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Accueil du site > Actualités > Politique > Y aura-t-il un pilote dans l’avion ?

Y aura-t-il un pilote dans l’avion ?

La réalité est pire que la fiction : pouvait-on imaginer pareilles tourments chez les socialistes ?

Énième jour de vote au Parti socialiste. Faudra-t-il un treizième tour (comme pour Coty) pour connaître le nom du successeur de François Hollande ?

Ce 20 novembre 2008 ou probablement, ce 21 novembre 2008, les adhérents socialistes vont définitivement trancher pour désigner leur futur premier secrétaire.


Vote militant

L’étonnement est présent, car a priori, le choix se fait après le congrès qui n’a accouché d’aucun leader ni d’aucune ligne politique claire.

Pourtant, la "désignation" par les militants du premier secrétaire, mis en place en 1995 par Lionel Jospin, n’avait pas pour but de "choisir" le premier secrétaire parmi plusieurs candidats, mais seulement de ratifier le "choix" du congrès. Pour la première fois, ce choix n’a pas "abouti".

L’objectif de Lionel Jospin était à l’époque de donner au premier secrétaire (lui en l’occurrence) une véritable légitimité socialiste au moment où Philippe Séguin réclamait l’élection du président du RPR par tous les militants (finalement, il l’a obtenue pour lui-même en 1997 puis pour Michèle Alliot-Marie en 1999, élection où était d’ailleurs candidat François Fillon).

Ce choix du suffrage direct a finalement fait le jeu de Ségolène Royal : sans ce vote du 20 novembre 2008, il était fort probable que les mammouths du PS auraient mis un peu plus de bonne volonté pour se liguer contre elle et ce qu’elle représente.


Royal pansée contre Aubry collée

Même si Benoît Hamon est fort sympathique et deviendra un responsable socialiste qui comptera pour la ou les prochaines décennies (son ambition semble assez élevée), le combat actuel reste avant tout un combat de reines… Royal contre Aubry.

Les deux femmes se connaissent bien. Elles sont toutes les deux énarques et ont travaillé à l’Élysée sous la protection de François Mitterrand.

Une différence fondamentale, à mon sens, c’est que l’une est conquérante alors que l’autre est héritière. Un distinguo que j’avais expliqué ici.

Martine Aubry n’est évidemment pas sans mérite, mais fille de Jacques Delors et héritière de Pierre Mauroy à Lille, elle n’aurait jamais pu s’implanter dans le Nord sans l’aide précieuse de l’ancien Premier Ministre qui a dû sacrifier son dauphin pourtant attitré, Bernard Roman, delanoïste anti-fabiusien qui ne lui en porte pas rancune puisqu’il soutient maintenant Aubry.

Ségolène Royal, plutôt isolée dans le milieu socialiste, elle, est une conquérante. Elle a certes été très aidée par François Mitterrand pour se trouver une circonscription en juin 1988, mais elle n’a jamais manqué d’audace en cherchant à prendre à deux reprises la mairie de Niort (en 1995 et 2001) parfois contre un autre socialiste, puis en s’emparant de la présidence du Conseil régional du Poitou-Charentes en pleine période du gouvernement Raffarin (avril 2004).


Des ambitions présidentielles… plus tôt que chez Sarkozy

Ce qui est amusant, c’est que Ségolène Royal avait des ambitions présidentielles très tôt. Dès 1995, Royal avait déjà de l’appétit alors que Nicolas Sarkozy n’envisageait encore son avenir qu’au travers de l’élection d’Édouard Balladur.

Une fois connus le désistement de Laurent Fabius (à cause de l’affaire du sang contaminé) et l’abandon de Jacques Delors (en décembre 1994) pour manque d’ambition personnelle (car les raisons qu’il avait invoquées à l’époque ne tenaient pas vraiment la route), Ségolène Royal commença à s’inquiéter sérieusement de la primaire entre un Henri Emmanuelli premier secrétaire et un Lionel Jospin dépouillé de ses mandats en 1993 et disgracié par Mitterrand dès 1992.

D’autant plus que les sondages prédisaient un second tour présidentiel entre Balladur et Chirac. Pour Royal, c’était l’occasion ou jamais à saisir puisque le PS n’imaginait pas de gagner.

