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Xavier Bertrand, de Chin-Quentin

Après le département de l’Ain, mon tour de France des départements continue...

Soissons, la candidate malheureuse aux dernières élections municipales s’appelle Edith Errasti. Elle était maire - sortante, sous l’étiquette UMP. Elle n’est plus que première opposante dans sa ville. Cet échec a conduit l’UMP à lui préférer Pascal Tordeux, un ancien concurrent. Celui qui représentera Soissons sur la liste des régionales aux couleurs de la majorité présidentielle prendra la septième place. Il a pourtant échoué aux primaires organisées pour désigner un candidat aux élections municipales.

Il vient du parti radical valoisien, même s’il occupe le siège de conseiller-général de Soissons-sud sous l’appellation Chasse, pêche, nature et tradition. Pourquoi un ex-candidat à la mairie de Soissons n’aimerait-il pas la chasse ? Pourquoi un radical valoisien ne sonnerait-il pas la saint-Hubert ? L’élection régionale en Picardie a ses raisons que la raison ignore. «  Je figure sur la liste dans le cadre d’accords nationaux entre l’UMP et CPNT [...]. Il n’y a aucun lien entre ma présence sur la liste et l’absence d’Édith Errasti. Des arbitrages avaient été faits avant que j’y sois. » L’impétrant dispense ses gentillesses sur sa rivale qui « s’était tiré une balle dans le pied aux municipales » : l’avis d’un connaisseur. [Philippe Robin de l’Union].

La Croix décrit les ambitions de la droite parlementaire aux élections régionales de Picardie. Il s’agit pour elle d’emporter la présidence perdue en 2004. Les bons scores du Front National aux présidentielles de 2007 (15,4 %) et aux européennes de 2009 (12,6 %) laissent présager une nouvelle troisième place. En 1998, l’UdF avait à l’époque franchi le Rubicon en s’alliant avec le parti de Jean-Marie Le Pen. Cette éventualité ne se reproduira probablement pas. L’UMP mise sans l’avouer ouvertement sur un succès d’estime pour les chasseurs de CPNT, se voyant ainsi en position de force dans une coalition bleu - vert kaki. « Les chasseurs ne voteront pas UMP ; ils voteront à gauche ou FN, estime pourtant un de ses adversaires. Ici, ce n’est pas de la chasse à courre, c’est de la chasse populaire. » La maire de Beauvais, tête de liste sous l’étiquette majorité présidentielle – l’Oise pèse manifestement plus que l’Aisne – privilégie quant à elle des slogans simples. Parlant d’une gestion financière catastrophique du président picard Claude Gewerc, elle crie « halte à l’explosion des impôts régionaux et au hold-up fiscal ! », mais se targue d’avoir fait voter en faveur d’une participation de la région Picardie au grand canal turkmène Seine-nord (Canal ou impasse ?)

Dans le camp socialiste, Claude Gewerc utilise une autre carte pour accrocher l’attention. Il dénonce une droite adepte du double discours, picarde en Picardie, mais votant comme un seul homme pour le Grand Paris à l’Assemblée nationale (Au fond Dupuy, le grand Paris). Claude Gewerc affirme haut et fort tout le mal qu’il pense de ce projet : « Le Grand Paris, c’est la fin de la Picardie ! ». Je doute qu’il refuse néanmoins les vote des Picards travaillant dans la capitale (La Picardie refroidit-elle ?) Caroline Cayeux rétorque à son contradicteur par son appel à « un référendum pour une Picardie unie ». Dans son rapport, Edouard Balladur préconise en effet le rattachement de l’Oise à l’Île-de-France, de la Somme au Nord-Pas-de-Calais et de l’Aisne à la Champagne-Ardenne. Aux élections prochaines, les résultats des listes minoritaires détermineront les futurs équilibres politiques en Picardie : le Modem, les Verts ou les communistes présents en ordre dispersé. [Laurent de Boissieu / La Croix]

