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Vote utile ou vote dangereux ?

Les médias n’avaient pas vu venir Le Pen. Ils n’ont pas voulu admettre que Bush serait réélu. Ils ont voulu croire que le pape pouvait être quelqu’un d’autre que Joseph Ratzinger. Ils ont porté le oui au référendum. Ils ont cru que Paris aurait les JO 2012.

C’est pour une partie de ces raisons que j’ai souvent écrit que les élections se construisaient désormais contre la pensée dominante, celle des sondages et des médias. Visiblement, cela n’aura pas été le cas du scrutin interne au Parti socialiste et c’est une petite revanche pour les médias. Ce qui ne veut pas dire que les médias et les sondages auront raison en avril.

On a, pour moi, assisté à un grand phénomène d’autopersuasion collective depuis plus d’un an, rien de rationnel n’ayant expliqué au départ la soudaine popularité de la future candidate. On pourra débattre sur son épaisseur comme on l’a déjà fait ici  : elle a effectivement pris certaines positions décalées, voire courageuses, à partir d’un moment donné - mais alors qu’elle avait déjà une avance confortable dans les sondages. C’est la construction de la popularité qui a été irrationnelle.

Cela ne veut pas dire que le contenu des sondages (portant sur les sympathisants et non les militants ; demandant : « Qui voyez-vous jouer un rôle important dans les prochains mois », et non : « Pour qui allez-vous voter ? ») reflétait la réalité de l’opinion socialiste.

Tout cela nous montre que la qualité des prises de parole est loin d’avoir été un facteur déterminant du choix des militants socialistes. Comment croire que Fabius et Strauss-Kahn ont pu totaliser moins de 40% des voix malgré la qualité de leurs dernières interventions, au moins sur la forme ? A quoi servent les campagnes dans ce cas ? A-t-on vraiment assisté à une leçon de démocratie, comme on le pensait ?

Le score attendu (à l’heure où j’écris, on parle de 60%) ne peut pas refléter des différences objectives de forme ou de fond des candidats. Il confirme donc ce que l’on pouvait craindre  : que les militants socialistes se sont laissés porter par les sondages. Certains appellent cela le "vote utile". On peut également ironiser sur le fait que les socialistes ont suivi la consigne de vote de Nicolas Sarkozy.

On notera aussi qu’il n’y a pas que le PSG qui incarne la déconfiture de la capitale. Je n’ai pas les résultats du scrutin à Paris, mais je serais prêt à parier que c’est là que Royal fait son moins bon score. Dans mon microcosme, DSK faisait l’unanimité. Nous avons une problématique de réseau : les Parisiens parlent aux Parisiens. Comme les journalistes parlent aux journalistes. Et comme les blogueurs parisiens risquent de ne parler qu’aux blogueurs parisiens.

Demain, on lira : « nouveauté, fraîcheur, féminité, relève, écoute, décentralisation ». Royal aurait perdu, on aurait lu « inexpérience, fragilité, victimisation, absence de conviction, de vision, de carrure, d’épaisseur ». Et finalement, on aurait indifféremment ou raison ou tort de dire l’un ou l’autre, puisqu’au fond, seul l’avenir nous le dira.

Je n’en ai pas fait un mystère, je penche pour la deuxième série d’adjectifs. Je vois le PS déchanter, du devoir de victoire au spectre de la défaite.

Pas seulement parce que les conditions de son émergence n’ont rien de rassurant par rapport à l’exigence de vérité qui devrait être celle de cette élection (cinq sorties ces cinq dernières semaines, qui ont à chaque fois fait polémique et provoqué un correctif - réécouter DSK à ce sujet ici - sa proposition cachée sur les profs), mais aussi parce que sa capacité d’entraînement me semble très incertaine, je crois que Ségolène Royal est la meilleure candidate pour faire perdre la gauche. Vote utile ou vote dangereux ?

