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Credo du Tangrisme

Il y a beaucoup des œuvres littéraires sur Attila et Gengis Khan, écrites par les auteurs européens, américains et russes. L'un de leurs principaux défauts est l'ignorance flagrante de la religion (tangrisme, tengrisme) de ces grandes personnages historiques.

Credo du tangrisme classique

 

Le tangrisme classique a été basé sur les trois idées, exprimées dans les sources écrites de l'époque de l'Empire Mongol :

Tolérance exemplaireexprimée de façon suivante : « Comme Dieu a donné à la main plusieurs doigts, de même il a donné aux hommes plusieurs voies vers le Dieu unique ».

Désir du Paix universel qui est souhaité dans les termes : « Par la puissance du Ciel éternel, du lever du soleil jusqu’à son couchant, le monde entier sera uni dans la joie et la paix ».

Idée d’un Gouvernement mondial exprimée par les mots : « Il n’y a qu’un seul Dieu dans le ciel et, sur la terre, il ne doit être qu’un seul maître ».

On peut interpréter ces trois idée comme Credo du tangrisme classique, c’est-à-dire un système de ses dogmes principaux enregistrés officiellementLes sources écrites sur le tantrisme classique nous avons analysé dans les travaux [1-2]. 

Le credo de tangrisme avec sa grande tolérance est bien formulé par le grand khan Mengu (Mongka) à Rubrouck : « Nous autres Mongols croyons qu’il n’y a qu’un Dieu, par lequel nous vivons et mourons, et vers lequel nos cœurs sont entièrement portés. Сomme Dieu avait donné aux mains plusieurs doigts, ainsi avait-il ordonné aux hommes plu­sieurs chemins pour aller en paradis. » Dans sa lettre à Pape il utilise la formule significative « il n’y a qu’un Dieu éternel au ciel, et en terre qu’un souverain seigneur Gengis-Khan, fils de Dieu » et déclare que « par la puissance du Dieu éternel, tout le monde sera uni en paix et en joie » ([3], p. 179-181).

Jean-Paul Roux résume l'essence du tangrisme de la façon suivante : 

« C’était l’idée forte des Turcs et des Mongols, celle qui sera répétée pendant quelque deux mille ans des Hiong-nou aux Ottomans. Avec quelques variantes dans la forme, dix fois, cent fois on relira cette phrase : « Comme il n’y a qu’un seul Dieu dans le ciel, il ne doit y avoir qu’un seul souverain sur la terre » … Cela coûterait cher. Une génération serait sacrifiée. Mais le résultat en vaudrait la peine s’ils n’y avait plus de guerres » ([4], с. 242).

Les Turco-Mongols pensaient qu’ils croyaient au même Dieu que les chrétiens, les musulmans, les juifs et que toutes les religions sont les différentes voies qui mènent au même Dieu, unique et tout puissant.

Ils s’étonnaient des disputes et conflits religieux violents chez les peuples sédentaires. Nous lisons dans une lettre, reçue en 1248 par le roi de France d’un représentant du Grand Khan en Iran :

« Le roi du monde ordonne qu’il ne doit avoir, de par la volonté de Dieu, nulle différence entre Latin, Grec, Arménien, nestorien, jacobite et tous qui honorent la Croix : ils ne font en effet qu’un à nos yeux. » ([4], с. 316).

Quand la confrontation entre les représentants des différentes religions devenait trop forte, le pouvoir organisait des discussions et les colloques afin d’entendre toutes les opinions et prendre les décisions nécessaires pour calmer les esprits. Ainsi, en 1258, le Grand Khan Mongka a chargé son frère Khubilaï d’organiser un grand colloque avec la participation de 300 religieux bouddhistes et 200 taoïstes.

