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Accueil du site > Actualités > Religions > Benoît XVI condamne la violence : les médias et les musulmans (...)

Benoît XVI condamne la violence : les médias et les musulmans indignés

 Triste époque ! Un pape condamne la violence commise au nom d’une religion, aussitôt les médias s’enflamment ou plutôt attisent le feu en interprétant des propos que le pape n’a pas tenus. Les médias français, toujours d’une extrême légèreté, n’avaient pas l’air d’avoir consulté le texte original.

D’ailleurs, il a fallu attendre presqu’une semaine pour que ce texte ( traduction de ce discours du pape en intégralité disponible ici ) tant controversé soit divulgué dans un journal et ceci dans La Croix du lundi 18 septembre, épuisé très rapidement.(Cela prouve aussi que les Français recherchent la vérité et sont en attente d’un vrai journal). Heureusement qu’Internet est là. Encore une fois comme à l’époque du texte sur le projet de la Constitution européenne, c’est sur le Net tant décrié par les médias français que nous avons pu lire les meilleures analyses. Pourtant les journalistes professionnels ont le toupet de toujours s’interroger sur la perte de leur crédibilité auprès du public. Ce dernier n’est pas dupe. Nous savons tous que la caste journalistique essaie de manœuvrer l’opinion. Elle se fait l’écho des bruits les plus tendancieux.

Les réactions de bon sens sont venues là où on pensait ne pas les entendre.

Lionel Jospin sur Benoît XVI au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro :
"Doit-il s’excuser ? Je pense que non. Il est paradoxal qu’une partie de ceux qui demandent des excuses soient ceux qui, par ailleurs, menacent et trouvent légitime d’utiliser l’islam au nom de la violence. On n’a pas de raison de s’excuser devant ces gens-là, même s’il faut éviter de froisser les musulmans."

Interrogé sur France Inter vendredi 15 septembre, l’écrivain italien Umberto Eco a estimé qu’"à propos du discours du pape, on a joué le même jeu qu’avec les caricatures danoises. Un petit épisode est déformé pour déclencher un mouvement gouverné par des fondamentalistes. Le pape aurait pu énoncer le théorème de Pythagore, et il y aurait eu quelqu’un capable de démontrer que c’était une attaque raciste."

L’étonnant avec les médias est la différence de traitement qu’ils font entre la religion catholique et l’islam. Alors qu’ils traquent la moindre parole du pape ou des prélats catholiques qui pourrait être un dérapage, avec l’islam les médias se comportent d’une tout autre manière ; ils essayent de trouver une parole démontrant que c’est une religion d’amour, de tolérance et de paix (RATP).

Ainsi toutes les exactions commises au nom de l’islam sont censurées.

Des églises brûlent au Nigéria, des populations chrétiennes et animistes sont massacrées au Soudan et en Indonésie, de violentes agressions sont commises contre les coptes en Egypte, des chrétiens sont tués ou emprisonnés sous prétexte de blasphème au Pakistan, en Arabie saoudite...

Même en France les nombreux actes de vandalisme visant des églises ou des cimetières catholiques ne sont pas divulgués. Dimanche 20 août, l’église d’Osny (selon Le Parisien de l’édition locale du Val-d’Oise, l’hypothèse du geste criminel ne fait aucun doute) a été incendiée ; cela n’a pas suscité de protestations officielles, comme c’est le cas lorsqu’il s’agit de mosquées ou de synagogues. Deux poids, deux mesures.

Qu’en des siècles d’obscurantisme, l’Eglise se soit comportée comme une brute à l’égard de ses semblables, cela pourrait à la rigueur s’excuser, mais qu’en un siècle de lumière et de soi-disant progrès, les mêmes faits se reproduisent de la part d’une autre religion, voilà qui ne peut que révolter la conscience de tout homme libre.


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93 réactions à cet article    


  • Corwinhawk (---.---.101.8) 22 septembre 2006 12:59

    Quel chef d’état aujourd’hui essaie de transmettre un message de paix ? Je n’en vois qu’un, c’est celui du Vatican.

    Evidemment, un message de paix, ça emmerde les extrémistes.

    Malheureusement les médias leur donnent la parole en considérant qu’ils représentent une majorité et pas autre chose qu’eux-même.


    • ropib (---.---.27.229) 22 septembre 2006 13:08

      Le message de paix du Vatican est bidon. Je n’y crois pas une seule seconde.

      En plus c’est tout de même une plateforme connue de tous les trafics en tous genres.

      L’Europe est actuellement la forme la plus aboutie de l’Histoire d’un message de paix. C’est une première tout à fait orignale même si on attend de voir si cela aboutira réellement à quelque chose.


