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Accueil du site > Actualités > Politique > Xavier Darcos veut faire parrainer les élèves par des entrepreneurs

Xavier Darcos veut faire parrainer les élèves par des entrepreneurs

On le sait, le renard symbolise depuis longtemps la ruse et l’habileté : de fait il agit avec perspicacité, pouvant revenir par exemple sur ses propres traces s’il est chassé. Mais à l’inverse, il peut se montrer très imprudent en passant sans s’arrêter devant des cachettes sûres.

On le sait aussi, Xavier Darcos est un vieux renard. On se doute bien qu’ayant échoué, pour l’heure, sur sa réforme du lycée, il pourrait bien revenir sur ses propres traces.

Alors, on guette.

On se dit que le vieux renard n’a pas dit son dernier mot. Question de fierté d’abord. Comment un as de la réussite selon son entourage politico médiatique, ce proche du Président qui se verrait bien Premier ministre, ce spécialiste de la démographie enseignante (il a bien compté, rendez-vous compte : 12 élèves par classe en moyenne), bref, comment ce beau résultat de la politique du résultat pourrait-il en rester sur un tel échec ?

Question d’idéologie ensuite. « Qui peut contester que l’ouverture à la concurrence a totalement changé le visage du service public des télécommunications, amélioré la qualité du service, enrichi l’offre, réduit les prix, développé l’innovation ? » (1) déclarait le maître lorsqu’il se préparait à devenir le grand chef. « Qui pourrait contesté que ce qui se fait dans certains services publics ne pourrait se faire dans d’autres services publics ? » pourrait bien se dire le disciple.

Question de politique politicienne enfin. En Sarkozie, si on ne bouge plus, si on se tait, c’est qu’on est mort.

Exemple, ces jours-ci.

Les Sciences économiques et sociales (SES) sont en sursis. La réforme reportée (avortée ?) du lycée prévoyait dans sa première ébauche leur éclatement. Depuis plusieurs années, certains lobbies, comme l’Institut de l’Entreprise, appuyés par le MEDEF et proches du ministre, poussent à la création d’une discipline qui se concentre quasi exclusivement sur l’entreprise, réduisant à la portion congrue les enseignements macroéconomiques jugés trop critiques vis-à-vis du capitalisme, producteur de richesses certes (et encore) mais d’inégalités et d’injustices aussi. Cachez donc ces défauts, ces défaillances que nous ne saurions voir. D’alternative il ne peut y avoir. Réguler, moraliser, humaniser, réformer seraient-ils des verbes à proscrire du bon discours du bon entrepreneur et surtout du bon futur salarié ?

Mais patatras. Mi décembre déjà, Xavier Darcos recule sur la réforme des SES. Il n’y touchera pas, foi de vieux renard qu’il est. Mieux encore, de Jérusalem où il est en visite, sentant une Intifada bien française monter tout doucement aux portes des lycées, Xavier Darcos, recule de nouveau. La réforme du lycée sera pour 2010.

Et puis, silence radio.

Jusqu’à aujourd’hui, 7 janvier. Communiqué de presse de Xavier Darcos

« Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale, et Hervé Novelli, secrétaire d’État chargé des P.M.E., signent avec l’association 100 000 entrepreneurs une convention visant à organiser des parrainages de classes de collèges et lycées par des entrepreneurs.

Cette signature a lieu lors d’un événement organisé pour l’occasion en partenariat avec le Codice (2) (Conseil pour la diffusion de la culture économique) : une classe de la cité scolaire Voillaume d’Aulnay-sous-bois est accueillie chez Pixmania, pour une visite de l’entreprise et un échange avec les fondateurs de l’entreprise.

(…) 100 000 entrepreneurs est une association d’intérêt général fondée par Philippe Hayat en 2006, visant à transmettre aux jeunes la culture d’entreprendre. A ce jour, plus de 1500 entrepreneurs y sont inscrits ; 30 000 jeunes ont reçu leur témoignage. Une centaine de parrainages a déjà été organisée. »

Jusque là, cela semble plutôt anodin.

Mais qui est Philippe Hayat et quel est l’esprit de son association ?