Guillaume de Rubrouck, qui a participé à un colloque théologique à Karakorum, en 1254, témoigne de son organisation :

« Nous nous réunîmes donc, la veille de la Pentecôte, dans notre oratoire et Mangou-chan (Mongka) envoya trois secrétaires comme arbitres : un chrétien, un sarrasin et un tuin. Il fut proclamé : « Voici l’ordre de Mangou, et personne n’ose dire que le commandement de Dieu en diffère. Il ordonne que personne n’ose prononcer des paroles agressives ou injurieuses envers autrui, ni susciter un tumulte qui empêche cette entreprise, sous peine de mort. »

Tous se turent. Il y avait là beaucoup de monde. Car chaque partie avait convoqué les plus savants des siens, et beaucoup d’autres avaient afflué. » ([3], с. 183-184 ).

La conversion des autres religions, fortement canonisées, à la religion tangrienne était bien sûr difficile. Mais la plupart des adeptes de ces religions trouvaient facilement les arguments pour justifier la coexistence pacifique de leur religion avec la religion tangrienne. Ainsi, un certain Baha al-Din a expliqué à Khubilaï pourquoi les musulmans ne tuaient pas les Mongols :

« Il est vrai que Dieu nous commande de tuer les infidèles, mais on désigne par ce nom ceux qui ne connaissent pas un être supérieur, et, comme vous mettez le nom de Dieu en tête de vos ordonnances, vous ne pouvez pas être rangés parmi eux. » ([3], с. 397).

Ces documents montrent qu’à l’époque de l’Empire mongol l’interprétation monothéiste de la religion tangrienne était dominante. Cette religion servait à l’idée de l’union des peuples « dans la joie et la paix » !

Dans le gouvernement de Gengis Khan nous trouvons des « conseillers ouigours comme T’a-t’-a-t’ong-a, musulmans comme Mahmoûd Yalawâtch, k’i-tan comme Ye-liu Tch’ou-ts’ai. » ([5], p. 314). Kubilaï, le plus connu de ses successeurs, se posait « en souverain universel, aimé de tous les peuples réunis sous sa bannière » ([6], с. 237). Odoric de Pordenone, célèbre missionnaire catholique du XIV siècle, rend hommage à l’administration mongole dans les termes suivants :

« Le fait que tant de races différentes puissent cohabiter paisiblement et être administrées par le même pouvoir me semble une des plus grandes merveilles du monde. » ( [5], p. 387 ).

L’Eglise orthodoxe a décidé, dans la traduction de la littérature chrétienne en langue sakha, d’identifier Tangra (les Sakhas prononcent souvent « Tangara ») avec Dieu. Au Kazakhstan Allah est identifié avec Tangry, en Turquie et au Azerbaïdjan avec Tanri. Nous choisissons Tangra ou Tangri qui est proche à tous ces noms.

 

 

Base du tangrisme moderne

 

Nous formulons le Credo du tangrisme moderne dans les termes suivants compatibles avec sa formulation classique : « Il y a plusieurs voies vers le Dieu unique et la foi de chaque personne doit améliorer sa qualité de vie sans nuire aux autres. Que cette foi contribue au rassemblement des gens de bonne volonté afin que l’Humanité puisse vivre en harmonie et résoudre tous les problèmes qui surgissent ! »

Les religions monothéistes s’accordent sur le fait que toute représentation plus précise de l’Être suprême ou de Dieu ne saurait être proposée par la philosophie.

La force en physique est définie par son effet. Si un homme sent les effets positifs des forces, des champs et des autres sources inconnues à la science moderne, il a certainement le droit d’appeler un dieu un ensemble des sources de ces effets bénéfiques. On peut appliquer ce raisonnement à l’homme préhistorique et antique, qui divinisait, par exemple, la foudre.

C’est pourquoi nous proposons de définir Dieu (Tangra) comme l’ensemble de toutes les sources, des forces et des champs inconnus à la science moderne, capables d’aider l’homme.

Ainsi, nous ne considérons pas Dieu comme Créateur, car ce n'est pas prouvable et suscite des discussions interminables. C'est cette perception plus acceptable que nous appelons Tangra, car notre définition correspond à la perception tangristes exprimée de la façon suivante :

« De nombreux croyants s’interrogent sur la signification du mot « Dieu ». Le Dieu biblique qui s’emporte, se lamente, change d’avis, se met en colère, affiche ses remords est de moins en moins « croyable », parce que trop humain. » ([7], с. 323).

