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Accueil du site > Actualités > Politique > Vous avez dit « Baisser les charges » ?

Vous avez dit « Baisser les charges » ?

« Coût du travail » au lieu de « salaires » ; « charges » au lieu de « cotisations » : trente années de convergence politique entre la droite et la gauche de gouvernement ont banalisé ces expressions, la vision du monde qu’elles véhiculent, les conséquences sociales qu’elles induisent. Cette métamorphose du langage n’est pas anodine. Aussi sûrement qu’un coût appelle une réduction, la charge, qui « pèse » (sur le travail), « écrase » (les chefs d’entreprise) et « étouffe » (la création), suggère l’allégement ou, mieux encore, l’exonération. Ces associations verbales et mentales, élevées par les médias au rang d’évidences, ont accompagné l’accomplissement d’un dessein poursuivi par tous les gouvernements successifs : baisser les salaires au nom de l’emploi. Car la cotisation (réduite pour favoriser l’embauche de travailleurs peu payés, de jeunes ou de chômeurs, supprimée pour les auto-entrepreneurs ou pour les commerçants installés dans une zone franche urbaine, etc.) constitue aussi du salaire : elle figure à ce titre sur la fiche de paie.

Elle aussi est prélevée directement sur la richesse produite dans l’entreprise ; mais, à la différence du salaire net, versé à la fin du mois sur le compte en banque de l’employé, elle est perçue par les caisses de Sécurité Sociale. Lesquelles financent les soins et les salaires des soignants, les pensions des retraités, les indemnités journalières des malades ainsi que les allocations familiales et les allocations chômage. Comme le salaire direct, fixé à l’issue de négociations collectives de branche et adossé à la qualification professionnelle, la cotisation relève d’un barème établi par l’État, ou, pour l’assurance-chômage, négocié entre le patronat, les syndicats et le gouvernement. L’indemnité journalière, le taux de remboursement des médicaments, le barème de prise en charge de l’acte médical ne constituent pas des prix de marché (fixés par la rencontre entre l’offre et la demande), mais découlent de rapports de forces sociaux et d’arbitrages politiques.

Que faut-il comprendre quand Mme Laurence Parisot, présidente du Mouvement des Entreprises de France (Medef), enjoint au gouvernement de baisser « les charges patronales et les charges salariales ». Que propose M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, lorsqu’il souhaite « abaisser le coût du travail en transférant une partie des charges sur la CSG ». À chaque fois, une même réponse : baisser les salaires. La mise en œuvre de ce projet bénéficie d’un consensus politique de longue date.

Entre 1982, année du « tournant de la rigueur » effectué par la gauche alors au pouvoir, et 2010, la part des salaires (nets et cotisations sociales) dans la richesse produite chaque année en France (la valeur ajoutée) a reculé de huit points. Cette évolution résulte d’une double décision politique. D’une part, durant cette période, l’augmentation des salaires nets a été très limitée. D’autre part, les taux de cotisation sociale ont cessé d’augmenter, alors même que les besoins correspondants continuaient de croître. Le gel de la cotisation patronale vieillesse intervient dès 1979, celui de la cotisation patronale santé en 1984. Puis vient le tour de la cotisation patronale chômage en 1993, de la cotisation salariale au milieu des années 1990 et de la cotisation patronale de retraite complémentaire (Agirc et Arrco) en 2001. Parallèlement, les politiques d’exonération ou de réduction des cotisations sociales se sont développées, passant d’un montant de 1,9 milliard d’euros en 1992 à 30,7 milliards en 2008. C’est l’impôt (et donc le contribuable) qui compense le manque à gagner pour la Sécurité Sociale. Comme tout malade, chômeur, parent ou retraité l’aura remarqué, le mouvement entraîne une dégradation des prestations correspondantes, c’est-à-dire de son salaire.

Le résultat : un transfert sans précédent. En cumul, depuis 1982, la déformation du partage de la richesse a fait basculer l’équivalent de 1 100 milliards d’euros de salaire brut et 400 milliards d’euros de cotisations patronales des salaires vers les profits. Le sacrifice aurait pu trouver une justification s’il avait alimenté l’investissement, gage supposé de créations d’emplois. Mais ces 1 500 milliards d’euros ont surtout nourri les dividendes (revenus nets distribués aux actionnaires) et l’épargne des entreprises, qui se sont respectivement accrus de six et neuf points entre 1982 et 2010. Dans le domaine de l’emploi, les progrès s’avèrent… moins tangibles.