Sur le blog de l’association, il se présente et nous dévoile ses intentions :

Plus loin encore, il est encore plus précis dans un billet du 15 décembre intitulé « De l’enseignement de l’économie à l’école »

« Quelle économie faut-il enseigner ? Cette question reste en suspend, parce qu’elle est sans doute la plus idéologique de toutes. Jusqu’à présent, les sciences économiques et les sciences sociales sont mêlées au sein d’un même programme. L’analyse des mécanismes économiques par le seul prisme social présente des risques de dérapage idéologique. Sans doute faudrait-il isoler, dans le nouveau programme de seconde, un module spécifique de « sciences de l’économie » (et pas seulement « sciences de la société » tel qu’il est prévu), expliquant les mécanismes économiques fondamentaux et permettant aux élèves de mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent. »

Comment conclure ? 

On le sait, le vieux renard Xavier Darcos symbolise depuis longtemps, en Sarkozie, la ruse et l’habileté : de fait il agit avec perspicacité, pouvant revenir par exemple sur ses propres traces si une réforme est rejetée.. Mais à l’inverse, il peut se montrer très imprudent en pensant qu’il pourrait nous faire des petites cachotteries.

Max.

 

(1) Les paroles s’en vont mais les écrits restent : discours de Nicolas Sarkozy à la convention UMP sur le service public, le 7 juillet 2005.

(2) Le Conseil pour la diffusion de la culture économique (Codice) a été créé il y a deux ans par le ministre chargé de l’Économie, puis renouvelé récemment par Christine Lagarde. Ce Conseil, composé de personnalités du monde de l’économie, de l’éducation et des médias, est chargé de proposer des actions concrètes de diffusion de la culture économique et du monde professionnel.


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13 réactions à cet article    


  • Lapa Lapa 9 janvier 2009 13:18

    il exste encore des netrepreneurs en France ?
    on n’a pas tout délocalisé ?

    la visite dans l’entreprise ca sera bientôt comme la visite à la ferme du petit parisien :
    "oh regarde un paysan !"

    "oh regarde , une entreprise !"


    • Eric P Eric P 9 janvier 2009 13:57

      N’avez-vous toujopurs pas compris que le rêve de Darcos et sa clique c’est PRIVATISER L’ECOLE ?


      • Jihem Jihem 9 janvier 2009 15:04

        Max,

        Les sondages indiquent que la majorité des jeunes scolarisés souhaitent obtenir un emploi dans la fonction publique . Pourquoi pas ? Les services de l’état sont essentiels. En revanche la création de richesses s’effectue dans le secteur privé.

        Je pense que la démarche de Hayat n’est pas incongrue, car la jeunesse montre souvent une sacrée méconnaissance de l’entreprise et cette invitation à devenir entrepreneur est une bonne nouvelle.

        Ne vous recroquevillez pas sur des concepts du siècle dernier. L’EN , dans sa mission indispensable, ne peut plus avoir le monopole complet de la formation. Elle doit accepter de travailler de concert avec les entreprises pour le bien des élèves et non pas pour préserver des prés carrés.




        • max14z max14z 9 janvier 2009 17:14

          excellente remarque @eric P , il veulent privatiser l’école, la justice, puis viendra le tour de la police de l’armée....
          en gros ils veulent supprimer tout les services publiques, en les rendant privées...
          Pour qui le bénef ???

           smiley


          • Philippe D Philippe D 9 janvier 2009 17:14

            L’idée me parait excellente.

            Si suffisament d’entreprises acceptaient de s’investir dans ce projet, cela pourrait permettre une collaboration plus facile entre le monde de l’enseignement et le monde des entreprises, 2 planètes qui pour le moment tournent autour de l’avenir des enfants tout en s’ignorant superbement.
            Cela permettrait de montrer de l’intérieur, à des élèves, quelques exemples de ce qu’est réellement une entreprise, et aiderait sans doute certains au moment de leur difficile choix d’orientation.
            Certainement pas une panacée, mais pouvoir servir de "déclencheur d’envie" pour certains justifierait pleinement cette démarche.
            A moins que "donner l’envie d’entreprendre" ne soit devenue une expression obscène ?
            Dans la réalité, et si tant est que le projet puisse voir le jour, le dialogue serait fonction du couple enseignants/entreprise, et les expériences différeraient forcément d’une classe à une autre.