Elle l’avoua en 2004 au "Nouvel Observateur" : « Je pensais que la seule solution était de présenter un candidat de notre génération. Quand j’ai vu que François Hollande puis Martine Aubry se ralliaient bon gré mal gré à Lionel Jospin, je me suis dit pendant quelques jours que mon devoir était d’être candidate. J’ai consulté mes proches, je le regrette. Ils m’ont conseillée d’être raisonnable. Ils avaient tort. Dans cette aventure, je suis sûre que je n’aurais pas été ridicule. ».


Un poste avant tout !

Un peu plus tard, après la victoire législative de Lionel Jospin en 1997, Ségolène Royal revendiqua le perchoir mais elle y renonça à cause de Fabius, le principal concurrent de Jospin, qu’il devait bien caser quelque part et dont il ne voulait à aucun prix ministre. Royal se retrouva au gouvernement, mais au lieu du Ministère de la Justice qu’elle voulait, elle se retrouva recroquevillée dans un sous-ministère sous l’autorité du bouillonnant Claude Allègre.

Entre le 27 mars 2000 et le 18 octobre 2000, Ségolène Royal se retrouva même sous l’autorité de Martine Aubry, grande Ministre de l’Emploi et de la Solidarité du gouvernement Lionel Jospin, et renforça sa popularité sur les questions de famille et d’enfance.

Lors d’un congrès, alors qu’elle souhaitait prendre des responsabilités dans la direction nationale, on ne lui laissa qu’un poste de présidente de la convention nationale qui n’est qu’une fonction de modérateur dans les discussions sans beaucoup d’intérêt.

Au contraire, Martine Aubry a souvent renoncé à s’investir dans le Parti socialiste (c’est Hollande qui l’a rappelée à la direction nationale il y a quelques années) et dans la politique nationale (démission du gouvernement en 2000 pour préparer les municipales de Lille en 2002, absence d’implication dans la primaire de 2006 et dans l’élection présidentielle de 2007). Si elle refait surface aujourd’hui, ce n’est pas par sa grâce, mais par le syndic des éléphants battus (en l’occurrence, Strauss-Kahn et Fabius) rejoint par les dépités du jospinisme (et son chef, Delanoë).


Équipe ou jeu personnel ?

On dit que Martine Aubry joue un jeu collectif, mais la réalité, c’est que dans sa profession de foi, elle a employé dix fois "je" et seulement trois fois "nous" (alors que dans celle de Ségolène Royal respectivement trois et vingt-trois fois !) et au lieu de parler travail d’équipe (comme Royal avec Vincent Peillon), dans son dernier discours de Reims, elle n’a parlé que de "motions" suivies de lettre (A, C, D, etc.), ce qui fait très apparatchik (seuls les spécialistes parlent couramment ce langage, de quoi dégoûter les militants socialistes de base).

Sur le plan des équipes, il est intéressant de savoir avec qui dirigerait chaque candidat au poste :

1. Dans le sillage de Martine Aubry, c’est un véritable musée archéologique qu’on découvre : Fabius (qui deviendrait président du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale), Jospin, Rocard, Mauroy, Jack Lang, Strauss-Kahn, Delanoë… Heureusement, il y a les caciques plus jeunes : Jean-Christophe Cambadélis, Claude Bartolone (qui deviendrait numéro deux), Arnaud Montebourg (il est devenu cacique), Jean-Paul Huchon etc. dont on ne peut pas dire qu’ils représentent stricto sensu le renouvellement.

2. Chez Benoît Hamon, on retrouve aussi quelques vieux pachydermes : Paul Quilès (qui s’amusait à demander à connaître le nom des têtes à couper au célèbre congrès de Valence en automne 1981, peu après l’élection de Mitterrand), Henri Emmanuelli (ancien premier secrétaire en 1994) etc. mais il peut compter sur d’anciens jeunes militants comme Isabelle Thomas et Bruno Julliard ou encore Philippe Darriulat…

3. Ségolène Royal a aussi son lot d’éléphants avec Louis Mermaz et Édith Cresson, mais elle se base sur une nouvelle génération : Manuel Valls, Vincent Peillon, Dray, Aurélie Filippetti, Delphine Batho etc.


Appareil contre base

Étrangement, sur LCI le 19 novembre 2008, François Bayrou a donné un coup de pouce à Ségolène Royal en disant clairement qu’il n’était pas question d’une alliance entre le PS et le MoDem (Bayrou n’est pas fou, il ne veut pas perdre son leadership et surtout, il ne veut pas faire entrer la confusion socialiste dans son mouvement).