    • ropib (---.---.27.229) 22 septembre 2006 13:11

      Je pense que c’était l’occasion rêvée de démontrer la vacuité de l’existence d’un pape. L’occasion de privatiser l’Eglise et d’en normaliser l’économie.

      Encore eut-il fallu avoir le courage politique pour le faire.


    • jsuis10 (---.---.114.37) 22 septembre 2006 13:19

      Lol tant de conneries en 2 commentaires, tu n’as pas du apprecié le message du Pape... Si encore tu donnais deux trois fais concrets plutot que de jeter des affirmations gratuites du genre des trafics en tous genres ?

      Je serais capable de véhiculer des horreurs aussi sur le prophete que tu adores, mais par respect (ca existe encore) je ne le ferais pas ca n’apporte rien au débat, puisque ca n’aurait pas plus de fondement que tes affirmations.


    • ropib (---.---.27.229) 22 septembre 2006 13:47

      @jsuis10

      Il y a 10000 sujets sur la déclaration du pape. C’est vrai que c’est problématique quant au suivi des débats.

      Je n’adore pas l’Islam. Dans mes commentaires je crois que je n’y fais pas référence. Il est bien évident que je m’insurge devant les actes de violences, liés ou non à la déclaration du pape, commis par des musulmans, des païens se croyant religieux ou des islamistes, au nom de leur religion.

      J’avoue ne plus me rappeler des affaires qui étaient sorties il y a un moment. Et j’ai la flemme de chercher, vous n’avez qu’à chercher si ça vous intéresse (l’Europe avait demandé des éclaircissements notamment il me semble). Ca fait peut-être gratuit mais bon excusez-moi mais si le Vatican est indépendant c’est pourquoi faire ? Comme tous les pays il y a des services d’espionnage, de la « diplomatie active », des échanges financiers obscurs. Le pape est un homme politique qui a du se frayer une place pour arriver au sommet de sa hiérarchie (je ne critique pas, cela existe dans toute société humaine).

      Par rapport à la privatisation excusez moi mais je trouve que le Vatican agit aujourd’hui plus comme une société privée avec ses outils marketing de visibilité de la marque, des packages, du service après-vente... elle ne représente pas une nation mais des intérêts privés. Par rapport à la religion je m’avance certainement parce que je ne suis pas religieux mais je remarque qu’à peine la Bible a été rendue publique que les protestants ont cru bon de faire un schisme, les positions catholiques ayant des significations plus politiques que spirituelles (au moins au moment de la séparation en elle-même au minimum).

      Par rapport à l’Europe... la paix est tout de même le fondement de sa construction. Le message de paix de l’Eglise est théorique, quand elle agit réellement on sait ce que ça donne. Je fais référence au temps d’avant Vatican 2, époque révolue, mais depuis l’Eglise n’a pas agi, le message est donc théorique. Et il reste que dans toute la complexité de la déclaration du pape le message renferme une violence réelle qui est tellement assimilée au plus profond de son être qu’il ne se rend toujours pas compte.


    • Anthony Meilland Anthony Meilland 22 septembre 2006 14:19

      « Quel chef d’état aujourd’hui essaie de transmettre un message de paix ? Je n’en vois qu’un, c’est celui du Vatican. »

      voilà quelques extraits de ces discours de Munchen :
      - La tolérance dont nous avons tous besoin inclut la crainte de Dieu
      - le cynisme qui considère le rejet du sacré comme un droit
      - Je vous demande de maintenir présente dans l’école la recherche de Dieu
      - Là où on ne porte que des connaissances et des savoir-faire, de la technique et des moyens, on apporte trop peu. Et alors, c’est l’engrenage de la violence, la capacité de détruire et tuer qui prévaut dans la course au pouvoir.

      Mais à part ça, il n’y a pas d’attaque contre notre civilisation !!

      Une véritable déclaration de guerre contre la Raison smiley

      Comme discours de paix, je prefere encore celui de Chirac à l’ONU smiley


    • jsuis10 (---.---.114.37) 22 septembre 2006 14:32

      A priori à part un problème de budget en 2002, des gardes du vaticans assassinés (probablement parce qu’ils ont posés des micros-espions dans les appartements privés du pape) et un certain Martin Frankel en 1967 qui a créé un fondation Saint Francois d’Assise bidon, je n’ai pas trouvé de trafics plus graves que dans les autres pays.

      Après je pense que pour tout monde, le pape est plus le symbole des chrétiens qu’un chef d’Etat... Le Vatican n’a pas de pouvoir politique en soi, c’est le role de « chef » des chretiens qui confère au pape un role à jouer au niveau politique (et encore).