« On recherche un Dieu plus mystérieux, plus impersonnel, qui échappe à l’entendement humain. On parlera alors plus volontiers du « divin » comme d’une force ou d’énergie. » ([7], с. 325).

Alain Houziaux, docteur en théologie et en philosophie, souligne :

« La genèse de la croyance en Dieu, même pour les hommes d’aujourd’hui, n’est pas intellectuelle : Dieu n’est pas d’abord la Cause première de tout ce qui existe. Elle n’est pas non plus d’ordre psychologique : Dieu n’est pas d’abord la réponse à notre besoin d’être aimé. Elle procède d’une forme de surprise, de crainte et d’interrogation devant les forces qui bouleversent le monde cosmique, animent les hommes et suscitent les événements inattendues. Elle procède d’une forme d’étonnement et aussi de saisissement.

Ainsi, même pour nous, la manière la plus spontanée de définir Dieu, c’est de le définir comme une Puissance. » ([8], с. 16).

Notre manière de définir Dieu correspond à ces considérations, mais nous ne demandons à personne d'accepter ce point de vue. 

 

Références

 

1. Tomski G. Religion d'Attila et de Gengis Khan // CONCORDE, 2014, N 1, p. 34-67.

2. Tomski G. Religion d'Attila et de Gengis Khan et ses versions modernes (en format Amazon Kindle), 2016, 253 p.

3. Rubrouck G. Voyage dans l’Empire mongol, Imprimerie National. - 1993. - 300 p.

4. Roux J.-P. Histoire de l’Empire mongol. - Fayard, 1993. - 597 p.

5. Grousset R. L’Empire des steppes. - Payot, 1965. - 656 р.

6. Morris R. Kubilaï Khan. - Perrin, 1991. - 259 p.

7. Lenoir F. Les métamorphose de Dieu : La nouvelle spiritualité occidentale. - Plon, 2003. - 403 p.

8. Geffé C., Gounelle A., Guiderdoni A., Houziaux A. Dieu, c’est quoi finalement ? - Les Editions de l’Atelier / Les Editions Ouvrières, 2005

 


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5 réactions à cet article    


  • soi même 5 novembre 19:17

    C’est bien jolie toutes ces sentences de sagesses, au final le résultat, les Mongols ces sont révéler être des êtres particulièrement sanguinaire.


    • epicure 5 novembre 21:23

      @soi même

      oui troisième guerre la plus meurtrière de l’histoire avec environ 40 millions de morts.
      Avec de moyens militaires moindres qu’à notre époque, juste des cavaliers avec des arcs, et des engins de siège quand même, et une population moins élevée qu’actuellement. Les armées de gengis khan auraient tué 17% de la population mondiale, en gros comme si un conquérant tuait un milliards de personnes actuellement.

      Entre le djihadiste musulman avant l’heure Tamerlan ( « que  » 15 à 20 millions de victimes ) , et ses pyramides de têtes, et gengis khan, ce al fait deux grands conquérants qui ont laissé des piles de cadavres dans les grandes villes d’Asie centrale, qui ont voulu imposer un pouvoir unique au nom d’un dieu unique.


    • Pascal L 6 novembre 01:16

      « Les religions monothéistes s’accordent... » Ah bon ?

      Il y a un gouffre entre les différentes représentation d’un Dieu unique. Ce n’est pas parce que différentes religions s’accordent pour dire que Dieu est unique, que les représentations de ce Dieu sont convergentes. Qu’un Chrétien dise que Dieu se révèle progressivement à l’homme par son amour est considéré comme un blasphème pour les Musulmans pour qui Dieu ne se révèle pas et n’a pas soucis des hommes. Le Dieu du Tangrisme est une vision humaine de Dieu, donc rien à voir avec le Dieu des Chrétiens qui reste un mystère, malgré sa proximité, parce que extérieur à la pensée des hommes.