Si l’on suit Jean-Michel Roustand dans L’Union le 14 janvier dernier, les bagarres politiciennes influenceront moins les électeurs que la capacité des futurs élus à les rassurer. Les habitants d’un département classé en zone rurale s’inquiètent de la future taxe carbone dont ils pourraient pâtir. C’est effectivement son but de renchérir le coût des déplacements motorisés. On annonce d’un autre côté des réformes sur les collectivités territoriales. Dans l’Aisne, beaucoup craignent que les petites communes ne terminent absorbées, agglomérées (réforme de l’intercommunalité) ou privées de financement (modification des rapports entre département et région). Pour attirer l’attention des électeurs, les candidats promettent un canal déjà évoqué, le doublement de la RN 2 et l’édification d’une plate-forme logistique à Laon. Dans le premier cas, les marchandises pourront circuler par voie d’eau. Dans le deuxième cas, les camions rouleront plus facilement.

A Laon, enfin, le ministère de la Défense se débarrasse du site de Couvron. Les militaires se passeront de logistique. Le journaliste se montre raisonnablement optimiste. « Il s’agirait d’une plaque logistique multimodale destinée à assurer la sécurité des conteneurs, par exemple à destination des Etats-Unis, tout en soulageant les ports du Nord de la France et de l’Europe, qui manquent de place pour cette activité qui ne leur apporterait aucune plus-value. Aux dernières nouvelles, le dossier aurait pris un peu de retard, notamment au niveau foncier, mais les négociations avec les divers partenaires se poursuivraient.  »

En attendant, on dénombre vingt-et-une ZUS (zones urbaines sensibles) en Picardie, regroupant 7 % de la population régionale. 40.000 habitants de l’Aisne y résident, avec un taux moyen de chômage de 30 %. Le quartier Champagne – Moulin – Roux de Laon en fait partie. [L’Union] Au regard de la carte IGN, la ZUS cumule il est vrai quelques handicaps : des grands ensembles sans trame urbaine, enserrés par des voies rapides et séparés du centre-ville. La butte médiévale surplombe d’une centaine de mètres le plateau. La citadelle ou la cathédrale occupent des points hauts, à 180 mètres d’altitude. Pour raccorder les zones urbaines de Laon entre elles, il ne faudrait ni un canal ni une plate-forme multimodale. Les problèmes ne manquent pas, cependant. Dans ce quartier, 34 % de la population a moins de vingt ans, huit points au-dessus de la moyenne de la population vivant à Laon (26 %). Parmi les familles recevant des allocations de la CAF, 28 % sont monoparentales dans la ZUS, contre 20 % en moyenne dans l’ensemble de Laon. [INSEE]

L’Aisne défraie toutefois la chronique en ce début d’année 2010 à cause d’une altercation entre Xavier Bertrand, président de l’UMP et un journaliste du Courrier Picard. Des extraits vidéo circulent sur Internet. Elles proviennent d’une émission de la chaîne Public-Sénat. L’un bredouille une question sur la succession annoncée du maire de Saint-Quentin. L’autre lui répond avec morgue et suffisance. Nul ne sait s’il se présentera à la mairie ? Pour l’heure monsieur de Pourceaugnac joue à plus picard que les picards eux-mêmes. Dans la pièce de Molière, le gentilhomme limousin se fait rouler par une bande d’intrigants, parmi lesquels une jeune femme. En prenant l’accent d’une paysanne picarde, cette dernière jure qu’il est son mari !

« Ah ! je n’en pis plus, je sis toute essoflée ! Ah ! finfaron, tu m’as bien fait courir, tu ne m’écaperas mie. Justiche, justiche ! je boute empeschement au mariage. Chés mon mery, Monsieur, et je veux faire pindre che bon pindar-là. [...] Je n’entains mie che baragoin-là. [...] Je vous dis que chest my, encore in coup, qui le sis. [...] J’ay des gairants de tout cho que je dy. [...] No ville en est témoin. [...] Tout Chin-Quentin a assisté à no noche. » [Monsieur de Pourceaugnac / Acte II, scène VIII]

Xavier Bertrand est quant à lui, pour qui l’aurait oublié, de Chin-Quentin.

Incrustation : Katharsis theater company.

 


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