            Toute petite évolution dans l’Education Nationnale réclame de tels trésors de diplomatie qu’il y a comme toujours un risque que le projet ne soit enterré avant même d’avoir pû être testé.

             



            • Nicolas Ernandez Nicolas Ernandez 9 janvier 2009 20:05

              Si ça peut effectivement montrer aux enfants comment leurs employés de parents sont traités dans leur vie de tous les jours, ce sera une avancée utile.


            • kasko 10 janvier 2009 00:17

              Ouvrir l’Education Nationale sur le monde de l’entreprise

              On diabolise l’entreprise et on se plaint des délocalisations ! On rejette le privé et on manifeste contre le chômage ! L’Education Nationale nage dans l’incohérence (heureusement quelques enseignants font exception et se comportent comme des adultes responsables). A force de rester "fermée" sur elle-même l’EN devient une force d’inertie dramatique. On forme des quantités de jeunes à des métiers au-delà des emplois offerts sans prévenir les jeunes à temps et on n’oriente pas les jeunes sur les domaines en développement. Les étudiants sortent de l’université sans rien connaître de l’entreprise : ils croient que le recrutement c’est exactement comme un examen scolaire (l’association à laquelle j’appartiens passe son temps à corriger cette erreur auprès des jeunes défavorisés dont l’environnement familial n’est pas en mesure de les aider sur ce plan), ils ont souvent une image caricaturale et négative de l’entreprise. Comment s’insérer dans le monde professionnel en partant avec un tel handicap ! Tout cela parce que beaucoup d’enseignants transmettent une vision plus que sombre de l’entreprise et refusent de mettre les jeunes en contact avec le monde économique. Bien sûr qu’il y a des entreprises qui ne se comportent pas correctement mais il y a des malhonnêtes partout et ce n’est pas une raison pour rejetter toute ouverture dans ce sens. Oui c’est une excellente chose de faire parrainer chaque éléve par un entrepreneur. Ne serait-ce que pour faire sortir l’EN de son isolement dramatique !  


              • Eric P Eric P 12 janvier 2009 22:51

                le sujet n’est pas de savoir si l’entreprise peut apporter des connaissances nouvelles aux élèves.
                On le sait, c’est dailleurs pourquoi dès la 3ème, les élèves font des stages pour mieux la connaitre. Le sujet est de savoir quelles types de relations doivent entrenir l’école et l’entreprise. Le but de l’entreprise est de vendre des produits ou des services à partir des savoirs qu’elle détient issus des personnels qui la compose. L’école a but de former un citoyen libre, reponsable de ses choix parce que cultivé et lucide. Ce sont dailleurs ces élèves, issues de cette école, qui fournissent le plus gros des personnels de l’entreprise, de l’ouvrier au dirigeant. Les autodidactes se font de plus en plus rares... Qu’il y ait un vrai problème d’orientation est une évidence, mais le problème est plus complexe qu’il n’y parait. Les métiers n’existent plus en tant que tels puisque la plupart seront à créer, les formations sont de plus en plus multiformes, les jeunes, et c’est normal, sont hésitants quant à leur désirs personnels, les orientatrices de l’EN sont en sous effectif criant, et les entreprises ne se précipitent pas non plus pour se faire connaitre dans les écoles. Ce qui fait la valeur d’un collaborateur en entreprise aujourd’hui, ce n’est pas qu’il connaisse "le métier" à son entrée, c’est qu’il puisse l’apprendre rapidement en y apportant éventuellement une pluevalue novatrice, qu’il puisse évoluer dans d’autres postes grâce à sa capacité d’apprendre à apprendre, pour faire court, grâce à son adaptatibilité soutenue par des compétences de bases solides... c’est justement les missions de l’école. en revanche, si l’école devait s’inféoder à l’entreprise, cette dernière, engagée trop souvent dans une démarche à court terme (on a vu les dégâts que cela provoque), serait tenter de former "un collaborateur maison", certes vite opérationnel, mais aussi peu évolutif et créatif, ce qui implique à terme la mort de l’entreprise.
                C’est pourquoi, l’entreprise à tout à gagner à patienter pour laisser le temps aux élèves d’acquerir une éducation généraliste solide dissocié des savoirs opérationnels demandés par les entreprises. "S’ils ne savent rien faire en y entrant", ils l’apprennent très vite et s’adaptent rapidemment.