Mais maintenant qu’elle est là et bien là, on attend des vraies propositions concrètes pour les grands problèmes de ce monde. Fin de ce débat, et, on l’espère, début d’un autre.




par Adam Kesher (son site) vendredi 17 novembre 2006 - 73 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Marc (---.---.---.201) 18 novembre 2006 10:47

    Paris, mais c’est la France ! Certains coups de pieds au cul se perdent ! Paris, c’est la pensée, c’est la vision d’avenir, c’est le nombril de la France... hors de Paris, point de salut ! Si tu es de banlieue... tu n’es que de la chienlit... de la racaille... si tu es de province... tu ne vaux même pas ta bouse pour de tenir chaud... Sacrés Parisiens ! Ils font moins les malins sur nos petites routes défoncées quand ils fuient les inondations et les campings en feu et nous comme des cons, nous les hébergeons dans nos gymnases...

    Alors... je suis heureux que cette France d’en-bas se rebiffe contre des intellectuels parisiens... a-t-on entendu le mari d’Anne Sinclair parler d’environnement, d’agriculture, de ruralité ? C’est vrai qu’il ne sait pas ce que c’est... sans doute un truc de filles ou de moustachu du Larzac ! Quant à l’autre, l’ancien plus jeune premier ministre de France, mon Dieu ! Qu’il est vieux ! Il nous refait le Programme Commun de la Gauche... avant que Mitterrand nous le refaçonne à sa façon...

    Qui a dit que les peuples avaient toujours raison ?

  • Par René Job (---.---.---.125) 18 novembre 2006 16:08

    Article intéressant. Je ne partage pas certaines idées qui ne sont que des lieux-communs, une nouvelle fois, reconduits.

    Ce n’est pas grave.

    Il n’y a pas de débat. Parce que la France n’en a pas. Le Parlement, comme les assemblées locales, ne correspond pas à la réalité socio-politique du pays.

    Nos dirigeants le savent. Et l’existence de Sarkozy et de Royal est leur réponse pour garder en main le gouvernement.

    Le Pen est vieux. Ils misent là-dessus. Ils pensent probablement que sa fille et Gollnisch ne feront pas le poids. Peut-être, c’est une hypothèse.

    Nos deux supers candidats sont là pour continuer comme avant en donnant le change. Si vous regardez leurs parcours respectifs, ils sont en pleine conformité avec les intérêts qu’ils doivent défendre.

    Il n’y a pas de complot. Il y a la bêtise des électeurs qui votent plus en se basant sur des humeurs et des mots d’ordre que sur des discours raisonnables.

    L’élection au PS, le prouve, être raisonnable, sensé, n’est pas porteur.

    Avez-vous remarqué que les « jeunes des banlieues » commencent à penser à voter pour Le Pen. Il faut vraiment être à bout pour en arriver à de telles pensées.

    Ce que nous voyons, c’est la fin d’un rêve démocratique. Nous aurons « un produit » sous deux marques distinctes afin de nous donner l’illusion du choix.

    La gauche est tétanisée. Sur LCP/PubSénat, Buffet ne sait que dire, à part on va voter contre X ou contre Y. Ils sont finis. Ils ne sont pas capables d’être tout simplement eux-mêmes, d’avancer sans soucier de ce que disent ou pensent les autres. Et par-dessus tout, tous ces gens ne sont que des apparatchiks dont le seul vrai souci est de se maintenir localement...donc de composer en sous main.

    Leur anti-libéralisme est du marxisme surrané et incantatoire.

    Oui, ils sont stupides. Ils voteront utile pour faire une politque qu’ils dénoncent eux-mêmes. Le niveau de raisonnement de Buffet et consorts ne s’élevera que quand ils seront prêt à renoncer à leurs mandats. Ils sont donc « achetés » de fait par le PS et l’UMP.