Ce qui disculpe définitivement Ségolène Royal du crime de lèse socialisme, à savoir les soupçons de flirt avec les centristes (le courtisé a refusé, l’affaire est close).

Le choc Aubry/Royal, ce sera appareil contre volonté militante. Même si c’est très réducteur, c’est à peu près le symbole de l’enjeu.

Ségolène Royal le disait dès le 24 juin 2007 sur Canal Plus : « Le Parti socialiste n’appartient pas à un groupe ou à une minorité de personnes dirigeantes. Il appartient à tous les militants. Personne n’en est propriétaire, et certainement pas ceux qui sont à la tête des courants, qui ont été si destructeurs. ».

Sans cacher ses réelles intentions un peu plus tard : « Le Parti socialiste n’est pas un objectif en soi. (...) Après une élection présidentielle, il y a deux solutions. Soit on dit : on arrête, comme l’avait fait Lionel Jospin. Ce n’est pas le choix que j’ai fait. (...) Soit on dit comme François Mitterrand après 1974 : "je continue". Pas pour moi. Ce n’est pas un itinéraire personnel mais parce qu’il y a eu une espérance qui s’est levée, un mouvement très fort qui s’est mis en mouvement lors de cette campagne. ».


Accouchement délicat

Je l’ai déjà dit ici, je reste persuadé que si Martine Aubry était désignée comme première secrétaire du PS (hypothèse la plus probable en raison du soutien de Bertrand Delanoë et du silence de François Hollande), le PS risquerait de sombrer dans une tempête qui pourrait lui coûter la victoire attendue aux élections européennes de juin 2009.

Martine Aubry est, de plus, la plus "mauvaise" présidentiable du PS dans les sondages actuels (mais ça peut encore changer en trois ans).

Ce qui est sûr, c’est que Fabius et Aubry n’élimineront pas Royal ces prochains jours. Même battue, elle se mettrait à l’affût de la moindre erreur et reviendrait en femme providentielle dès les prochains tourments.

Elle qui n’a aucun patriotisme de parti, oserait-elle alors fonder son propre parti avec son organisation de fans "Désir d’Avenir" ? Pas avec un Vincent Peillon assurément, mais peut-être avec des Gérard Collomb ou Manuel Valls qui supportent de plus en plus mal d’être appelés "socialistes".

Mais pourquoi donc François Hollande a-t-il quitté le poste de premier secrétaire ?

Les socialistes reconnaissants vont commencer à l’apprécier…

Comment ? Hollande ? le prochain candidat à la candidature des socialistes ?



Pour aller plus loin :
Sylvain Rakotoarison


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12 réactions à cet article    


  • Lisa SION 2 Lisa SION 2 20 novembre 2008 10:52

    Quand je pense que sans les croche-pied au sein même de ce parti qui s’est littéralement tiré une balle dans le pied, cette jolie marionnette qu’est Ségolène serait derrière la vitrine. Je ne sais pas ce que cela aurait changé, vu le poids de l’Etat dans l’échiquier mondial. Déjà, on avait à regretter que sans l’intervention de la CIA, elle se serait battue contre Juppé qui aurait gagné.

    La seule alternative possible à la prochaine élection présidentielle serait de voir parmi les verts, un cortège de personnalités de divers tendances mais d’objectifs ferme en faveur de la protection de notre environement avec une personnalité telle que Bigard à la barre. Il faut retirer la finance aux joueurs, et la politique aux opportunismes mégalomanes.


    • Voltaire Voltaire 20 novembre 2008 11:22

      Bonne analyse.

      J’ajouterais que Mme Royal a su tirer les leçons de la campagne de 2007. Elle est politiquement plus astucieuse, et semble avoir travaillé sur des sujets sociétaux majeurs. Surtout, c’est une remarquable communicante, contrairement à Mme Aubry, ce qui est un atout déterminant dans notre société si soumise au diktat des media. Elle a effectivement su s’entourer de figures nouvelles qui sont des ministrables crédibles pour 2012.

      Pour autant, un second tour sera difficile pour elle. L’essentiel des voix de Mr Hamon se reporterons sur Mme Aubry.

      Surtout, qui cque soit la vainqueur, la lutte interne continuera : si elle est battue, Mme Royal ne renoncera pas à se présenter devant les militants en 2011, puisqu’elle estimera qu’on lui a volé sa victoire. Etsi elle triophe, elle aura face à elle une guerilla permanente de la part du front TSS.