      Pour ce qui est de la privatisation jamais entendu parler... Mais comme le Vatican doit payer les gardes et les pretres, il doit trouver une source de revenu, qui se trouve etre entre autre des pièces de collection. Je ne sais pas si c’est le fameux « packaging » que tu dénonces mais ce n’est pas le seul Etat à vendre des coffrets de pièces. Par contre je ne vois pas de « visibilité de marque » ou SAV... Apres je vois pas le lien avec des déclarations du pape, mais bon passons.

      Enfin oui l’Europe est un vecteur de paix (bien que tout le monde n’etait pas unanime pour la question de l’Irak). Si on parle de religion et de paix, c’est la seule religion à faire des excuses alors qu’elle n’est pas forcément responsable, pour apaiser les esprits.

      Alors oui pour moi bien que tout ce qui est dit ne doit pas etre pris à la lettre, la paix et la tolérance sont des vertus pronées par le pape. Et à mon avis c’est pour le rappeler que les allusions du pape sont importantes.


    • EricB (---.---.28.121) 23 septembre 2006 13:27

      « En plus c’est tout de même une plateforme connue de tous les trafics en tous genres »

      Vous devez confondre avec Andorre ou Monaco. Je vous conseille de réviser votre géographie...


    • ropib (---.---.161.144) 24 septembre 2006 12:26

      @Eric B

      Peut-être. Peut-être que le pape est gentil et que le Vatican aussi. D’ailleurs le message de paix est tellement fulgurant que le résultat est désarmant.

      Mais bon je vais vous en fournir des preuves si vous les voulez vraiment.


    • Marsupilami (---.---.224.81) 22 septembre 2006 13:14

      Que les musulmans dignes restent dignes. Que les musulmans indignes s’indignent.

      « mais qu’en un siècle de lumière et de soit-disant progrès, les mêmes faits se reproduisent de la part d’une autre religion, voilà qui ne peut que révolter la conscience de tout homme libre ».

      Ah bon ? On est dans un siècle de lumière ? Que le premier qui le trouve appuie sur l’interrupteur pour qu’on y voie plus clair...


      • ropib (---.---.27.229) 22 septembre 2006 14:07

        Oui je crois que nous sommes dans un siècle qui a nié le progrès justement.

        D’ailleurs en politique il n’en est plus question. Le progrès est un gros mot. Le siècle des lumières aboutit à la révolution française, je ne vois pas bien ce que notre siècle a ou est en train de construire...


      • Marsupilami (---.---.224.81) 22 septembre 2006 14:41

        Ouaf !

        J’ai pas parlé du Progrès avec un grand Pet (un concept qui me fait rire depuis la plus haute antiquité, vu que le progrès ne cesse de progresser, ce qui est dans sa nature, etc.) mais de la lumière et non des Lumières... qui n’étaient guère que des ampoules 30 watts rationalistes, ce qui n’est pas terrible mais remplaçait plus ou moins avantageusement les bougies de la scolastique moyennâgeuse, qui avait ses charmes décrépits et désormais défunts.


      • pace (---.---.252.55) 22 septembre 2006 14:05

        pauvre Benoit, mais il fallait qu’il produise la polémique de peur des moslems pour remplir ses églises.Et surtout,il était forcé de limoger Fritzgerald en février !!! Banque de vatican était très inquiète................. Allez, tout le monde à la messe, les barbares islamiste arrivent à nos portes, ehhhhhhhhhhmmm, n’oubliez pas votre chéquier pour les dons !!!


        • AlfreD (---.---.79.42) 16 octobre 2006 16:34

          Super drole dis moi !!!

          Tu me la refais en remplaçant les chrétiens par les musulmans et je t’assure que tu sera réduis, par les contributeur d’Agoravox, à un sale raciste sioniste colonialiste etc etc....

          Moi je te le dis maintenant : sale raciste

          Un peu de mesure te ferais du bien...dans le jack Daniels c’est un glaçon pas tout le congélo...


        • roumi (---.---.74.206) 22 septembre 2006 14:12

          j’ai qq remarques a faire

          - le texte etais 24 heure apres sur le net .traduit moins intelligiblement mais comprehensible .

          - d’ajouter que la majeure partie de l’entretien avec umbero ecco ( il y avais beaucoup d’humour dedans )portait sur lui , ce que tu as omis ( je te pardonne ) c’est que son hobby favoris c’est se battre contre la betise ; d’ou l’exemple que tu extrais .mais il y en avais plein d’autres , plus rigolots .

          - et le texte quel avis as tu dessus ? que te dis il ? en tant que chretien affirme et decapant .