              • jfbiz 10 janvier 2009 09:47

                Le discours de M. Hayat me semble tout à fait réaliste et positif.
                Faire en sorte que les gens de différents horizons se connaissent mieux ne peut être à mon sens que positif.

                La société a besoin du privé, mais également du public. Quel avenir pour une société sans une administration efficace ?

                Les stages en entreprises en France sont un vrai sujet de débat. La plupart du temps, les relations sont bonnes entre étudiants / élèves et professionnels ; le bilan global est souvent très positif.
                La carence principale à mon sens se situe à un autre niveau. Le vrai défi aujourd’hui est de rapprocher professionnels et enseignants ; discours à mitiger certes (une part des enseignants connait le monde de l’entreprise), mais si on se focalise sur le collège et le lycée en filière générale, on sent rapidement que des efforts de communication sont à entreprendre.

                Discutons, discutons ... quand les gens se connaissent, ils finissent souvent par s’apprècier, et au minimum ils se respectent. 


                • max 10 janvier 2009 11:54

                  Je réponds aux commentaires qui laissent penser que l’article est tourné contre le monde de l’entreprise pour sauvegarder une Education nationale qui resterait coupée des réalités.

                  Rien de tout cela évidemment.

                  L’article porte sur le double discours d’un ministre qui recule publiquement sur la réforme du lycée mais tente de faire passer en douce ses idées sans concertation.
                  Mais la question centrale effectivement est la place de l’entreprise dans les programmes d’enseignement. Oui, l’école et l’entreprise doivent collaborer. Mais, faut-il nécessairement séparer Sciences économiques et sciences sociales ? Doit-on se priver, dans nos programmes d’un critique approfondie du capitalisme dont l’entreprise est un maillon essentiel ? Je ne le crois pas. C’est la raison de cet article et de mon mécontentement vis-à-vis d’un ministre qui prend toutes ces choses beaucoup trop à la légère pour des raisons politiciennes.

                  Et puis cessons de décrire l’Education nationale comme une vieille baraque hors du monde réel. Les enseignants se coltinent tous les jours le monde réel par l’intermédiaire de leurs élèves et leurs familles.

                  A bon entendeur salut et continuons le débat !

                  Max.


                  PS : Vous êtes les bienvenus ICI.



                  • Lisa SION 2 Lisa SION 2 10 janvier 2009 16:03

                    " Qui peut contester que l’ouverture à la concurrence a totalement changé le visage du service public des télécommunications, amélioré la qualité du service, enrichi l’offre, réduit les prix, développé l’innovation ? " a dit notre mickey national,

                    Si vous voulez, j’ai un exemple : le 12, ce renseignement gratuit d’une cabine téléphonique en deux clics, est devenu une jungle de 98 (16 x 6 ) numéros à retenir, selectionner, et tous, près de l’euro l’appel... 


                    • Jean TITOUPLIN Jean TITOUPLIN 12 janvier 2009 09:51

                      "Doit-on se priver, dans nos programmes d’un critique approfondie du capitalisme dont l’entreprise est un maillon essentiel".

                      Votre rôle d’enseignant n’est pas de faire une critique approfondie du capitalisme, mais de présenter objectivement tous les systèmes économiques et sociaux.

                      A moins que vous conceviez l’EN comme une annexe d’un parti politique.




                      • Eric P Eric P 13 janvier 2009 07:58

                        On ne voit pas pourquoi une critique approfondie du capatalisme ou du marxisme nuierait à l’objectivité de l’explication, c’est même le contraire lorsqu’il s’agit d’argumenter !

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