      Bref, le PS n’est pas sorti de l’auberge.


      • herve33 20 novembre 2008 14:02

        Par ce congrès , le PS vient de prouver qu’il est incapable d’etre une alternative crédible pour gouverner le pays et surtout et ce qui est bien plus grave que les interêts partisans sont supérieurs à ceux de la majorité des militants 

        Comment peux-t-on croire qu’une fois au pouvoir , de tels individus que sont les éléphants du PS , feraient passer l’intérêt des citoyens avant les leurs ?

        Comment peux t-on accorder du crédit à des personnes qui se disent socialistes mais qui se sont tentés par les sirènes de la monarchie Sarkozy , gouvernement le plus réactionnaire que la France ait connu .

        Comment peux t-on accorder du crédit à des personnes qui en pleine crise financière ne proposent rien de concret et déchirent pour avoir la 1ere place .

        Triste spectacle que celui de la politique avec d’un coté "Le prince et sa coure " et de l’autre " le Néant " ou aucune idée qui en soit révolutionne un système qui est sur le plan d’imploser .




        • ARMINIUS ARMINIUS 20 novembre 2008 15:39

          Ségolène royal a la pêche, si elle décroche le poste de sécrétaire elle sera en pôle position pour 2012, d’autant que la donne sera toute différente qu’en 2007:le petit bleu,recordman toutes catégories de plongée dans les sondages n’aura plus assez de farine pour rouler les électeurs dedans( de la mer). Si c’est Martine Aubry elle risque de faire comme Papa, ce qui laisserait la place à un autre requin aux dents longues parti croiser dans les eaux troubles du FMI.


          • maxim maxim 20 novembre 2008 17:09

            au moins ,si c’est Aubry qui est élue ,on sait de quoi elle est capable ,c’est une vraie teigne ,mais au moins,de temps en temps elle se repose ....

            Royal ,elle ,ce n’est pas à proprement parler une vraie teigne ,disons qu’elle est ..Hum Hum !............,et elle ,elle ne se repose jamais !


            • Gül, le Retour II 20 novembre 2008 20:51

              @ Maxim,

              Même chose pour toi, j’aimerais pouvoir te joindre. Peux-tu me communiquer un moyen quelconque de te parler ? smiley

              Cordialement.


            • maxim maxim 20 novembre 2008 23:49

              bonjour Gul ...

              bien sur que tu peux me joindre ,en tant que rédactrice tu as accès à mon adresse E Mail ,tu peux demander à Avox ,ce sera avec plaisir !


            • Gül, le Retour II 20 novembre 2008 20:49

              Bonsoir Cap’tain,

              Je pense vous contacter d’ici peu. Accepteriez-vous un mail de ma part ?


            • Gül, le Retour II 20 novembre 2008 22:07

              Ca marche Cap’tain, je trouverai de quoi smiley


            • aml 20 novembre 2008 22:38

              @Sylvain

              Si votre objectif est d’étre rédacteur dans le milieu journalistique, vous êtes certainement sur la bonne voie.
              Je ne sais pas quel âge vous avez, peut-être celui de mon fils à qui j’ai donné le même prénom... Désolée de commenter... Aucune leçon à vous donner. Considérez ça comme un encouragement.

              J’ai peut être mal compris vos articles, mais je n’arrive pas toujours à vous suivre : Ils sont entre "information" et "prise de position". Du point de vue information, vos articles font dans ce qui a déjà été abordé dans l’actualité au moment où vous la tritez, du point de vue prise de position, bah.... Je suis parfois, enfin pas tout à fait, en accord, mais je ne trouve pas l’argumentation qui justifie votre position et cela me laisse plus perplexe que convaincue...

              Comprennez, je vous laisse un commentaire en me disant que d’autres lecteurs auront peut être la même appproche, mais peut-être que ce n’est pas le cas.


              • manusan 21 novembre 2008 01:19

                Aprés un duel Clinton/Obama captivant même en France, on se tape un Royal/Aubry lamentable sans aucun programme, aucun projet d’avenir.

                Affligeant.


                • major grubert major grubert 21 novembre 2008 07:28

                  pauvres socialistes !

                  le choix entre la peste et le cholèra...

                  c’est avec Royal et Aubry le renouveau ? 

                  c’est comme si Citroên nous proposait le choix entre une traction ou une DS  smiley

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