          - science sans conscience ca te dis rien allez c’est une piste

          - de la a mettre la theologie catholique comme discipline a l’universite ok mais en comparaison d’autres approches religieuses ( question d’ouverture )

          - quand a la victimisation semble t il tu la cultive , tu me fait penser a milan en plus soft .

          roumi


          • Icks PEY (---.---.232.221) 22 septembre 2006 14:17

            Article clair, propre, concis.

            Bravo.

            IP


            • Cochonouh Cochonouh 22 septembre 2006 15:40

              Clair, propre et concis. Très bien.

              Mais, c’est le troisième du jour... On peut pas regrouper dans une page dégustation avec un bout de chaque ?


            • l’Omnivore Sobriquet (---.---.12.40) 22 septembre 2006 17:15

              Exact camarade, les meilleurs commentaires sont déjà déposés dans les articles précédents.

              Jospin soutient ’les propos du Pape’, Zapatéro soutient ’les propos du Pape’ : mais qu’attend Philippe Labro ? Ah, quand l’empire est pour (cf. ce que vous en avez perçu), les ’courageux’ se marchent dessus pour l’entrée au Palace !

              Longue vie à Benoît Seize !


            • Antoine Diederick (---.---.204.3) 23 septembre 2006 23:31

              exact Choucouru, le meilleur est déjà passé ds les autres commentaires.


            • (---.---.38.140) 22 septembre 2006 15:46

              Les athées sont soi disant libres par rapport aux chrétiens... Mais c’est 1 chrétien qui s’exprime sur le rapport religion/ violence. Les chrétiens sont regroupés en communautés se reconnaissant dans la parole du Christ. C’est là leur force.


              • roumi (---.---.74.206) 22 septembre 2006 17:23

                relis le texte il ne dit pas du tout ca .


                • Anne-Marie (---.---.101.170) 22 septembre 2006 18:01

                  Merci pour votre article. Il fallait l’écrire et vous l’avez fait. Enfin la Vérité. Que Dieu vous bénisse !


                  • Antoine Diederick (---.---.204.3) 23 septembre 2006 23:34

                    une exaltée, saint Guidon apprenez-moi à conduire mon vélo !


                  • ZEN zen 22 septembre 2006 19:15

                    Il faudrait regarder un peu plus loin que son bénitier.Hier sur Avox, Karim, intellectuel libanais, a fait une analyse tout à fait pertinente :

                    Benoît XVI : pape de la rupture ? Karim Emile Bitar

                    "Lorsqu’en avril 2005, le cardinal Joseph Ratzinger fut élu pape, nombreux furent ceux qui se sont inquiétés d’une radicalisation et d’une dérive droitière de l’Église catholique, sous la houlette de celui qui avait fait preuve d’une grande rigidité doctrinale dans ses précédentes fonctions de « préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi. »

                    Mais le fait que le nouveau pape était un proche de Jean-Paul II, le chantre inlassable du dialogue des religions, était de nature à rassurer ceux qui craignaient un changement des positions vaticanes quant aux grands enjeux géopolitiques de l’époque.

                    En effet, tout en adoptant des positions conservatrices sur les questions sociales et notamment en matière de mœurs, Jean-Paul II avait fait preuve en politique internationale d’un authentique progressisme. Sa vision d’un ordre mondial fondé sur le droit et la justice avait fait de lui un symbole respecté bien au-delà des pays catholiques. A l’instar du grand Jean XXIII, Jean-Paul II était un farouche opposant à l’extrémisme chrétien - d’où son intransigeance face aux intégristes lefebvristes et sa méfiance vis-à-vis des évangélistes américains - et un partisan résolu du rapprochement avec le judaïsme et l’islam.

                    Sa repentance sincère quant aux fautes historiques et aux crimes commis par l’Eglise témoignait d’un indéniable courage et a permis une réconciliation historique avec le judaïsme. Ce courage allait de pair avec une exemplaire lucidité sur les questions diplomatiques, qui est apparue notamment dans son insistance sur une paix juste au Proche-Orient, dans son attachement particulier à la coexistence islamo-chrétienne au Liban, dans son indéfectible soutien à la cause palestinienne, dont il avait maintes fois souligné la centralité, ainsi que dans sa très ferme condamnation de l’invasion illégale de l’Irak et du mur de séparation construit par Israël.

                    Pour toutes ces raisons, au décès de Jean-Paul II, le soft power (concept formulé par le politologue Joseph Nye, signifiant la « puissance douce », le pouvoir d’attraction, la capacité de convaincre et d’influer sans avoir recours à la coercition) du Saint-Siège était donc à son apogée, et la diplomatie vaticane semblait idéalement placée pour peser de manière positive sur tous les dossiers brûlants de la scène internationale et endiguer ainsi les menaces du « choc des civilisations ».