      Si les visions de Dieu sont divergentes, les chemins pour arriver au salut sont également divergents. Pour l’Islam, il faut d’abord être Musulmans et suivre les 5 piliers de l’Islam. Et même avec ça, aucun Musulman n’est assuré d’y arriver.
      Pour les Chrétiens, le salut est déjà réellement universel, mais il faut accepter l’amour que Dieu nous porte et rien que cela est une lourde épreuve pour une grande partie de l’humanité : « Heureux les pauvres de cœur[...], Heureux ceux qui pleurent[...], Heureux les doux[...], Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice[...], Heureux les miséricordieux[...], Heureux les cœurs purs[...], Heureux les artisans de paix[...], Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice[...], Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. » (Matthieu 5, 3-11). Voilà donc le programme du salut. C’est à la portée de tous, mais très peu s’y engagent. 
       Le respect des personnes qui pratiquent d’autres religions est déjà dans ce programme, mais tout relativisme affaiblirait ce message. De toutes les communautés qui sont en Syrie, seuls les Chrétiens n’ont pas pris les armes et c’est le seul chemin vers Dieu. Ils souffrent beaucoup, mais il y a plus de Musulmans qui se convertissent à ce Dieu là que DAECH n’arrive à tuer de Chrétiens. Qu’on ne me dise pas que ceux qui envoient des bombes sur la Syrie sont des Chrétiens, car rien dans cette citation des béatitudes n’indique qu’ils obtiendront le salut.

      • gogoRat gogoRat 6 novembre 13:53

        Ne boudons pas ce rare plaisir de voir un « ancien fonctionnaire de l’UNESCO »
         daigner nous avouer une des approches mentales ayant pu séduire son esprit
         au point d’y consacrer cet article.
          
         On constate alors la vacuité pathétique de cette ’argumentation’ de pacotille
         censée défendre l’idée d’un Gouvernement mondial :
         « Il n’y a qu’un seul Dieu dans le ciel et, sur la terre, il ne doit être qu’un seul maître »
         (Prémisses non démontrées, même s’il est jouable d’en reconnaître une existence du credo ;
         mais, en tous cas :inférence ubuesque !)
          
         D’où peut alors venir ce qualificatif de « grande tolérance » accordé à un propos qui
         fait de celui (Gengis-Khan) qui s’auto-proclame « fils de Dieu » un souverain seigneur
         imposant sa propre conception de la « paix en joie ».
         De là à soupçonner une erreur de traduction quelque part
         trahissant un concept de « grande prétention » en « grande tolérance’ ...
          
         Il est vrai que lorsque « Le roi du monde ordonne[...] de par la volonté de Dieu »,
         il ne saurait y avoir de dissension entre celles et ceux qui se soumettent à ses prétentions !
          
         Et l’hypocrisie cynique qui suinte du propos suivant n’aura échappé à aucun des lecteurs modernes, déjà largement ’chauffés’ par sa mise en application chez nos politicailleurs actuels :
          »entendre toutes les opinions et prendre les décisions nécessaires pour calmer les esprits« 
          !!! smiley
         
         Quant à Kubilaï vu comme « souverain universel, aimé de tous les peuples réunis sous sa bannière »
         pourquoi alors n’a-t-il pas séduit, par exemple, ses voisins les Japonais,
         malgré ses tentatives d’invasion du Japon ?
         ( Probable qu’ils n’aient pas su comprendre que ces tentatives étaient en fait
         des »voies vers le Dieu unique [... visant à] améliorer la qualité de vie sans nuire aux autres)
          
         Un simple mot vaut son pesant de cacahuètes : « saisissement » ; dans la formule :
         « Elle [ La genèse de la croyance en Dieu, même pour les hommes d’aujourd’hui] procède d’une forme d’étonnement et aussi de saisissement. »
          
          
         Bon, on aura tout de même bien compris que le « second degré » est certainement convié ici
         à nous procurer un doux moment de franche rigolade !
          
         


        • popov 7 novembre 06:19

          @Tomski

          Les sources écrites sur le tantrisme classique nous avons analysé dans les travaux [1-2].

          Vous passez sans avertir du tangrisme au tantrisme. Est-ce un lapsus ?

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