D'aprés un article de Christine Jakse

http://2ccr.unblog.fr/2012/11/09/vous-avez-dit-baisser-les-charges/

A lire également : QU’EST-CE QUE LE SALAIRE SOCIALISE ?


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20 réactions à cet article    


  • walden walden 10 novembre 2012 08:33

    pour en savoir plus, n’hésitez pas à aller voir le réseau salariat, http://www.reseau-salariat.info/,
    c’est vraiment plein de bonnes choses qui remettent l’économie à l’endroit,
    bonne journée


    • spartacus spartacus 10 novembre 2012 09:08

      Les prélèvements obligatoires Français sont aujourd’hui les plus importants d’Europe. Pas besoin d’être devin pour comprendre dans une économie de marché que cette situation handicape nos entreprises.


      La gestion publique des fond sociaux n’est pas, comme la dépense privée, auto-régulée. Le contrôle de toutes les chambres des comptes du monde ne remplacera jamais le marché, l’exigence de l‘équilibre et du profit qui régule l’économie privée.

       Gaspillages, privilèges indus, gestion calamiteuse, clientélisme à celui qui crie le plus fort, paritarisme avec des non affiliés etc...

      La dépense sociale et une sorte de spirale inflationniste sans contrôle réel de la société civile.

      Le temps est venu de mieux gérer la dépense publique des charges sociales et d’en faire bénéficier les entreprises. 

      • JL JL 10 novembre 2012 09:31

        " Les prélèvements obligatoires Français sont aujourd’hui les plus importants d’Europe. Pas besoin d’être devin pour comprendre dans une économie de marché que cette situation handicape nos entreprises." (spartaquès)

        Faux !

        Démonstration : parmi les prélèvements, sont comptés en France et pas chez les autres, les prélèvements de l’assurance maladie. Or l’industrie pharmaceutique se porte à merveille en France. Et ceci explique cela. CQFD.

        D’ailleurs, spartaquès avait visiblement prévu la riposte : la suite de son com est en faveur de l’assurance maladie gérée par le privé.

        De fait, une médecine libérale nourrie à la Sécu, c’est pas bon pour la santé des finances publiques. S’il y a quelque chose à faire de ce coté, on pourrait laisser les assurances privées s’occuper des abus de prescription. Mais ne serait-ce pas le rôle que devraient assumer les mutuelles ?

        Ceci dit, si on basculait la Sécu dans le privé, il faudrait impérativement prévoir dans le même temps une couverture maladie universelle. Ce qu’il resterait de la Sécu pourrait faire l’affaire.

        Autrement dit, une piste possible serait de faire cesser les remboursements aveugles opérés aujourd’hui par la Sécu, et laisser aux mutuelles le soin de prendre le relais des remboursements inconditionnels contractualisés par leurs clients.

        La Sécu et les mutuelles seraient parties prenantes du processus des AMM : autorisation des mises sur le marché des médicaments.


      • walden walden 10 novembre 2012 10:07

        le burkina faso, ou haiti constituent des modèles en matière de faiblesse des investissements publics, en matière de faiblesse de dépenses sociales.
        ça vous fait rêver ?


      • spartacus spartacus 10 novembre 2012 11:38

        walden,

        la démagogie pour éluder les problèmes.
        Nous pouvons diviser par 2 nos prélèvements sociaux avec une meilleure gestion. 
        Avoir mieux pour moins cher.

      • foufouille foufouille 10 novembre 2012 12:02

        comme en zunie
        tes chances de survie et de rentabilite trop faible, t’as qu’a crever


      • spartacus spartacus 10 novembre 2012 12:59

        En matière de retraite par répartition, les USA peuvent nous donner des leçons :


      • Robert GIL ROBERT GIL 10 novembre 2012 13:08

        c’est vrai sparagus, les US peuvent nous donner des leçons, pour memoire voir ce PPS sur les subprimes :

        http://2ccr.unblog.fr/2011/01/09/pps-les-subprimes/


      • spartacus spartacus 10 novembre 2012 13:11

        Foufouille,

        Tu critiques par ignorance et clichés désuets.

        En matière de handicap, il existe le « Disability Insurance », aux USA qui permet une complémentaire retraite nationale en plus de l’OASI.
        Les handicapés sont mieux à la retraite aux USA qu’en France !



      • spartacus spartacus 10 novembre 2012 13:14

        gij 

        Les supprimes n’on t rien a voir avec la sécu.