                    Qu’en est-il aujourd’hui ? Le capital de sympathie engrangé par Jean-Paul II a-t-il été dilapidé par son successeur ? Au-delà d’un simple et très légitime droit d’inventaire, certains propos et initiatives du nouveau souverain pontife pourraient en effet laisser penser que c’est une véritable rupture avec l’héritage de Jean-Paul II que Benoît XVI est entrain d’opérer, subrepticement, mais sûrement.

                    En réintégrant les intégristes lefebvristes excommuniés par son prédécesseur , en les recevant à Castel Gandolfo, en les autorisant même à célébrer la messe selon les anciens rites préconciliaires, Benoît XVI semble relativiser l’importance de nombreuses conclusions du concile Vatican II, dont le jeune théologien Joseph Ratzinger, alors novateur, avait pourtant été l’un des architectes.

                    Lorsque, dans son discours du 28 mai 2006 à Auschwitz-Birkenau, Benoît XVI attribue la responsabilité de l’holocauste à un simple « groupe de criminels », il blesse un grand nombre de juifs - et bien d’autres - qui sont légitimement indignés car ces propos sont en contradiction avec toute l’historiographie récente, qui relève sinon une culpabilité collective, du moins une responsabilité collective du peuple allemand ayant porté Hitler au pouvoir.

                    C’est aujourd’hui au tour des musulmans - et fort heureusement de beaucoup d’autres - de se sentir blessés par les propos, particulièrement inquiétants, tenus par Benoît XVI dans son discours prononcé le 12 septembre à l’université de Ratisbonne. Nous aurions chaudement applaudi le souverain pontife s’il s’était contenté de critiquer, fut-ce avec la plus grande virulence, l’intégrisme, l’islamisme, l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques, et les violences perpétrées au nom de l’islam. Mais il est étonnant qu’un intellectuel de la trempe de Benoît XVI se soit laissé entraîné sur la pente sinueuse des généralisations.

                    Mentionnant un dialogue du XIVe siècle entre l’empereur byzantin Manuel II Paléolologue et un fin lettré persan, Benoît XVI a lui-même qualifié d’« étonnamment brusque » mais néanmoins tenu à citer une phrase de Manuel II : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau. Tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, comme sa prescription de défendre avec le glaive la foi qu’il prêchait. »

                    Je laisserai aux islamologues le soin de répondre sur le fond à cette philippique, mais l’on ne peut que s’étonner d’entendre, de la bouche d’un pape, des propos que l’on retrouve habituellement chez des polémistes mal inspirés, ayant trop vite oublié les ravages des croisades et les bûchers de l’inquisition.

                    Citant alors l’éditeur de ce dialogue, l’universitaire de Münster Théodore Khoury, Benoît XVI a souligné que « pour l’empereur, un Byzantin éduqué dans la philosophie grecque, la phrase « ne pas agir selon la raison contredit la nature de Dieu » est évidente. Pour la doctrine musulmane en revanche, Dieu est absolument transcendant, sa volonté ne dépend d’aucune de nos catégories, même pas celle de la raison. » Ce passage de Khoury, implicitement repris à son compte par Benoît XVI, est troublant à plus d’un titre.

                    D’abord par son côté anhistorique, tant il est vrai que le monde chrétien et l’Eglise catholique en particulier ont mis plusieurs siècles à admettre la nécessité d’une conciliation entre Fides et Ratio. Ensuite parce qu’il omet de mentionner le fait, fondamental, que ce n’est que par l’intermédiaire des philosophes musulmans que cette philosophie grecque fondée sur la raison a pu être traduite et atteindre ainsi l’Occident, ce qui est une preuve parfaite de l’enrichissement mutuel et de la non-étanchéité des cultures. Enfin et surtout parce que ces propos semblent prendre pour acquis les vieux dogmes orientalistes aujourd’hui discrédités, dogmes qui établissent de très fallacieuses distinctions ontologiques et épistémologiques entre un « Occident chrétien » supposément rationnel et un « islam » qui serait par nature rétif à la raison.

                    Faut-il rappeler que ce n’est qu’en 1992 que l’Église catholique a « pardonné » à Galilée, lequel avait, en 1632, eu l’outrecuidance de dire, sur une base rationnelle, que la terre tourne autour du soleil ? Et les totalitarismes qui ont ravagé l’Occident au XXe siècle étaient-ils très « rationnels » ? L’Occident et la chrétienté n’ont donc pas toujours témoigné d’une grande « rationalité », pour le moins que l’on puisse dire.