    Au lieu de taper sur Le Pen, ils devraient plutôt se demander pourquoi leur électorat vote pour lui. Dans les instances dirigeantes des partis de gauche : des femmes oui, çà c’est bien mais aucun « fils » de l’immigration. On sort son petit « noir » à l’occasion d’une expulsion de masse pour tacler le Sarkozy de service. Toujours leur politique du contre X.

    Ne croyez-vous pas qu’être de gauche suppose de se pré-occuper des questions économiques et sociales avant qu’on en arrive à des phénomènes « d’expulsion », « d’exclusion », de « faillite », de « licenciement »... ?

    Ne croyez-vous pas qu’être de gauche consiste à maintenir un niveau de revenus corrects pour tous ?

    Ne croyez-vous pas qu’être de gauche suppose de vouloir l’enrichissement harmonieux de tous les citoyens, et que par conséquent proposer de déshabiller Paul pour donner à Jean n’est pas un discours tenable ?

    Ne croyez-vous pas qu’être de gauche suppose de définir un modèle économique de développement intelligent hors les cadres ordinaires du connu ?

    Ne croyez-vous pas qu’être de gauche consiste à spontanément écouter autrui ?

    Ne croyez-vous pas qu’être de gauche implique d’être démocrate ?

    Ne croyez-vous pas qu’être de gauche suppose de faire de la place à côté de soi à la pluralité ?

    Ne croyez-vous pas qu’être de gauche suppose d’avoir honte quand un homme de droite libéral mais républicain tend la main aux femmes, aux noirs, aux beurs, aux handicapés, aux gens de différentes croyances ?

    Ne croyez-vous pas que la gauche n’est plus qu’un ramassis de petis blancs autosatisfaits d’eux-mêmes ? Et que c’est çà qui explique qu’on peut voter Le Pen sans complexe qui lui dit dehors les « faibles » et les « indésirables ». Prendre aux uns pour donner aux autres. Simple transposition du discours d’en face. Donc Le Pen est un marxiste qui s’ignore comme Marx qui était, parait-il, un libéral classique qui s’ignorait.

    Je dirai que le plus court chemin de la pensée est d’accuser les uns pour prendre ce qu’ils ont. Vieux comme le monde : c’est de la recherche de butin(s). Plutôt que de réfléchir-créer, piller. Tout l’art de la politique actuelle.

    Ne croyez-vous pas que c’est là-dessus que Ségolène fait son pain ?

    Pensez-vous qu’après 27 ans de mitterrandisme néo-libéral, et de social-libéralisme pan-européen, on puisse croire encore à la gauche de Jaurès ou de blum ?

    Moi, je crois en une gauche compétente et généreuse qui n’existe pas. Je n’ai plus qu’à relire Thomas More.

    Quant à vous, croyez ce que vous voulez avec vos « votes utiles ». Demain, on vous mettra des uniformes pour encore une fois « voter utile ». On vous expliquera que les services publics, c’est bien mais qu’il vaut mieux recourir aux marchés privés. Et vous verrez que non seulement le contribuable paie très cher ces services mais qu’en plus ils sont de mauvaises qualités. C’est un fait.

    On vous mettra des postes de péage un peu partout pour différent motifs. On aura l’ancien régime renouvelée en plein accord avec du néo-libéralisme. Et on vous expliquera que si vous ne vous en sortez pas, c’est que sûrement vous ne le méritez pas. On invoquera Dieu et vous courrez vous faire pardonnez vos pêchés. A chaque victoire de l’équipe de France, on fera un « Te Deum » pour remercier l’Etre Suprême de sa bonté et de sa miséricorde (ce qui est vrai... pour nous supporter, si « on » est, il faut l’être).

    Vive Ségolène et vive Nicolas. Je les trouve parfaits pour les français. Tout à fait comme il faut. Personnellement, j’aurais bien voté pour Laurence Parisot. Je la trouve très bien dans son rôle : c’est la plus intelligente. Et puis elle aussi, elle n’est pas désagréable à regarder (puisqu’on en est là). La précarité pour tous. Salud.

