu avec 80% de partisans en 2002 !

    Sarkozy a sûrement plus de partisans aujourd’hui que Chirac en 2002 mais ils ne sont pas majoritaires et c’est bien pour cela qu’il y a autant de contestations qui se manifestent ça et la ! Il en va de même pour le PS qui n’a pas 47% de partisans.

    Les français veulent du changement, c’est incontestable. Mais pour beaucoup, dont j’avoue faire partis, nous savons ce que nous ne souhaitons pas ! Mais savons nous vraiment quels changements nous souhaitons ?

  • Par val (xxx.xxx.xxx.70) 27 juin 2007 14:24

    Une machine à dire non sera toujours moins dangereuse que celle qui dit amen à son gourou sans réflexion critique.

  • Par Vincent (xxx.xxx.xxx.252) 27 juin 2007 13:46

    Nous changeons de rythme, c’est évident,

    nous passons d’une république de "diseurs" à une république de "faiseurs"

    Au moins cela change et effectivement dans une société si vous passez votre temps à vous poser des questions inutiles pour retarder l’application d’un système qui changera singulièrement votre entreprise, celui-ci n’y survivra pas.

    On ne tergiverse plus, il faut mieux faire, se tromper et recommencer, plutôt que d’être pétrifié à l’idée de se tromper et au final ne rien faire.

    Evidemment la présente remarque est provocatrice et caricaturale, mais combien de fois avons-nous assisté dans le monde professionnel à des tergiversations de nos directions, alors que des mesures évidentes et urgentes s’imposaient.

    Fini le management Bisounours et mou, maintenant on tape dans le gras, c’est il me semble le message qui a été envoyé pas le gouvernement. Enfin c’est la façon dont je l’ai interprété.

    On reforme en profondeur, pis si jamais c’est trop profond on ajoutera au fur et à mesure, quitte à recoudre s’il faut, à mettre des pansements.

    Mais bon 53% des français ont souhaité ce fonctionnement, certains vont probablement avoir un peu mal aux fesses en voyant, qu’au lieu de mettre un peu de vaseline pour faire passer la carotte, c’est une poignée de graviers qu’ils auront en prime.

    Pour conclure Nicolas Sarkozy et sont équipe ont eu un discours type chef d’entreprise, pragmatique, efficace, allant à l’essentiel, discours que les français sont habitués à entendre à longueur de journée, donc ils lui ont fait confiance, ont voté pour lui, et maintenant vont probablement le détester dans les prochains mois comme ils le font pour les patrons qui les emploient.

  • Par Astre Noir (xxx.xxx.xxx.250) 27 juin 2007 17:00

    Cent jours, c’est très court...

    Et vouloir tout réformer en même temps, c’est prendre le risque de bâcler. Après tout, le Président et l’Assemblée sont là pour 5 ans, alors pourquoi ne pas prendre son temps ?

    Ce midi, j’écoutais sur France Culture l’excellente émission "Histoire de...la loi", par Renaud Denoix de Saint Marc, ancien Vice-Président du Conseil d’Etat, actuel membre du Conseil Constitutionnel.

    Vous pouvez écouter cette émission ici : http://www.radiofrance.fr/chaines/f...

    Que disait Monsieur Denoix de Saint Marc, homme pas vraiment réputé pour son trotskisme, marqué nettement à droite et fin juriste, dans son émission d’aujourd’hui ?

    En substance qu’on ne légifère bien qu’en légiférant lentement.

    Et également qu’il fallait éviter de trop légiférer, pour assurer au citoyen une certaine sécurité législative.

    Ce message semblait spécialement destiné à Monsieur Sarkozy, dont l’activisme législatif est la marque de fabrique : en 5 ans, 11 lois concernant l’immigration et la lutte contre la délinquance ont été votées, et voilà que Monsieur Sarkozy veut en faire voter deux autres !!!

    Alors, c’est vrai qu’il faudrait peut-être que Monsieur Sarkozy arrête un peu de s’agiter, et qu’il prenne le temps de réfléchir

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