                    Quant à l’« islam », s’il était imperméable à « notre » catégorie qu’est la raison, comment expliquer ses indéniables contributions aux mathématiques, à l’astronomie, à la médecine et à bien d’autres sciences ?

                    Ces distinctions de nature essentialiste entre l’« Occident » et l’« islam » sont non seulement erronées compte tenu de l’extraordinaire diversité au sein de chacune de ces civilisations, mais aussi particulièrement néfastes et potentiellement dévastatrices tant elles peuvent être aisément instrumentalisées par des dirigeants, musulmans ou occidentaux, souhaitant imposer des visions bellicistes au nom d’une supposée incompatibilité ancestrale entre « eux » et « nous ».

                    Bien qu’ayant été brillamment déconstruits, les discours orientalistes sont redevenus très vivaces depuis le 11 septembre, et servent aujourd’hui d’arrière-plan idéologique aux funestes projets de guerre des civilisations, souhaitée par les islamistes et favorisée par les politiques à très courte vue des faucons de Washington et de Tel Aviv. Ce n’est pas un hasard si Ehud Olmert, dans un discours orientaliste - et raciste - typique a proclamé que c’était pour « défendre la civilisation occidentale » qu’il avait largué un million de bombes à fragmentation sur le Liban ! Ce n’est pas non plus un hasard si l’orientaliste Bernard Lewis, principal propagateur de cet essentialisme manichéen est aujourd’hui le maître à penser de Dick Cheney et l’inspirateur des désastreuses politiques moyen-orientales de l’administration Bush.

                    La crise de confiance déclenchée par les propos de Benoît XVI ne se résorbera pas par un simple communiqué du Vatican disant que le pape est « absolument désolé » d’avoir offensé la sensibilité des musulmans.

                    Il est aujourd’hui urgent de revenir sur le chemin d’un dialogue interreligieux qui aille au-delà des stériles querelles théologiques et qui fasse ressortir du fond de leurs enseignements tout ce qui rapproche les religions. Car si une autorité morale aussi influente que celle de Benoît XVI et du Vatican ne s’y oppose pas avec toutes ses ressources, rien ne pourra plus enrayer le triomphe de ce que Martin Buber appelait la « dialectique infernale » du « eux contre nous », et rien ne pourra plus empêcher que la guerre des civilisations chère à Lewis et Huntington ne devienne bel et bien une prophétie autoréalisatrice."


                    • Antoine Diederick (---.---.204.3) 23 septembre 2006 23:36

                      Monsieur Zen, vous êtes branché sur ce texte à tel point que vous en faites un leitmotiv.

                      Pas intellectuellement correct cela .


                    • roumi (---.---.74.206) 22 septembre 2006 20:06

                      longue vie au journal la croix qui a permis pas mal d’ouvertures avec ses analyses fines .

                      entre IP:xxx.x27.38.140 et anne marie il y as encore pas mal de travail a faire sur l’autocensure .

                      roumi


                      • AlfreD (---.---.79.42) 17 octobre 2006 17:51

                        C’est vrai que pour les questions liées à la religion LaCroix est Le quotidien de référence.

                        J’entend déjà les anti-catho s’égosiller, on en reparle quand vous lirez La Croix

                        Les autres ne font reléguer malentendentu et réligion spectacle sans analyse critique (peut être parfois le Monde mais c’est rare)


                      • galon breizh (---.---.248.214) 23 septembre 2006 01:02

                        « En ravalant des paroles méchantes sans les avoir dites, personne ne s’est jamais abîmé l’estomac. »

                        Winston Churchill


                        • Antoine Diederick (---.---.204.3) 23 septembre 2006 23:29

                          si c’est comme cela qu’on attrape un ulcère à l’estomake...

                          Vaut mieux ne pas ravaler...

                          Churchill était un type extra surtout très dépressif, ce qui ne l’a pas empecher de gagner la guerre.


                        • roumi (---.---.74.206) 24 septembre 2006 16:33

                          et de prendre des risques !


                        • Remy (---.---.29.19) 23 septembre 2006 12:22

                          « Toute personne qui offense le prophète doit être tuée » Fatwa contre Salman Rushdie et d’autres. Affaire des caricaturistes et maintenant Benoit XVI. Question : En quoi un assassinat contre un représentant de la religion chrétienne ou autre prouvera en quoi que ce soit le caractère non violent de la religion musulmane ? cela ne prouvera t-il pas le contraire ? il y a là une logique qui m’échappe..... Prendre comme prétexte à polémiquer, le texte du 15eme siècle, cité par le pape, comme le reflet de sa pensée, c’est prendre Benoit XVI pour un arriéré mental...qu’il n’est pas, même si c’est vrai que dans le cas des 360 ans pour le « pardon » à Galilée, l’église n’a pas été un modèle de réactivité et de modernisme ! Des attentats, des crimes,qui pourraient découlés de ces mots prononcés par le pape, atteindraient des sommets de folie rarement atteinte par les êtres humain. Cela dit, j’ai un regard extérieur sur ces faits, n’étant ni monothéiste occidental ni oriental et donc dépassionné.


