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Accueil du site > Actualités > Religions > 1996 : un attentat en France contre le pape

1996 : un attentat en France contre le pape

Le 2 septembre 1996, une bombe est repérée dans la basilique de Saint-Laurent-sur-Sèvre. Cette petite bourgade sans histoire qui doit accueillir Jean-Paul II quelques jours plus tard n’avait pas prévu de feu d’artifice au programme des festivités... Simple canular, attentat perpétré par une puissante organisation anti-pape, œuvre du Malin ? Nul ne sait. En tout cas, voilà une bombe poitevine qui, bien que désamorcée, fit beaucoup de vacarme.

En Bas-Poitou, il est un village épousant paisiblement les méandres de la Sèvre Nantaise. Posé confortablement entre Vendée et Deux-Sèvres et centré autour de ses clochers, le bourg de Saint-Laurent-sur-Sèvre est un de ces solides bastions de la foi catholique où la piété, profonde et inaltérable, rythme la vie quotidienne. Pour moins de 3500 habitants, la « capitale religieuse de la Vendée » possède deux institutions scolaires d’obédience catholique - les collèges-lycées Saint-Michel et Saint-Gabriel (un des plus gros internats privés de France) -, et abrite trois congrégations : les Frères gabriélistes, les Missionnaires montfortains et les Filles de la Sagesse, dont les bâtiments ornent principalement le long de la rue... Jean-Paul II.

Toute la journée, jeunes et moins jeunes se succèdent dans la basilique pour se recueillir, notamment, sur les tombeaux de saint Louis-Marie Grignion de Montfort ou de la sainte poitevine Marie-Louise Trichet, dite la Bienheureuse... Ici, dans la « ville sainte de Vendée », on est en plein cœur de la France croyante, véritable « fille aînée de l’Eglise ». Dans cette ambiance dévote, on se souvient encore avec nostalgie du 19 septembre 1996, date à laquelle le pape Jean-Paul II vint fouler le sol de la commune (*).

La bombe mystérieuse de Saint-Laurent

Cependant, en ce doux val sévrien, l’ordre divin est-il si parfait qu’il n’y paraît au premier abord ? Faisons un bond dans le temps et revenons au lundi 2 septembre 1996, c’est à dire deux semaines avant la visite du Saint Père... L’époque est aux préparatifs de cet événement exceptionnel ; une « formidable période d’attente », selon l’expression du maire de l'époque, Jean-Claude Benaiteau. Ce jour-là, vers 18 heures 30, le Père Michel Simonnet, curé de la paroisse, pénètre dans la crypte de la basilique de Saint-Laurent. Là, il fait une découverte stupéfiante : huit bâtons de dynamite - soit un total de deux kg ! - ont été posés au pied du tombeau de saint Louis-Marie de Montfort... à l’endroit même où Jean-Paul II doit venir se recueillir ! Stupeur. Consternation. La gendarmerie locale intervient immédiatement : « On était les premiers dépêchés sur les lieux. On a bien vu les bâtons de dynamite. On a appelé les services de déminage mais on a été vite dessaisis de l’affaire... Dès le lendemain, le SRPJ d’Angers a pris l’enquête en main... » Certes, la bombe n’a pas explosé, la mèche ne s’étant que partiellement consumée. Certes, installée bien avant la venue du chef du Vatican, elle ne visait pas physiquement ce dernier... mais l’affaire prend de grosses proportions.

La « machine infernale », si elle avait fonctionné, aurait pu provoquer beaucoup de grabuge dans la basilique et contraindre à l'annulation de la visite pontificale. Petits malins ou commando organisé, les auteurs ont, de surcroît, déjoué un « système de sécurité qui était installé depuis six mois avant la venue du pape. » en outre, sur un des murs de la crypte, a été écrit à la peinture noire l’inscription suivante : IN NOMINE PAPAE POUM (au nom du pape poum). Il s’agit donc bel et bien d’un avertissement sérieux contre le représentant du Saint-Siège. La piste d’une mauvaise plaisanterie est par conséquent rapidement écartée. « Ce n’était pas du bluff ! » avoue J.-C. Benaiteau. « La dynamite n’est pas en vente libre. C’était donc un coup organisé. D’ailleurs, la police a remonté des filières... » Il n’empêche, deux ans après, l’enquête n’avait pas abouti et aucun élément nouveau n’avait fait rouvrir le dossier. « On aurait mieux aimé savoir qui a fait ça ! » avait pourtant déclaré le procureur de la république, Mireille Cadenat, qui accompagna les recherches policières jusqu'à fin 97. Selon le commandant de police adjoint à la division criminelle du SRPJ d’Angers, « l’événement a choqué et fait plus de bruit que la bombe elle-même qui n’a pas explosé » Du bruit, oui, mais les hypothèses sur les éventuels suspects sont restées, quant à elles, très discrètes. Secret des investigations qui empêche de vendre... la mèche ? Pistes réellement infructueuses ? Les voies de l’enquête sont décidément impénétrables...

Guerre idéologique autour de la "laïcité"

Il faut dire que les indices sont maigres. On sait seulement que la bombe, de fabrication artisanale, a probablement été installée le week-end précédent. Les certitudes ne pullulent pas, mais une piste se dégage tout de même : celle des milieux anarchistes, vite désignés, presque naturellement, comme des coupables potentiels. L’inscription dans la basilique a fait penser au POUM, ce parti libertaire, trotskiste et anticlérical, mais qui fut surtout actif pendant la guerre d’Espagne (1936-1939). Le lien, dès lors, n’est plus si évident. POUM redevient une simple et provocante onomatopée... En plus d’un an d’enquête, faute de preuves, aucune interpellation ne pourra être réalisée. Alors, qui ? L’annonce de la venue de Jean-Paul II en France en ce mois de septembre 96 était loin de faire l’unanimité et avait provoqué une levée de boucliers laïcs et républicains. La découverte de l’engin explosif allait encore attiser la grande tension entre opposants et partisans de cette visite papale officielle.