    Penser est une activité scandaleuse.

    J’aime mon pays surtout quand on vit heureux, ensemble.

    PS : un pauvre paysan des provinces sous-développées de ce grand pays que fût la France et auxquels seuls croient profondément ceux qui le voient de loin.

    Avez-vous aimé ce pamphlet ?

  • Par benjamin (---.---.---.87) 18 novembre 2006 02:03

    Je donnerai ici mon avis (qui n’engage que moi évidemment) mais ça reste un témoignage comme les autres.

    Je ne suis pas spécialement un sympathisant PS, je me situerai plus à gauche sur l’échiquier politique (si ça veut dire quelque chose tellement les étiquettes actuelles sont mal attribuées). Disons que j’ai voté non à la constitution... pardon au traité établissant une constitution pour l’Europe. Pourtant je me réjouis assez de l’election de Ségolène Royal à l’investiture du PS.

    Etant néo-parisien, si l’on veut (depuis 3 ans maintenant), j’ai rencontré et je rencontre toujours cette classe (plus ou moins auto-)qualifiée de bobos (je simplifie un peu, disons l’electorat de gauche parisien ou proche-banlieue aisée style Antony) qui _je n’en doute pas_ à une vision très moderne d’être de gauche, à la fois rhétorique et loin du terrain (de grande idée, de l’utopie sur fond de profit du système).

    Difficile d’exprimer par écrit ce que ce sentiment, mais il est vrai que le parisien de gauche moyen présente une pédanterie frolant l’insulte et un paternalisme condescendant vis-à-vis de (je cite pêle-mêle) les pauvres, l’Afrique, la « province » avec cette assurance d’intellectuel qui frôle la schyzophrénie quand il s’agit de justifier un grand écart permanent entre une économie libérale de marché (dont il profite allègrement) et une justice sociale necessaire.

    Ceux qui s’entête dans cette vision n’ont rien compris aux votes de 2002 et du référendum. Persister en se convaincant d’avoir raison est pire... bon bref, encore une fois, c’est mon opinion.

    Le problème, justement, c’est que les problèmes « parisien » ne sont pas les problèmes français (provinciaux, si vous préférez, moi j’aime pas ce terme), ou du moins pas dans les même proportions : La banlieue et l’intégration (à Dijon, je crois pas que ce soit le soucis majeur), les entreprises (installer un tissus d’entreprise n’est pas la même gageure à Paris que dans les régions), la ruralité (vivez dans un bled de 300 habitants, vous comprendrez vite fait), etc etc...

    La victoire de Ségolène, c’est avant tout la victoire des « provinciaux ». D’ailleurs, qu’il y ai des gens de gauche à Paris, c’est plutôt étonnant, les gagnants du libéralisme, ce sont les parisiens. M’enfin, de là à dire que les bobos sont des gens de droites qui ont des remords, ça serait un peu gros, non ?

  • Par Segosarko (---.---.---.162) 18 novembre 2006 10:25

    Votre article est intéressant. Cela dit, les médias et les adhérents du PS ne laisse pas de nous surprendre. J’habite en Poitou-Charentes et, il y a un an, Royal était quasi unanimement critiquée par ses gentils camarades élus sur sa manière de gérer la région. Quand les sondages sont devenus ce qu’ils sont, ils ont tous tourné leur veste ! Plusieurs ouvrages ont été écrits sur la vacuité de la personne, mais ils n’ont eu que peu de retentissement dans les médias qui, péché originel, préfèrent toujours la nouveauté ou la pseudo nouveauté. mais le propre des effets de mode, c’est de se démoder. Le rejet de Sarkozy est sans doute pour quelque chose dans l’ascension de Royal. En tous cas, moi qui ait presque toujours voté à gauche, cette fois ci, je crois bien que je voterai Bayrou.

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