      • foufouille foufouille 10 novembre 2012 14:53

        en zunie, il y a une loterie pour les petits salaires qui ne peuvent se soigner
        de nombreuses retraites madoff ont couler
        faut donc retourner bosser a 75a


      • spartacus spartacus 10 novembre 2012 19:50

        @foufouille,

        La sécu c’est plusieurs branches.
        La retraite c’est mieux chez eux, chez nous c’est corporatiste et inégalitaire.
        aux USA, la retraite équivalente à celle de notre sécu est celle du lien 
        regarde la comparaison, elle est meilleure. Les handicapés sont plus aidés que chez nous.
        Les fonds de pension mieux gérés offre pour une majorité de bien meilleurs revenus.

        Pour la santé selon les états les conditions sont différentes, l’accès est meilleur chez nous.
        Néanmoins, les médicaments aux USA sont de meilleure qualité, et comme les 4 plus grosses compagnies pharmaceutiques sont américaines l’accès aux nouveaux médicaments est 5 ans avant nous.

      • foufouille foufouille 10 novembre 2012 19:55

        on y croit, crassus
        la ville qui coules ne payes plus ses retraites
        le gars retournes bien bosser

        une secu privee doit faire des benefices, tu doit etre rentable
        si il te « reste » 6 mois, tu ne l’es pas


      • Robert GIL ROBERT GIL 10 novembre 2012 20:42

        pourquoi sparagus n’installe pas son camion a pizza aux US, il serait bien...


      • foufouille foufouille 10 novembre 2012 22:42

        il bosse pour contrepoint .............
        la pizza est trop complique pour lui, aussi


      • wesson wesson 10 novembre 2012 23:07

        bonjour foufouille,


        « il bosse pour contrepoint »

        qui eux-même font partie de la nébuleuse des frères Koch ...



      • xmen-classe4 xmen-classe4 10 novembre 2012 12:57

         la Sécurité Sociale c’est avant tout un pbm de salaire des medecin. le generaliste pour qualification équivalente avec des scientifique ou secrétaire de société d’interime sont payé bcp plus.


        • foufouille foufouille 10 novembre 2012 15:25

          pas le generaliste hors magouille ou rdv a la chaine
          le specialiste, par contre c’est 6000 minimum
           


        • ddacoudre ddacoudre 11 novembre 2012 01:08

          bonjour gil

          d’accord avec toi et de plus ce n’est qu’une illusion, les salariés verrons leur pouvoir d’achat réduit de l’augmentation de la TVA et donc plus fortement pour ceux qui ont de faibles revenus, ce qui accroit l’injustice de la TVA qui proportionnellement frappe plus les pauvres.
          enfin est ce que cet accroissement de compétitivité se retrouvera dans la réduction des prix d’achat pour rendre plus compétitive les ventes et relancer l’emploi, j’en doute.
          il est vrai que ce seront tous les consommateurs qui paierons y compris ceux qui ont des revenus qui ne sont pas du travail, ce qui est une manipulation car ces personnes qui reçoivent des revenus qui ne sont pas dit du travail, car ils ne sont pas salariés, tire leur revenu du travail car leurs revenus se retrouvent dans le prix de vente d’un produit, puisque c’est la vente de biens, de services, de ceux que l’on veut qui après la ventilation comptable deviens leurs revenus EXTRAIT DU TRAVAIL.
          Nous ne pourrons jamais en mesure d’être compétitif face au pays d’Asie, ni des pays pauvres d’Europe, et l’écart entre les pays comme Allemagne et globalement dérisoire, et l’austérité ne créera pas d’emploi ni le redéploiement de la ventilation de coût.
          quand l’on dépensait 100 euros ce n’est pas en décident de ne plus en dépenser 80 que l’on créera des emplois. Ce n’est pas non plus en transférant la dette de l’état qui bénéficie toujours de taux plus avantageux vers les citoyens qui devront s’endetter à sa place à des taux plus élevés pour bénéficier d’un égal niveau social que d’autres emplois se créerons.il est un peut difficile aux citoyens d’avoir cette vison de la circulation de la monnaie.
          il ne peut y avoir de création de richesse qui créer de l’emploi si l’on n’augmente pas la quantité de monnaie disponible pour investir, soit l’on récupère les masses financières qui ne font que du rapport financiers, soit ont en crée par l’endettement sous réserve qu’elle ne retourne pas vers les placements financiers qui créaient de la valeur qui ne d’investi jamais.
          cordialement.ddacoudre.over-blog.com.


          • Laurent Laurent 12 novembre 2012 12:42

            Spartacul, tes commentaires sont à chier.

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