L’évêque de Luçon, Monseigneur François Garnier, avait très vivement réagi à l’attentat, soutenu par Philippe de Villiers, président du Conseil Général de la Vendée, scandalisé par « de telles tentatives d’intimidation. » Le maire socialiste de La Roche-sur-Yon, Jacques Auxiette, affirma lui-même que « cet acte terroriste veut porter atteinte à la conception que nous nous faisons de la laïcité qui garantit constitutionnellement la liberté de culte et de conscience. » Le mouvement Ecologie Autogestion dénigrait, de son côté, « les propos ambigus du Père Garnier qui laisse croire que le débat contradictoire et le contestation sont susceptibles de favoriser des actes terroristes. » Dans la basilique, la mèche de la charge explosive s’était éteinte... mais dans la France entière, c’est une bombe idéologique qui était près d’éclater !

L’opposition à l’arrivée de Jean-Paul II dans l’hexagone perdura pendant tout le mois de septembre. Quelques jours après la découverte de la bombe à Saint-Laurent-sur-Sèvre, le dimanche 8 septembre précisément, la cathédrale de Nantes est le théâtre... d’un attentat pâtissier ! Des coreligionnaires de Noël Gaudin, plus connu sous le nom de « l’entarteur belge », exécutent des représentants de l’Eglise en leur jetant des préservatifs remplis d’eau et des tartes à la crème. Noël Gaudin explique alors que « d’autres messes seront sabotées crémeusement (...) dans de grandes villes de France en préfiguration des désagréments qui attendent Jean-Paul II s’il ne décommande pas son voyage. » Par saint Voltaire et les foudres du Grand Horloger ! Le pays allait-il sombrer dans la guerre civile ? Le 14 septembre, la fédération de la Libre Pensée de Vendée organise des rassemblements et des marches à Mauléon, dans les Deux-Sèvres, et à Saint-Laurent-sur-Sèvre, en signe de protestation contre le financement du séjour papal sur des fonds publics. Mordienne, l’ambiance est chaude ! Dès le début du mois, une liste d’associations contre la venue du souverain pontife avait déjà été publiée : ce « collectif du 22 septembre » (1), très hétérogène, faisait se côtoyer, entre autres, la fédération anarchiste et... la fédération autonome des syndicats de police !

A propos des forces de l’ordre, c’est pourtant elles qui furent, évidemment, chargées de la protection du Saint Père. A Saint-Laurent-sur-sèvre, le 19 septembre, toutes les brigades de gendarmerie du canton étaient mobilisées pour assurer la sécurité du célèbre visiteur. Des membres des Renseignements Généraux et du GIGN s’étaient postés aux recoins stratégiques de la paroisse. Au total, on comptabilisait pas moins d’un millier de gendarmes et de policiers à être sur leurs gardes, avec dans l’esprit le souvenir de la bombe ainsi que de la tentative d’assassinat de 1981, et en poche... une photo de l’entarteur belge. Rien ne fut négligé. La vigilance était de mise !

En ce jour pluvieux - ce qui eût permis d’éteindre une éventuelle autre mèche... - , Sa Sainteté le pape Jean-Paul II put saluer les Saint-Laurentais et se recueillir sur la tombe de son idole, Louis-Marie de Montfort. La bombe n’avait laissé qu’un peu de suie. Les quelques heures de présence de Jean-Paul II en Poitou ne connurent aucun incident même s’il y eut « un appel anonyme le jour même » confie la gendarmerie locale. « L’auteur a été identifié et le parquet de La Roche-sur-Yon l’a condamné. » Aucun lien, toutefois, avec les huit bâtons de dynamite.

Aujourd’hui, le mystère n’est toujours pas éclairci. Probablement ne saura-t-on jamais qui a allumé la mèche rebelle et mitrophobe. Saint-Laurent-sur-Sèvre a gardé intacte sa foi et est devenu un lieu de pèlerinage très prisé, inclus dans le circuit vendéen qui mène également au Puy-du-Fou. Visiteurs de partout passent par la basilique afin de lorgner le pourtours du gisant de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, ce petit périmètre qui a accueilli méditation papale et agitation pas banale, messe à Dieu et mèche à feu... Finalement, dans tout ça, ce sont bien l’office du tourisme local et Dame Polémique qui auront trouvé leur salut...

 

Note explicative :

(*) La tournée française du pape polonais dura trois jours, du 19 au 22 septembre 96. Après Saint-Laurent (le 19), Jean-Paul II se rendit en Bretagne, à Sainte-Anne-d’Auray (le 20), puis à Tours (le 21) pour le 1 600e anniversaire de la mort de saint Martin, et enfin à Reims (le 22) pour le 15e centenaire du baptême de Clovis par l’évêque saint Rémi.


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2 réactions à cet article    


  • franc 29 décembre 2015 13:39

    il me semble que le pape Jean Paul II a été victime et failli mourir d’un acte d’attentat commis par un musulman turc appartenant aux loup gris ;le pape l’ a m^me visité en prison pour lui signifier son pardon


    • marceau 29 décembre 2015 22:11

      On a voulu faire passer cet attentat pour un acte commis par les services secrets bulgares qui auraient manipulé l’auteur turc membre des loups gris.

      Après la chute du mur de Berlin les nouvelles autorités bulgares n’ont jamais trouvé aucune trace d’une quelconque responsabilité bulgare dans cet attentat !

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