                          • Visiteur Indigène (---.---.180.214) 23 septembre 2006 16:49

                            A rémy : A qui profiterai un quelconque accident sur la personne de B52, ce pontife cannonier ? Les ultras sionistes se délectent sur la table ovale de la maison blanche, avoir rallier les catholiques intégristes aux évangelico-protestants sous leurs ordres, quelle aubaine ! reste à trouver l’élément dénonateur...


                            • Visiteur Indigène (---.---.180.214) 23 septembre 2006 16:49

                              détonateur.........


                            • Antoine Diederick (---.---.204.3) 23 septembre 2006 23:41

                              Visiteur Indigène.

                              En général, je suis un type courtois et gentil ne cherchant querelle à personne.

                              Maintenant, je vais être discourtois.

                              Vous êtes une personne, à travers vos propos, une personne disais-je ; puante.

                              Ouf, je me sens mieux.


                            • Antoine Diederick (---.---.204.3) 23 septembre 2006 23:41

                              puante , racine carrée de puanteur.


                            • jeanlouis (---.---.148.57) 23 septembre 2006 22:43

                              On demande à Notre Sainteté BENOIT XVI de demander pardon... Et, à ceux qui ont assassiné cette pauvre soeur, que doit-on demander ? J’ai condamné la guerre au Liban - je hais tous ce gens qui tuent et je demande à Benoit XVI de bien vouloir bénir le monde comme Jean-Paul l’a fait pendant tout son Pontificat. Que Notre Seigneur le bénice à son tour. Merci !


                              • Antoine Diederick (---.---.204.3) 23 septembre 2006 23:38

                                cool Louis, faut pas en faire un plat...cool cool ...take it easy !


                              • baron schimling (---.---.209.87) 23 septembre 2006 23:59

                                Il aura fallu quelques phrases du Pape Benoît XVI pour déclencher une série de réactions d’une intensité surprenante. A travers le monde musulman, des leaders religieux, des présidents, des politiciens, des intellectuels ont accompagné de leurs verbes les mouvements de foules qui protestaient face à « l’insulte ». La plupart n’avaient pas lu le texte, beaucoup se suffisaient d’un compte-rendu très approximatif qui stipulait que le pape avait associé l’islam à la violence mais tous dénonçaient « l’inadmissible injure ».

                                Quel que soit le jugement des savants ou des intellectuels sur les propos du Pape, on eut aimé que ceux-ci s’en tiennent à une attitude raisonnable quant à l’exposition de leurs critiques et ce pour deux raisons. On sait que certains gouvernements instrumentalisent ce type de crise pour laisser s’exprimer les frustrations populaires. Quand on a privé le peuple de ses droits fondamentaux et de sa liberté d’expression, il ne coûte rien de laisser ce dernier exprimer sa colère contre les caricatures danoises ou les propos du Pontife.

                                Dans les faits, on assiste à des mouvements populaires de protestation dont la caractéristique première est un débordement émotionnel absolument incontrôlé. Ces masses en ébullition donnent l’impression qu’on ne débat pas chez les musulmans et que le verbe agressif et la violence sont davantage la règle que l’exception. Il est de la responsabilité des intellectuels musulmans de ne pas jouer à ce jeu dangereux et tout à fait contre productif.

                                D’aucuns ont réclamé des excuses personnelles car le Pape aurait offensé les musulmans. Ce dernier s’est dit désolé mais la polémique n’a pas cessé pour autant. On peut s’étonner certes de cette obscure citation du XIVème siècle attribuée à l’Empereur Miguel II Paleologos et qui critique « l’œuvre malfaisante » du Prophète de l’islam. On peut effectivement s’interroger sur le raccourci de la réflexion sur la relation de l’islam et de la violence. On peut être surpris de cette référence au savant zahirite Ibn Hazm (respecté mais néanmoins marginal) pour questionner la relation de l’islam avec la rationalité.

