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Christianisme et père Noël : ou le miracle de la raison

 Cela doit être ça, le miracle de Noël : j’ai entendu hier pour la dixième année consécutive la phrase que n’importe quel chrétien s’est un jour vu asséner : « c’est bientôt le 25 décembre, pourquoi ne crois-tu pas plutôt pas au père Noël, au moins lui il t’a déjà apporté des cadeaux ! ». Si vous discutez avec un ami anglo-saxon, il préfèrera peut-être vous offrir un plat de pâtes, avec une terrifiante garniture d’extraterrestres : c’est le flying spaghetti monster, l’équivalent de Dieu pour un athée. Alors oui, ce doit bien être un miracle car il me semble que la probabilité pour qu’un argument aussi grossier et incohérent soit toujours en vogue dans tous les milieux, même les plus diplômés, est incroyablement faible. Mais c’est vrai que tout fout le camp. On ne s’en rend pas bien compte depuis la France, puisque les oreilles du Français un peu plus que moyen ne reçoivent – au mieux – que France Culture ou puisqu’une université populaire n’aborde l’histoire des idées qu’avec les lunettes du dernier opus de Michel Onfray, c’est dire.                           

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Depuis un siècle, un des progrès les plus rapides et les plus saisissants dans le domaine de la connaissance se situe en philosophie. Mais c’est la philosophie analytique qui a permis cette amélioration décisive, c’est-à-dire la philosophie sérieuse dans ses définitions, et non la philosophie ondoyante à la BHL ou à la Derrida. Or depuis cinquante ans, une révolution silencieuse a lieu. Comme le note le philosophe athée Quentin Smith, « au sein de la communauté universitaire, Dieu n’est pas mort. Il est revenu à la vie à la fin des années 60 et il est maintenant vivant et bien portant dans cette dernière forteresse : les départements de philosophie. » Qu’il est loin, en effet le temps béni de l’athéisme d’un Russell ! On peut dire que les derniers développements de la raison humaine renforcent chaque jour davantage les arguments en faveur de l’hypothèse théiste. Les meilleurs philosophes du monde anglo-saxon démontrent aujourd’hui, par la seule force du raisonnement logique, que non seulement il n’est pas irrationnel de penser que Dieu existe mais que les dernières avancées scientifiques rendent probable son existence. Non, si elle ne dispose d’un rayon anglais bien fournie ne cherchez pas un de ces philosophes contemporains dans votre librairie : le seul livre traduit en français est : Y a-t-il un Dieu  ? de Richard Swinburne, professeur de philosophie à Oxford [1]. Et les lycéens qui se préparent à passer le bac peuvent tenter une expérience amusante : qu’ils demandent à leur professeur de philo ce que lui évoque Alvin Plantinga, celui que le magazine américain Time avait déjà qualifié en 1980 de plus important philosophe de la religion aux Etats-Unis. Ah ! si seulement Plantinga rimait avec Derrida, il serait au programme !

 En fait, contrairement au discours traditionnellement répandu, les avancées en philosophie analytique montrent que la science n’est pas en conflit avec la religion : bien au contraire, c’est le fait de penser qu’il est impossible qu’une intervention divine soit jamais intervenue sur terre qui est en profond conflit avec la science. C’est ce que met en lumière Plantinga dans son livre qui vient de paraître il y a quelques jours chez Oxford University Press [2].

 Ce tournant majeur qui est en train de se produire dans l’histoire de la pensée a des répercussions immenses dans tous les domaines de la connaissance. L’impact le plus remarquable a certainement lieu en histoire. Les spécialistes de l’histoire du christianisme antique se retrouvent incapables de justifier leur refus d’étudier la probabilité des miracles dans le Nouveau Testament. Une attitude neutre à l’endroit des miracles leur imposerait de les examiner à l’aune du critère de la meilleure explication possible. Ils ne le font que rarement.

 Et quand ils s’attellent à cette tâche en ce qui concerne la première de toutes les affirmations miraculeuses, la Résurrection de Jésus, celle-ci n’apparaît pas ridicule, loin de là [3]. Aux Etats-Unis, cette révolution est en marche : l’argument contre les miracles qui datait du XVIIIème siècle a explosé en vol depuis les années 2000 lorsqu’il a été confronté avec la rigueur des analyses bayésiennes. Et un historien du Nouveau Testament vient de publier un livre qui montre, en multipliant les exemples, que les revendications miraculeuses foisonnent dans le monde contemporain et que ces témoignages ne peuvent être rejetés au nom d’un ethnocentrisme occidental moderniste refusant a priori les miracles. Il est donc intrigant (voire amusant) de constater la sempiternelle prudence d’une majorité d’historiens. Lorsqu’il a présenté sa toute récente biographie de Jésus [4] lors du dernier numéro de La grande librairie sur France 5, Jean-Christian Petitfils a réaffirmé le point de vue traditionnel : l’historien doit s’effacer devant les prétentions au miracle et ne pas donner son avis, alors même que Petitfils a de façon tout à fait pertinente et audacieuse examiné et jugé authentiques trois reliques de la Passion, dont le fameux suaire de Turin. En bonne logique, l’historien ne doit pas s’effacer mais s’imposer. L’historien doit sans cesse questionner les revendications de miracle, comme l’y invite par ailleurs subrepticement saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens (15, 6) ou bien sûr le célèbre récit mettant en scène le doute de saint Thomas. Et cela plus que jamais. Les sciences humaines et physiques ont tout à y gagner : elles permettent de prouver que le Père Noël n’a jamais existé dans le monde réel, et que la Résurrection est sûrement l’explication historique la plus probable de toutes celles qui ont jamais été avancées.

C’est ainsi qu’aujourd’hui il n’y a plus aucune excuse : lorsque la raison conduit au miracle, il ne faut pas éconduire la raison. Admettons, quoi qu’il nous en coûte, le miracle de la raison.

 


[1] Richard Swinburne, Y a-t-il un Dieu ?, Ithaque, 2009.

[2] Alvin Plantiga, Where the Conflict Really Lies : Science, Religion and Naturalism, Oxford University Press, 2011.

[3] Michael Licona, The Resurrection of Jesus : A New Historiographical Approach, IVP Academic, 2010.

[4] Jean-Christian Petitfils, Jésus, Fayard, 2011.




par Cazab mardi 13 décembre 2011 - 52 réactions
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  • Par Gollum (---.---.---.51) 13 décembre 2011 15:18
    Gollum

    Mouais.. pas très clair comme texte.. Apparemment faut acheter un bouquin pour comprendre de quoi il s’agit. 


    Assez d’accord avec Roungalashinga sur l’impossibilité de réconcilier science et religion. Pour la bonne raison que le domaine des sciences a des visées explicatives sur le réel (ou supposé tel) avec à la clé des applications pratiques qui sont de l’ordre de la volonté de puissance faustienne.

    Par contre, la rigueur du raisonnement est une perle que malheureusement les Églises ont laissé se perdre sous prétexte de laisser la prééminence à la foi. Le résultat des courses est que pratiquement plus personne n’a la foi. Et que la Raison a été phagocytée par le camp d’en face, celui des matérialistes et athées idéologues.

    Il existe des domaines où une rigueur de pensée est vitale pour accéder au religieux. Il s’agit de tout ce qui est de l’ordre du symbolique et des disciplines traditionnelles (Kabbale, astrologie, alchimie,etc..). Henry Corbin, cité plus haut ainsi que son ami CG Jung s’inscrivent dans cette optique là. On pense bien évidemment aussi à René Guénon dont la rigueur de pensée appliquée au domaine religieux a redonné goût à bien des âmes à leur foi d’enfance perdue. Mais je pense bien évidemment et surtout à Raymond Abellio. Cette famille d’esprit qui a autant le goût de la rigueur intellectuelle que de la mystique à un nom : ce sont des gnostiques.

    Et là où je rejoins en gros l’auteur, c’est que lorsque l’on a bien étudié ces questions, l’existence de Dieu ne fait aucun doute. Au point que pour un esprit gnostique, avoir une crise de la foi comme a pu avoir une âme pourtant prééminente comme l’était sœur Térésa, n’a tout simplement aucune chance d’arriver...

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