                                Tout cela est elliptique, peu clair, trop rapide et un peu maladroit sans doute mais s’agit-il d’une insulte dont il faille s’excuser ? Est-il sage, et juste, que les musulmans s’offusquent du contenu de cette citation - parce qu’elle aurait été choisie par le Pape - et qu’ils fassent mine d’oublier que depuis cinq ans, ils sont quotidiennement questionnés sur le sens du « jihâd » et de l’usage de la violence. Le Pape Benoît XVI est à l’image de son temps et il pose aux musulmans les questions de son temps : c’est avec de la clarté et de solides arguments qu’il faut répondre en commençant, par exemple, par refuser que l’on traduise « jihâd » par « guerre sainte ». Exposer les principes de la résistance légitime et de l’éthique islamique en situation de conflit devrait être une priorité plutôt que d’encourager les peuples à protester violemment contre l’accusation d’être les fidèles d’une religion violente.

                                Ce qui est le plus troublant au cœur de cette crise c’est que les commentateurs en général, et les musulmans en particulier, semblent passer à côté du vrai débat qu’a engagé le Pape Benoît XVI. Dans sa leçon académique, il expose une double thèse accompagnée de deux messages. Aux rationalistes laïques, qui voudraient débarrasser les Lumières de la référence chrétienne, il rappelle que cette dernière participe de l’identité européenne et qu’il leur sera impossible de dialoguer avec les autres religions s’ils nient le socle chrétien de leur identité (qu’ils soient croyants ou non).

                                Puis, en parlant du lien entre la foi et la raison et en insistant sur la relation privilégiée de la tradition rationaliste grecque et de la religion chrétienne, le Pape tente de définir l’identité européenne qui serait d’abord chrétienne par la foi et grecque par la raison philosophique. L’islam, qui ne connaîtrait pas cette relation à la raison, serait en somme étranger à l’identité européenne qui s’est construite à travers cet héritage. C’est au nom de cette compréhension que le Cardinal Ratzinger avait exposé il y a quelques années son refus de l’intégration de la Turquie à l’Europe : la Turquie, musulmane, ne fut jamais et ne saurait être authentiquement de culture européenne. Elle est autre, elle est l’autre.

                                De façon bien plus essentielle que le propos sur le jihâd, ce sont ces messages qu’il faut entendre et auxquels il faut répondre. Le Pape Benoît XVI est un brillant théologien qui cherche à poser les principes et le cadre du débat concernant l’identité passée, présente et future de l’Europe. Il s’agit d’un Pape très européen qui appelle les peuples du continent à prendre conscience du caractère central et incontournable du christianisme s’ils tiennent à ne pas perdre leur identité. Ce message est peut-être légitime en ces temps de crise identitaire mais il est surtout troublant et potentiellement dangereux puisqu’il opère une double réduction dans l’approche historique et dans la définition de l’identité européenne.

                                C’est à cela que les musulmans doivent répondre d’abord en contestant cette lecture de l’histoire de la pensée européenne où le rationalisme musulman n’aurait joué aucun rôle et où on réduirait la contribution arabo-musulmane à la seule traduction des grandes œuvres grecques et romaines. La mémoire sélective qui tend à « oublier » les apports décisifs de penseurs musulmans « rationalistes » tels que al-Farâbî (Xème) Avicenne (XIème) , Averroès (XIIème), al-Ghazâlî (XIIème), Ash-Shatibî (XIIIème), Ibn Khaldun (XIVème) , etc. reconstruit une Europe qui trompe et se trompe sur son passé. A la lumière de cette nécessaire réappropriation, les musulmans devraient montrer, raisonnablement et loin de toute réaction émotive, qu’ils partagent l’essence des valeurs sur lesquelles se fondent l’Europe et l’Occident et que leur tradition a contribué à leur émergence.

                                L’Europe ne saurait survivre, ni l’Occident, si l’on s’évertue à vouloir se définir exclusivement et à distance de l’autre - de l’islam ou du musulman - qui nous fait peur. Peut-être que ce dont l’Europe a le plus besoin aujourd’hui n’est point un dialogue avec les autres civilisations mais un vrai dialogue avec elle-même, avec les facettes d’elle-même qu’elle s’est trop longtemps refusée à voir et qui l’empêche encore de mettre en valeur la richesse des traditions religieuses et philosophiques qui la constituent.

                                L’Europe doit se réconcilier avec la diversité de son passé afin de maîtriser le pluralisme impératif de son avenir. L’approche réductrice du Pape n’aide pas à la réalisation de cette réappropriation : une approche critique ne devrait point attendre de lui des excuses mais simplement, raisonnablement, lui prouver qu’il se trompe historiquement, scientifiquement et, au fond, spirituellement. Ce serait également un moyen pour les musulmans d’aujourd’hui de se réconcilier avec l’édifiante créativité des penseurs musulmans européens du passé qui non seulement étaient intégrés mais qui ont profondément contribué, nourri et enrichi de leurs réflexions critiques l’Europe comme l’Occident.

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